‹ Les origines grecques du stoïcismeChapitre 2 sur 25 · Qualifié dans le Brutus de « perfectissimus Stoicus · texte numérisé non relu

Qualifié dans le Brutus de « perfectissimus Stoicus

dans les mœurs^ et jusque sou& le despotisme d'un Néron et d'un Domitien, on voit de courageux citoyens fiers de jouer leur vie pour « recueillir les débris de l'irréparable naufragé des libertés publiques ». Encore une fois, de tels exemples se rencontrent -ils nombreux dans l'histoire politique de la Grèce?

Ainsi ce premier coup d'œil jeté sur les traits distinctifs de la civilisation grecque semble nous révéler dans le stoïcisme une doctrine d'importation étrangère, dont les tendances et les aspirations helléniques seules ne nous donnent pas l'explication. L'étude de ses origines historiques, nous allons nous en convaincre, est bien faite pour accréditer et confirmer cette supposition.

Venue autrefois des colonies de l' Asie-Mineure, de plus loin peut-être (Thaïes n'a-t-il pas passé pour phénicien?), la philosophie s'était implantée assez tardivement au centre du monde grec. Anaxagore, Socrate, Platon et Aristote lui font à Athènes une auréole de gloire : mais comme si elle eût refusé de survivre à la perte de l'indépendance nationale, dans la période suivante le génie métaphysique paraît émigrer sur d'autres rivages et retourner vers les contrées d'où il était sorti. Le stoïcisme ne serait-il pas une première étape dans la voie qui devait conduire quatre siècles plus tard au néoplatonisme, revanche intellectuelle de l'Orient conquis par la Grèce et qui tente de se l'assujettir à son tour*?

1 . Si plausible que soit ce rapprochement, E. Zeller Texagère très certainement lorsqu'il soutient [Philosophie des Grecs, III, p. 18) qu'une même tournure d'esprit se manifeste dans l'un et dans l'autre système, et que l'historien passe directement du stoïcisme au néoplatonisme par une série ininterrompue d'anneaux intermédiaires. Il est certain que le premier de ces systèmes n'a rien qui rappelle les hypostases et l'extase en honneur chez le second.

D'où viennent en effet les fondateurs et les premiers apôtres de la secte nouvelle? Ce sont, chose digne d'attention, des étrangers appartenant d'ailleurs à des contrées très diverses. Peut-être, au fond, la plupart sont-ils de souche grecque : mais ils ont été élevés au milieu de populations à demi barbares, au sens accoutumé de ce mot chez les Grecs. Zenon en particulier était originaire de Citium dans l'île de Chypre S demeurée au v® siècle au pouvoir des Perses, malgré les efforts d'Evagoras. Aux Grecs, les plus anciens habitants de la cité, s'était mêlée dans la suite une nombreuse colonie phénicienne^. Le philosophe lui-même paraît avoir reçu le surnom moqueur de « petit Phénicien^ ». Quand on l'appelait ainsi devant ses amis : « Qu'importe? répliquaient-ils : n'est-ce pas de la Phénicie que Talphabet avec Cadmus est arrivé à Athènes? » Il débute dans la vie par être trafiquant, et jusqu'au bout on le voit s'occuper « de ces spéculations financières pour lesquelles la race phénicienne avait une remarquable aptitude et une invincible propension^ ». A Athènes il allait rencontrer un groupe de compatriotes assez influents pour avoir sollicité du Sénat et du peuple^ l'autorisation de bâtir un temple en l'honneur d'Aphrodite. Selon les uns, appelé dans ce marché de la Grèce par ses affaires, il y apprit le naufrage du vaisseau auquel il avait confié sa fortune, et tandis qu'il méditait tristement sur la fragilité des choses humaines, la rencontre fortuite qu'il fît de Cratès le cynique le gagna sans retour à la philosophie. Une autre

1 . Cette circonstance est relevée avec quelque dédain par Gicéron [Tusculanes, V, 12) : « Zeno Gitieus^ advena quidem et ignobilis verborum opifex, insinuasse se in antiquam philosophiam dicitur. »

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