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LES RELATIONS UU PHYSIQUE ET DU MORAL

Le matérialisme, dans tous les temps, a prétendu expliquer la supériorité intellectuelle de l'homme par la supériorité de son organisme. Il cherche à établir une corrélation exacte entre l'une et l'autre. Sa stature droite, la finesse des articulations de sa main lui auraient toutde suite assuré la prééminence dans le règne animal, mais ce qui l'aurait surtout mis hors de pair, c'est l'admirable disposition de son cerveau. S'il pense, c'est grâce à ce merveilleux organe.

Examinons si les faits dûment constatés donnent raison à ces assertions. Ici encore nous devons rappeler la distinction si souvent méconnue entre les conditions d'existence et le principe même de l'existence. Nous reconnaissons de la façon la plus catégorique que la vie psychique, intellectuelle et morale chez l'homme est associée à sa vie physique, que la première ne peut se passer de la seconde, du moins dans les conditions présentes, en un mot qu'il y a réaction de l'une sur l'autre. Seulement il faut se garder, comme on le fait trop souvent, de n'admettre qu'un seul genre de réaction — celle qui pac le physique agit sur le moral — en oubliant que le moral agit pour le moins avec autant de puissance sur le physique. Une pensée, un sentiment dont l'origine n'a rien à voir avec un choc du dehors arrêtent ou précipitent le cours du sang, suspendent ou excitent les battements du cœur d'une manière non moins certaine qu'une

modification du cerveau ne favorise ou n'arrête le travail intellectuel. C'est se mettre en contradiction avec les faits les plus authentiques que de ne voir que l'influenee du physique sur le moral, sans admettre la réciproque. Nous reconnaissons tout ce que le livre de M. Bain sur cet intéressant sujet renferme d'observations justes et fines (1). C'est avec raison et en s'appuyant sur des expérimentations bien faites qu'il montre que la sensation et la pensée sont dominées par certaines lois identiques, qu'il leur faut le stimulant d'un changement pour prendre conscience des choses qui sont dé leur compétence, et que l'une et l'autre acquièrent d'autant plus d'intensité qu'elles se meuvent dans une sphère plus étendue permettant les comparaisons multipliées. Seulement Bain ne sait pas s'arrêter à temps dans ces rapprochements entre le physique et le moral ; la volonté n'est pourlui que l'instinct qui nous pousse à chercher le plaisir et à fuir la douleur. Il méconnaît ainsi le caractère propre de cette qualité maîtresse qui élève la vie instinctive à la vie réfléchie et consciente. Son analyse de l'intelligence est tout à fait incomplète; il en supprime les plus nobles opérations, celles qui vont du particulier au général, à l'universel, La mémoire n'est plus qu'un emmagasinement de vibrations nerveuses. Chaque acquisition intellecluelle se rattacherait à un m nerveux indépendant. Ici nous n'avons plus l'union de l'esprit et du corps, mais l'absorption du premier dans le second (2). Il est impossible de comprendre comment l'auteur, après de telles conclusions, peut soutenir que l'esprit a pour caractère propre d'être inélendu en opposition à la matière qui est toujours étendue. Cette proposition s'aCcorde difficilement avec la déclaration suivante : « La substance unique, avec deux ordres de propriétés, l'une physique, l'autre spirituelle, qui constituent une unité à deux

(i) Bûn, L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations, traduction frangnise. 1" édition. (Germer- Baillière.) t2) Bain, ouvrée cité, p. lOO.

faces, semble satisfaire en tout les exigences de la question (1). » Parler ainsi, c'est décidément se satisfaire à bon marché; car, au fond, Baio n'a pas concilié les deux termes du problème, la vie psychique étant totalement sacrlHée à la vie physiqne. N'a-t-il pas été Jusqu'à dire que l'esprit est complètement à la merci du corps (2)? Et pourtant il a le sentiment de l'insuftlsanee de sa théorie comme le prouve ce passage significatif : « Nous trouvons quelque chose qui dépasse les propriétés ordinaires de la matière dans la possibilité de renfermer dans trois livres d'un tissu graisseux et albumineux composé de flis minces et de petits corpuscules, tous les assemblages compliqués qui constituent nos aptitudes naturelles ou acquises et toutes nos connaissances. Si les pierres contenaient des sermons, nous serions moins étonnés de voir que le cerveau en produise aussi (3). »

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