LA RECHERCHE
La France avait, au XVI: siècle, recherché à l’occident un passage vers les Indes qui lui fut propre. Un continent ayant, d’une façon imprévue, barré la route à ses caravelles, il lui fallut, pour franchir l'obstacle, lever la carte de chaque faille, remonter les rivières après les fleuves, faire portages, livrer combat.
Pour vivre cependant, l’exploratrice exploita, d’abord les pêcheries que les voiliers rencontraient en route, puis les pelleteries dont les Sauvages chargeaient les canots voguant vers la fuyante Asie. Mais morues et castors.rapportaient trop peu auprès des mines du Mexique et du Pérou, possessions de l'Espagne, pour que François [°', concurrent de don Carlos à l’Empire, ne se préoccupât de tirer de l’Amérique des galions d’or.
C’est pourquoi l’ambitieux monarque fait partir, en 1534, pour « certaines îles >» aux palais dallés « d’or massif » (1), Jacques Cartier, pilote de Saint-Malo. Arrêté au Mont-Royal par le grondement des cascades, par le silence des bois, le navigateur, avant de rebrousser chemin, demande aux naturels s’il ne se trouve pas de métaux précieux sour leurs latitudes. Oui, miment les Peaux-Rouges, là-bas, à l’ouest, vers les sources (2). l
Le malouin communique à François de La Roque, titulaire du droit « d'ouvrir les mynes du royaulme » (3), les renseignements obtenus. La Roque passe au Canada (1541). Après tribut fait à l’hiver
(1) BN. a. f. f. 15628, n° 618; BN. Coll. Clairambault 1016. 302. 655.
(2) Biggar (H. P.), Voyagés of Cartier, 168, 170, 171; Lescarbot, I. ,370- SPL:
(3) BN. a. f. f. 5085. 271-273,
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d’une cinquantaine d’hommes, il se dispose à pénétrer avec les survivants dans la terre promise des émeraudes. Jusqu'où portèrent ses pas, nous l’ignorons. Fait certain, c’est sans trésor qu’en 1643 il retourne en Picardie, théâtre des luttes nouvelles de François I* contre Charles-Quint.
Samuel Champlain, traversant après Cartier et La Roque, les solitudes du Nouveau-Monde, pose à nouveau la question: « n’avezvous point congnoissance », Indiens, « de quelques mines? » Si, fontils une fois de plus, « nos brasselets » témoignent de l’existence d’une « mines de franc cuivre » « à la partie du Nort » (1). A la tradition, le Saintongeois ajoute ses expériences. À Montréal, la Place-Royale, rapporte-t-il « est bonne pour faire de la brique ». A Batiscan et à l’Ile-aux-Coudres, « force ardoises » affleurent au ras du sol; en Acadie, on relève ça et là des traces de fer, d’argent et de cuivre (2). De pair avec & maistre Jacques», « homme entendu » aux recherches de ce genre, il va, à Port-au-Mines (3), « voir tout autour des costeaux s’il trouverait de la gangue ». La présence dans les « rochers grisatres et rouges » de « morceaux de cuivre de l’épaisseur d’un solde », lui permet de conclure au voisinage d’« une manière de mine », qui, en juge-t-il, « par l’apparence du terrouer, pourrait estre bonne, étant « incroyable que dessus la terre il y ait du cuivre pur, sans qu'au fond il n’v en eut en quantité » (4).
Que dire «quantité de cuivre », des orfèvres insinuent à Lescarbot, autre compagnon de Champlain, que c’est bien « de la mine d’or » qu’« il y pourrait avoir au dessous ». Peut-être, réplique le futur historien d’un ton dédaigneux, mais « il n’est pas de saison de s'amuser à la recherche ». « Du pain et du bestail », d’abord. Fi des mines! « L’abondance d’icelles tient l’homme en perpétuelle inquiétude. Avant les voyages du Pérou, on pouvait faire un long trait de chemin avec une bourse dans la manche; aujourd’hui, l’or et l’argent estant avilis, il faut une valize et un cheval exprés » (5).
Ne ferait-il pas de nécessité vertu? Son détachement pour les richesses « enchasséez en rochers durs que la mer couvrent deux
(1) Champlain, (1922) I. 164.
(2) Id., (1922) I. 131-132, 164, (1613) 29, (1830) II. 67, 72, 75.
(3 Aujourd’hui Advocate Harbour.
(4) Champlain (1922) I. 263, 374-375, (1613) 27-28, 100. |
(5) Lescarbot, I. 441. ni en
fois le jour » (1), s'accorde mal avec les courses incessantes où, sous l'orpailleur Champ-doré, son « conducteur ès-navigations », il interroge « marteau et ciseaux » en mains, les moindres falaises. Trouvet-il de la pyrite de fer, qu’il en « fait provision » et « montre »; tombe-t-il sur « certaines pierres transparentes », qu’il se persuade ct à son monde de les tailler, d’en faire hommage au Roy: « agréables à voir », « ne valant pas moins que les Turquoises », elles seront, pense-t-il « fort bien receues » (2).
Les compagnies de traite, contemporaines de Champlain ou subséquentes, ont soin de se faire reconnaître à l’avance propriétaires des mines qu’on découvrirait dans leurs territoires. C’est, il est vrai, « conformément aux ordonnances » du royaume que la Compagnie de la Nouvelle-France pourra jouir des mines-d’Amérique, c’est-àdire contre paiement au roi de certains droits (art. 3); mais il est fait remise de ces redevances (art. 25) à la Compagnie des Indes occiden-. tales qui succède (1664). Pour donner effet à ce privilège, les titres de seigneurie que les compagnies octroient, stipulent, sauf deux, rapport par le seigneur à la couronne de toute découverte de gisement métallique faite dans son fief. Le seigneur se réserve, à son tour, pour le même motif, dans les censives, aucunes minières (3).
: gouvernement entend-il se désintéresser des mines qu’il en cède la propriété? Nullement. Colbert fait envoyer au pays des vulcains compétents (1669). Sûr d’y trouver du bois, il se flatte de tirer du Canada « de grands avantages », si seulement il s’y trouve du fer, il y construira des navires. Puisque un Jésuite a ramassé (1667) au bord des lacs des parcelles de cuivre (4), c’est qu’il s’y cache des veines, comme les indigènes en donnaient l’assurance aux premiers explorateurs: qu’on s’ingénie à les repérer (5).
À ce mot, coureurs, ingénieurs et soldats, tous examinent le sol qu'ils foulent, consultent l’Indien qu’ils approchent. L’intendant commet plus spécialement cette tâche (1671) à Daumont, sieur de Saint- Lusson (6), mais Jolliet et Péré canotent déjà dans ce dessein les
(1) Champlain, (1613) 100.
(2) Lescarbot, I. 443-444, IT. 503.
(3) Munro (W. B.), Seigneurial Srstem, 1907, 138. CHEN CAGE TE
(5) À. K. 301 (24 mai 1660).
(OAC 32.22 (1671),
eaux de l’ouest (1667). Sur l'indication des Miamis dont il achète les fourrures, Nicolas Perrot reconnait de son côté non loin de la Baie des Puants (Green Bay), au lac Michigan, une mine de plomb qui portait encore son nom au temps de Charlevoix (1).
Tant de zèle finit par provoquer les soupcons du pouvoir, Ne se commettraient-ils pas des abus? Annonce-t-on au ministre de la marine la découverte faite à Wabash (1711) du métal blanc (2), il se méfie d’un stratagème pour aller faire impunément la traite (3). De même, Vaudreuil, gouverneur à Québec, ne laisse un nommé Cartier équiper pour les pépites, qu'après avoir multiplié les précautions, de manière que l’impétrant ne puisse sous un faux prétexte faire cemmerce défendu (4).
Au demeurant, les prospections des premières années sont décourageantes; il n’y a pas d’or ou, si l’on en trouve, c’est par paillettes rares dans les rivières et les aventuriers ne s’attardent pas sur des placers pauvres; ils écrèment la vena dulce, lorsque la chance la leur offre; ils passent vite partout où il faudrait un travail de patience et des instruments dont ils ne disposent pas (5). Les indices recueillis permettent de conclure qu’il doit y avoir tout au plus des mines abondantes de plomb, de cuivre et de fer (6).