VI. — LES OPÉRATIONS DE PÊCHE SUR LES BANCS
On distingue la pêche errante et la pêche sédentaire. La pêche errante se fait soit au banc, à la morue verte, soit à la côte, à la morue
sèche.
(x) Archives départementales de Seine-et-Oise (Versailles), H; 18 août 1621.
(2) La description des appareils et des victuailles forme malheureusement, à la fin du XV[° et au XVII‘ siècle un état distinct du contrat d'armement entre bourgeois et maitre et n'y est pas annexé.
Aussitôt arrivé sur les bancs, on construit une galerie depuis le grand mât en arrière, et quelquefois dans toute la longueur du navire. Cette galerie extérieure est garnie de barils défoncés par le haut. Les matelots se mettent dedans, la tête garantie des injures du temps par un toit goudronné qui tient à ces tourelles. Penchés coude à coude, ils jettent leur ligne le long du navire et pêchent à la traine pendant que le navire reste en cape (1) sous la grand’voile; chaque ligne a une longueur de 150 à 200 mètres, à l’extrémité se trouve un plomb (calle) d'environ 4 kilogs traversé par une tige de fer de 80 centimètres qui porte à chaque bout un avançon avec un hamecçon (ain). À côté de chaque nêcheur se trouve une manne dans laquelle il jette les langues de morues qu’il a prises, ce qui constitue une comptabilité très facile. On comprend aisément que des bateaux de faible tonnage conviennent mieux à cette pêche, des navires plus grands serafent moins commodes à cause de l’élévation de leur coque et feraient perdre le poisson au moment où on le hale à bord.
Le cabillaud pris, on « l’ébrouille », c’est-à-dire qu’on ouvre le poisson, qu’on en retire le foie et la rogue qui sont mis à part et les intestins que l’on jétte à la mer. Ensuite a lieu le, « décollage », travail accompli par les novices, qui consiste à enlever la tête en arrachant le moins de chair possible. Puis le « tranchage », opération délicate réservée aux officiers: le poisson est fendu en entier et l’épine dorsale coupée à trois articulations au-dessous de la cavité abdominale. Enfin la morue est lavée et jetée par un écoutillon dans la cale au saleur qui l’empile soigneusement tête à queue. Celui-ci est considéré comme un des principaux de l’équipage; c’est que de son habileté dépend la bonne conservation du poisson. Il a soin d’observer qu'il y ait, entre les rangs, assez de sel pour que les couches de morue ne se touchent, mais qu’il n’y en ait que ce qu’il faut. Le trop ou le trop peu de sel est également dangereux; l’un et l’autre font avarier la morue.
Ce genre de pêche comporte de bien dures épreuves: la morue est pesante, elle résiste, les longues lignes qu’il faut sans cesse jeter ou relever blessent les mains et des brumes opaques à ne pas voir du gaillard d’arrière à la proue glacent le sang. Certains jours il ne mord pas un fretin. Si des bâtiments sont assez heureux pour parfaire leur
(1) Cf..Us et coutumes de la mer (Bordeaux, 1647), 2° partie, pp. 29-30.
cargaison en moins de six semaines, d’autres, par contre, s’attardent quatre ou cinq mois, même davantage: tout dépend de la fortune bonne où mauvaise.