‹ Les origines grecques du stoïcismeChapitre 17 sur 25 · V^oir le traité cité, 14, 15, 24, etc · texte numérisé non relu

V^oir le traité cité, 14, 15, 24, etc

rences, voilà ce qu'enseigne le Portique : à ce double titre Platon l'eût infailliblement rejeté. Mais passe-t-on de la métaphysique à la science du bien et du devoir? Entre les deux philosophies les rapprochements vont se multipliant. De part et d'autre on reconnaît la nécessité de fonder l'ordre moral sur des bases toutes rationnelles, de faire de la sagesse et non du plaisir le bien par excellence, la condition essentielle du bonheur. Et l'analogie ne se limite pas à ces traits généraux, à ces principes essentiels; elle se poursuit jusque dans le détail. C'est ce que j^ai le dessein de mettre en lumière.

Faut-il citer ici le Premier Alcibiade^ où la couleur stoïcienne de certains passages est si apparente que Bœckh en attribuait la composition à un stoïcien * ? Ce dialogue est d'une authenticité si incertaine qu'il doit rester ici hors de cause. — L'un des buts du Protagoras est de mettre en relief l'unité intrinsèque de la notion de vertu. « Qui a une vertu les possède toutes » , voilà une des maximes favorites de Chrysippe -. — Le Ménon et le Phédon opposent deux genres de vertu, l'une plus populaire, et dont sans doute se fût contenté Socrate ; l'autre seule vraiment philosophique. Que veut dire autre chose la distinction du xaGfjxov et du xaTopOcopia stoïciens? — Si dans le Gorgias Socrate prêche à Calliclès non pas le renoncement à toute espèce de jouissance, mais, ce qui est plus raisonnable à coup sûr, la tempérance et la modération, ne tient-il pas le langage d'un vrai stoïcien quand il adresse à son ambitieux interlocuteur cette exhortation finale : « Laisse donc les gens te mépriser comme un fou, t'insulter, si bon leur semble, et même, par Jupiter, souffre patiemment qu'ils te frappent ignominieu-

1. De même parmi les nombreux arguments invoqués par M. Schaarschmidt contre Torigine platonicienne du Politique^ je trouve la couleur stoïcienne du mythe développé dans ce dialogue.

2. Diogène Laërce, Vil, 125. — Une thèse analogue se rencontre République, VI, 486 B.

sèment sur la joue : car ce mal n'est rien si tu es vraiment honnête homme et si tu pratiques la vertu *. » : — Imiter Dieu, c'est-à-dire la perfection suprême, autant qu'il est en nous, voilà ce que le Portique commande à Fhomme à la suite du Théétète ; niais tandis qu'aux yeux de Platon l'idéal apparaît dans Téblouissement d'un monde transcendant qui nous dépasse, pour le stoïcien il n'a pas d'autre portée, d'autre réalité que celle d'un concept rationnel : c'est dès cette terre que le sage a le droit de se proclamer l'égal de Jupiter : cum Diis ex pari vivit , écrira plus tard Sénèque.

Qu'est-ce que le Phédon dans quelques-unes de ses plus belles pages, sinon un manuel d'ascétisme presque mystique, que les principaux stoïciens reproduiront sans s'inspirer toujours de cette haute raison et de cette chaleur communicative ? — Qu'est-ce que le Philèbe considéré dans ses lignes maîtresses, sinon une première escarmouche entre le stoïcisme et l'épicurisme ? Platon n'y cherche-t-il pas simultanément et par les mêmes considérations (comme le firent plus tard les stoïciens) à déterminer tout à la fois le bien particulier de l'homme et le bien général de l'univers, de même que dans le Phèdre il avait étroitement associé la science de l'âme à celle de la nature tout entière ? et cet idéal de conduite qu'il nous propose, idéal d'où le plaisir n'est pas impitoyablement banni sans doute, mais où il est relégué dans un rang inférieur bien au-dessous de la sagesse, n'est-ce pas déjà le programme du Portique en morale, moins certaines exagérations fâcheuses ^7

Zenon passe pour avoir écrit contre la République de Platon; si son propre traité intitulé IIoXtTeia fut venu

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