M. Croiset
3. Cf. Sénèque, Lettre 9 : « Hoc inter nos et illos (il s'agit des Mégariques) interest : noster quidem sapiens vincit quidem incommodum omne, sed sentit : illorum ne sentit quidem. »
4. Il convient du reste de remarquer que très habilement les premiers stoïciens, tout en heurtant d'un côté sans ménagement l'opinion commune, de l'autre ne dédaignaient pas de puiser à pleines mains à des sources plus humaines et plus populaires. M. Dyroff écrit à ce sujet : « Die Stoa hat die Fundgrube volksthûmlicher Moral fleissig ausgenûtzt. Die Stimmung weiterer Kreise war fiir die Aufnahme der stoischen Lehre in gewissem Masse vorbereitet ».
humain. De Tempire sur ses désirs et ses passions Socrate avait fait avant tout une discipline intérieure de Tâme : les Cyniques Taffichèrent extérieurement dans leurs propos, dans leur démarche, dans toute leur tenue, comme un défi jeté à l'extrême civilisation de leur époque. C'est ainsi que Tétoffç grossière, la couleur sombre, les trous mêmes de leur manteau, à travers lesquels Platon voyait si finement percer leur orgueil, devaient être une protestation permanente contre les étoffes moelleuses et les fins tissus importés de rOrient. La science, ils la dédaignent : l'éducation, ils la condamnent, et les disciples renchérissant, comme toujours, sur les exemples du maître, il ne sera bruit dans Athènes que de leurs ridicules excentricités ^ Les stoïciens auront garde d'imiter une vertu faite ainsi d'impudeur, et de renouveler cette audacieuse tentative de placer l'ordre moral non seulement au-dessus de l'ordre social, mais en dehors de l'ordre naturel. Leur philosophie ne se réduira pas à se mettre au-dessus des préjugés dont se moquait si allègrement Diogène. Mais le Portique n'en fera pas moins siennes, sauf à leur donner une base scientifique, un fondement objectif et réel, les doctrines qui sont à la base du cynisme : le bien placé dans l'effort, la vertu se suffisant à elle-même, l'âme affirmant sa vigueur et sa suprême indépendance- par son mépris de tout ce que recherche le vulgaire, la souffrance d'autant plus appréciée qu'elle fait éclater davantage la force qui la dompte (Vo xapTeptxov) ^.
1. Il en sera de même, quatre siècles plus tard, de leurs imitateurs romains dont Quintilien nous dit : « Non enim virtute ac studiis, ut haberentur philosophi, laborabant : sed vultum et tristitiam et dissen.tientem a ceteris habitum pessimis moribus praetendebant ».
2. On se rappelle le mot que Sénèque met dans la bouche de Diogène : w Age tuum negotium, fortuna : nihil apud Diogenem jam tuum est. »
3. M. Lévêque a parlé à cette occasion du « mysticisme » d'Antisthène : pareille expression ne laisse pas que de surprendre.
La volonté doit commander et être obéie : et pour assurer son autonomie, il faut, avait dit Antisthène, que Thomme se construise dans sa raison une citadelle imprenable*. Pour lui déjà l'humanité se divisait en deux classes : d'un côté le petit nombre des sages, de l'autre la multitude des fous.
N'est-ce pas d'ailleurs à la même source que Zenon a puisé sa théorie empirique de la connaissance, en harmonie sans doute avec le caractère relativement, sinon absolument matérialiste de sa métaphysique, mais en revanche difficilement conciliable avec le rôle souverain assigné aux prescriptions de la raison? Qui donc encore, sinon Antisthène ^ a enseigné aux stoïciens l'art d'enrôler de gré ou de force sous leur drapeau, au moyen d'interprétations allégoriques des plus subtiles, les poètes et les mythographes des âges antérieurs?
Bref, on a dit très justement que le stoïcisme de Zenon dans sa partie centrale n'est que le cynisme d'Antisthène, débarrassé de ses extravagances ^ et couronné par une théorie sur les principes des choses. L'antiquité déjà ne s'y était pas trompée, malgré le soin constant pris par les stoïciens de séparer leur cause d'avec celle de leurs trop compromettants émules. Cicéron ^ appelle Antisthène c< l'auteur du stoïcisme » : Epictète ^ le proclame son maître et Diogène Laërce ^ n'est que l'écho de l'opinion