E. — MODE D’'ENGAGEMENT ET PROFITS
Si l’on considère la nature pénible et périlleuse de leur besogne, si l’on tient compte qu’ils couchent sur la dure, en plein air, et qu'ils prensent une nourriture si grossière que les manœuves d’aujourd’hui dédaigneraient, les coureurs de bois sont chichement rétribués. Le mode d'engagement le plus ordinaire parait avoir été celui-ci: le gentilhomme, ou le marchand, fournit la cargaison, les marchandises destinées aux Sauvages; les coureurs des bois, de leur côté, équipent leurs canots, pourvoient à leur propre entretien le long de la route, supportent les fatigues de l’expédition, et au retour de leur voyage qui dure parfois une année, ils reçoivent pour tout salaire la moitié des fourrures qu’ils ont amassées (1). Li
I1 y a dans la colonie, notamment à Montréal, des capitalistes usuriers (bourgeois) qui leur avancent les fonds, moyennant un intérêt de trente-trois pour cent. Mgr de Saint-Valier dénonce cette exploitation et déclare ces prêts illégitimes et illicites; il enjoint aux confesseurs d’en faire un « cas réservé ».
Pour comble de disgrâce, l’économie et l’épargne ne sont pas entrées dans les mœurs des coureurs. Ils sont imprévoyants, pourraiton dire, par profession. Ils méprisent toute frugalité et ne regardent pas à la dépense. C’est une gloire, une convention du métier, de gaspiller les gages aussitôt que perçus. Duchesneau, l’Intendant, se plaint au ministre que les coureurs de bois profitent peu de leurs peines,
où selon l'intendant de Meulles, ils rafflaient tous les bénéfices d’un seul coup. Mo A CMOCTI PATIO 328 NS I] faudrait défendre à tous autres qu'aux sauvages de porter du castor dans la colonie sans aucune exception, les particuliers français ne pouvant plus être reçus à en aller chercher ni à en apporter, afin de laisser aux sauvages la liberté d'apporter leurs pelleteries dans la colonie et d’y prendre leurs besoins pour leur propre usage et pour le commerce avec les nations supérieures aux Outaouais. »
(1) Sur le mode d'engagement et les profits, voir AC. F50. 12, 3 bis, 101, AC. Ci1. À. 112, 235, Bougainville, 3 RAQ 42-70, et La Hontan: « Les coureurs de bois n’ont assurément pas volé les six cents écus ou:à peu près qui restent à chàcun d'eux ».
parce que, outre le prix des marchandises qu’on leur vend bien cher, on leur fait consommer en ivrognerie et en beaux habits le peu qu’ils gagnent. Leurs fortunes subitement amassées disparaissent aussi vite, semblablement à ces dunes mouvantes que le simoun élève et détruit tout à coup dans les sables de l’Afrique. D’autre part, ils ne fondent rien de stable qui puisse servir à un établissement national. C’est sur l’eau, qui ne garde pas d’empreinte, que le sillage de leurs pirogues écrit de nom de la Nouvelle-France,