E. — FOIRES ET « TRUCHEMENTS
Grâce au concours de la mode, de la nature et des Sauvages, la traite devient une source abondante de profits. Elle excite la concurrence. On se dispute la confiance des Algonquins, les principaux fournisseurs. On s'offre à les aider dans leurs guerres (2) contre leurs ennemis implacables, les Iroquois. Pour leur accommodement, on organise, chaque été, aux carrefours des routes fluviales, des foires, qui deviennent un des événements pittoresques de la vie coloniale, Afin d’être sur les lieux à l’ouverture de la navigation avant tout autre, les sociétaires de Monts ouvrent, en 1608, à Québec, une factorerie permanente, qui doit s'élever au rang de capitale. On fait plus. « Pour le maintien de l’amitié et inciter à venir en traite » (3), on laisse,
(1) Pour l'histoire de l'eau-de-vie au Canada, BN. a. f. ÉU135108 45003) 105-123: Ibid. n. a. f. 2551. 74, 123, 0273: AC. B. 1. 86, 7. 6, 22, 0, CARTONS RATS 27030035. AAC. A. 485,5. 110, 12. 380, F3. 8. 322, 10. 130; Marie de l’Incammation, II. 220-223, 256, 268-260. $
(2) Ces marques d’empressement n'abusèrent pas les Sauvages, « ilz ne veulent faire la guerre qu'à noz Castors », dirent-ils entre eux. (Lescarbot, II. 628). S (3) Champlain, (1830) II. 233; Lescarbot, III. 633, 630.
pendant l’hiver, chez les tribus éloignées, des commis, les « hivernants ».
Les hivernants arrivent vers l’âge de vingt ans, quelques-uns à quinze ans. Ils possèdent une instruction plus qu’élémentaire, parlant le latin, l’anglais et le hollandais. Ils sortent de cette école d’interprètes de Normandie qui s’est formée au Brésil (1). Leur bravoure commande l’admiration (2) des Indiens, qui les aiment aussi pour leur adresse, pour leur complaisance, pour la facilité avec laquelle ils se conforment à leurs usages nationaux et parlent leur idiome. D'une hardiesse à toute épreuve, d’une activité que rien ne lasse, ce sont les ancêtres de ces héroïques trappeurs franco-canadiens dont les romans de Fenimore Cooper et de Gustave Aymard, nous ont appris à admirer l’énergie et la persévérance. Sur leurs brisées marcheront six ou sept générations de « voyageurs ». Ils rendent au commerce naissant d’inappréciables services. Le nombre des Sauvages venant en traite ne manque pas de grossir à mesure que le nom français s'étend au loin. Le récit de l’accueil qu’on leur a fait, la vue de ce qu’ils ont reçu en échange de leurs marchandises, tout augmente le concours. Jamais les Sauvages ne reviennent vendre leurs fourrures, sans conduire une nouvelle nation. C’est ainsi qu’on voit se former une espèce de bourse, où se rendent tous les peuples du vaste continent nord-américain (3).
2. — L’'EXPORTATION DES FOURRURES DES COMPAGNIES DE COMMERCE A MONOPOLE (4)