‹ Les Origines et le développement de la Réforme à LyonChapitre 8 sur 30 · II. — Marguerite d'Alençon et son Entourage · texte numérisé non relu

II. — Marguerite d'Alençon et son Entourage

En août 1524, la Cour était venue s'établir à Lyon. François 1er avait quitté le Royaume pour conduire l'expédition qui devait si lamentablement échouer à Pavie ; et pour se rapprocher du théâtre de la guerre, une partie de la haute administration royale ainsi que nombre de grands personnages se fixèrent momentanément à Lyon. Quelques-uns d'entre eux, tels le parlementaire Antoine Papillon, Michel d'Arande, aumônier de Marguerite, sont pour nous d'un intérêt particulier. Mais surfout, c'est une bonne fortune pour l'historien du protestantisme lyonnais de rencontrer, dès les débuts de son travail, une figure aussi pleine de charme et de grandeur que celle de la future reine de Navarre.

Je n'aurai garde de substituer un portrait de mon cru à celui qui est attribué à Marot :

Une douceur assise en belle face.

Qui la beauté des plus belles efface,

(i) Herminjard : Corr. des Réf., I, 309.

Un regard chaste où n'habite nul vice, Un rond parler, sans fard ni artifice, Si beau, si bon que qui cent ans l'orroit Ja de cent ans fascher ne s'en pourroit; Un vif esprit, un savoir qui estonne Et par sus tout une grâce tant bonne Soit à se taire ou soit en devisant. . .

Egalement riche en esprit, en science et en piété aimable et douce, sérieuse et enjouée, honnête en ce siècle de débordements, l'auteur de Y Heptaméron reste une des figures les plus pures et les plus attirantes de l'époque. Elle fonda des asiles — entre autres le premier hôpital pour enfants pauvres et malades — et sema les actions bonnes partout sur son passage. Elle soutenait le pauvre de ses deniers, le proscrit de son autorité, l'affligé de la vraie sympathie de son cœur aimant. Sainte-Marthe lui a rendu ce beau et véridique témoignage dans l'oraison funèbre qu'il lui consacra : « S'il était « possible que tous ceux à qui Marguerite a fait du bien « fussent assemblés en une place, jamais du temps de nos « pères et du nôtre ne fût vue une plus grande armée que « serait leur compagnie. Tous les malades de graves mala- « dies, tous ceux qui souffraient nécessité et indigence, tous « ceux qui avaient perdu leurs biens et abandonné leur « patrie, tous ceux qui fuyaient la persécution et la mort, « bref tous ceux qui étaient en quelque adversité soit du « corps, soit de l'esprit, se retiraient à la reine de Navarre « comme à leur ancre sacré et extrême refuge de salut en ce « monde. Tu les eusses vus à ce port, les uns lever la tête « hors de la mendicité, les autres, comme après le naufrage, « embrasser la tranquillité tant désirée, les autres se couvrir « de sa faveur, comme d'un second bouclier d'Ajax contre « ceux qui les persécutaient (i). »

Grâce aux belles publications récentes de M. Abel Lefranc, nous avons maintenant la clef du problème des idées reli-

(i) Cité par M. Lefranc : Les Idées Religieuses de Marg. de Navarre, p. 74.

gieuses de Marguerite de Navarre. Il appert désormais que la grande chrétienne que fut l'auteur du Miroir de l'Ame Pécheresse et du Triomphe de l'Agneau a, d'une manière absolument décisive et absolument consciente, rompu avec la tradition catholique. Que si la sœur de François I^r n'a jamais officiellement et publiquement abjuré la foi des Rois, ses pères, ce n'est point manque de franchise, c'est pour des raisons politiques faciles à concevoir. Comme le remarque M. Lefranc, il ne faut point ranger Marguerite de Navarre dans un tiersparti, un parti éclectique qui aurait compris des savants, des évêques novateurs, des humanistes indécis ou peureux. Marguerite n'est pas une catholique, pas même une « nicodémite » ; c'est une protestante, une protestante sans doute qui réservera toujours et même après les diverses cristallisations du mouvement de la Réforme, sa manière personnelle de comprendre et de sentir ; mais tout de même c'est une vraie protestante, qui a renié l'enseignement romain sur les articles critiques et qui emploie pour l'apologie de ses conceptions, les arguments, le vocabulaire même des protestants du xvie siècle.

Dès 1 524 — l'année de son séjour à Lyon — elle constate, dans le Dialogue enferme de vision nocturne, que

En (Christ) seul est seure salvation Pour les Esleuz qu'il luy a pieu choisir... Car Cclluy seul qui a voulu mourir A tout pour nous gaigne' et mérite' :

Riens plus ne fault souhaitter ne quérir. 11 nous donne par sa grand' charité Tous ses bienfaictz mérites et labeurs. (1)

Le culte des saints perd aussi toute valeur

Veu qu'il n'y a Apostre ne Martyr

Qui sans estre de sa grâce tiré

D'un seul péché jamais eust sceu partir.

La religion ne réside point dans les dévotions.

(1) Cette citation, ainsi que la plupart des suivantes, est empruntée aux Idées de Marg. de 'Navarre, de M. Lefranc.

Priez Dieu.

. . . Non pas que à genoulx Patenosîrant en l'Eglise soyez Mais en tous lieux l'aymant par dessus tout.

Aymez donc Dieu qui est s'y très aimable Sans rien avoir en vostre cueur que luy. Croyez qu'il est tout bon et ve'ritable Et tous les biens que pourrez aujourd'huy Faire, faictes sans lendemain attendre.

Mais le tout faict, n'y mettez vostre appuy.

La religion de iMarguerite n'a que faire du culte de la Vierge, de la croyance au Purgatoire et à la magique vertu des sacrements. Sa religion est essentiellement une mystique, une religion de la Croix et de l'Amour :

... ,0 forte amour, plus forte que la mort. La Croix lui apprend à aimer:

Sur l'arbre de la Croix, d'une voix clère et belle J'ai bien ouy chanter une chanson nouvelle.

A Lyon même, inspirée par « un rosier du jardin des Célestins », la reine de Navarre médite sur le mystère de Jésus avec des accents qui font penser à Pascal.

Oserons-nous vivre à nostre plaisance

Dessoubs un chef qui a si grant souffrance

Et couronne' d'espines ? Quelle horreur

Veoir en ung corps joyeux contenance

Qui a son chef navré en toute oultrance

D'importable et mortelle douleur !

Voyez comment par mains, par piedz, par cueur,

Donne son sang, monstrant de quelle ardeur

11 nous ayme ; quand la perse've'rance

De son amour n'a laissé, pour la peur

Des ennemys, ne pour la grand' fureur

Jusques au bout suivre son ordonnance.

Les vers que, dans l'œuvre de Marguerite, le crucifiement de Jésus a inspirés sont nombreux. Dans une pièce postérieure, quand l'Agneau a triomphé du Péché et de la Mort, le soleil courbe devant lui son chef doré: « Tous les flambeaux « parmi le Ciel courans », les douze régions du firmament, « les astres qu'on voit tour à tour naître et déchoir, les bandes « hiérarchiques des hauts esprits et ordres angéliques s'hu- « milient devant la gloire « découverte » du Fils de Dieu, de « l'Agneau Eternel (i). »

Puis d'un accord en leur divine langue Ont prononcé la diserte harangue Dont la teneur est sy haute et le rolle Qu'on ne peut pas par humaine parolle Y arriver. . .

Verbe divin, sapience profonde, De Déite' plénitude féconde, En qui du tout gist l'Estre et la vigueur, En qui de vie est la veine et le cœur ; Verbe par qui le luysant firmament Par qui le Ciel et tout son ornement Peut accomply, estendu, compassé.

Verbe très saint, vive image du Père, Splendeur, substance et exprès charactère, . .

Quand eurent dit pour l'oraison conclure

Les cieux ensemble et toute créature

A haulte voix : Ainsi soit respondirent

Tant qu'aux lieux bas les Enfers l'entendirent.

Alors le Ciel de liesse et chansons

De maints accords et cantiques et sons.

De tous costez clèrement résonna.

Lors vérité de sa harpe sonna

Très doucement la sacrée Uranie ;

Semblablement la chaste compagnie.

Le Saint convent des grâces supernelles,

Les Chérubins entendirent (2) leurs aesles. ..

(1) Lefranc, op. cit., p. 60.

(2) Entendirent, pour: étendirent.

L'envolée magnifique se termine sur cette strophe, où se retrouvent sereines toute la liesse de la délivrance, toute l'ardeur de l'aspiration vers un monde nouveau :

Voicy nouvelle joye La nuict pleine d'obscurité Est passe'e ; et voicy le jour Auquel marchons en seureté.

Chassons toute peur par amour, Sans que nul se desvoye :

Voici nouvelle joye !

Qu'on nous excuse. La splendeur de cette grande poésie — trop peu connue — nous entraîne au delà de proportions qu'il eût été sage de garder. Mais Marguerite de Navarre est un de ces personnages qui semblent destinés à réflécîiir tout un mouvement d'idées, à fixer pour les siècles la physionomie d'un temps.

Capital du reste fut l'appui que cette femme, alors duchesse d'Alençon, prêta au développement rapide et brillant de révangélisme lyonnais en 1 524-1 525. La princesse intronisa et protégea dans la ville son aumônier Michel d'Arande, que d'imprudentes paroles avaient déjà compromis. Annonçant à Farel l'emprisonnement de Maigret, le chevalier de Coct pouvait ajouter : « Mais Madame d'Alençon est à Lion : loué soit Dieu ! (i). » La désinvolture avec laquelle cette Altesse Royale traitait les enseignements les plus vénérés dut enhardir plus d'un novateur inconscient; et révangélisme de ce temps-là à Lyon me semble présenter tous les caractères que nous avons pu découvrir dans la pensée de Marguerite : toute vertu est enlevée au rite et au sacrement, la religion véritable n'est que foi agissante et immense amour. La prédestination, que plus tard Marguerite elle-même acceptera, n'a point encore

(i) Herminjard : Corr. des Réf., I, p. 309.

de place dans la pensée des évangéliques. On n'est pas exactement le disciple de Luther, ni calviniste avant Calvin ; on exécute une variante sur un thème du reste constamment identique en son fond, ou plutôt on jouit de cette « vie nouvelle » dont la dogmatique n"a point encore pour toujours fixé les allures.

Issu d'une famille noble du Dauphiné, Michel d'Arande avait été écoliei" à Paris. Entré dans la suite dans l'ordre des Augustins — l'ordre qui donna à la Réforme le moine de Wittenberg et le couvent d'Anvers — nous le voyons en 1321 en relations avec Briçonnet, évêque de Meaux ; sur la recommandation de ce dernier, il est nommé aumônier de la sœur du roi. Dès cette époque c'est un des espoirs du parti novateur. Non seulement il cherche à gagner la Cour et le Roi, mais on le voit porter la bonne parole dans les états de sa royale pénitente, la ville et la campagne d'Alençon. Puis, toujours grâce à sa protectrice, il prêche l'Avent dans la cathédrale de Bourges. L'année suivante, il allait y prêcher le Carême quand l'Archevêque, scandalisé, lui refusa la chaire. Arrivé à Lyon avec la Cour en octobre 1524, il s'y fixe momentanément : on lui refuse les chaires de la ville, il va prêcher dans celles de Màcon. En i 525, après un nouveau séjour à Meaux, nous le retrouverons à Lyon, très répandu dans la haute société de la ville. Malheureusement les détails nous manquent pour reconstituer la physionomie de cet évangélique de marque (i).

(i) D'Arande quittera bientôt Lj'on pourl'exil : mais au bout de quelques mois, Marguerite obtint pour lui l'evêché de Saint-Paul-Trois-Châteaux en Dauphiné. La ne'cessité de choisir entre la qualité de catholique et les idées nouvelles ne s'imposait pas encore à l'esprit d'un évangélique tel que lui : comme on l'a justement observé, « on ne pouvait savoir si l'installation d'un homme jusque-là hérétique dans la chaire épiscopale n'était pas une victoire gagnée par l'hérésie plutôt que gagnée contre elle ». (France Protestante,!' éd. , 1,296). Mais quand les années eurent creusé l'abîme, quand Rome eut posé les deux termes de l'alternative, les hommes qui, comme Michel d'Arande, avaient espéré la Réforme de l'Eglise par les

Avant de quitter la sphère de la Cour, nous citerons encore le nom d'Antoine Papillon, premier maître des requêtes du Dauphin et évangélique décidé. Papillon vint à Lyon comme membre du Grand Conseil qui tint ses séances dans la ville pendant la régence de la reine mère. II traduisit en français le traité De f^otis Monasticis de Luther, et dédia ce travail à la duchesse d'Alençon : « De quoy », écrit Sébiville, « il a eu beaucoup daffaires avec cette vermine parrhisienne. » (Lettre au chevalier de Coct, Herminjard I, 313.) Une lettre de Papillon à Zwingle, datée de Lyon, achève l'énumération des évangéliques notoires en séjour dans la ville à ce moment : « Michel d'Arande, aumônier de la duchesse d'Alençon, révêque de Séez (?), Dampierre, Sevin, Matthieu, le bailli d'Orléans (Jacques Groslot ?), Pierre Amy, homme de grand savoir et de grande foi, t'embrassent... Ton compagnon d'esclavage dans le Seigneur, le serviteur inutile de Jésus- Christ, Papillon (i). »

C'est ainsi que par la distinction de ses membres, autant que par l'ancienneté de sa fondation, l'église de Lyon se plaçait aux côtés de celles de Meaux et de Paris.

IIÎ. — La Réaction Cléricale de 1525.

Brusquement tout changea. Le désastre de Pavie, la lointaine captivité du Roi, en qui l'on suspectait quelque sympathie pour les idées nouvelles, la direction imprimée au gouvernement par la mère de François 1er, la dévote Louise de Savoie,

enfants même de l'Eglise et dans son sein, eurent la conscience déchire'e et se demandèrent de quel côté ils devaient se tourner. Le fantôme de l'hérésie effrayait encore étrangement ces esprits nourris aux doctrines du Moyen Age. 11 y eut alors des drames de conscience dont on ne peut exagérer le caractère tragique. On trouve l'écho de l'un d'eux dans une correspondance échangée en 1337 entre Farel et d'Arande. Le Réformateur raconte intentionnellement à l'évèque les derniers moments du vieux Lefèvre d'Etaples, autre « évangélique » qui n'avait pas eu l'audace ou la (i) Lettre latine reproduite par Herminjard : Corr. des Réf., I, 294-296. (7 oct. 1524.)

le besoin où l'on était de se concilier la faveur du pape dans la lutte formidable entreprise contre Charles-Quint et Bourbon — toutes ces causes déterminèrent une réaction cléricale violente, la première de celles qui vont souiller le règne de celui en qui on crut voir le Prince des Lettres. Ce fut comme une gelée tardive, meurtrière d'aspirations et de pensées à peine écloses. La régente essayait d'acclimater l'inquisition en France et datait de Saint-Just, aux portes de Lyon, maint message écrit au pape à cet effet. La Cour, qui hier encore semblait jouer à l'hérésie, devient le foyer de l'impitoyable répression. Les évangéliques lyonnais hésitent, se troublent, courbent la tête. Mis en demeure de choisir entre l'acceptation inconditionnée de la totalité des enseignements catholiques et la définitive radiation du nombre des enfants de l'Eglise, ils ne se sentent pas assez sûrs d'eux-mêmes : la grande idée de l'unité catholique, telle que les siècles l'ont façonnée, est encore si puissante sur l'homme !

Du reste tous les porte-parole les plus autorisés des nouvelles idées religieuses peuplent les cachots ou vident le Royaume sans délai. En février 1525, on brûle à Grenoble Sebiville ainsi que le grand commandeur du Viennois. Du Blet disparaît, sans doute martyr. Cité comme témoin dans l'affaire des hérétiques de Meaux, d'Arande craint qu'on l'accuse à son tour, et s'enfuit à Strasbourg.

clarté de vues nécessaire pour devenir « protestant » : « Notre cher Lefèvre « d'EtapIes, dans la maladie qui devait l'emporter en quelques jours, eut « un tel effroi du jugement de Dieu qu'il criait: « C'en est fait de moi. « Je suis mort pour l'éternité, parce que je n'ai pas ouvertement professé « la vérité de Dieu. » Il criait sa plainte jour et nuit, et comme Gérard « Roussel l'exhortait à reprendre courage, il répondit : « Nous sommes « damnés, nous avons caché la vérité que nous devions professer et témoi- « gner devant tous. » C'était un terrifiant spectacle de voir un vieillard « d'une si grande piété en proie à une telle angoisse et à un tel effroi du « jugement de Dieu. Enfin délivré, il se reprit à espérer et il mourut en « Christ. » Farel terminait en exhortant son correspondant, qui n'avait cessé d'être son fidèle ami, à suivre l'exemple m.ème du Crucifié. — D'Arande répondit par ces lignes pitoyables où il avouait, non sans candeur, son embarras et ses remords : « je ne pense pas que la « mort de ce grand et pieux Lefèvre t'ait autant frappé que m'a bouleversé « ta bonne et chrétienne lettre. En la lisant, j'y sentais non le style d'un

Et Maigret, que devient-il dans la tourmente ? Un bref adressé par Clément VII à Louise de Savoie, et dont M. Hauser a pu fixer la date — 29 décembre 1 524 — félicite la régente d'avoir fait taire « un prédicateur impie qui répandait dans le « peuple de Lyon les semences d'une détestable hérésie... « Contre ce faux frère ou plutôt damnable hérétique... »(i), il ne faudra pas ménager la violence. Or, de toute évidence, le prédicateur impie, le damnable hérétique, c'est Aimé Maigret. Il faut lui régler son compte. Mais comme le fait remarquer le Conseil de l'Archevêque de Lyon à Noël Beda (2), « Maigret s'est tousjours rendu difficile et proterve à lui faire son procès » ; la discussion avec un tel adversaire ne tente guère l'official de Lyon, qui sans doute craint d'y perdre son latin de scolastique. Pas de paroles, déclare-t-il, mais un acte ! « Et jam plm'es de cineribiis Valde (lisez Valdo) renascuntur planhdae et opus est exemplo gravis et severae aliciijus animadversiouis. » Pour la procédure, on s'en remettra à la Sorbonne, où Maigret trouvera des docteurs à qui parler.

Le ler février 152s, Maigret fut donc conduit sous bonne escorte dans les cachots de Monseigneur de Paris. Deux longues années nous l'y voyons languir et s'épuiser, et sans aucune rétractation traîner de procès en procès.- Enfin, con-

« homme, mais l'épée même de l'esprit couper et pe'nétrer jusqu'aux join- « tures de l'âme. Je pense surtout au passage où tu me montres Je'sus- « Christ me demandant de ne rien garder qui lui fît obstacle, mais seule- « ment de me livrer à lui comme accusé et comme condamne'. C'est pour- « quoi, je te prie, je te supplie par ce même Seigneur Jêsus-Christ de « m'aider sans cesse par tes prières, pour qu'enfin je puisse sortir de ce « bourbier et de cette vanité'... » D'Arande signait « Ton frère, Cor Tardivus ». Mais ce « retardataire » temporisa tant que la mort vint le surprendre dans son palais épiscopal. On a l'impression, presque malgré Lefèvre et d'Arande, que le désir de tranquillité et d'aisance ne fut pas la seule raison qui les maintînt dans le sein de l'Eglise, et que l'humilité chrétienne leur a fait imputer au manque de caractère des délais prolongés que l'incertitude du devoir imposait. Les deux lettres latines que nous traduisons partiellement sont reproduites dans le Bull. Hist. prot. fr., XI (1862), p. 214.

(i) Cf. Hauser : Bull. Hist. Prot. fr., LVI (1907), p. 59S ss. (2) Herminjard : Corr. des Réf., i, p. 323 ss.

damné en 1527 à la peine du bannissement, il se réfugie en Allemagne, à Strasbourg, croit-on. Grande figure, pressentons-nous, à qui les circonstances n'ont peut-être pas permis de donner sa mesure.

Marguerite, dont la seule pensée était maintenant d'adoucir la captivité de son frère, perdait de vue à la même époque ses amis de Lyon ; et de cette brillante et précoce floraison de la Réforme lyonnaise ne devait plus bientôt subsister qu'un souvenir, souvenir plein de charme du reste, souvenir de jeunesse, de vie libre et ardente, âge d'or dont la dureté des temps qui viennent ne pourra pas rehausser l'image.

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