II. — OBJECTIONS TIRÉES DE LA NOTION DU MOUVEMENT
Après avoir assimilé la pensée au mouvement cérébral, Jes matérialisles s'attachenl à réduire le mouvement au mécanisme pur , éliminant ainsi tout élément spirituel dans l'homme et transformant la volonté en un simple rouage soumis à des lois fatales. Spiritualité, liberté, i-îen ne subsiste plus dans l'automate humain que ta subordination passive aux lois de la matière. C'est cette notion du mouvement que nous devons analyser maintenant pour, voir si elle répond à la réalité. L'objection que nous avons à combattre se présente à nous sous deux formes. Tout d'abord elle se fonde sur les mouvements réflexes, et en second lieu elle invoque, pour l'appliquer à l'homme, la fameuse loi de l'équivalence de la force se maintenant en quantité toujours identique. Considérons l'une et l'autre objection.
Le mouvement réflexe est un mouvement machinal qui se produit sans que nous eu ayons conscience sous l'effet d'une excitatiqn extérieure. Un homme qui met la main sur un corps brûlant la retire iostinctivement, sans avoir pensé ni voulu ce mouvement de retrait. Dans ce cas, il y a proportion exacte entre l'excitation venue du dehors et le mouvement produit. On peut même enlever le centre nerveux des sensations, décapiter une grenouille ; si l'on soumet ses nerfs à une excitation électrique, on verra se produire des mouvements tout à fait semblables à ceux de la vie complète. On en conclut que le mouvement chez l'être vivant n'est en lui-même pas autre chose que la restitution extérieure du mouvement extérieur primitif. Le système nerveux a reçu des impressions qu'il a restituées sous forme d'excitation; voilà le mouvement réflexe, c'est-à-dire le mouvement essentiel, typique ; car, si diverses et complexes qu'elles soient en apparence, les
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fonctions du système nerveux se rattachent toi^ours à celte forme simple et élémentaire qui constitue le mouvement réflexe. La pensée, qui elle aussi est un mouvement, devient, par une activité propre de l'animal, une pure transformation du mouvement actuel de la matière extérieure. Pour le mouvement cérébral comme pour tous les autres, il y a équation parfaite entre le mouvement transmis et le mouvement rendu.
Nous opposerons deux arguments à cette théorie du mouvement (1). C'est sans aucun motif plausible qu'elle ne veut connaître aucune autre sorte de mouvement que le réflexe, et qu'elle cherche sa nature, son idée dans son type inférieur. De quel droit éliminer cette autre forme du mouvement qui nous montre entre l'ex^ûtation du dehors et sa restitution le fait d'une sensation consciente, d'une délibération et d'une résolution? La rapidité de ces actes successifs ne les supprime pas ; le temps ne fait rien à l'afTaire. « Le mouvement délibéré et conscient, dit l'abbé de Broglie, se compose de trois parties :
» l" Un circuit physiologique qui traverse les organes des sens, remonte le nerf sensitif, arrive au cerveau et produit la sensation;
" 2" Un circuit psychologique qui commence parla seosatiOD, se continue dans la perception et la délibération et se termine par la résolution ;
B 3° Unsecond circuit physiologique qui, en partant du cerveau, parcourt les nerfs moteurs et aboutit au mouvement (2). »
Sur quoi se fonde-t-on pour passer absolument sous silence le circuit psychol(^ique sous prétexte qu'il ne se rencontre pas toujours î L'effort conscient n' est-il pas à lui seul l'attestation de l'intelligence et de la volonté î II y a donc incontesta-
(1) Voir la trts beUe rétutatioa du D' ChaufTard, La spontanéité vioantt et le mouvement dans aoQ livre intitulé : La vu, éludes des problème) de physiologie générale.
(ï) Lepositivitme. Tome I'f,p. 25*.
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blement un autre mode de mouvement que le mouvement réflexe, même quand il y a eu excitation extérieure. La chose est encore bien plus évidente quand l'impulsion n'est pas venue du dehors, mais du dedans. Au-dessus du meuveroent mécanique il y a le mouvement spontané, qui devient chez l'homme le mouvement raisonné, délibéré, voulu, dont nous aurons à déterminer le caractère.
Il y a plus, le mouvement réflexe lui-même ne saurait être identifié au mouvement purement mécanique. Kn effet, celui-ci a pour caractère permanent d'être toujours en rapport exact avec l'excitation, de ne pouvoir rendre ni plus ni moins que ce qu'il a reçu. Dès qu'il y a disproportion entre l'excitation reçue et le mouvement rendu, nous sortons de la mécanique pure. Or, il est certain, pour 'en revenir à l'exemple constamment invoqué, que ia grenouille décapitée ne se comporte pas sous l'action excitante de la même façon que la grenouille vivante. Pincée légèrement dans le premier cas, elle retire la patte; dans le second, elle saute au loin et fuit l'expérimentateur. Donc il n'y a pas dans les deux expériences la même proportion en fait de mouvement entre ce qui a été reçu et ce qui a été rendu. En outre, constamment un mouvement très faible produit une impression très forte. Le chatouillement le plus délicat produit des secousses convulsives. Une réaction forte, comme le faisait remarquer Gratiolet, peut suivre une réaction faible, et réciproquement. Donc l'arc nerveux n'est pas un simple conducteur. Il faut faire une part à la spontanéité, même dans le mouvement réflexe (1). ■
Enfin le mouvement réflexe chez le vivant a toujours un but de préservation ; il obéit à l'instinct de conservation. Or, lînaHté et mécanisme sont deux notions qui s'excluent. Ainsi le mouvement réflexe nous élève au-dessus de la mécanique et nous fait pressentir le mouvement vraiment spontané qui est propre à l'être vivant.
(1) ChaulTard, livre dté p. 9SS.
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Il est facile d'établir que ce dernier diffère du tout au tout du mouvemeat purement mécanique. Remarquons d'abord que ce dernier mouvement ne saurait s'ioterrompre ; l'excitation extérieure une (ois produite dans les centres neneux doit en revenir sans aucun délai, sous forme de mouvement. Or, chez l'être vivant, le mouvement a constamment des temps d'arrêt ; il peut être latent même dans la plante ou dans l'animal d'ordre inférieur chez qui se produit le phénomèae bien connu de la reviviscence. Tout le monde sait que tel végétal dont la vitalité a été comme suspendue, tant qu'il est resté renfermé dans quelque réduit ténébreux où ni l'air, ni le soleil, ni l'humidité ne parvenaient, nomme les plantes qu'on retrouve près des momies dans les pyramides d'Egypte, renaît à la vie dès qu'il retrouve les circonstances atmosphériques nécessaires à sa croissance ; donc, il y a autre chose dans le végétal que du mouvement mécanique. La lente incubation des germes morbides conduit au même résultat; eu outre, le mouvement, chez le vivant et spécialement chez l'homme, est emmagasiné comme à l'état virtuel. Il n'en réalise qu'une certaine somme à des intervalles irréguliers.
Cette virtualité est tout à fait incompatible avec la mécanique pure, d'après laquelle les ébranlements d'atomes se succèdent, se suivent par une succession non interrompue. Il s'ensuit que le mouvement spontané s'accélère, ou se ralentit, ou s'interrompt pour des causes qui échappent aux simples lois mathématiques. C'est que, chez l'homme comme chez tous les êtres vivants, il ne dépend pas seulement de l'excitation extérieure, mais aussi de l'état intérieur du sujet. Ainsi il est reconnu que l'habitude enlève au choc venu du monde extérieur une grande partie de sou intensité; elle émousse la sensibilité et amène des réactions qui ne sont pas en rapport avec l'action du dehors. La fatigue produit le même effet. La distraction amortit souvent les excitations extérieures qui sembleraient devoir éleverjusqu' au paroxysme
les réactions de la seosatioii sous forme de mouvement. Il n'y a donc pas correspondance entre le choc re^u et le mouvement rendu; ce qui suffît pouroouslransporlerdans une autre sphère que celle de la mécanique.
Plus l'être vivant s'élève dans l'échelle du progrès, plus celte spontanéité du mouvement, d'abord faible et presque imperceptible chez les êtres tout à fait inférieurs, se manifeste avec énergie. Le sujet des excitations extérieures est de moins en moins passif, son activité propre diminue et modifie l'impulsion reçue dans la proportion où il se possède, où il a ■ conscience de lui-même. Quand l'être vivant est comme l'homme une personne morale, il commande à l'impulsion du dehors sans se dérober jamais à son action qui est nécessaire à la sensation pour lui fournir ses matériaux. La volonté, guidée par la conscience morale, arrête l'élan de la passion même au moment où elle est surexcitée par les plus fortes sollicitations des sens.
D'après la théorie mécaniste, la pierre qui nous alteintet nous blesse doil produire en nous une irritation correspondante à la force du coup reçu ; la colère en devrait toujours èlre la mesure exacte et le choc ressenti par nous devrait être restitué par tes actes violents destinés à satisfaire notre irritation. Eb bien, cette théorie est constamment démentie dans les faits. Il suffit que l'esprit de pardon intervienne pour que notre main demeure immobile et qu'il n'y ait, par conséquent, aucune restilution de mouvement. L'énergie morale rompt sans cesse cetle proportion entre l'impulsion qui nous vient du dehors et l'action qui devrait en être la réplique ou la restitution. Enfin, combien de mouvements n'ont leur origine que dans le sujet lui-même et ne sauraient être rapportés à aucune impulsion extérieure? Toutes les actions qui sont le résultat de la réflexion sont de ce genre, elles attesient notre indépendance vis-à-vis des lois mécaniques et renversent complètement la théorie qui nous y soumet sans résecve. Encore ici nous retrouvons la distinction entre la
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quantité et la qualité. La première seule est absolument soumise à la loi mécanique, tandis que la seconde apporte avec elle la possibilité d'échapper à la loi mécanique, tout en la respectant dans sa sphère propre.
Si, sortant de celte généralité nous considérons le fait humain, ces objections prendront une nouvelle force. Nous renvoyons sur ce point à l'admirable article de M, Ernest Naville, inaéTé àans Ir Revue pAilosopkiçue de mars 1879, sous ce titre: La physique et la morale. L'éminent écrivain établit qu'à supposer que le mouvement reste le même en quantité — ce qui suffit à la loi de l'équivalence de la force — il peut être modifié dans sa direclion, soit dans l'espace, soit dans le temps. N'est-il pas certain qu'une locomotive placée sur un chemin de fer faorizonlal peut prendre une direclion ou une autre, la force qui la meut restant la même? Que si l'on dit que c'est encore un mouvement qui modifie la direction du mouvement et que nous n'échappons pas plus aux lois de la mécanique pour sa direction que pour sa quantité, on peut répondre qu'il n'est pas exact que toute force soil un mouvement, que tout mouvement ait pour cause un mouvement antérieur, témoin l'affinité chimique ou l'attraction. La force de résistance qui es't dans le corps et qui modifie le mouvement préexistant n'est le principe d'aucune impulsion. Donc le mouvement peut être modifié dans sa direction par une force qui n'est pas mécanique. Quand il s'agit de l'être vivant, la force plastique dont nous avqns si souvent parlé après Claude Bernard change constamment la direction des mouvements physiques sans en changer la quantité. Ces forces directrices et non créatrices font des emplois divers de mouvements physiques dont la somme reste la même. Il s'ensuit que la permanence de la force ne s'oppose pas à l'admission de forces plastiques qui, sans être des mouvements, sont des causes de mouvement. Donc, en admettant que tout dans le corps humain soit soumis au déterminisme physiologique, il suffit, pour que la liberté subsiste, qu'il existe des éléments
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de liberté daas ta partie directrice des ptiéDomèaes. Peu importe que l'iiomme ne dispose que de la quantité de force qu'il tire de sa nourrilure, de l'air, du soleil ; c'est assez qu'il ea dispose librement pour qu'il soit responsable de ses actes. La liberté est possible, dès qu'on admet pour la volonté ce qu'on ne saurai! refiiser aux germes vivants, ou du moins à leur pouvoir de direction qui ne change pas la somme des mouvements.
On peut appliquer au temps ce que nous venons de dire.de l'espace. Ce qui demeure en quantité fixe, ce n'est pas le mouvement actuel, c'est la puissance de produire du mouvement. Je ne crée pas des forces, mais je dispose de celles que je possède, et j'en dispose au moment que je ciioisis, 11 s'ensuit que si la liberté el la respoosabilité existent, on [ne peut rien conclure contre elles de la loi de permanence de la force.
M- Naville résume cette argumentation par cette formule : •I Que reste-t-il à la volonté ? Pour la création de la force, rien, pour la direction, (oui. C'est assez pour le moode moral (1). .
En résumé, pas plus pour la volonté que pour la pensée, nous ne mettons la vie physique en l'air et nous ne la séparons de la vie physiologique el de l'appareil' nerveux nécessaire à la production de l'action comme à celle de la pensée. Les lois mécaniques pourront être acceptées comme l'une des conditions de la vie supérieure sans détruire celle-ci,
(1) Un savant philosophe, M, Boussinesq, a cherché à reconquérir la part de la liberté sur U. mécanique en utilisant au profit de la première une théorie bien connue des géomètres sous le nom de Solutiom aiitffuliérei. « D.'aprè» celle théorie, il y aurait, dit M. Bousaineaq, des cas d'indétermination mécanique parfaite, c'est-à-dire des cas où un mobile, arrivé à certains points, appelés par l'auteur points de bifurcation, pourrait indîtTéremment prendre deux ou plusieurs dirccUons, tout en aalisfaisant dans l'un comme dans l'autre cas, Ix l'équation. On comprend que, dans cette supposition, une action cxlra-pbysique, extra-mécanique peut être i'elTet d'un pouvoir directeur... o Rapport de M. Janet sur le mémoire de M. Boussinesq. Voir deux importanfs articles de M. Renouïier sur ce Bqjet dans la Critiqua philoaopMqve du 7 juin et du i"' juillet 18112.
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pourvu qu'il soit euteudu qu'elles u'en sont pas la cause et qu'elles peuvent être modifiées dans leur application. Nous reconoaissoDS qu'on ne peut ni penser ni agir sans qu'il y ait dans le cerveau uq dégagement de calorique ; seulement, la pensée n'est point en relation asbolue avec le travail cérébral, comme si un travail cérébral plus intense manifestait une pensée plus haute. Le cerveau d'un igaorantqui apprend péniblement est tout autant <^chaufré, plus peut-être que celui d'un Shakspare ou d'un Coraeille enfantant un chef-d'œuvre avec la virtuosité sublime du'géoie. La Phèdre de Pradon n'a pas été conçue dans d'autres conditions physiologiques que celle de Racine. La quantité de mouvement dépensée par le scélérat qui a commis un crime a été la même que celle qui a été mise en œuvre par le héros qui a sauvé son pays. Ce n'est qu'en maintenant la dilTéreuce entre la quantité et la qualité que nous empêchons le monde moral de tourner dans un orbite toujours invariable, sinon il n'y aurait aucun moyen de distinguer entre le génie et ta sottise, entre le crime et la vertu; pour mieux dire, il n'y aurait pas de monde moral, pas d'humanité au sens vrai du mot.
De l'étude que nous avons faite de l'homme au point de vue physiolc^ique et au point de vue psychologique, nous pouvons tirer deux conclusions. La première, c'est que l'esprit et le corps dans nos conditions actuelles d'existence sont étroitement associés; qu'ils réagissent l'un sur l'autre, que ni l'intelligence ne fonctionne sans l'intermédiaire de l'appareil des sens, qui lui transmet les matériaux de la connaissance élaborés selon ses lois propres, ni la volonté ne peut se mouvoir sans un agent physique d'exécution.
La seconde conclusion, c'est que l'esprit ne se résout pas dans le corps, que la pensée ne saurait se confondre avec le cerveau et la volonté avec le mouvement mécanique. Ne faisant pas un traité de psychologie, nous n'avons pas à recher-
cher le mode d'uDiondu corps et de l'esprit; la distinction nous suffit. Grâce à cette distinction, nous sortons de celle passivité absolue à laquelle le matérialisme sous toutes ses formes prétend nous réduire. La moi n'est plus la résultante des sensations ; il se constitue par un acte libre qui lui fait saisir les grandes formes de la connaissance existant préalablement à l'état virtuel dans la raison et la conscience. La conscience comme la raison a son caractère primordial, -ses premiers principes qui ne lui vleonent pas du dehors. L'obligation morale est le fond de la première, le principe de causalité celui de la seconde. La liberté n'a pas à se démontrer; elle est la substance même de l'être moral. Nous aurons à la définir, à la [défendre contre les objections de diverses sortes qui sont dirigées contre elle par l'école qui, après avoir voulu la psycholc^e sans l'àme, veut fonder la morale sans la conscience et sans la responsabilité. Au point où nous sommes parvenus, nous avons dégagé la liberté de l'engrenage du mouvement mécanique où on voulait la prendre et la broyer en prétendant l'expliquer. Cette distinction entre le corps et l'esprit nous autorise déjà à admettre la possibilité de la permanence de la vie supérieure. Une fois que le corps n'est pas le principe de l'esprit, qu'il n'est que la condition actuelle de son activité, il est permis de penser avec Stuart Mill que les conditions actuelles peuvent être transformées et même disparaître sans envelopper dans leur destruction ce qui ne leur doit pas son origine. Si la vie physique n'est pas la cause de la vie psychique, la première peut s'interrompre, casser, sans que l'âme elle-même soit enveloppée dans la même ruine. Son principe d'être est plus grand que ses conditions actuelles d'existence ; il leur survit et rien n'empêche qu'il la fasse vivre elle-même dans des conditions nouvelles. L'âme n'est pas, pour employer une des plus belles images de Platon, une simple harmonie résultant de l'ensemble des facultés physiques ; il n'en est pas d'elle comme de la musique qui s'évanouit dès que tes cordes de
la lyFe sont brisées. C'est le corps qui est la lyre ; l'âme est le musicien qui la touche et qui, si elle vieut à lui manquer, pourra biea trouver UQ autre iDstrumeot ; car elle est essentiellement intelligeuce. activité, c'est-à-dire une activité dominant la passivité. C'est à la morale à nous donner plus tard les raisons décisives pour la permanence de la personne humaine au delà de celte vie et à établir à cet égard la dtfTérence entre l'homme et l'animal (1).
Nous ne pouvons mieux clore cette discussion sur la dis- tinction entre l'esprit et le mouvement mécanique, qui ne porte pas seulement sur l'anthropologie, mais encore sur la conception du monde en général, qu'en résumant l'admirable discours prononcé par M. Dubois-Raymond à l'Académie des sciences de Berlin (2). Ce discours est tout entier dirigé contre l'infaluation de l'évolutionisme allemand, qui prétend avoir élevé son monisme à la hauteur d'une coaception évidente. Dubois-Raymond, pas plus dans ce discours que dans ses œuvres antérieures, ne se rattache à une école spiritualiste ou religieuse. Il se contente de protester au nom de la science qui nous interdit de formuler les hypothèses en axiomes. Il oppose des faits irréfragables aux affirmations apostoliques de Hœckel, qui n'hésite pas à traiter de capucin quiconque
(t) Od voit à quel point nous repoussons les bases antliropoi orques du livre publié par M. Edouard Wliite" sur VimmoHalité conditionnelle (traduit par M. Charles Byse. Plsclibacher, 1861). Nous ne discutons pas ici la conclusion finale du livre sur l'immortalité conditionnelle. Ce que nous repoussons éncrgiqucment, ce aont les étranges concessions faites aux théories maté tiiilistBs dans la conception des rapportsde rame et du corps, en particulier en ce qui concerne la dépendance absolue de l'esprit vis-ï-vis du cerveau (p, 9j. Sur ce point, M. Whilc ri'hésite pas k accepter les théories de Hœckel. 11 est vrai qu'il se borne â les reproduire sans apporter h leur appui la moindre preuve nouvelle. Ces concessions au matérialisme en anthropologie sont entièrement gratuites et uniquement ~ faites pour appuyer sa tbèse tavorile. Nous sommes loin d'accuser l'auteur de cuiiclure par [h même au matérialisme; mais alors pourquoi le prendre sous son patronage dans ses prémisses?
(2) Deutsche Hundschnn, septembre ISSt.
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élève un doule sur l'explication mécanique du monde. « Capucin vous-même, » lui dirait volonliers Dubois- Raymond. Il va, d'après lui, sept choses qui sont tout à fait réfractaires à cette explication :
1" La notion de matière et de force, qui n'est pas épuisée par la théorie du mouvement physique.
2' L'origine du mouvement. Dire que la matière se meul, c'est ne rien dire. Il s'agirait de montrer d'où vient la première im^uision.
3" L'origine de la vie.
4° Ce que Dubois-Raymond appelle la finalité apparente dans la nature. Jamais la théorie de l'évolution n'en a rendu un compte satisfaisant.
5° La sensation, que le simple mouvement des molécules ne suffit pas à produire. '
6° La pensée, encore plus irréductible au simple mouvement mécanique, du moins dans l'état de nos connaissances actuelles.
7'' Le problème de la liberté sur lequel M. Dubois-Raymond ne se prononce pas, non sans remarquer que la théorie mécanique simplifie singulièrement sa lâche en éliminant tous les faits psychologiques qui lui sont contraires.
M. Dubois-Raymond ridiculise la prétention de Hœckel d'attribuer la conscience et l'intelligence aux atomes. Si les atomes sentent, à quoi bon les oi^ancs des sens? Comment dégager l'unité de sensation d'atomes multiples? Hœckel oublie de déterminer en quoi consiste la conscience avant de l'attribuer aux parties ultimes de la matière. Il confond toujours le fait avec la conscience du fait. En matérialisant toutes les manifestations de la vie psychique, il identifie la force d'attraction avec l'amour, et la force de répulsion avec la haine. C'est bien au sens réel que, dans son système, la loi transporterait les montagnes. La foi aveugle, hasardée, qui affinne ce qu'elle n'a pas expérimenté, c'est biea là ce que Dubois -Raymond reproche au ra*
présentant le plus éminent du momisme. Quant à lui, il Be contente de conclure par ce mot : IçTtoremas. 11 en a pourtant assez dit pour que nous n'en restions pas à celte absteolion totale. Le principe de causnlité, qui est le ressort vital de noire raison, nous contraint de dépasser ces trop prudentes conclusions. S'il est établi que le mécanisme pur n'explique ni la matière, ni l'origiae du mouvement, ni le monde, ni l'homme, c'est donc qu'il nous faut statuer un principe d'un ordre supérieur. L'esprit seul a pu produire l'esprit. Après avoir imprimé ses marques de dessin dans un monde inférieur, il se révèle tout entier dans l'être privilégié, qui est lui-même la flo, le but de la création; nous voulons dire l'homme.