‹ Les Origines et le développement de la Réforme à LyonChapitre 6 sur 30 · IV. — L'Eglise a Lyon au début du xvi« Siècle · texte numérisé non relu

IV. — L'Eglise a Lyon au début du xvi« Siècle

A cette manière si nouvelle de concevoir la religion, à ces aspirations si curieuses qui réclament moins l'exposé de dogmes qu'une mise en rapport plus directe et serrée de la pensée et de la vie humaines avec le drame et l'idéal chrétiens, à toutes ces voix qui demandent Jésus et son Evangile, et non autre chose, — comment l'Eglise apostolique et universelle va-t-elle répondre ?

Comment va-t-elle répondre ? Mais elle ne répond pas, faute de comprendre ce qu'on lui demande. Même quand le schisme aura déchiré son sein, même quand elle se sera décidée à un effort violent pour garder la moitié du monde qui lui reste, même lorsqu'elle aura arrêté en apparence et circonscrit les progrès du protestantisme, elle n'aura pas encore répondu. Elle ne se sera pas assimilé cette idée du Christ que la religion n'est pas, dans son essence ou dans son but, une doctrine ou une organisation ; qu'elle vise droit à la vie intime de chaque homme, qu'elle doit avant tout éclairer sa volonté et fortifier son caractère, qu'elle a mission de le préparer aux grandes et nobles luttes de l'existence. Que le protestantisme ait satisfait d'une manière parfaite cette aspiration du siècle, je ne le crois pas ; qu'il lui doive son existence et son orientation, c'est incontestable.

Mais je m'attarde trop à ces considérations générales, et j'ai hâte d'en revenir au cas précis qui nous occupe. Un historien de l'ordre des jésuites, non suspect par conséquent de partialité pour la Réforme, M. Steyert, va nous dire ce qu'était, au moment qui nous intéresse,

l'Eglise de Lyon : « A Lyon, on avait dû, dès le « commencement du quinzième siècle, supprimer le \< couvent des religieuses de la Chanal, devenu une « école publique de dépravation ; et, moins de cent « ans plus tard, les nobles bénédictines de Saint-Pierre, \< refusant de subir une réforme nécessaire, aban- « donnaient en masse leur monastère pour vivre « dans le désordre, et emportaient les ornements pré- « cieux, les vases sacrés, tout ce dont elles pouvaient « tirer profit... L'abbaye d'Ainay était, depuis trois siè- « clés, en quête de reliques célèbres, exposant... le corps « de sainte Blandine qui n'existait pas, allant même << jusqu'à inventer un saint apocryphe, lui dédier un « autel et offrir à la vénération des fidèles des osse- « ments que les moines prétendaient être les siens. . . « Les sièges épiscopaux étaient devenus des sortes de « marchandises que les archevêques, à l'exemple d'Hip- « polyte d'Esté, troquaient entre eux suivant leur ca- « price ; d'autres les cumulaient, tels que le cardinal « de Lorraine qui occupait, à la fois, cinq sièges épisco- « paux et huit abbayes (i). »

Mieux que de longs développements, une anecdote dépeindra l'étrange dévotion qui était alors en cours chez les plus hauts dignitaires ecclésiastiques lyonnais. Alis de Thézieux, nonne au couvent de Saint-Pierre des Terreaux, était morte en 1528 des suites de son inconduite; on n'avait voulu lui donner ni absoute ni sépulture. Alors des visions vinrent troubler le sommeil d'une de ses compagnes, Antoinette de Grôlée : l'image de la défunte errante et malheureuse ne cessait de l'obséder la nuit. Adrien de Montalembert, aumônier du roi, prévenu, interroge Antoinette; il apprend

(i) Steyert : Histoire de Lyon, lil, p. ii 4-1 15.

qu'une voix est venue opportunément compléter chez cette fille la vision, que cette voix affirme l'existence d'un purgatoire etTefficacité des prières pour les morts. On donne alors les sacrements et la sépulture au corps d'Alis de Thézieux ; les apparitions cessent et voilà « confuse et condamnée la damnable assertion de faux hérétiques luthériens ». Adrien de Montalembert en est si heureux qu'il se dépêche d'écrire un traité qui consignera un argument aussi décisif contre la Réforme. Ainsi le récit sera rédigé « à la louange et haute magnificence de Dieu le Créateur »; mais aussi, ajoute candidement l'aumônier de cour, <Npour récréer Sa Majesté et lui donner du passe-temps >\ D'une pierre, deux coups.

Turbulente et cultivée, mêlant à l'horreur du cléricalisme un sentiment religieux des plus profonds, remplie d'aspirations nouvelles, cosmopolite au plus haut point, très vivante, telle nous apparaît la cité lyonnaise quand la rumeur du schisme luthérien l'atteignit. Toutes les tendances et les caractères qui permirent en France l'établissement du protestantisme semblent s'y •réunira un degré exceptionnel. Les temps ont marché, des voies nouvelles s'ouvrent. Avant, avant, Lion le melhor !

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