‹ Les origines grecques du stoïcismeChapitre 9 sur 25 · Diogène Laërce, Vil, 180 et · texte numérisé non relu

Diogène Laërce, Vil, 180 et

2. Une de ses compositions contenait tant de vers de la Médée d'Euripide, qu'elle fut appelée la Médée de Chrysippe (D. L, Vil, 180).

3. Auxquels Diogène Laërce ajoute (VII, 16) un élève de Diodorus Gronus, Philon le dialecticien, personnage très mal connu.

action chacun de ces maîtres a-t-il eue sur la formation philosophique de leur disciple commun? Celui-ci a-t-il apporté une égale docilité à recueillir, un égal empressement à s'approprier des enseignements aussi divers? S'estil proposé de les compléter ou, au contraire, de les combattre Tun par l'autre? A ces questions d'un très réel intérêt les documents historiques en notre possession ne nous permettent aucune réponse précise. De même nous aimerions bien savoir ce qui avait passé des ouvrages de Platon, d'Aristote et de divers philosophes anté-socratiques ^ sous la plume d'un Gléanthe ou d'un Chrysippe : mais comment s'en assurer, puisque les écrits de ces deux stoïciens, comme ceux de Zenon d'ailleurs, sont entièrement perdus ^, sauf quelques fragments, la plupart de mince intérêt ? Une autre circonstance vient jeter un nouvel élément d'incertitude dans l'enquête qui nous occupe. Les débuts de l'histoire philosophique, telle que la tradition nous l'a transmise, remontent justement à l'époque où fleurit le stoïcisme, et l'on s'explique ainsi sans trop de peine comment certains compilateurs peu scrupuleux, élèves ou amis du Portique, ont prêté à maint ancien philosophe les idées ou tout au moins les expressions en honneur de leur temps. C'est le cas, selon toute apparence, de plusieurs maximes attribuées à Thaïes et qui ont une teinte absolu-

1 . Il faudrait remonter bien plus haut encore jusqu'à T Inde antique, si Ton était tenté un seul instant d'admettre avec M. Burnouî {Histoire de la lilt. grecque^ t. Il) que « le feu des Stoïciens, c'est la théorie d'Agni telle qu'elle est dans le Véda, théorie dont l'Orient de la Méditerranée était enveloppé, et dont la Grèce se pénétrait par des voies plus ou moins cachées quand le stoïcisme commença à l'enseigner ».

2. Perte d'autant plus regrettable, soit dit en passant, que nous sommes ainsi privés de documents de premier ordre pour trancher les nombreux procès d'authenticité où sont engagés des textes très importants de Platon et d'Aristote.

ment stoïcienne. Même remarque au sujet de Pythagore et des Pythagoriciens : le stoïcisme primitif n'a pas subi leur influence et ne leur doit rien ^ mais en revanche il a marqué à son empreinte la résurrection du pythagorisme au IV® siècle. L'école italique a été dès lors fréquemment présentée comme une aristocratie morale, dont le fondateur n'exaltait si haut l'orgueil de l'âme que pour en mieux sauvegarder la dignité. Sur Dieu ^, sur l'univers^, sur l'intelligence humaine, sur le droit naturel^, sur l'excellence de la douleur et le mépris des plaisirs ^, on prête généreusement à Pythagore et à ses disciples les formules stoïciennes les plus authentiques^. Une critique sérieuse ne doit pas s'en laisser imposer par cette négligence ou ce calcul.

Un problème tout semblable se pose à propos d'un des physiciens de l'école d'Ionie, Diogène d'ApoUonie, lequel, s'il fallait en juger par les rares citations ou résumés que l'antiquité nous a laissés de sa doctrine, devrait être rangé parmi les inspirateurs les plus manifestes du stoïcisme. Il

1. Diogène Laërce, qui n'a eu sous les yeux aucune ligne de Zenon, mentionne sans doute (VII, 4) dans la liste de ses écrits un recueil sous ce titre 'jruôaYOptxx. Mais quel fond faire sur cette unique et vague indication ?

2. Gicéron, De natnra deorum : « Pythagoras deum esse censuit animum per naturam rerum intentum et commeantem, ex quo animi nostri carperentur. »

3. K6(5\koç voepoç, Ïik^u/oç, (T(patpoe(87Jç (thèse soutenue dans certains nuOayopixx uicofxvY^jxaTa, d'après Alexandre Polyhistor cité par Diogène Laërce, VII, 25).

4. Tô Taç çufftoç Stxatov (fragment d'Archytas conservé par Stobée. Serm,, XLI, 267).

5. 'AyaGôv oi tcovoi, at S'-/)8oval ix TcavTÔç TpoTcou xaxov (théorie pythagoriciejine d'après Jamblique). — « NuUam capitaliorem pestem quam voluptatem a natura datani » (Archytas dans Gicéron).

6. Pour plus de détails, je prends la liberté de renvoyer à ma thèse : De priorum Pythagoreoruni doclrina et scriptis.

aurait en effet attribué des qualités spirituelles à l'air ou à Téther, défini « Têtre au sein duquel habite la raison, qui conduit tout et commande à tout* », de telle sorte que dans son système Tintelligence motrice n'aurait pas été distincte de la matière. De même sur la question de la nature de l'âme et de ses facultés, l'identité entre les deux philosophies est trop frappante pour être purement fortuite. Suffit-elle pour qu'on puisse affirmer avec certitude que nous avons ici la source où a été puisée soit la cosmologie, soit la psychologie stoïcienne? Aucun critique sérieux ne voudra Taccorder.

Mais nous arrivons maintenant à des philosophes dont la doctrine, attestée et définie par un ensemble imposant de textes et de témoignages, a été manifestement présente à la pensée des fondateurs du Portique. On va constater à quel point est grec par ses origines un système auquel certains critiques voudraient assigner l'Orient phénicien ou juif pour berceau.

Comme enseignement moral, le stoïcisme a laissé derrière lui dans l'histoire une trace profonde, un sillon nettement marqué, qui le distingue à première vue de toute autre école : mais considéré comme système, c'est une étrange mosaïque de parties hétérogènes, sans qu'apparaisse au moins d'une façon visible la pensée maîtresse qui doit organiser en un tout harmonieux celte masse confuse et ainsi lui imprimer le sceau d'une vivante et puissante unité. Les disparates. y abondent à tel point que, malgré d'imposantes a^rmalions contraires-, je ne réussis pas à

1 . Frag. 6 : uTci toutou (se. tou àépoç) Tcavra xuêepvadôat xal Tcavroiv xpaTesiv.

2. M. Ravaisson, par exemple, insiste sur Tunité du stoïcisme, et

y découvrir une école fortement constituée en corps de doctrine. Lorsqu'on exalte si haut la raison au-dessus des sens dans le domaine de la pratique et de l'action, lorsqu'on en fait le critérium unique et souverain du bien à réaliser et du devoir à accomplir, pourquoi dans la sphère de la pensée et de la science se confiner dans un vulgaire empirisme, pourquoi rejeter tout acte immatériel, incorporel de l'intelligence pure? Et quand au nom de la vertu on demande à Thomme de si continuels et de si méritoires sacrifices, pourquoi lui ôter cette consolante perspective de la vie future dont Platon, après Socrale, aimait à s'enchanter et à enchanter ses disciples? Pourquoi au lieu d'un Dieu bon et paternel nous imposer comme maître un inexorable Destin? Aussi bien, tandis que l'épicurisme du vivant déjà de son fondateur s'est figé en un code de, dogmes intangibles, le stoïcisme, ballotté dès le début entre des courants très divers et prêt à s'accommoder aux temps et aux circonstances, a longtemps cherché sa véritable voie : sur ces tâtonnements et ces polémiques de la première génération \ il reste bien peu de chose à ajouter à la lumineuse démonstration de M. Dyroff ^.

Ces hésitations, ces contradictions au moins apparentes s'expliquent assez aisément. Les témoignages historiques

invoque un passage remarquable de Cicéron (Z)e Finibus, V, 28); "mais il semble qu'il s'agisse là avant tout, sinon exclusivement, de semble de la morale stoïcienne.

Tout récemment, M. Schmekel {Die Philosophie der mittleren Sida, Berlin, 1892) est allé plus loin encore en voulant faire admirer la « grandiose cohésion » du système ( « Das in sich durch und durch conséquente monistiche System der Stoa », p. 473).

1. Diogène Laërce déjà (VII, 179) constate les nombreuses dissidences entre Ghrysippe d'une part, Zenon et Cléanthe de Tautre. Antipater de Tarse avait écrit sur la querelle de ces philosophes un ouvrage spécial.

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