VIII. — LA PÊCHE SÉDENTAIRE
Il n’abandonna pas, au surplus, la profession de ses pères. Il organisa la « pêche sédentaire », ainsi appelée par opposition à la « pêche
(x) Lescarbot, I. 508.
(2) Avantage d’un tiers, AM. B. 3. 42. 301.
(3) Sur la misère des pêcheurs, l'évêque de Boulogne, Jean-Marie Henriou, AM. B. 3. 334, 217-222 (1729).
(4j C'est vers l’an 1600 que les pêcheurs comprirent la valeur des côtes pour la sécherie, la cargaison de la merluche étant du double de celle du poisson frais Moore, 18); avant cette date, on n'osait, par peur de mille monstres, s’aventurer au-delà des bancs .(id., 16).
(s) Sur la pêche sédentaire, voir AM. B. 1. 42. 34, AC. Crr. À. 40. 270 (Pêche à la faulx au Labrador); — AM. B. 1. 50. 384, 2. 220. 789, 860, 3. 337, 304, 306 (Etablissement de M. de la Boularderie); — AC. B. 27. 66, 29. 115, Cri. A, 28. 3, AM. B. r. 30. 40, 3. 220. 439 (Courtemanche); — AC. B. 42. 410, Ci. A. 41. 64 (de la Valterie); — AC. B. 12. 39, 15. 4, 59, 22. 144, Cri. D. 1. 193,
errante » des Européens. Le premier colon à l’entreprendre est un nommé Rivedou du Cap Sable. Lui, et ses imitateurs, les sieurs de la Giraudière et Doublet, en sont quittes pour leurs frais. « Pour cause, explique Nicolas Denys de Bonaventure, dit la Grande-Barbe, que pendant la morte-saison de lhiver, ils ne trouvent pas d'emploi à leurs hommes, faute d’industrie complémentaire dans le voisinage, et consomment en pure perte les gains de l'été ».
François Bissot, de la seigneurie de Lauzon, est plus heureux. Il obtient (25 février 1661) le droit d'établir à l’Ile-aux-Œufs et dans la baie de Mingan (Labrador), des pêcheries aux phoques, aux baleines et aux marsouins que les frères Charest, ses héritiers, continuent d’exploiter avec succès jusqu’à la conquête du pays par les Anglais.
Les Charest ne sont pas les seuls, au reste, à chasser les dauphins. Dès 1721, on signale sept pêches de ce genre établies à la Baïe Saint- Paul, et six à la côte sud, dans les paroisses de Sainte-Anne de la Grande Anse, de la Rivière Ouelle et de Kamouraska. Cinq ans plus tard une société se forme, aux mêmes fins, à Québec, sous la raison sociale de Desauniers et Brouage. La mise de fonds s'élève à 128.000 livres. La compagnie possède, en plus, le brigantin Saint-Charles, le seneau Marguerite et plusieurs goélettes et barques jaugeant chacune de quinze à trente tonneaux. Ses efforts, unis à ceux des sieurs Denys Riverin, Charles Aubert de la Chesnaye, Constantin, de la Valtrie, de Lanouiller, de Beaujeu et d’autres encore, permettent d’exporter en France à partir de 1744 plusieurs centaines de barils d'huile de mar
souins.
105, 2. 37, 41, 176, 185, 217, 4. 7, 0, 8. 33 (Compagnie de la pêche sédentaire de l’Acadie ou de Chédabouctou); — BN. aff. 11332. 165-160, 285-207, Ibid. naf. 2640-2652. 84, 112, 2550. 1, AC. B. 45. 005, 46. 172, 48. 210 (Comte de Saint- Pierre); — AC. B. 15. 47, 22. 5, 14, 224, 27. 85 (Denis Riverin, au Mont-Louis) ; — BN. Coll. Clairambault, 1016, 623 (R. Denys et D. Masson); — AC. B. ox. 30, C11. A. 65. 68, 67. 6 (De La Fontaine et sa pêche à la baleine avec des rêts) ; — AC. B. 27. 68 (Hazeur et Cie); — AM. B. 1. 41. 200 (Etablissements à Kégasca) ; — AC. CIT. A. 8r. 88 (Peyre et Boishébert) ; — Ibid. 43. 3, 100. 16, 28, 65, 310 (Pêche au Labrador); — Ibid. 44. 84 (à la baie Saint-Paul); Ibid. 45. 111 (à Kamouraska et à la rivière Ouelle); Ibid, 47. 273, 204 (Gastin et Peire au Grand Etang et à la riv. de la Madeleine) ; — Ibid. 49. 41 (Martin): — Ibid. 08. 437 (Jean Larreguy aux Sept-Iles) ; — Ibid. 64. 168, 65. 68, 72, 67. 6 et Arch. communales de Bayonne, EE-86 (1713-1780) (Simon d'Arrogory) : — AC. CII. A. 46.260 (1724): état des pêches à marsouins depuis l'Ile Verte jusqu'à la Grande Pointe, du côté sur du fleuve St.-Laurent.
C'est au fond de certaines anses où ils peuvent entrer avec la marée qu’on rencontre le plus communément les marsouins. On ferme l’entrée de ces anses d’un parc de filets que la mer couvre et découvre tour à tour. Le flot descendant laisse à sec les amphibies qui se sont aventurés dans les ravoirs. On n’a plus alors la peine que de les assommer. Un coup de bâton sur le nez suffit pour leur donner la mort. On n’y arrive pas toujours facilement toutefois. La nature apprend à ces animaux à se rapprocher les uns des autres, quand l’eau s'éloigne, afin de se protéger mutuellement. Absolument inoffensifs avec leurs têtes, et ne pouvant se défendre que par le moyen de leur forte queue, ils se placent nez à nez, et s’ils sont en grand nombre, ils forment un rond. Alors il y a danger réel d’aller les frapper à la tête, le seul endroit vulnérable. Un coup de leur queue peut tuer l’imprudent, ou du moins le priver de connaissance ou lui casser les membres (1).
La peau des loups-marins servit originairement à faire des manchons. On l’employa depuis à couvrir des malles, à faire des souliers et des bottines. Lorsqu'elle est bien tannée, elle a presque le même grain que le maroquin. Si d’une part elle est moins fine, de l’autre elle conserve plus longtemps sa fraicheur (2).
On convient généralement que la chair du loup-marin n’est pas mauvaise; mais on gagne davantage à la réduire en huile. Elle est longtemps claire; elle n’a point d’odeur; elle ne dépose point de lie; elle sert à brûler, ou bien à préparer les cuirs.
L’anguille est encore plus utile au colon que le marsouin; elle compte pour son principal aliment. Selon l’expression d’un missionnaire, ce poisson est une < manne dans le désert, manne inconcevable, qui se trouve à toutes les portes, qui ne coûte qu’a prendre et qui apporte avec soi tout son assaisonnement ». Dans la plupart des marchés de l’époque, on trouve l’anguille au rang de monnaie.
La pêche de ce poisson est des plus fructueuses. Dans les mois de septembre et d'octobre, on peut en prendre dans une pêcherie, quarante, cinquante, soixante mille. La Hontan consigne dans ses « mémoires » comment les riverains prennent l’anguille. Sur la plage d’où la mer se retire au reflux, ils disposent des haies d’osier entrelacées et si serrées qu'aucun poisson ne peut passer à travers. Dans l’enclos
(x) V. Lescarbot, III 020 et Kalm, IT. 169-170. (2) Cp. Kalm, IL. 34.
formé par les haies, ils placent des verveux en forme d’entonnoir. Lorsque la marée monte, l’anguille monte avec elle; lorsque la marée se retire, le poisson rencontrant les haies, il les longe, passe dans la trappe et de la trappe tombe dans un vivier, d’où le pêcheur le retire. Les engins sont quelquefois si remplis qu’ils en rompent (1).