LE TRANSFORMISME MONISTE
Noua abordons la seconde fotme de la théorie évolutionoiste, celle qui s'appelle elle-même îe monisme, pour bien marquer qu'elle n'admet qu'un seul principe à l'existence universelle et à tous ses développements. Ce principe est pour elle la force, et par là elle se rend incompatible avec le théisme. Le transformisme le plus décidé pourrait, même en écartant toute intervention créatrice dans le développement successif des ôtres, écbapper au matérialisme, s'il admettait que la vie et l'esprit étaient primitivement contenus à l'état virtuel dans le premier principe de l'évolution ; car nous serions ainsi reportos à une cause intelligente et puissante, qui seule aurait pu produire ces germes ou ces puissances distinctes de la force. La preuve scientifique resterait à faire ; mais la finalité serait sauve et l'idée de Dieu intacle. Le monisme auquel nous nous attaquons est proprement le transformisme matérialiste.
Il faut reconnaître qu'il a rallié quelques-uns des plus vigoureux, esprits de notre temps. Nous ne jious occuperons que des deux principaux, Herbert Spencer et Hœckel. Herbert Spencer, l'auteur du livre Aes Premiers principes, a tenté le plus puissant effort à nous connu pour construire le monde en se passant complètemeut de l'esprit, et en se contentant du simple jeu des forces mécaniques. Il n'a pas seulement essayé une de ces constructions hardies qui ne portent que sur les hases spéculatives et restent à l'état abstrait ; il a encore appliqué à toutes les sphères de l'existence son explication première avec une rictiesse inouïe de détails précis; il a cherché à y faire rentrer tous les êtres vivants, l'homme, la société, la morale, la religion. Le système se dérouie avec une ampleur sans pareille et une clarté magistrale ; il a très certainement enrichi la science d'aperçus féconds, sans parvenir néan-
LE PROBLËHE COSHOLOGIQUE 199
moins, selon nous, à expliquer le point de départ et la progression harmonique de l'évolution des choses.
Le principe premier du système d'Herbert Spencer est la grande loi mécanique de la permanence de la force au travers de ses transformations ; il l'élève vraiment à l'état d'axiome, car, selon ses propres expressions, la preuve ne l'atteint pas. La matière est identique k la force, l'existence uni^ verselie s'explique par les lois du mouvement transformé (1). L'évolution est le développement de l'univers conformémenl à ces lois. La première de ces lois est que chaque chose se meut dans la ligne de la nioiodre résistance; toute résistance étant un obstacle au mouvement, celui-ci se continue identique à lui-même tant qu'il ne rencontre pas d'obstacle ; il s'affaiblit ou se perd dans la mesure exacte où il doit lutter contre des résistances. La secbnde loi du mouvement vérifiée par l'expérience universelle qui nous montre partout la réaction suivant l'action est la loi du rythme ou de l'altepnance. Elle se déduit également de la permanence de la force. Ne pouvant pas se perdre, celle-ci doit, après avoir paru s'absorber dans les corps, s'en dégager et reparaître sous la forme de délente ; c'est ainsi que l'action amène la réaction. Le rythme est la propriété nécessaire de tout mouvement. Le rythme s'impose invariablement depuis le mouvement giratoire lent des étoiles doubles jusqu'aux oscillations d'une rapidité inconcevable des molécules, depuis les changements que présente la terre, tels que le retour des époques glaciaires et l'alternance des périodes, de soulèvement et d'affaissement jusqu'aux vents et aux marées- Le rythme ne se montre pas avec une évidence moindre dans les fonctions des oi^anismes vivants, depuis les pulsations du cœur jusqu'au paroxyme des passions. Cette loi du rythme implique non seulement la réaction après l'action, mais encore la dissolution après l'évolution.
(1) Sur les lois du mouvement, voir le livre d'Herbert Speocer sur les Premiers principes, p. 491 et suiv. [Paris, Germer-Bwilièpe, 1871.)
!oa LES ORIGINES.
Toute évolution consiste en ce qu'une portion de la matière diffuse soit couceatrée ou iotégrée et par là même qu'une portion de mouvement soit dissipée. Si le mouvement avait toujours conservé la même action sur les molécules, celles-ci seraient restées à Tétat iTe dispersion ; pour qu'elles en soient sorties, il faut qu'elles aient été en partie immobilisées, c'està-dire qu'une portion du mouvement se soit dissipée. Grâce à révolution, un agrégat s'est formé et il ne s'est formé que parce que la matière qui le compose a passé d'un état plus diffus à un état plus conceutré, en un mot qu'elle s'est contractée, immobilisée, ce qui implique une perte de mouvement : « L'évolution est, en définitive, un changement partantd'une forme moins cohérente pour aller aune forme pluscohérenle par suite de la dissipation du mouvement et de l'intégration ou concentration de la matière. C'est la marche universelle que suivent les - eiistences sensibles individuellement et dans leur ensemble pendant la période ascendante de leur histoire. Tels sont les caractères des premiers changements que l'univers a dû traverser comme aussi des derniers que nous pouvons constater dans la société et les produits de la vie sociale depuis la formation des planètes et des satellites qui s'est produite pendant la concentration de la nébuleuse jusqu'à celle des organes distincts qui marche avec la croissance de l'organisme entier et l'apparition de centres industriels spéciaux, o Dans toutes ces intégrations et concentrations d'agrégats, il y a perte de mouvement, sinon il n'y aurait pas concentration. Mais nous ne devons pas oublier que cette perle n'est qu'apparente, car ce mouvement perdu doit reparaître transformé. Il s'ensuit que l'agrégat formé grâce à cette déperdition apparente de force n'échappera pas à l'action du mouvement modifié; repassant de l'état concentré à l'état dilTus, il se dissoudra. Les plus grands agrégats comme les plus petits sont soumis à cette loi. Aussi la conclusion de l'évolution cosmique est-elle la dissolution universelle, au nom même de la grande loi du rythme qui découle de celle de la permanence de la
LE PROBLÈHE COSHOLOGIQUE. SOI
force. Nous savons biea que cette dissolution sera suivie d'évolutions nouvelles ; il n'en demeure pas moins que notre monde à nous, avec tout ce qu'il renferme, doit se perdra dans la matière sidérale et qu'il tend à l'anéantissement de son organisation actuelle. * Ce sont les forces universellement coesistantes d'attraction et de répulsion qui impriment un rythme à la totalité de ces changements, c'est-àtdire produisent tantôt une période durant laquelle les forces attractives prédominent et causent une attraction universelle, tantôt une autre période durant laquelle les forces répulsives prédominent et causent une diffusion universelle, des ères allernanles d'évolution et de dissolution (1). »
Herbert Spencer, malgré cette conclusion désespérante de notre évolution cosmique, n'en recherche pas moins à en remener le développement à des lois moins générales que la simple intégration et concentration de la matière. Il s'agit de savoir comiAent elle passe de sa diffusion primitive à une intégration dont les prières se mesurent à l'intensité de la concentration. Pour l'être, progresser, c'est se déterminer, se différencier. Tout commence par l'indétermination complète, la confusion, l'Âomo^i^ absolu. Comment de cet homogène arrivons-nous, par les simples lois du mouvement en partant du principe de la permanence de la force, à l'existence multiple, définie? Ici, il faut distinguer entre le monde inorganique et le monde oi^anique ; ils sont bien soumis aux mêmes lois, mais, pour le second, elles s'enrichissent et se complètent. Herbert Spencer statue deux grandes lois pour expliquer le passage de l'homogène, ou de l'un, au multiple. La première de ces lois est l'instabilité de l'homogène. Les différentes parties d'un agrégat homogène sont exposées à des forces différentes, soit par l'espèce, soit par l'intensité, et par suite sont modifiées différemment. De ee qu'il y a un côté interne et un côté externe, de ce que ces côtés ne sont pas également près
(1) Herbert Spenoer, ouv. cité, p. 3*1.
109 LES OBIGINES.
des sources d'action voisines, il résulte qu'ils reçoivent des influences inégales par la qualité et la quantité ; il résulte aussi que des changements différents doivent se produire dans les parties qui sont influencées diversement. C'est ainsi que la diversité et la multiplicité naissent de la confusion primitive. La seconde loi concerne non plus simplement l'action des forces sur l'homogène, mais l'action de l'homc^ène sur les forces. Les forces qui tombent sur un agrégat uniforme se désagrègent nécessairement; elles se dispersent. Si elles tombent sur un agrégat composé de parties dissemblables, elles subissent de ces parties une dispersion aussi bien que des différenciations qualificatives. Ainsi se produisent des forces secondaires qui subiront à leur tour des difl'érenciations- qui s'accroîtront dans la proportion des différenciations déjà produites. Cette loi s'appelle la loi de multiplication des effets. « Une force unique se divise par son conflit avec la matière en forces qui divergent grandement. » L'exemple le plus simple fera comprendre cette loi. Prenons une chandelle allumée. Nous trouvons d'abord un changement chimique consécutif à un changement de température. L'opération de combinaison une fois mise en mouvement par la chaleur venue du dehors, il se fait une production continuelle d'acide carbonique, d'eau, etc., c'est-à-dire un résultat plus compliqué que sa cause, la chaleur. Mais à côté de cette combinaison, il y a un dégagement de clialeur, une production de lumière, une colonne de gaz chaud se dégage et s'élève, des courants s'établissent dans l'air ambiant. Chacun des changements opérés en engendre de nouveaux dont nous n'indiquons que quelques-uns. La chaleur dégagée par la combus- , lion d'une chandelle en fond le suif et dilate tout ce qu'elle échauffe. La lumière, en tombant sur diverses substances, provoque de leur part des réactions qui la modifient ellemême et de là naissent des couleurs (1).
(1] Ouv. cité, p. 163.
LE PROB.LËXË COSMOLOGIQUE. 303
Voilà donc l'hélérogène sorti de l'homogène ; mais cet hétérogène est encore indéfini, confus. Comment arriver à l'être défini, caractérisé? C'est ici qu'intervient la troisième loi, celle de la ségrégation qui de l'homogène indistinct tire les parties semblables et les groupe comme le vent accumule en un même tas les feuilles mortes d'un arbre eu les séparant des feuilles vertes. Dans le mlaerai soumis à l'action du feu, te fer tombe au fond et se sépare des parties inutiles. L'affinité chimique agit diversement sur les éléments d'un corps donné et nous permet d'enlever tel ou tel élément en laissant tel autre. Ainsi s'opère le triage de la nature.
Ces trois lois nous expliquent les variétés des races et des espèces, car elles nous rendent compte du principe de différenciation dans la nature, qui est le principe même du progrès. Le monde organique esl soumis comme l'inorganique à ces lois ; seulement elles se modifient pour se prêter à ses conditions d'existence ou plutôt pour les constituer. La loi de ségrégation devient la loi de la sélection naturelle telle que l'a formulée Darwin, C'est elle qui différencie les règnes, les classes et les espèces, en assurant la prépondérance des êtres les plus aptes. La sélection nalurelle est la ségrégation des êtres vivants opérée par eux-mêmes, grâce à la concurrence vitale. Deux autres lois expliquent leur conservation et leur progrès : 1" la loi de coordination ou d'intégration, qui établit l'harmonie entre les éléments différenciés dont se compose l'être vivant et en fait un tout bien lié; 2° la loi d'adaptation au milieu sans laquelle la loi de filiation naturelle ne pourrait produire aucune modification durable. Par le fonctionnemeut de ces lois, l'être vivant arrive à l'équilibre mouvant qui n'est pas l'équilibre mort et pétrifié du monde inorganique. Cet équilibre est double, car l'être orgauisé doit être mis en équilibre avec lui-même d'abord et ensuite avec le milieu ambiant. Le premier équilibre est réalisé par la loi de 'coordination et le second par celle d'adaptation au milieu. Mais, direct ou indirect, l'équilibre n'est point le terme du
20t L£S ORIGINES.
mouvement, puisque la loi du rjthme qui veut que la dissolulution ^uive l'évolution coudamne tous les êtres vivants avec le moude oit ils passent à se dissoudre pour faire place à un nouveau processus qui, lui aussi, tournera sur lui-même et s'abimera dans le tourbillon final.
M. Herbert Spencer, en retraçant le fonctionnement des deux lois de coordination et d'adaptation, profite largement des théories darwiniennes qu'il aso.in de rattacher au principe premier par lequel il prétend tout expliquer. L'hérédité joue un rôle considérable dans son système; elle transmet les progrès réalisés par la concurrence vitale, elle modiQe l'oi^anisme physique aussi bien que les instincts (1).
Pour donner plus de clarté à cette exposition qui devient si vivante chez M, Herbert Spencer, prenons une des espèces animales qui sont sous nos jeux. Nous laissons à l'anthropologie tout ce qui se ratlache à l'homme lui-même: suivons rapidement l'évolution qui de l'homogène primitif nous amène au mammifère, ce chet-d'œuvre de l'oi^anisation animale. Comme tous les autres êtres, il a fait partie de l'homogène primitif où tout était confusion, parce que la concentration n'était nulle pari et que le mouvement agitant les molécules comme un vent violent les rendait incapables de se rejoindre sous son souffle impétueux. Une fois l'hétérogène sorti de l'homogène conformément aux lois indiquées, il s'est formé des amas, des groupements de matière qui se sont concentrés et coordonnés; ils sont soumis à des forces qui se brisent et se réfractent en venant toucher les parties diverses de ce tout encore informe et elles en tirentdes diversités nouvelles qui vont ens'accroissant. La loi de ségrégation groupe les éléments semblables. Le premier être vivant apparaît encore à l'état indistinct et confus, comme cela se voit chez les zoophytes qui sont tout en bas de l'échelle animale. La dilTérenclation va se poursuivre sous
(i) Toute cette eipositioo est le réaumé du livre des Premier» prin.
l'actioQ de la ségrégation qui devient la loi de concurrence vitale. Les êtres vivants les plus aptes l'emportent sur les autres; leur supériorité se transmet parla génération. Chaque degré nouveau de l'échelle est conquis de haute lutte toujours par les plus aptes. La loi d'adaptation empêche les avantages acquis de bouleverser l'économie animale, la coordination s' opérant sans cesse entre les organes. Les changements de milieu fissent à leur tour dans le sens de la difTérenciation, c'est-à-dire du progrès; la loi d'adaptation ou d'ajustement les empêche d'exercer une action destructive. Nous arrivons ainsi à nos mammirères actuels ; la vie de société, chez eux, est à l'état d'ébauche, elle progressera sous l'action de la loi de spécification qui implique la division du travail aussi bien entre les parties d'un même organisme qu'entre les membres d'une même société animale ou humaine. Le dernier progrès de l'évolution est encore loin de nous ; dès qu'il sera atteint, l'ère de la dissolution commencera ; elle ramènera les choses à la confusion primitive et livrera au mouvement sans frein toute cette riche variété de la vie qui n'est qu'un brillant éphémère dans le recommencement et le dépérissement éternel des êtres.
Tel est ce système si profondément conçu dont l'unité maîtresse ne doit pas nous dérober l'io suffisance flagrante. Nous relèverons une première inconséquence sur laquelle nous n'avons pas à insister parce que nous l'avons déjà signalée en traitant du problème de la connaissance. L'axiome de la permanence de la force, qui déjà en tant qu'axiome échappait à la preuve, est un hors-d'œuvre dans une philosophie excluant toat àpriori. Et cependant il devient, grâce aux ingénieuses déductions d'Herbert Spencer, la clef universelle, l'explication complète de l'origine et du développement des choses. Nous demandons encore une fois comment on peut faire une place quelconque à ce grand inconnaissable qu'admet Herbert Spencer, à cet X final qui est le vrai nom de l'absolu. Comme tout se trouve expliqué par ce mécanisme, ce serait
une dérision de parler ejicope de l'inconnaissable et de l'absolu, et cependant, d'après notre philosoplie, nous ne pouvons penser au relatif sans poser, par là même, la notion d'absolu. Passons. Il est une autre objection dont M. Herbert Spencer ne peut se tirer. Jamais il ne nous rendra compte du premier passage de l'ijomogène à l'hétérogène. Au point de départ de l'évolution l'homogène existe seul; il n'a ni dedans, ni dehors, ni parties difFérencices, sinon il ne serait pas l'homogène primitif; il faudrait remonter plus hautet la dilficulté ne serait que reculée. Il s'ensuit que tout ce qu'on nous dit, soit de l'affectation différente des parties du tout par la force qui s'y heurte, soit de la réaction de diverses parties sur cette force pour réaliser la loi de l'accroissement des effets, est un noQsens, tant qu'il s'agit de la période de confusion universelle où il n'y a ni parties ni tout, mais seulement l'homogène pur. Comment établir une distinction entre cette masse confuse et les forces qui la travaillent? M. Herbert Spencer ne saurait donner une explication plausible du commencement de l'évolution (1).
Si nous en venons au principe même de l'universelle évolution qui serait purement et simplement la transformation de la force, conformément aux lois de la mécanique, nous objecterons à M. Herbert Spencer que l'être tel qu'il nous le présente pour le réduire au pur mécanisme, ne répond pas à la richesse, à la variété de la vie, et que réduit à cet état d'abstraction et de généralité, il se confond avec te non-être. , L'auteur des Premiers principes s'en tient évidemment à la catégorie de la çîtantUé sans faire une place à la qualité, à cette cause formelle ou formatrice d'Aristote qui. seule diversifie, spécialise, réaiise l'être. La mécanique qui suffit à la quantité ne donne aucune raison sutflsaate de la qualUè, sans laquelle il n'y a pas d'élément de différenciation entre les êtres et par conséquent pas d'évolution. Nous ne pouvons que
(1) Janet, Les cauies finales, Appendice, p. 70.
LE PROBLÈME COSMOLOGIQTJE. 307
renvoyer aux développements déjà présentés sur le sujet. Quoi qu'il eu soit, il est une chose que M. Herbert Spencer ne peut expliquer, c'est le pacage du inonde inorganique au monde organique, c'est la production de la vie d'abord, et ensuite celle de la pensée et de la conscience où il ne veut voir que des transformations du mouvement.
Il se heurte, comme tous les évolution nistes, à ce dilemme que nous ne nous lasserons pas de leur opposer. Ou l'enrichissement de l'être, quand il franchit un nouveau degré, lui vient dune causalité supérieure à lui, ou bien cet enrichissement était en lui à l'état virtuel, en puissance, et alors nous trouvons en lui autre chose que de la force transformée ; nous devons admettre un principe supérieur qui se développe dans des conditions favorables sans que celles-ci aient été capables de le produire, car il ne peut se résoudre dans ces conditions comme un tout dans ses parties ; il est plus et autre chose.
Si nous considérons maintenant les lois qui règlent le développement de l'être vivant, sans revenir aux objections déjà opposées au darwinisme, aucune d'elles ne s'explique sans ' Analité. La sélection naturelle, dites-vous, doit faire le triage dans le monde organique en donnant la victoire aux plus aptes, mais alors ce n'est pas cette sélection qui les produit, puisqu'elle implique que ces plus aptes existent. D'oii viennent ces êtres privilégiés sans lesquels l'évolution ne pourra commencer? Ils ne doivent pas leur aptitude à cette sélection naturelle qui en a besoin pour fonctionner. Leur supériorité a du être constitutionnelle. Quant à la loi de coordination, elle ne peut être ramenée à la loi de ségrégation ; celle-ci ne groupe que les semblables, tandis que la coordination oi^anique fait concourir à la production d'un même organe et d'une même fonction des éléments dissemblables. « Le problème à résoudre, dit excellemment M. Janet, est d'expliquer la formation d'une unité dans une multitude de parties divergentes comme dans le phénomène de la
vision. L'œil est l'unité d'une multitude de parties coinpo> santés très distinctes. Il y a ici autre cbose que la simple mécanique; il y a la coordiuation inteJligeate en vue d'une fin (1). »
L'accommodation au milieu ne va pas davantage de soi. Un changement de milieu ne produit pas du coup un changem^ent d'organes. Nous avons déjà établi que si le milieu seul change, l'animal qui n'a pas été modifié en même temps est placé là même dans des conditions d'infériorité. « Il faut que l'hannonie entre lui et le milieu soit préparée, comme cela a lieu pour les vivipares. Leur embryon commence par se nourrir au moyen d'une communication immédiate avec la mère, mais la communication cessant à un moment donné la séparation s'opère entre les deux êtres. Pour que le nouveau-né puisse vivre, il faut que déjà à l'état embryonnaire il ait été modifié de manière à pouvoir ae nourrir du lait maternel. Il mourrait s'il n'avait élé doué d'avance d'un organe préhensif. H est évident qu'ici la modification de Toi^anisme a précédé le changement de milieu et ne peut s'expliquer que par une prévision, une finalité. Ainsi, oi dans son premier terme, ni dans ses développements l'évolution ne se suffit à elle-même. La mécanique ne fait comprendre, ni la première impulsion du mouvement, ni la production, ni la coordination de la vie (2). »
La force transformée ne rend pas compte non plus de ces transformations sans analogies avec les variations du mouvement qui s'appellent la vie et la pensée. Aussi comprend-on très bien que, malgré son ordonnance admirable, le système de M. Herbert Spencer aboutisse à se détruire Ini-même; car, le dernier mot de l'évolution d'après lui est le retour à la dispersion primitive. L'évolution qui n'est que du mouvement transformé n'a d'autre terme que la dissolution ; la mécanique
LE PROBLÈME COSHOLOGIQUE. 109
qui échappe aux idées de fln et de but, ne connaît que les répulsions après les attractions, la réactionaprès l'action. Le monde étant sans but n'a d'autpe destinée que d'être détruit. On se demande alors pourquoi, en attendant ce dénouement fatal, le monde s'est si bien ordonné, ajusté et hiérarchisé? M. Herbert Spencer a eu beau faire, il a rencontré la flnalité sur son chemin, il n'a pu la supprimer; mais, comme il n'eu voulait pas au commencement des choses, il ne lui était plus permis de l'admetlpe à leur terme. Voilà ce qu'il en coûte de débuter par un si violentparti pris. L'évolution n'est admissible que s'il y a création, car c'est à celte condition seulement qu'elle a un but et qu'elle ne s'elTondre pas dans le néant de Tuaiverselle dissolution. La création n'implique point une suite de coups de théâtre et de révolutions ; l'èlre qu'elle appelle à l'exislence a en lui des virtualités qui se développeront sous l'action des causes efficientes, sans exclusion du reste des interventions possibles de la cause intelligente. Cet être en puissance est capable d'un développement §;radué et rationnel qui a pour fin non le néant, mais l'enrichissement de la vie. Encore une fois il ne peuty avoir dans le terme que ce qu'il y a au coinmenceraent et comme l'évolution si riche de la vie ne peut commencer par une pure possibilité, l'être en puissance nous reporte à l'être éteruellement actuel d'Âristote, à Dieu même.
if semble que parfois le grand penseur anglais donne raison au spiritualisme sur ce point. Ne dit-il pas quelque part " qu'on sentira toujours le besoin de donner une forme à l'afCrmation d'un Être suprême qui fait la base de notre intelligence? » La conclusion du livre des Premiers principes présente au moins comme une hypothèse permise la finalité consciente, bien qu'elle se dérobe sous le voile impénétrable des causes efficientes et purement mécaniques, a La seule manière, dit M. Herbert Spencer, de concevoir un but, c'est de nous le représenter comme un effet prédéterminé ; mais comment un effet peut-il être prédéterminé, si ce n'est
en tant qu'il est dessioé à l'avance et préreprésenté daos la cause efflcienle destinée à le produire? Et celle préreprcsentation peut-elle être pour rious autre chose que l'idée de l'efliel? Et enBn que peut être une idée, si ce n'est un acte intellectuel présent à un esprit dans une conscience? » Nous ne dirions pas autrement. Pourquoi faut-il que tout l'effort de l'illustre écrivain, dans ses livres subséquents, tende à réduire à néant cette haute intuition, et à écarter avec l'idée de Dieu la seule explication suffisante des Uns qui sont dans la nature?
Nous ne nous arrêterons pas longtemps aux théories d'Hœckel ; comme il s'est surtout placé sur le terrain proprement scientirique, il faudrait, pour l'y suivre avec utilité, engager une discussion très spéciale qui réclame des compétences particulières. Au point de vue philosophique, Hceckel ne discute pas, il pontiOe. Il parle comme un hiérophante. Darwin est son Dieu, et il se donne comme son prophète ou du moins son apôtre, prononçant l'excommunication majeure contre ouiconque ne jure pas in verha magistri. La valeur des peuples comme des individus, d'après lui, a pour mesure i'énerçie de leur adhésion au transformisme. Hœckellui a donné un nouveau nom ; il l'appelle le monisme, pour étahlir d'emblée qu'il n'admet qu'un seul principe des choses, le principe matérialiste ou mécanique. On ne peut lui contester un vaste savoir et une clarté d'exposition des plus remarquables. On jugera de la hardiesse de ses affirmations par le passage suivant : a Partout nous sommes en mesure de substituer aux couses conscientes, aux causes finales, des causes inconsetentes et fatales. Quand ce serait là l'unique résultat des récents pro-
LE PROBLEME CORMOLOGIQUE. 3H
grès de la doctrine évolutive, tout homme doué, de quelque porlée intellectuelle y verrait sans doute un énorme pas en avant dans le champ des connaissances. Il est impossible, en effet, que ce. mouvement n'entraîne pas le triomphe- de la conception unitaire ou moniste dans la philosophie tout entière (1). B
L'étendard de la croisade est largement déployé au vent; mais, comme dans la plupart des croisades, le confesseur apporte à sa cause plus de Toi et d'enthousiasme que de vigoureuse démonstration. Ce n'est pas certes la science qui lui manque ; il énumère une multitude de faits bien observés, bien classés et clairement exposés, mais il sait parfaitement échapper à la rigueur scientinque, et souvent sur les points les plus importants il se contente d'une hypothèse ; il l'intercale dans son enchaînement comme si elle était prouvée et en lire des déductions avec autant d'assurance que s'il parlait d'un fait bien établi et démontré. II accepte naturellement sans les vérifier à nouveau tous les résultats du darwinisme sur la sélection naturelle, l'hérédité, la loi d'adaptation. Il n'y a pas lieu pour nous de renouveler sur ce sujet une polémique qui, ne rencontrant aucun argument nouveau, ne ferait que se répéter. Convenons néanmoins que Hœckel a développé avec une rare vigueur et une grande richesse d'information l'une des preuves qui nous semblent les plus fortes en faveur de l'évolution, sans qu'elle permette à aucun degré d'en conclure la théorie moniste ou mécanique de l'univers : nous voulons parler de celle qui est empruntée à l'embryologie. D'après Hœckel, l'embryon parcourrait tous les degrés de l'évolution générale des êtres. « L'évolution embryologique, dit-il, déroule à nos yeux une série ininterrompue de types animaux divers et extrêmement difTérents par la
(0 Hœeliel, Anthropogénie ou Hittoire de VÈvoluHoa humaine, traduit de l'allemand par le docteur Charles Letouraeau (Reinwald, 1877, p. 9)>
çiilizedbv.GoOglc
forme et la slructure (1}, » — « L'homme et les vertébrés supérieurs reproduisent dans les premières phases de leur développement des états qui durent toute la vie chez les poissons d'un ordre inférieur ; ils passent ensuite à des formes qui appartiennent aux amphibies ; plus tard seulement apparaissent les signes des mammifères et l'on retrouve ■ encore ici une succession de degrés qui correspondent aux caractères des différentes espèces ou familles; c'est le même ordre dans lequel l'histoire paléontologique de la terre nous montre la succession des différentes forces animales (2). » Nous ne contestons pas la portée de cet argument en faveur de l'évolution, mais il ne suffirait pas pourtant pour trancher la question de la transformation des espèces au sens de Darwin ; il apporte plutôt une confirmation à i'évolutionisme de Naudîn qui admet, comme nous l'avons vu, une période de plasticité variable dans des limites restreintes En tout cas, de ce que le plan qui a ordonné hiérarchiquement les êtres en les coordonnant les uns aux autres apparaîtrait dans l'embryon comme dans un vivant résumé avec une évidence toute particulière, on ne pourrait conclure à l'absence de dessein ; ce développement gradué implique un principe, un germe, une virtualité qui l'enferme tout entier, et nous voilà ramenés à l'être en puissance qu'aucun mécanisme n'a jamais expliqué. Ajoutons que la vie embryonnaire ne nous fournit aucun renseignement sur l'apparilion de lavie supérieure, de la vie de l'esprit, pas même de la sensation et qu'aucun pont n'est jeté sur l'infranchissable abîme entre le physique et le moral.
Hœckel ne se trouble pas pour si peu ; il n'a pas même essayé de montrer comment s'opère ce passage ; il n'a abordé aucun des problèmes de la psychologie, qui en réalité n'existe pas pour lui. 11 se contente de dresser l'arbre généalogique
(1} Anlhi'opogiaie, p. 9,
(2) Dumont, Hœckel et la théorie de l'évolution en Allemagne Germer-Bailli are, 1S73.)
des êtres en parlant de la première cellule vivante, de cette monère découverte par lui, simple •protoplasme enfoncé au fond des mers, duquel va sortir la vie uoiverselle par le procédé le moins compliqué, car il consiste d'abord en un simple dédoublement. Ce dédoublement se continue par un sectionnement qui amène le groupement des cellules. Celles-ci forment une sorte de république où les parties s'entendent pour former un tout bien ordonné, un organisme véritable. Tout cela paraît au fougueux naturaliste plus clair que le jour. Cette république d'éléments aveugles qui s'entendent pour produire la plus admirable harmonie ne soulève pas une difiiculté à ses yeux, comme si l'entente et la combinaison étaient compatibles avec l'absence totale d'intelligence ou du moins d'idée directrice. On n'a Jamais vu une société d'hommes bien organisée avant que l'intelligence y ait atteint un certain degré de culture. Lescellules primitives plus heureuses, quoique moins favorisées, puisqu'elles n'ont pas une lueur de pensée, réalisent du premier coup un organisme parfait qui n'a plus qu'à se développer pour nous donner la vie supérieure. On se demande aussi quelle puissance a mis en branle l'évolution à ses premiers débuts, et ce qui a poussé la cellule à se dédoubler, à se fractionner^ à se segmenter, à s'organiser. Aucune des lois subséquentes de l'évolution, ni la concurrence vitale, ni l'adaptation, ne trouvent leur application dans celte cellule unique, informe. Et pourtant tout part de là. Si l'on dit qu'elle se dédouble parce qu'elle s'est accrue par l'alimentation, tout alors en revient à un simple accroissement de matière, et on ne comprend pas pourquoi ce qui a suffi au point de départ a été insuffisant dans le cours du développement ultérieur. D'ailleurs, l'augmentation de matière n'implique nullement le dédoublement et encore moins la E^;mentation ordonnée, le groupement. Si nous considérons le développement lui-même, l'échelle de l'évolution telle qu'elle est dressée devant nous par Ilœckel, nous devons reconnaître que de son aveu même il y manque plus d'un degré. En par-
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ticuliep, il reconnaîl que l'ancêtre immédiat de l'homme n'a pas été retrouvé. 11 afQrme qu'on le retrouvera, mais ce n'est qu'une supposition. La chaîne n'en est pas moins brisée dans un de ses anneaux essentiels.
Ce qui est encore plus grave, c'est que cette chaîne commence dans le vide, car Hœckel est obligé de se contenter d'une hypothèse entièrement gratuite sur l'origioe de la vie. La génération spontanée est un mystère qui se passe au fond de l'Océan, grâce à des combinaisons chimiques inconnues. Cela revient à réclamer de nous un acte de foi implicite . Qu'on en juge par les paroles mêmes de l'auteur de V Antkropogénie : « Le stade unicellulaire par lequel chaque homme commence sa vie individuelle nous autorise à dire que les plus antiques ancêtres de l'humanité et du règne animal ont été de simples cellules. Sans doute, on ne manquera pas de nous demander d'où sont provenues ces cellules au début du inonde organique. Comme tous les organismes unicellulaires, les amibes n'ont pu descendre que d'organismes rudimentaires comme les moMres. Ces monères sont les plus simples organismes imaginables. En effet, leur corps n'a pas de forme déterminée et n'est qu'une particule de protoplasme, un glomérule de cette substance albuminoïde vivante, déjà douée de toutes les fonctions essentielles de la vie et qui est la base naturelle de tout ce qui vit. Nous voici donc parvenus au problème de l'origine des monères. C'est là une question primordiale, celle de l'origine de la vie, de la génération spontanée. Dans les limites où je la circonscris, la génération sponlapée est une hypothèse nécessaire sans laquelle on ne saurait concevoir le début de la vie sur la tepre; elle se ramène alors à savoir comment les matières se sont formées ^ux dépeins des pompQsés carbonés inoi^^piques. Co)nineD|: les corps vivapts sopt-ils apparus tout d'abord sur notre planète, jusijii'ijlors purement minérale? Ils ont dû se former chimiquement aux déppfls des composés inorganiques; ainsi a dû apparaître cette substance complexe, contenant à {^ fois de l'azote et du
LE PROBLÈME COSHOLOGIQUE. 21B
carbone, que nous avons appelée protoplasme ; elle se trouve au fond de la mer, à d'énormes profondeurs. Nous appelons monères chacune de aes particules amorphes et vivantes. L^ monères primitives sont nées par générations spontanées dans la mer, comme les cristaux salins naissent dans les eaux mères. C'est là une hypothèse exigée par le besoin de causalité inhérent à la raison humaine. En efTet, toute l'histoire inoi^anique de la terre est régie par des lois mécaniques, et il en est de même pour toute l'histoire organique. La doctrine de la génération spontanée ne se peut réfuter expérimentalement. En efTet, chaque expérience négative démontre seulement que, dans les conditions de l'expérience, toujours fort artificielles, Dul organisme ne peut provenir des substances inorganiques. Mais il est aussi fort difficile de prouver la génération spontanée par des expériences. Pour quiconque n'admet point avec nous .la génération spontanée des jnoDères à l'origine de la vie, il n'y a plus d'autre alternative que le miracle (1). "
Nous en sommes donc réduits à un postulat motivé par une répugnance INousnepoun-ionstrouverd'argumentplus décisif contre un système qui n'a d'autre ressource qu'une afQrma tien gratuite, mais voulue au nom d'idées préconçues. La science rigoureuse, ennemie des partis pris, s'est prononcée contre ces méthodes d'argumentation si commodes avec une juste Bé> vérité par l'organe d'un de ses représentants les plus ëminents et les plus libres d'esprit, que personne n'accusera de préjugés favorables au spiritualisme obrélien. Voici ce que M. Virchow opposait dans le Congrès des savants allemands, tenu à Munich en 1876, a la demande faite par M. Hoeckel d'introduire le transformisme dans l'enseignement primaire ; « Avec le darwinisme, la théorie de la génération spontanée est revenue sur l'eau ; je ne puis nier qu'il n'y ait quelque chose de déduisant à couronner ainsi la théorie de la descendance. Il
(1) Hœckel, Anlhropogénie, p. 321-32S.
lie LES ORIGINES.
y a quelque chose de satisfaisaat à pouvoir admettre que le groupe d'atomes Carbone et C'* se soit, à un moment donné, séparé du charbou ordinaire, et, dans certaines circonstances, ait donné naissance à la première plasiicule, et qu'il le fasse même encore aujourd'hui. On ne coniiaîl, il est vrai, pas un seul fait positif qui établisse qu'une génération spontanée ait jamais eu lieu, qu'une masse inorganique, même de la société Carhone et C'°, se soit jamais transformée ea masse organique. Nonobstant, j'avoue que si l'on se propose de s'imaginer eommeQt le premier être organique a pu prendre naissance , il n'y a pas d'autre moyen que de revenir à la génération spontanée, sauf de recourir à la création. Tertium non datur. Mais la génération spontanée n'est pas démontrée, et nous avonS'le temps d'attendre cette démonstration. Ou se souvient de quelle façon regrettable ont échoué toutes les tentatives pour lui trouver une place en ce qui concerue les formes les plus élémentaires du passage du règne inorganique au règne organique. Jamais M. Hœckel ne nousexpliquera comment, du sein de ce monde inorganique, où rien ne change, la vie peut apparaître. Le temps, les siècles innombrables ne modifient pas les lois mécaniques. Que si l'on a recours aux périodes d'incandescence de la planète, on peut répondre que la chaleur immodérée est bien plus destructive que productive de la vie (1). B Reconnaissons avec Virchow qu'il n'y a de semblable à la vie que la vie elle-même, que la nature est double et que, quoique formée par des atomes de même espèce, la matière organique offre une série continue de phénomènes différents par leur caractère môme du monde inoi^anique.
Hceckel n'a pas rendu ie transformisme matérialiste plus plausible en le proclamant à son de trompe. Lui aussi s'est heurté aux infranchissables barrières de la vie et de l'esprit, el, s'il les a tournées avec une prestesse sans pareille, il n'a pas supprimé l'obstacle. Il se dresse de toute sa hauteur pour
(11 Revue icitniifiqut, 8 décembre 1877.
la science sérieuse, qtii ne se cooteate pas d'un acte de foi rappelant à s'y méprendre la plus aveugle dévotion (1).
(1) La question de l'origiDe dm Urea a été poussée plus lotn par M. Perrier jlans hoq savant livre sur les oolanies aaimnles {Lei coUmiei anitnales el la formation des organismei, par Edmond Perrier, profeBseur eu Muséum d'Iiistoira nnturelle. Paria, Masson, 1S81). Il fait remarquer ftïec raison que les êtres minusoulefl que le transformisiue prétend rapportera la génération apontanée noua présenleut la vk déjà ian état d'élaboration. Pour la saisir dans sa première miinlleslatioii, Il Taut remonter ptuB baut, jusqu'au protoplasme qui en est la base physique. Or, d'après lui, il est tout (i fait impossible de faire sortir ce protoplasme du monde inorganique. <i C'est en vain, dit-il, qu'on cherche & rattacher le protoplasme à l'une des catégories dans lesquelles la physique répartit les corps ; ce n'est ni un solide ni un liquide. » Le protoplasme rappelle les albuminoTdfs, sa composition chimique moyenne est formée de carbone, d'bydrogène, d'azote, d'oxygène associés ï une petite quantité de soufre et d'autres matières minérales. Un n'a pu le reproduire pas plus que l'albuminolde dont il dilTérc du reste du tout au tout. Nou seulement le protoplasme dii!ère de tous les composés chimiques, par des changements de composilion ininterrompu*, mais encore par le fait qu'aucun des atomea des matières qui se trouvent en lui au moment oii on peut te saisir, l'analyser — atomes qui constituent l'essence mËme du composé chimique — n'est destiné k y demeurer. Le composé chimique est caractérisé par des substances, le protoplasme par des mouvements. La vie s'^oule et ae superpose k l'affinité et aux agents physiques, pour produire k cAté des phénomènes physico •chimiques les phénomènes qui lui sont propres et qui sont essentiellement des phénomènes de mouvement. Vainement on prétendrait comme Hœckcl que l'hisloire de la vie n'est qu'un chapitre particulier de l'histoire du carbone, i^ût-on rassemblé et conibiné toutes les substances chimiques que l'on croit entrer dans un protoplasme donné de manière & former un produit chimiquement idenljque. encore taudrnit-il imprimer •ui molécules de ces composés ces mouvements comptiquéa qui oaractirisent la vie et qui aboutissent à l'assimilai ion et & une désassimilation constante que la chimie ne connaît pas {Colonies aiàmalea, p. 3i-39). M. Perrier ne se contente pas de cette première dilTéreuce entre les protoplasmes et le composé chimique, il établit avec une grande netteté les oaractérea qui n'appartiennent qu'aux seconds : d La nutrition, dit-il, distingue la substance vivante de la minérale. Le cristal ne fait qu'attirer k lui des molécules possédant sa propre composition chimique, la protoplasme englobe des substances do compoaitiou variable, les décompose, s'assimile certaines de leurs parties, en rejette d'autres. Le protoplasme est en proie b un mouvement intérieur qui ne s'arrête pas. u M. Perrier admet comme Claude Bernard une idée directrice qui imprime des formes diverses aui produits du protoplasme : « Il possède, en outre, dil-11, des racullée évolutives des