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LA PUISSANCE FORMATRICE DANS LES DIVERS RÈGNES DE LA NATURE

Ce Q'est pas seulement une peasée, un esprit qui se mauJ' (estent à nous dans la régularité et l'uni versali lé de ces lois; c'est encore un pouvoir. II s'agit d'expliquer la mise en branle, si l'on peut ainsi parler, de ce grand développement de l'univers sorti de la nébuleuse ou plutôt de la oébuiositc

été l'intenleut et que M. WOrlz a développée et confirmée par des travaux ïastee et concluants, nous reppésente les corps composés comme forméa par des groupements d'atomes en nombre déterminé et possédant des poids relïlira dilTérents, mais Axes pour chacun d'eux [p. 21). Les poids atomiques établis par Dullon étaient de vrais nombres proportionnels; ils repré! tsient les propecUons suivant lesquelles les corps se combinent et qui i eipriuiées par les rapports poudéraux de leurs dej'uièrcs particules. Nous obtenons ainsi une véritable notation atomique. L'atomicité se dialingue de l'afOnité en ce qu'elle est la capacité de saturation des atomes, se révélant ainsi comme une propriété lobérente à leur nature, tandis que Vafflnité esl Il force de combinaison, l'énergie chimique déterminant l'intensité et It aeQB des réactions chimiques. On lira avec un grand inlérêt les conséquences que tire M. Wltrtz de la théorie des atomes sur ta nature même de la matière, a Les atomes, dit-il, ne sont point des pointa matérîeU ; ils cet une étendue sensible et sans doute une forme déterminée ; ils dilTèreDl par leurs poids relatifs et par lea mouvementa dont ils sont animés. Ils indeatructibles, indivisibles par les forces physiques et chimiques quelles ils servent en quelque sorte de pointa d'application. Les diltérencei de la matière résultent de diflérences primordiales, éternelles dans l'esaenci même de ces atomes et dans les qualités qui en sont la manifestation. Lci atomes s'attirent les una les autres, et cette attraction atomiqne est l'afflnité. C'est aans doute une forme de l'attraction universelle, mais elle ci diffère par la raison que, si elle obéit à l'influence de la masse, elle dé pend aussi de la qualité des atomes. L'afllnilé est élective, elle engendre dea agrégations d'atomes, des molécules, des combinaisone chimiques. Dana celles-ci, les atomes ne sont plus hbresde leurs mouvementa; ils les exécutent d'une façon coordonnée en quelque sorte, et constituent u tème oii tout est assujetti, et où ils sont assujettis, a [P. 324.) D'après M. WOrtz, se référant aux expériences do Helmholz, les propriélés fonda-

lt« LES ORIGINES.

primitive. Il est impossible de remonter plus haut pour obtenir'une explication de l'origine du monde, ou du moins du mouvement des clioses qui a abouti à notre système planétaire. Reste à savoir comment ce mouvement a commencé; comment la nébuleuse n subi sa première condensation et a inaugure la série de mouvements que nous avons indiqués. De ce que la loi du mouvement est conforme aux théories de Kepler et de Newton, il- ne s'ensuit pas qu'il se produise spontanément. La nébuleuse primitive se présente à nous à l'état gazeux et uniforme. Elle ne peut recevoir aucune impulsion du dehors, car il n'y a pour elle ni dehors ni dedans. La fluidité- remplit l'espace infini. La loi de gravitation n'a aucune possibilité de fonctionner, alors que la matière diffuse est répartie dans l'espace avec une ^alité parfaite. Les associations chimiques sont irréalisables ; car le gaz est, dans la nébuleuse, à l'étal extrême de dissociation. Il ne faut pas parler d'un abaissement de température, car nous demanderions alors par où s'évaporerait la chaleur. L'explication naturaliste ne peut aller plus loin; elle a atteint son point extrême avec la nébuleuse. Pour que le ^(îcei«w de l'univers commence, il faut une force qui vienne de plus haut que lui, qui, en tout cas, soit en dehors de lui. Nous voilà ramenés au premier moteur d'Aristote (1).

mentales de la matière tourbillonnante nuraienl lilé délci'mini^cB. Un fluide remplit tout l'capace, et ce que noua nommons matlÈre, ce sont les portions de ce fluide qui sont animées do mouvements tourbillonnants; ce sont des légions innumbrablcs de très petites Tractions ou portions, mais chacune de ces portions est parrailcment limitée, dislincle de la masse entière et distincte de tantes les au>rea, non par sa substance propre, mais par aa masse et ses modes de mouvement, qualités qu'elle conservera éternellement. Ces portions l!k sont les atomes. Dans ce milieu qui les renferme tous, aucun d'eux ne peut changer ou disparaître, aucun d'eux ne peut naître spontanément. Partout les atomes de la même espèce «ont conatitués de la même façon et sont doués des mêmes propriétés [p. 228).

()) On lira avec un grand intérêt, sur cette question de l'origine dos choies, les deux opuscules si remarquables de M. Hïrn de Colmar : ta Vie

LE PROBLÈME COSHOLOGIQUE. 115

Nous nous sommes tenus Jusqu'ici dans le domaine de l'existence purement mécanique. Il ne sufllt pas de coii^idérer notre planète dans sa condilion astronomique ; il faut encore saisir sous ses divers aspects la vie riche et complexe qui s'y développe et en lirer les conclusions qui en ressortiront logiquement pour son origine.

Nous passerons rapidement sur le règne minéral parce qu'il est soumis aux mêmes lois que le règne sidéral. Là aussi nous trouvons la régularité, la fixité, la loi. Les atomes qui, en se combinant d'une certaine façon, produisent le cristal avec ses formes déterminées, invariables, ne sont pas mus paruu hasard capricieuxiilsreproduisentuue sorte dedessin^ ils sont jetés dans un moule idéal. Nous retrouvons dans leur combinaison ia géométrie vivante que nous avons vue à l'œuvre dans le système planétaire. Donc l'intelligence, qui n'est pas dans la matière et qui ne peut être identiflée à un mouvement, a présidé elle aussi aux combinaisons de ce

/u/ure et la Scienei; moderne — Réfutathm scientifiques du matérialisme. Partant d'une BDslyse du phéncimène de l'altraction, le savant auteur élabllt qu'il ne peut s'expliquer par le simple mouvement dce molécules de matifere inteiposées entre les deux corps qiiî s'attirent et qu'il faut II («ut prix admettre une force invisible qui ne se résout pas eu alomes. En ce gui concerne l'origine des choses, M. Hirn, s'appuyont sur le principe que rien ne se perd dans notre univers qui est comme un vaee fermé où toul« prce subsiste inté)jTiile au Iravera de ses varlutions, en conclut que notre monde, ou systÈme du monde, ne saurait revenir ï la nébuleuse primitive, sous peine d'une déperdition de force inadmissible et que, par conséquent, il faut que cette nébuleuse ou cet état de la matière dispersée et coofuse ait eu un commencement; car, s'il avait été précédé d'évolutions semblables i. celles qui ont produit notre monde, il y aurait en déperdition des forces mises en jeu pour une telle évolution. Donc la nébuleuse elle-même remonte à un acte créateur qui l'a produite avec les principe* de son développement futur enfermés en elle i. l'éLat virtuel. « Les substances i. l'aide desquelles se sont organisés les mondes ont été créées p»r un être tout- poissaol, antérieur i tout ce qui existe {p. 2i]. s Pour l'être existant par sa seule force propre, le lempa ne pent élre, comme il est pour nous, une durée; il n'est qu'un mode. Nous ne savons pourquoi l'auleur a compliqué sa discussion d'un liore-d'œuvre sur le miracle qui noua transporte sur un tout autre terrain,

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tu LES ORIGINES.

monde iDférieur. Le cristal n'est pas plus ie produit du hasard

aveugle que l'univers. C'est un cosmos à sa manière.

Si le monde inorganique manifeste déjà un plan, il n'est pas sa propre fin ; il est en relation avec un moude supérieur auquel il fournit comme uoe base d'existence et pour lequel il élabore les matériaux de cette existence : c'est le monde organique, lequel est lui-même dans la dépendance d'une sphère qui le dépasse tout en s' appuyant sur lui, je veux dire le monde de l'esprit, de la pensée, le monde intellectuel et moral. Nous déterminerons plus tard les caractères spécifiques de ces mondes superposés, à la fois distincts et liés les uns aux autres. Ce que nous voulons uniquement établir pour l'instant, c'est leur liaison étroite, c'est leur relation. Tout d'abord, il est incontestable que ces trois mondes ou ces trois sphères de l'être sur notre planète ne peuvent se confondre. Les corps bruts ne sauraient être assimilés aux êtres organisés. Placés dans des conditions favorables, les corps bruts durent indéfiniment sans rien emprunter, sans rien abandonner au monde ambiant; les êtres organisés, dans quelque condition qu'on les place, ne durent que pendant un laps de temps déterminé, et, pendant cette existence, ils éprouvent à chaque instant des perles de substance qu'ils réparent par des matériaux pris en dehors. Comme l'a fort bien dit M. Naudin, un cristal est assez semblable à une de ces piles régulières de boulets que l'on voit dans tous les arsenaux. II ne s'accroît que par l'extérieur, comme la pile grandit quand l'artilleur ajoute une nouvelle couche de boulets. C'est exactement le contraire dans l'être organisé (1). » Au-dessus du monde organique est la haute sphère de la pensée et de la volonté. Cette distinction des trois mondes n'empêche pas leur corrélation. Le monde organique ne peut se passer du monde inoi^anique. « Les êtres vivants sont pesifnts et relèvent à ce titre de la gravitation; ils sont le siège de phénomènes physico-

(1) Quatrefages, FEspèce humaine, p. 2,

LE PROBLÈHE COSHOLOGIQDE. HT

cbimiques nombreux, variés, indispensables à leur existence. La vie n'est pas en antagoaisme avec les forces brutes ; elle domine et règle leur action par ses lois (!}. » Dans le monde oi^anique, nous distinguons ie monde végétal et le inonde animal; il est certain que le premier est nécessaire au second pour ses principales fonctions. Enfin, ce n'est pas aujourd'hui que l'on contestera que la pensée ne peut se passer du cerveau, c'est-à-dire de l'oi^anisme qui lui fourni( un instrument délicat. Il résulte de cette considération générale des modes et des degrés de l'existence sur notre planète que les inférieurs servent aux supérieurs, que chacun d'eux est un but pour celui qui le précède et un moyen pour celui qui le suit ; qu'il y a, par conséquent, un dessein général dans la disposition du monde, un engrenage de tous les êtres qui les pousse et les dirige à une fm commune.

Cette finalité qui éclate dans l'ensemble se manifeste dans le détail avec nne évidence à laquelle on ne se dérobe qu'en rompant avec toutes les analogies, avec celles même qui s'imposent le plus fortement et le plus immédiatement à l'esprit. Nous savons très bien que, quand noua avons rassemblé des matériaux divers, de la pierre, du fer, du ciment pour bâtir une maison, nous avons poursuivi un but, et que ce but, cette fin existant à l'état d'idée dans notre pensée a élé la cause déterminante de notre œuvre, la vraie cause finale, le seul motif qui explique ce rassemblement et l'agencement de ces matériaux qui n'étaient point destinés naturellement à se réunir et à se combiner. Toute détermination du présent pour l'avenir a ce caractère de finalité, de dessein. On comprend très bien qu'il n'y ait pas de but, de lin dans la production d'un phénomène qui résulte des simples causes antécédentes. La production de l'orage par le dégagement de l'électricité s'explique tout simplement par l'état antérieur de l'atmosphère. 11 n'en est pas de même lorsque des phénomènes d'ordre différent

(1) L'Etpèce hutnaine, p. S.

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soat combinés en vue de produire un effet futur qu'ils n'eussent jamais nialisé par eux-mêmes et à eux seuls, pas plus que le fer, la pierre et le ciment n'eussent abouti à la construction d'une maison, s'ils n'avaieut été mis en œuvre d'une certaine façon en vue de l'édifice à construire. La matière est tout au présent : elle n'a rien à faire avec une vue d'avenir, avec ce qui n'est pas encore, ce qui esta l'état de plan idéal, c'est-àdire le contraire de ce qu'elle est. Dès qu'apparait le plan, le dessein, la vue d'avenir, nous sommes en dehors du mécanisme, nous entrons dans la finalité (1). Celte vue d'avenir, ce plan qui combine de^ phénomènes divergents pour un résultat futur à obtenir et dont la réalisation est poursuivie par des moyens appropriés, nous le retrouvons certainement dans la nature « Quand une combinaison de phénomènes, dit M. Janet, pour être comprise n'a besoin que d'être rapportée â ses conditions antécédentes, il n'y a rien là autre chose que le rapport delà cause à l'effet; mais quand la combinaison, pour devenir intelligible, doit se rapporter non seulement à ses causes antécédentes, mais à ses elTets futurs, le simple rapport de cause à effet ne sulfit plus, i! transforme en rapport demoyen au but le rapport delà cause à l'effet (2). » Nous nous contenterons de quelques exemples concluants. Je les emprunte à l'être organisé oii, comme le dit Kant, tout est réciproquement but et moyen. 11 constitue, comme l'a très bien dit Cuvier au sujet de sa fameuse loi de corrélalion organique, un ensemble, un système clos dont les parties se correspondent mutuellement et concourent à une même action définitive par une réaction réciproque. C'est bien là ce que Claude Bernard appelle l'idée directrice de l'être vivant qui, seule, explique sa formation et sa constitution d'après un plan déterminé où tous les éléments se disposent hiérarohiquement et se combinent en vue de ia réalisation du type préconçu.

(1) Voir, pour les développomenls de la finalité, lo beau livre de M. Janet sur les Came! finales, si complet, si lumineui, si concluant, p. 42, (î) Causes finales, p. 42.

LE PROBLÈME COSHOLOGIQUE. ItS

a Ce qui caractérise la machine vivante, AU le grand physiologiste, ce n'est pas la nature de ses propriétés physicochimiques, si compliquées qu'elles soient, mais bien la création de cette machine qui se développe sous nos yeux, dans des conditions qui lui sont propres et d'après une idée définie qui exprime la nature de l'être vivant et l'essence même de la vie. Ce qui est essentiellement du domaine de la vie, et ce qui n'appartient ni à lu physique ni à la chimie, ni à rien d'autre, c'est l'idée directrice de cette évolution vitale. Dans tout germe vivant, il y a une idée créatrice qui se développe et se manifeste par l'organisation. Pendant toute sa durée, l'être vivant reste sous l'influence de cette même force vitale créatrice. Ici comme partout, tout dérive de l'idée qu'elle seule crée et dirige (1) ». '

Cette finalité, qui est la raison et la condition d'existence de l'être vivant, apparaît dans sa génération comme dans son développement et sa constitution définitive. Bien ne révèle avec plus de clarté cette combinaison de phénomènes disposés en vue d'un effet futur qui est la raefileure preuve de la finalité que la différence des sexes. Cette différence ne peut absolument pas s'expliquer par une nécessité d'organisation pour le mâle ou la femelle considérés isolément. Elle n'a de sens qu'en vue de l'acte futur qui doit les réunir pour un instant rapide, et pourvoir à la conservation de l'espèce; or, cerapppochément n'est possible entre l'un et l'autre que s'il y a une conformité parfaite de forme et de structure, une adaptation préalable. La constitution physique soit du mAIe, soit de la femelle, dans ce qu'elle a de spécial, n'importe en rien à leur état présent. Leur adaptation organique est préparée en vue de l'avenir. C'est donc la perspective de cel avenir qui y a présidé ; le but, la fin, le dessein sont ici évidents. La même conclusion s'impose à nous, si nous considérons le dévelop-

(1) Ctande Bernard, introdvclion à l'étude de la médecine expérimentale.

pement de la vie embryonnaire; les appareils des sens qui ne doivent fonctionner que plus lard sont déjà préparés dans le sein de la mère, et appropriés d'avance au milieu pour lequel ils doivent servir. La même prévision se retrouve dans le phénomène de la lactation chez les mammifères. La femelle, avant d'être mère, possède les organes les mieux faits pour faciliter l'allaitement, de telle sorte que le lait pourra monter dans les mamelles au moment voulu. L'appareil nutritif existait avant la naissance des jeunes et était disposé de façon à ne fonctionaer qu'après leur naissance, et à répondre à leur instinct, lequel trouve dans leur propre organisation le moyen de se satisfaire immédiatement. Nous ne pouvons que renvoyer aux livres spéciaux, pour l'admirable conformation des organes des divers sens, en vu5 des services qui leur seront demandés. Parier de hasard, de coïncidences heureuses multiples, est un non-sens, quand il s'agit de l'oeil, disposé comme l'appareil optique le plus parfait, le plus délicat, subissant les modifications que commande la diversité des milieux, sans qu'il soit possible de les attribuer à leur influence. C'est ainsi que l'appareil optique est isolateur par ses facettes et ses cônes, pour les insectes et les crustacés, grâce à un ensemble d'accords et de convenances qui ne peuvent résulter de la rencontre fortuite de milliers de causes aveugles. Il devient convergent chez les animaux supérieurs, dont les yeux à lentilles sont absolument semblables à l'appareil artificiel appelé chambre noire. Nous retrouvons la même' adaptation dans les autres organes des sens, avec les mêmes modificatious en vue de la différence des milieux. L'appareil de l'ouïe se modifie selon que les animaux sont appelés à vivre soit à l'air libre, soit au. fond de l'eau. Jamais les deux systèmes ne sont intervertis et ne se rencontrent au hasard, soit dans l'air, soit dans l'eau. Une cause toute physique et mécanique ne rend pas compte d'une appropriation si parfaite de la structure de l'oreille à ses divers usages. On sait comment l'appareil respiratoire s^

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transforme, suivant que l'ammal est appelé à séjourner dans l'eau ou à vivre à l'air libre. Voilà pourquoi nous avons, pour les uns, l'appareil des branchies, et pour les autres l'appareil respiratoire pulmonaire. En ce qui concerne la structure du cœur, si admirablement appropriée k sa grande fonction, si merveilleusement agencée, comment admettre raisonnablement, sans dessein préconçu, un mécanisme à la fois si compliqué et si simple, sinlple par le principe, compliqué par le nombre des pièces qui sont en jeu ? Et il faudrait supposer qu'une cause physique, agissant d'après des lois données, a rencontré, sans l'avoir cherché, le système le plus propre de tous à permettre la circulation du sang, tandis que d'autres causes, (paiement aveugles, déter^ minaient la production du sang, et le faisaient couler, en vertu d'autres lois, dans des canaux si bien disposés {1), L'admirable harmonie de tout ce système, et la corrélation des parties, achèvent cette démonstration irréfragable de la finalité pour les organes.

iNous pourrions tirer les mêmes conclusions de cette industrie spontanée qui s'appelle l'inslinct; mais nous réservons tout ce qui s'y rapporte pour les parties de ce livre où nous aborderons, la question anthropologique et où nous aurons à établir la distinction entre l'insUnct et l'intel-

Ën résumé, l'être vivant nous apparaît comme une vivante ûnalité réalisant l'idée directrice; sa cause est dans sa lin, car tout en lui y tend et est disposé en vue de sa réalisation. Il s'ensuit que sa raison d'être est dans son idée directrice. Elle le précède, puisqu'elle le prépare et l'approprie à cette fin. C'est dire qu'il existait en virtualité, en puissance, avant d'exister en réalité, de même que l'édirice construit par l'architecte a commencé par exister dans son plan, en vertu duquel il a feit rassembler les matériaux de provenances diverses

(l) Janet, CauKi finales, p. 14.

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et les a contraints à se combiner d'une certaine façon et à revêtir une certaine forme qu'ils n'eussent jamais trouvée abandonnés à eux-mêmes et dans leur isolement. Ce qui est vrai de la maison est vrai de chaque être organisé, qui est une construction sur un plan, d'après une idée directrice. Cela est vrai du chêne, qui a existé en puissance virtuellement dans le gland. Cela est vrai de l'animal, qui a existé virtuellement et en puissance dans la cellule d'où il est sorti. Cela est vrai de cet immense édifice du monde, ei c'est pour cela qu'il s'appelle un cosmos, un tout harmonique combinant, confonnémentà un de3seiad'ensemble,desmyriadesd' éléments divers et de substances. Partout la virtualité a précédé la réalité et l'a délermiiée ; seule elle l'explique. 11 s'ensuit que le principe, la raison d'être de celte réalité échappe aux prises de la sensation, qui ne peut saisir que l'actuel sans jamais atteindre le possible. « Il y a, dit M. Charles Secrétan, dans la nature et dans la vie des choses réelles et qu'on ne voit pas. Mieux encore, ces réalités invisibles sont les plus essentielles de toutes. On ne voit pas le but qu'un homme se propose dans sa conduite et, cependant, toute sa conduite est déterminée par un but. On ne voit pas l'homme dans l'enfant ni l'arbre dans la semence; mais on les discerne, on les connaît et, sans cette divination, on ne saurait rien, ni de la semence ni de l'enfant. Les notions d'idées, de but, de puissance n'ont aucun objet qui tombe sous les sens et, cependant, elles sont absolument indispensables pour nous démêler dans le chaos de nos sensations et pour constituer une expérience. Il n'en est pas autrement de l'idée de cause qui gouverne tout (1). B

Aristote a marqué cette belle théorie de l'être en puissance du sceau de son génie, et il en a lire, avec une logique rigoureuse, la conséquence qui s'impose à la raison, à savoir que cette idée directrice et formatrice du vivant, cette virtualité

(1] ChuleB Secrélau, Discours laïques, p. 37-33.

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qui se développe dans ses orgaoes, implique l'esprit, la pensée qui l'a conçue et préparée; car cette pensée ne pouvant être elle-même une simple virtuatilé, une simple possibilité, — ce qui ne ferait que reculer la difflculté, — est un acte éternel. « Tout phénomène qui se produit, dit-il dans sa Métaphysique, tend et se dirige vers un principe et une fin. Le principe, c'est le pourquoi de la chose, et la production n'a lieu qu'en vue de la fin poursuivie. Or, cette fin, c'est l'acte (la réalisation du possible), et la puissance (ou ta virtualité) n'est comprétiensible qu'en vue de l'acte. Si toujours c'est de l'être en puissance que vient l'être en acte (en d'autres termes, si toujours le dessein, le plan d'un être précède sa réalisation), ce n'est que grèce à rinfiuence préalable d'un être qui soit lui-même également en acte, d'un être qui n'est pas un simple possible, qui subsiste par lui-même et éternellement. Si rien n'est éternel, il ne se peut davantage que rien se produise ou devienne; car II faut, de toute nécessité, que ce qui devient et se produit soit quelque chose, que ce dont il devient existé aussi, et que le dernier de tous ces termes ne soit plus produit, puisqu'il doit y avoir un arrêt et que ce qui devient ne peut pas venir de ce qui n'est pas. Les choses éternelles ne peuvent pas être en puissance (à l'état de simple virtualité), puisque ce sont là les principes premiers, et que, si ces principes n'existaient pas, rien ne pourrait exister sans eux{I). «

Nous sommes ainsi reportés à un premier principe, toujours en acte, toujours actuel et vivant, duquel procèdent ces virtualités ou ces germes des êtres particuliers. Ce , passage de la virtualité à l'acte est la loi de tous les êtres particuliers, qui ne font ainsi que réaliser la fin en vue de laquelle ils existent. Celte fin est tout à la l'ois leur cause formelle et finale, celle qui les forme et les achève. Cette fin

g II, trad, de M. Barthélémy

était conteDue dans la pensée initiale d'où tout émane ; mais ceUe peasée elle-même n'a pas été soumise à celte loi qui fait passer l'être particulier de la virtualité à l'acte, sinon tout commencerait par la virtualité et y aboutirait ; il n'y aurait aucune base, aucun principe éternel pour l'être; l'existence universelle en resterait à une simple possibilité qui ne trouverait pas en elle la force, le moyen d'arriver à l'être, ni dans le, tout ni dans ses parties. C'est ce qui faisait dire à Aristote que les germes nous reportent à un être supérieur déjà achevé. Le primitif n'est pas le germe : c'est l'être complet qui le produit. L'embryon qui contient l'homme entier en puissance, à l'état virtuel, suppose l'homme adulte complet qui le produit ; mais cet homme lui-même n'est qu'une cause secondaire: il faut en revenir à la cause première, parfaite, éternelle qui, dans chaque germe, dans chaque virtualité, a déposé sa propre pensée et la foi-ce vitale capable de le développer selon son plan. Pour concevoir et réaliser ce plan, il était nécessaire que cette cause première fût vivante, actuelle. Nous trouvons un dessein, une pensée en préparation dans chaque être. Pour que ce dessein fût conçu et réalisé, il a fallu une pensée achevée, complète, vivante ; il a fallu Dieu. C'est là toute la théorie d' Aristote. Elle n'a pas vieilh d'un jour depuis tant de siècles.

Aristote faisait de son Dieu une intelligence pure, se contemplant elle-même, et mouvant le monde par l'attraction de son excellence. Cet idéahsme sublime par tant de côtés, qui remplit tout le douzième livre de la Métaphysique, avait pour contre-partie l'éternité de la matière ; il ne saurait épuiser ' pour nous la notion de la cause première dout la sagesse éclate dans les marques de dessein partout reconnaissnbles dans les êtres particuliers et dans l'harmonie d'un monde où tout se résout en fmalité. Cette cause première n'est pas seulement intelligente, elle est puissante; elle n'a pas uniquement con^^u son plan, elle l'a réalisé, et son intervention créatrice est aussi évidente pour nous que sa sagesse. En

LE PROBLÈME COSHOLOGIQUE. 155

effet, ces divers degrés de l'existence que nous reconuaissoDS dans le inonde ne sont pas seulement distincts tout en étant concordants ; ils sont encore intranchissables. Jamais on u'a vu ta vie sui^ir du règne minéral ; jamais les combinaisons des forces chimiques et ptiysiques n'ont rien produit de pareil. D'habiles chimistes ont pu élaborer certaines substances qui entrent dans la composition de la vie; mais sa composition même, ce qui lui donne son caractère propre , n'a jamais été produit par leurs cornues. Elle n'est pas ^davantage sortie de l'immense alambic de la nature. La science est plus éloignée qu'elle ne l'a jamais été de confirmer l'hypothèse des générations spontanées, quand bien même cette hypothèse est réclamée comme une nécessité par toute l'école transformiste. On n'a pu triompher des expériences concluantes de M. Pasteur, qui a partout trouvé un germe, même dans les cas qui semblaient les plus favorables aux croyants et aux confesseurs de la génération spontanée. Écoutons, sur ce point, des témoignages qui ne peuvent être sujets à caution. « La génération, dit M. Claude Bernard, qui préside à la création oi^anique des êtres vivants a été regardée, à juste litre, comme la fonction la plus mystérieuse de la physiologie. On a observé de tout temps qu'il y avait une filiation entre les êtres vivants et que, pour le plus grand nombre, il» procédaient visiblement de pareils. Cependant, il était des cas où celte Qliation n'était pas apparente, et, alors, on a admis des générations spontanées, c'est-à-dire sans parents. Cette question très ancienne a été reprise ces derniers temps et soumise à de nouvelles études. En France, les générations spontanées ont été repoussées par dilTérenls savants, mais surtout par M. Pasteur. Elles ont été, au contraire, admises par divers naturalistes et, particulièrement, par M. Pouchet, qui a soutenu, à leur sujet, l'hypothèse de l'ovulation spontanée. M. Pouchet a voulu établir qu'il n'y a pas génération spontanée de l'être adulte, mais génération de son œuf ou de son

me LES ORIGINES.

germe. Cette vue me parait tout à fait inadmissible, même comme liypotlièse. Je considère, en effet, que l'œuf représente une sorte de formule organique qui résume les conditions évolutives d'un être déterminé par cela même qu'il en procède. L'œuf n'est œuf que parce qu'il possède une virtualité qui lui a été donnée par une ou plusieurs évolutions antérieures dont il garde, en quelque sorte, le souvenir. C'est cette direction originelle, qui n'est qu'un atavisme plus ou moins prononcé, que je regarde comme ne pouvant jamais se manifester spontanément et d'emblée, I! faut nécessairement une influence héréditaire. Je ne concevrais pas qu'une cellule formée spontanément et sans parents pût avoir une évolution, puisqu'elle n'aurait pas eu uu état antérieur. Quoi qu'il en soit de l'hypothèse, les expériences sur lesquelles étaient fondées les preuves des générations spontanées étaient, pour la plupart, fautives. M. Pasteur a eu le mérite d'éclairer le problème des générations spontanées en réduisant les expériences à leur juste valeur, el en introduisant dans ce sujet une précision plus grande. Il a faitvoirque l'air était le véhicule d'une foule de germes d'êtres vivants (1). »

Si l'apparition de la vie est un fait absolument nouveau, irréductible, qu'aucun antécédent naturel n'explique, l'apparition de la conscience, de la pensée, de la vie morale dont nous réservons l'étude approfondie à une autre portion de ce livre, n'est pas moins inexplicable et implique une intervention nouvelle de la causalité suprême. Il résulte donc pour nous, de cette considération rapide du monde qui est sous nos yeux, que tout y implique une causalité à la fois intelligente et puissante.

En résumé, s'il est vrai, comme l'a dit Bossuet, « que tout ce qui montre de l'ordre, des proportions bien prises et des moyens propres à faire de certains effets, montre aussi une fin expresse, par conséquent, un dessein formé, une intelli-

(1) Rapport de M- Claude Bernard à l'Académie de médecine.

LE PROBLÈME COSHOLOGIQUE. IGT

gence réglée et un art parfait (1), s l'iiniveps fait éclater cette intelligence réglée et cet art parfait, aussi bien dans les espaces immenses que dans la moindre molécule ; car, dans l'inflniment petit comme dans Tinfiniment grand, dans la planète comme dans l'atome, tout obéit aux mêmes lois mathématiques, physiques ou chimiques; le calcul, c'est-à-dire le contraire du hasard, les domine el règle leur mouvement et leurs afTinitcs. Quand apparaît l'organisme vivant, il nous révèle un art plus parfait, merveilleusement habile à combiner les phénomènes les plus divergents, en vue de l'effet prévu. Ce plan, ce dessein qui ressortent de l'examen d'une cellule ou du moindre corps organisé, se manifestent avec autant de grandeur que de sûreté, dans les concordances tlnales de toutes les parties de ce vaste ensemble que nous appelons le monde, ce qui veut dire l'ordre réalisé. Cette harmonie ne satisfait pas seulement notre raison, elle nous remplit d'une admiration qui est une de nos joies les meilleures, parce qu'elle est désintéressée. La beauté se manifeste à nous comme une finalité plus haute ; elle nait pour nous d'une correspondance mystérieuse entre ce type idéal du beau que nous portons en nous et le spectacle des choses où nous retrouvons réalisées nos idées d'harmonie ou de grandeur, de grâce ou de m^esté. 11 y a ici plus que le simple groupement des atomes ; la forme qui les a disposés esthétiquement n'est pas un simple mouvement : c'est une pensée. L'impression de la beauté que produit sur nous ce monde si divers, si riche ' en contrastes, implique autant d'art que la symphonie d'un Beethowen ramenant l'incohérence des sons à un accord magistral, sur lequel plane une pensée sublime, un sentiment puissant. Aussi, quand le chantre inspiré de l'antique Israël s'écrie que les cieux racontent la gloire du Dieu fort, ou quand le grand apôtre Paul nous fait voir comme à l'œil, dans le monde visible, les perfections de son Dieu, nous leur donnons raison.

(1) BotBuet, De la connaiisance de Dieu el de aot-méme, liv. l".

IBS LES ORIGIHES.

Nous trouvons daQS leur langage enthousiaste l'expression lyrique du principe fondamental de l'enteiidenienl, de ce principe de causalité qui ne permet pas d'admettre que le plus sorte du moins, qui demande une proportion exacte entre les efTets et les causes. Pour qu'ils aient tort, il faut que la raison elle-même ait tort.

Nous ne saurions mieux conclure ces considérations qu'en citant les belles paroles par lesquelles Âristote termineson énumération des philosophes anciens : « Après tous ces philosophes et tous ces principes, dU-il, qui élaient Impuissants à expliquer la production et la nature des choses, les sages ont été contraints, par la vérité elle-même, à chercher le principe qui était la conséquence véritahle de celui qu'ils admettaient ; car, ce qui fait que certaines choses sont bonnes et belles et,que d'autres le deviennent, ne peut être vraisemblablement la terre ni aucun élément de cet ordre qui en soit la cause. D'ailleurs, il n'est pas non plus vraisemblable que ces philosophes aient conçu une si grossière idée. En effet, il serait par trop déraisonnabledes'enremettre, pour une chose aussi importante que celle-là, à l'action d'une cause fortuite et à l'action du hasard. Aussi, quand un homme, Anaxagore, vint proclamer que c'est une intelligence qui, dans la nature aussi bien que dans les êtres animés, est la cause de l'ordre et de la régularité qui éclatent partout dans le monde, ce personnage fit l'effet d'avoir seul la raison et d'être, eu quelque sorte, à jeun après l'ivresse extraordinaire de ses devanciers. Ce sont les philosophes, partisans de ce système, qui ont en même temps établi que la cause qui fait que tout est bien dans ce monde est aussi la cause d'où part le mouvement et anime tout ce qui existe. (1) >

(1) Arielote, Métaphysique, I, ni.

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