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IV. — Les Efforts CATHOLiauES contre Lyon

La Paix d'Amboise (iq Mars 1563).

ET LA REDDITION DE LyON. (Juin 1:563).

Lorsque Soubise avait pris possession du commandement de Lyon, les environs de la grande cité se trouvaient presque entièrement dégagés d'armées catholiques. Le baron des Adrets avait, à la pointe de l'épée, chassé l'ancienne religion du Dauphiné ; puis, ne faisant que traverser Lyon, il avait occupé Mâcon et Montbrison. le sud de la Bourgogne et la majeure partie du Forez.

En fait, la situation devenait des plus alarmante pour les huguenots. Le sieur de Tavannes, gentilhomme catholique, formait une armée importante dans le bassin supérieur de la Saône et descendait la rivière. Quelles forces pouvait-on lui opposer ? (2)

A son arrivée à Lyon. Soubise avait mandé le baron des Adrets et Lavait prié de ne plus exercer désormais de représailles. Le chef de bande, qui ne pouvait supporter d'avoir un maître, refusa et retourna guerroyer à son compte en Dauphiné.

(i) Les « prières du matin aux corps de garde » se terminent par l'Oraison dominicale et le Symbole des Apôtres. Elles sont suivies des « prières du soir en l'assiette de la garde ». Ces prières sons re'unics sous le titre de : Prières orditiaires des soldst{ de l'armée conduite par Monsieur le Prince de Condé,... dédiées aux soldat^ du camp de l'Eglise de Lyon (Lyon, 1563). La Bibliothèque de Lyon (Fonds Coste) possède un exemplaire de ce très intéressant petit recueil.

(2) Nous nous servons beaucoup pour le récit de ces e'vénements du très instructif Discours des choses adienues en la ville de Lyon pendant que M. de Soubise y a commandé.

Le consulat élargi, à qui en réalité le gouvernement de Lyon était incombé pendant les premiers mois de l'occupation protestante, avait, d'autre part, signé un contrat fort onéreux avec les cantons protestants suisses pour l'envoi de troupes. Berne, Neuchâtel et le Valais avaient fourni cinq à six mille soldats qui devaient arriver à Lyon quelques jours après l'entrée de Soubise. Mais ces compagnies avaient reçu l'ordre étrange de ne jamais combattre en dehors des murs de Lyon et de se bornera défendre la ville si elle était attaquée. Le gouverneur, qui redoutait pour Lyon la présence de ces bandes un peu mêlées, voulut les lancer contre Tavannes. Elles refusèrent catégoriquement. Soubise les envoya alors fourrager dans la campagne de Mâcon, et quand leur mois fut fini, les réexpédia en Suisse (i).

Lyon ne possédait donc plus de troupes huguenotes. Son gouverneur lui-même n'avait été suivi depuis Orléans que par quarante hommes d'armes. Enfin la situation financière était franchement mauvaise ; la vente des biens ecclésiastiques, sur laquelle on avait beaucoup compté, n'avait rapporté qu'une somme insignifiante, et la solde des compagnies suisses avait dévoré toutes les ressources disponibles (2).

Soubise semble avoir fait face à toutes ces difficultés avec beaucoup de fermeté et de diligence. Tout entouré d'ennemis qu'il fût, il réussit à tenir bon dans Lyon jusqu'après la paix d'Amboise et à ne rendre la place qui lui était confiée que sur l'ordre même du chef protestant. Pour parer au manque d'argent, il imposa aux bourgeois lyonnais des contributions. Pour constituer une armée, il rappela le capitaine de Blacons, qui guerroyait en Forez avec quelques centaines d'hommes, et fit refluer sur Lyon les garnisons de villes dauphinoises comme Vienne. Un certain nombre des soldats suisses licenciés se joignirent à la petite armée ainsi ras-

(i) « Ils ne servoient de rien, sinon d'espuiser l'argent de la ville et manger les vivres, comme ils feirent en deux mois plus que tous les soldats français ne feirent en tout le temps de la guerre. » (Discours des choses advenues..., dans Bull. bist. prot.fr., t. xxviii, p. 494).

(2) Lettre de Soubise aux Seigneurs de Berne, du 29 juillet 1562.

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semblée, en promettant cette fois d'obéir sans condition aux ordres de Soubise.

Entre temps, Mâcon avait été repris par les catholiques, et Tavannes leur chef s'était avancé jusqu'à Anse, à trois lieues seulement de Lyon. Le duc de Nemours vint bientôt prendre la direction de l'armée catholique, que trois mille hommes * de pied italiens venaient au même moment renforcer.

Alors commença entre les deux camps une série d'assez « grosses escarmouches, tant de gens de pied que de gens de cheval, esquelles quelques foys les ungs, quelques fois les aultres avoient du meilleur ». Mais avec le temps les vivres amassés dans la grande cité se faisaient rares, le ravitaillement étant gêné par l'armée ennemie qui tenait la campagne au nord de Lyon.

Ce fut bien pis lorsque Nemours, déplaçant ses soldats et contournant Lyon, vint opérer au sud de la ville. Il trouva Vienne dégarnie et s'en empara. Dès ce moment les lignes de communication de Soubise avec la France protestante furent singulièrement compromises.

C'est alors que, le priant d'oublier leur querelle, le gouverneur demanda au baron des Adrets de venir à Lyon et de lui apporter l'appoint de ses forces. Puis tous deux livreraient bataille à Nemours et seraient en mesure de dégager la place.

Ce plan échoua complètement. Des Adrets, en essayant de gagner Lyon, fut bousculé à Beaurepaire. Il n'arriva dans les murs de Lyon qu'à grand'peine et serré de près par les ennemis. Sénas et Mouvans purent cependant faire entrer encore dans la ville douze cents soldats huguenots de Provence. L'égalité numérique était rétablie avec l'ennemi pour l'infanterie : mais on refusa à Soubise les reîtres que d'Andelot ramenait d'Allemagne, et le manque de cavaliers fut cause de nouveaux échecs.

Bientôt la trahison du baron des Adrets, à qui les chefs

huguenots avaient de nouveau reproché «sesdébordemens», et qui lia partie avec Nemours, enleva à Soubise toute possibilité de tenter des sorties et de se ravitailler. Les catholiques occupèrent Saint-Genis-Laval, Villefranche, Trévoux, les Dombes. Ils nouèrent des intelligences avec leurs coreligionnaires restés à l'intérieur de la ville. Ils essayèrent même de remonter le courant du Rhône sur des bateaux et de donner l'assaut sur un point faible des fortifications qu'on connaissait de ce côté. Leur tentative du reste fut repoussée avec pertes, comme une autre qui fut faite vers Saint-Just.

Grâce à ces deux derniers succès, au début de 1563. la situation de la ville huguenote s'était beaucoup améliorée. Les provisions étaient devenues un peu plus abondantes. La résistance pouvait se prolonger, vigoureuse.

Et, en effet, ce furent uniquement des raisons de politique générale qui entraînèrent la reddition de Lyon. La paix d'Amboise avait été signée le 19 mars 1563. Ses clauses assuraient le libre exercice de la religion réformée dans les villes encore au pouvoir des calvinistes, dans Lyon en particulier.

Cependant Soubise mit une singulière insistance à retarder la remise de Lyon aux représentants réguliers du Roi ; les soldats du duc de Nemours n'allaient-ils pas se venger sur les Lyonnais des déconvenues qu'ils avaient éprouvées devant la place ? par leur nombre, les huguenots lyonnais n'avaient-ils pas droit à plus de lieux de culte que ne leur en assurait « la paix » ? Sur ce thème, le gouverneur protestant engagea une correspondance suivie avec Catherine de Médicis. Il obtint qu'à la place du duc de Nemours, ce serait le maréchal de "Vieilleville, gentilhomme beaucoup plus accommodant et libéral, qui viendrait à Lyon pour faire exécuter l'édit de pacification. Le 9 juin, le Consulat adhérait au traité, et le 15 du même mois, Vieilleville recevait les clefs de Lyon.

En vertu de la paix, ou mieux de la trêve d'Amboise, les

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huguenots se voyaient enlever la jouissance de toutes les églises paroissiales où ils célébraient leur culte depuis plus d'un an. Le i8du mois de juin 1563,1a messe fut dite de nouveau dans la cathédrale de Saint-Jean ; le jésuite Auger(i), dont Viret avait sauvé la tête en avril 1562, lors de la prise de Valence, exhorta, dit-on, ses auditeurs à la tolérance et à la concorde.

Par contre, les huguenots reçurent l'autorisation de bâtir trois temples — un de plus que ne leur en promettait l'édit. Vieilleville fixa, le 4 juillet, l'emplacement des futurs temples réformés : « Ung jardin appartenant au cappittaine Sala du costé de Fourvière, joignant une ouverture nouvelle qui a esti faicte pour descendre de la rue Sainct-Barthélémy à la place des Changes, » — « une place qui est sur les fossez joignant le cloistre des religieuses de Saint-Pierre » (c'està-dire une partie du terrain occupé aujourd'hui par IHôtel de Ville (2) — et « semblablementune autre place qui soioitestre en vignes et jardins appartenant aux Jacoupins » (3). En attendant l'achèvement des édifices construits sur ces points, et pour donner un délai maximum de six mois, les églises des Cordeliers et de Confort, ainsi que l'orphelinat de la Chana, seront conservés aux protestants.

Mais aussitôt le capitaine catholique Sala, les frères du couvent de Confort, les nonnes de Saint-Pierre, tous rentrés dans Lyon, se pourvurent d'un commun accord devant le Roi. Ils

(0 Péricaud, dans sa Notice sur Edmond Auger, est assez ëlogieux pour ce personnage. M. Hauser, au contraire, voit en lui un fanatique violent ; selon lui, que le P. Jésuite « ait été l'un des fauteurs du massacre de Bordeaux, ce n'est point une vérité historiquement établie, c'est une opinion qui a pour elle, à défaut d'absolue certitude, le maximum de probabilité ». (Bull. Hist. Prot. fr., 60" année, 1911, p. 306).

(2) Les anciennes fortifications de Lyon qui allaient du Rhône à la Saône à la hauteur des Terreaux avaient été abandonnées au temps de François \" et remplacées par une autre ligne qui unissait les deux fleuves en gravissant le coteau de la Croix-Rousse. Une part des terrains vagues autrefois occupés par les murs et les fossés était donc gratuitement concédée aux protestants. Le terrain des deux autres temples, au contraire, dut être acheté aux propriétaires par le Consistoire.

(3) Ce texte est cité par N. Rosdot, dans l'article déjà signalé.

obtinrent de Vieilleville une ordonnance qui, le 4 mai 1564, modifia la situation des lieux de culte protestants. « Du costé de Fourvière » — c'est-à-dire sur la rive droite de la Saône — un temple sera bâti sur l'emplacement de « la grange de Caton au-devant du Cigne en Bourgneuf» et de «la maison d'après qui estoit à Jacques Brippio». «Pour le costé du Rhône», le lieu où sera édifié le temple des Terreaux est précisé et limité. Une troisième construction pourra être placée entre la rue Tupin «de bize», c'est-à-dire au nord, et la rue Ferrandière « du costé du vent », donc au midi. Mais que les protestants se hâtent d'aménager leurs temples : on va leur enlever l'église des Cordeliers et l'asile de la Ghana (i).

«Et lors ils se mirent tous, grands et petits, hommes et « femmes, à porter la terre pour combler les dicts fossez « (des Terreaux) et faisoit bon voir les Damoyselles deux à « deux, retroussées jusques à my jambe... et la chausse bien « tirée, pourtant le benot par les manilles (2), chantants leurs « chansons de Marot et de Bèze à gorge desployée, et se « faisoyent maintes belles collations es jardins de là environ, « non sans beaucoup de commodité pour les amou- « reux. » (3)

Le ligueur Rubys peut plaisanter. Le spectacle reste splendidedeces hommes et de ces femmes, de ces riches et de ces pauvres, de ces jeunes et de ces vieux, remuant tous ensemble la terre pour édifier plus vite le sanctuaire de leur foi. De leur côté, les religieuses de Saint-Pierre déclarent que « l'œuvre est continuée par ung gros nombre de gens de toutes sortes et estactz ». Enfin Viret, écrivant le 10 mai 1564 à Ambroise Blaurer, constate que « l'ardeur de chacun est

(i) Ordonnance citée par N. Rondot, auquel nous renvoyons pour plus de détails.

(2) «Pourtant le benot par les manilles», cela signifie, en langage moderne : « tirant la brouette par ses bras ».

(3) Rubys : Histoire véritable, p. 402.

grande, comme autrefois lorsque les Hébreux construisaient leur temple » (i).

L'édifice des Terreaux affectait, selon M. Rondot(2), une forme circulaire. Une tribune faisait à l'intérieur le tour de l'édifice. Au centre se trouvait la chaire ; et des bancs de bois étaient disposés tout autour d'elle en cercle. Quatre fenêtres ovales éclairaient l'édifice. En tout une austère et calviniste simplicité.

En même temps étaient construits les deux autres lieux de culte permis par le Roi ; celui de la rue Ferrandière s'appela « Temple Paradis ». celui de la rue Bourgneuf « Temple de la Fleur de Lys » (3).

La rapidité et l'entrain avec lesquels tout cet effort fut fourni , semblent démontrer que l'église protestante de Lyon conservait, dans le nouvel état de choses, une puissante vitalité. Les services des réformés continuaient à être suivis par de vraies foules. « De jour en jour, l'Eglise augmente», s'écriait joyeusement Viret le 13 juillet IS63. « C'est un grand plaisir, « disait aussi le même pasteur, de voir les belles compai- « gnies qui assistent au sermon. 11 a plu à Dieu que nous « revinssions en ce meslinge de religion, mais nous avons « bonne espérance qu'il fera retourner le tout à sa plus grande « gloire et à plus grande édification de son église, pourvu « que les nostres se sachent contenir en toute modestie, com- « me nous les en exhortons tous les jours (4). »

(1) Magnam videmus omnium alacritutem... sicut Israelitae qiium exstruendum erat Tabernaculum.

(2) On peut tout aussi bien estimer que cette description, faite d"après un dessin du temps conservé, s'applique non au temple des Terreaux, mais au temple Paradis.

(3) Les frais occasionnés par la construction simultanée de ces trois temples durent obérer singulièrement le budget de l'Eglise de Lyon. D'autant qu'un passage de la lettre de Viret à Ambroise Blaurer, du lo mai 1564, conservée à la Bibliothèque de Saint-Gall, nous autorise à penser que des travaux avaient déjà été entrepris sur les emplacements que la première ordonnance de Vieilleville avait donnés et la seconde arrachés aux protestants.

(4) Barnaud : P. Viret, p. 596.

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