Sextus, adv. math, XI
3. Stobée [Ed. phys.^ I, p. 36) : TaOra Ss /^op/^yyiffaç toÏç StwcxoTç tx TTpoTÊpa TzoLpx TOI) IlXaTwvoç ji.îTa'ïrsçpaxe.
4. Consulter sur ce sujet Siebeck, Untersuchungen zur Philosophie der GnecAe/i (Fribourg, 1888, p. 181). Les critiques sont à peu près unanimes à reconnaître que les théories d'Aristote ont laissé les stoïciens très indifférents. (Voir une note de M. Dyroff, p. 322.)
conception familière au Portique, celle du monde assimilé à un « vivant éternel » (Çûcv à(ciov), redevable de son organisation à une âme universelle qui forme, dispose et anime toutes choses selon un dessein déterminé ; en outre, n'est-il pas certain que la corrélation célèbre entre le « microcosme » et le « macrocosme » se trouve déjà dans un texte de la Physique * ? Sans doute, mais elle est déjà chez Platon et même chez Heraclite. Au surplus, quelle que soit la valeur de ces rapprochements et malgré la ressemblance de certaines formules-, Tesprit des deux systèmes n'en est pas moins tout différent^. Dans la doctrine stoïcienne, on chercherait vainement la partie la plus élevée, la plus remarquable de la cosmologie d'Aristote celle par où elle confine à la métaphysique, ou plutôt se confond avec elle. Comme Platon son maître, Aristote dans son explication des choses s'était arrêté à un dualisme irréductible ; les stoïciens ne conçoivent et n'admettent qu'une cause unique^. Suivant Aristote, Dieu, acte pur dans son être
t. Physique^ VIII, 2, 252*^24. — A ce propos je poserai volontiers une question. Est-ee intentionnelletnent, est-ce par inadvertance que dans deux pages successives de sa Philosophie des Grec* (III, 348 et 349, éd. de 1880), É. Zeller nous montre chez les stoïciens d'une part le macrocosme copié sur le modèle du microcosme, de l'autre le règ^e de la vertu s'appuyant sur la connaissance scientifique des lois de la création ?
2. Encore si Ton en croit Bywater {Journal of Philology, VII), cette ressemblance résulte-t-elle d'une confusion due à des écrivains postérieurs trop peu curieux des divergences d'écoles.
3. Cette phrase de Zeller (p. 361) : « In formeller Beziehung hatte der Stoicismus der peripatetischen Philosophie weit am meisten zu verdanken »> a été ainsi commentée par Natorp : « Dem Aristoteles verciankt die Stoa vielleicht mehr die Formgebung als ihren wesentlichen Inhalt, ihre centrale Grundvorstellung. Natûrlich vermocht aber sie nicht den A. sich zu assimiliren ohne ihn sogleich wesentlich zu verflachen, gleichsam in's Materialistische zu ûbersetzen ».
4. A leurs yeux « le monde et Dieu apparaissent tantôt comme les
transcendant, exerce sur les éléments inférieurs du monde une attraction permanente, garantie indéfectible de Tordre cosmique * ; les stoïciens parlent volontiers de certaines périodes d'anarchie et de chaos dans le gouvernement de r univers.
Passe-t-on à la morale? Il faut reconnaître que parmi les philosophes antérieurs nul n'avait aussi fortement insisté qu'Aristote sur les deux notions de liberté et de responsabilité, qui tiennent une si grande place dans les discussions du Portique : néanmoins dans la pratique, quelle distance entre la sagesse mesurée et toujours si profondément humaine du péripatétisme et les exagérations habituelles au stoïcisme? S'il fût né un demi-siècle plus tard, Aristote, tourné d'ailleurs de préférence vers la vie spéculative qu'il exalte, eût également protesté, n'en doutons pas, et contre les épicuriens faisant du plaisir une fin en soi, bien mieux, le but unique de la vie, et contre Zenon refusant de voir dans ce même plaisir un élément, fût-il accessoire, de la véritable félicité ^. Le fondateur du Lycée est, en effet, par excellence, l'homme du juste milieu, non des solutions extrêmes : de l'action réglée, non de l'effort continu : du prudent usage des passions, non de leur proscription totale. Telle phrase de V Ethique à Nicomaque ^
phases alternatives que traverse pour se conserver un seul et même principe, tantôt comme les faces opposées et complémentaires d'une seule et même réalité, jamais comme deux réalités distinctes » (Ogereau, p. 72).
1 . « Dans la doctrine des stoïciens, il semble que le monde ne doive l'être qu'à l'imperfection de Dieu » (Ogereau, p. 70). Si l'assertion est vraie, peut-il se concevoir contraste plus accusé avec Aristote comme avec Platon?
2. Notons en revanche, si l'on veut, une analogie assez curieuse. Dans sa Politique Aristote imagine un homme doué d'une vertu tellement supérieure qu'il ne peut être soumis à personne, car lui commander, ce serait commander à Jupiter. N'est-ce pas une anticipation du sage stoïcien?
3. Une seule citation suffira : Oî tov Tpo)ç^tî«ipi6vov xal tov Buoru^^atç
ou de la Politique est une condamnation formelle du stoïcisme implicite de Platon, à plus forte raison du stoïcisme explicite de Zenon. Mais cette critique même, sur laquelle Aristote revient en tant de passages, montre à quel point les théories qu'il combat avaient trouvé d'écho chez les Grecs de son temps * .
Je crois avoir établi la thèse que je m'étais proposé de démontrer, à savoir qu'en dépit des premières apparences le stoïcisme, soit comme système philosophique, soit cqmme règle de vie, est d'origine véritablement hellénique et que, pour l'expliquer, il n'est nullement nécessaire de tourner ses regards vers l'Orient. Les hypothèses spéculatives dont il s'inspire, de même que les vertus pratiques qu'il impose, étaient depuis longtemps enseignées par des Grecs sur le sol de la Grèce.
D'où vient alors ce caractère particulier de nouveauté, et, si l'on veut, d'étrangeté qui frappe généralement chez les stoïciens? C'est qu'ils ont associé des fragments de doctrines jusque-là épars 2, c'est qu'ils ont rapproché, et sur quelques points systématisé, mis en relief et poussé à l'extrême maintes théories, maintes maximes qui, ailleurs noyées en quelque sorte dans un tout autre ensemble, interprétées dans un esprit fort différent, ou corrigées et ramenées au point par des assertions voisines, attiraient plus faiblement l'attention. On peut appliquer à tous leurs
jxeyàXatç iceptTciTcxovTa eùBa^ixova cpàdxovxeç eivat, lav v] àyaôo;, y\ licovreç 'f\ oxovTEç oùSàv XÉYOuaiv [Eth, Nic.^ VII, 14).
1 . L'éclectisme dominant dans les derniers siècles de Tère païenne avait fini par atténuer singulièrement les oppositions de doctrines : on comprend dès lors comment Gicéron a pu ramener à une simple question de mots le désaccord entre péripatéticiens et stoïcieps sur le terrain de la morale [De finibus^ III, 12 et V, 32j.
2. Cf. de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale^ p. 90 : « Les éléments du stoïcisme appartiennent au passé : sa formule synthétique est originale. »
devanciers ce que Havet a dit si justement du plus marquant d'entre eux, de Platon : « Les philosophes de laStoa reprirent sur un ton et avec un accent que Platon n'y mettait pas les thèses austères que Platon avait éloquemment prêchées. Ils ont formulé dogmatiquement des idées jetées en avant par Platon, presque au hasard. » Voilà l'explication de la place qu'ils ont prise et gardée dans l'histoire : voilà le secret de leur indéniable originalité.
Cette étude risquerait de paraître incomplète si, avant de la terminer, on oubliait de rappeler la part à assigner aux événements dans la fondation et le développement ultérieur du stoïcisme. Mais après que tant d'érudits du premier mérite se sont acquittés de cette tâche, il suffira de résumer ici brièvement leurs brillants ou ingénieux aperçus.
Depuis l'ébranlement intellectuel contemporain de la fatale guerre du Péloponèse, les institutions qui réglaient la vie publique et privée avaient été atteintes dans leur prestige et leur autorité. Les sophistes d'un côté, Euripide, Socrate et Platon de l'autre, avaient fortement ébranlé les antiques croyances ; le rationalisme d'Evhémère allait leur porter un coup encore plus redoutable, et le malheur du paganisme voulait que ses adversaires eussent trop aisément raison contre lui. L'inquiétude et la confusion étaient dans les âmes, si bien que la philosophie, « présentée jadis comme un luxe et un embellissement de Tesprit, apparaissait désormais comme un abri nécessaire * ». Mais pour le grand nombre « le platonisme était trop idéal, le péripatétisme trop scientifique », tandis que pour les délicats et même pour quiconque se piquait d'éducation « le cynisme était trop brutal ^ » . Une place restait à prendre pour une