Die Ethik der alten Stoa, Berlin
les plus autorisés nous représentent Zenon attiré et converti tout à coup par les leçons et les exemples de Craies le Cynique. Or le cynisme n'avait ni dialectique, ni physique * ; des contempteurs aussi résolus de toute supériorité intellectuelle, de toute culture scientifique, ne pouvaient éprouver qu'une dédaigneuse indifférence à l'endroit de ces deux parties capitales de la philosophie. Lors donc qu'à cinquante ans l'ancien commerçant de Citium eut l'ambition de devenir à son tour chef d'école, il dut se mettre en quête de tout ce qui lui manquait encore pour constituer un enseignement complet, capable de rivaliser avec l'Académie et le Lycée.
A la même époque, Epicure, tout occupé, lui aussi, à trouver une solution au problème moral, se voyait aux prises avec la même difficulté : mais le jour où faute de génie métaphysique, et bien résolus d'ailleurs à concentrer sur un autre point toutes leurs forces, les deux philosophes furent amenés à s'approprier une cosmologie toute faite, le contraste de leur choix traduisit au grand jour l'opposition de leurs tendances : au surplus serait-ce d^aventure pour se ménager une apparence moins discutable d'originalité qu'au risque de faire fâcheusement rétrograder la science, l'un et l'autre sont remontés bien au delà de Platon et d'Aristote? Epicure, on le sait, a cru découvrir dans l'atomisme de Démocrite, interprété et corrigé non sans quelque hardiesse, le fondement métaphysique qu'il rêvait pour sa conception du monde et de la vie. Au philosophe qui selon la légende riait toujours, l'austère Zenon a préféré celui qui pleurait sans cesse ; l'obscur et sombre Heraclite a eu l'honneur incontestable de fournir au stoïcisme naissant la cosmologie qui lui faisait défaut ^, et de