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poussière à la nouvelle du trépas infortuné d'Hector? Tout héros, même imaginaire, doit être une morale en action, un vivant emblème de vertu, et Tépopée comme la tragédie a le tort de nourrir et d'aviver en nous des mouvements déraisonnables qu'il faudrait laisser s'apaiser, faute d'aliment. Dans les accidents qui surviennent, c'est la raison seule qui doit être consultée * ; au contraire, le poète jaloux de plaire à la multitude peindra avant tout des caractères passionnés çt mobiles. Toute muse voluptueuse fait régner le plaisir et la douleur à la place de la loi, de cette raison dont tous les siècles ont proclamé l'excellence ^. Et Platon conclut quelques pages plus loin ^ : « C'est un grand combat que celui qui doit décider si l'on sera vertueux ou méchant. Ni la gloire, ni les richesses, ni la dignité, ni enfin la poésie ne méritent que nous négligions pour elles la justice et les autres vertus. » Belle pensée, et bien digne du profond moraliste qui au II® livre de la République nous avait montré le sage idéal, abreuvé de calomnies, déchiré par les tortures et cependant, fort du témoignage de sa conscience, trouvant son sort préférable à celui de ses persécuteurs triomphants ^. Un stoïcien lui eût fait dire en outre : « Je suis parfaitement heureux ». Platon l'a évité : c'est que, selon le mot si juste de M. Croiset, il entend ménager le sens commun jusque dans ses plus grandes hardiesses.
2. 607 A : àvTi vdjxou te xalxou xoiv^i àel Sdçavxoç elvat ^eXt^gtou Xoyou. Comparer les vers de Gléanthe :
eTcel 0UT6 êûOToT; yspaç oXXo Tt {xeiÇov,
ooT£ ôeoTç, '}[ xotvôv àet v(5[jLov ev 8(x7) OtxveTv.
4. C'est au sortir de la lecture de cette page si justement célèbre qu'on comprend le mieux ce mot de Sextus Empiricus (Pyrr. Hyp,^ I 33) : « Platon est presque un stoïcien ».
Cet esprit de mesure se reflète d'une façon encore plus marquée dans les Lois, atténuation à la fois mélancolique et souriante d'un idéal reconnu impossible à atteindre, tandis que les stoïciens n'ont jamais renoncé à Têtre chimérique qu'est leur sage parfait. Ecoutez au second livre * l'auteur déclarer que les vrais biens ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, et que la parfaite félicité est inséparable de la parfaite justice. Tout le stoïcisme est là en germe; mais, répétons-le, en dehors de toutes les hyperboles qui lui sont familières et contenu dans d'équitables limites. Le dixième livre, l'un des plus remarquables que Platon ait écrits, en même temps qu'il contient tout l'essentiel de la doctrine stoïcienne sur la divinité et sur les dieux, célèbre, comme le fera si expressément le Portique, l'empire de la raison dans le monde et sa conséquence nécessaire, l'ordre universel auquel tout le reste est subordonné -, Et le Timée^ précisant davantage cette pensée, invitera l'homme avide de mieux connaître les moyens de réaliser sa propre destinée, à s'initier aux harmonies du monde, où Tordre divin n'est jamais mis en péril par l'intérêt ou par la passion. Elle est de Platon, mais elle pourrait être aussi bien de Chrysippe ou de Sénèque, la belle pensée que voici : u Si Dieu nous a permis de contempler dans le ciel les révolutions de l'intelligence, c'est afin que nous en tirions parti pour les révolutions de notre propre pensée lesquelles, malgré leur désordre, sont de même nature que les premières si bien ordonnées, et qu'ainsi instruits par ce spectacle et usant de la rectitude naturelle du raisonnement, nous apprenions, en imitant les mouvements parfaitement réguliers de la divinité, à corriger l'irrégularité des nôtres. ^ » Faut-il rappeler que ce même