Clément d'Alexandrie [Stromates, II, 41 A
2. Cf. Cratyle^ 413 G : navra (p7)«jtv Ava^ayopa; tov voOv xodtxeTv xà TcpxytxaTa 8ià TràvTcov îovta. C'est déjà le mens agitai molern de Virgile.
3. Certains critiques allemands, tout pénétrés du côté mystérieux du génie d'Heraclite, ont dit que pour les stoïciens les écrits du sage d'Éphèse avaient été u ein Urquell religiôs-conservativer Richtungen ». Cette assertion me paraît très problématique. — En revanche, est-il hors de propos de rappeler ici l'ardente dispute philosophique que Platon dans le Théétète (179 D) nous montre « grandissant encore tous les jours du côté de Tlonie où les partisans d'Heraclite défendent son sentiment avec beaucoup de vigueur » ? Est-ce que Zenon en aurait recueilli l'écho au cours de ses nombreux voyages ?
4. Une anecdote bien connue rapportée par Aristote au sujet d'Heraclite fait songer immédiatement à la célèbre phrase stoïcienne : « Rien n'est vil dans la maison de Jupiter ». L'optimisme de Socrate et des stoïciens n'aura pas un autre fondement.
pas été absolument étrangères aux stoïciens, évidemment elles ne constituent pas la partie saillante du système, tourné avant tout vers les problèmes d'ordre moral. Aussi n'éprouve-t-on aucune surprise à voir le Portique se réclamer de Socrate, de ses leçons et de ses exemples. Que de points où les stoïciens ont été ses continuateurs, lui empruntant ses pensées les plus caractéristiques et les plus originales', parfois même répétant ses propres expressions^! Ils faisaient notamment, nous dit-on, leurs délices des Mémorables^, où leurs principales théories étaient exposées, il est vrai, avec une mesure et je ne sais quelle bonhomie souriante qui leur faisaient défaut, et un sel attique qu'on ne pouvait raisonnablement exiger d'un natif de Chypre ou d'Asie-Mineure. Socrate, embrassant toutes les vertus particulières sous l'idée unique de vertu, conduisait à cette conséquence chère aux stoïciens qu'il était impossible d'acquérir une vertu sans les posséder toutes. Fonder la vertu sur la science, tel est, dit É. Zeller, le. problème d'où est sorti le stoïcisme, et M. Boutroux nous affirme que « des diverses préoccupations qui se manifestent chez Socrate, c'est bien Tidée de constituer la morale comme science qui est la principale >. . L'accord ne saurait être plus complet. De la théorie passe-t-on hiaintenant à la pratique ? Quel est pour Socrate le premier commande-
1. « Socratica sunt pleraque mirabilia stoicorum quae paradoxa nominantur » (Cic. Acad. I, 44). Thèse précisée et développée au siècle dernier par Tabbé Garnier [Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXXV, p. 309-328).
2. La remarque en avait déjà été faite dans l'antiquité par Sextus Empiricus (a(/v. Phys. I, 101).
3. Il y a dans tel passage de ce recueil (notamment dans le célèbre entretien entre Socrate et Aristodème sur la Providence, I, 4) dos rapprochements si étroits avec l'enseignement du Portique, que les uns, comme Kron, y soupçonnent une interpolation stoïcienne, tandis que d'autres, comme M. Gilbert, vont jusqu'à mettre l'œuvre entière au compte d'un stoïcien.
ment de la vie intérieure? Demeurer toujours en possession de soi-même, n'avoir aucune espèce de besoins afin de ne jamais compromettre sa parfaite indépendance, trouver même sa véritable satisfaction dans cette existence presque ascétique * ; or, ne sont-ce pas là autant de préceptes que depuis Zenon jusqu'à Epictète et Marc-Aurële les plus célèbres représentants de la secte répéteront et commenteront à Tenvi? et leur cosmologie a-t-elle jamais cessé de s'inspirer de la théologie socratique, dominée et éclairée par une affirmation expresse de la Providence?
A un autre point de vue enfin, Socrate a été un des premiers à se proclamer citoyen non seulement d'Athènes, mais du monde : du moment en effet que la connaissance raisonnée de soi-même, que le savoir, source et condition du bien faire, est la plus haute prérogative de l'homme, l'unique critérium auquel doit se mesurer sa valeur, quel sens peut encore garder la vieille distinction entre Grecs et Barbares, entre nobles et plébéiens^? La science ne connaît de frontières ni au point de vue politique, ni au point de vue social ; dès lors plus de castes, plus de nations séparées. Voilà ce que Socrate sans doute n'a pas prêché ouvertement; mais il suffisait d'un logicien résolu pour tirer cette conséquence de sa doctrine. Ainsi là marche des idées comme celle des événements s'apprêtait à porter le dernier coup à cet esprit de cité étroit et souvent tyrannique qui dominait dans l'ancienne Grèce. Le Portique eut la mission de donner à ce cosmopolitisme encore hésitant ce qu'on pourrait appeler sa consécration rationnelle.
Si de Socrate nous passons à ses disciples, ne serait-ce pas aux Mégariques que les stoïciens sont redevables de
1. Qu'on relise dans les Mémorables (H, 1) l'entretien de gocrate avec Aristippe sur la tempérance et le renoncement.
2. Ce cosmopolitisme supérieur à toutes les constitutions particulières avait déjà été enseigné par Hippias : mais ce sophiste le réservait aux Grecs et même à une élite intellectuelle parmi les Grecs.
leur goût pour les subtilités logiques et les discussions captieuses? Sur ce point, les rhéteurs et les moralistes de l'antiquité sont unanimes à dénoncer les filets où ils enferment adroitement leurs contradicteurs *. Assurément en fait d'érislique Euclide de Mégare, élève à la fois des Eléates et de Socrate, c avait de qui tenir * », et Stilpon, le maître de Zenon, a dû lui inculquer non seulement sa doctrine toute factice et contre nature de ràiràOeta ^, niais encore ses artifices de dialectique. Et de fait, c'est même un trait éminemment grec chez les stoïciens que cette passion de raisonner qui leur permet de soutenir imperturbablement les plus étranges paradoxes ^ ; on dirait une sophistique nouvelle aussi déconcertante, mais plus honnête que la première, selon le mot ingénieux de M. Croiset. Le ferment de l'esprit hellénique est donc bien vivant chez ces étrangers transplantés sur le sol athénien.
Mais il est un autre groupe de socratiques en qui le Portique a dès son berceau salué ses ancêtres directs et immédiats. Tandis qu'Aristippe prêchait le plaisir aux heureux du monde, libres de s'accorder toutes les jouissances, Antisthène groupait autour de lui au Gynosarge les déshérités de la fortune, les pauvres, les esclaves, et revendiquait le rôle de consolateur, d'instituteur public du genre
1. « Disputationum suarum atque interrogationum laqueis nos irretitos tenent », dit un des interlocuteurs du De oratore.