‹ Les origines grecques du stoïcismeChapitre 6 sur 25 · Adversis rerum immersabilis undis · texte numérisé non relu

Adversis rerum immersabilis undis

comme s'exprime Horace (Epitres^ 1^ 2).

4. Ghrysippe, dit-on, admirait tout particulièrement le fragment suivant d'Euripide : « Des mortels s'indignent de porter à la terre ce

se plaise à manier le pathétique et qu'il y excelle, doit avoir eu au fond quelque chose de stoïcien, puisque Sénèque en a fait son modèle préféré. Qu'on relise dans les Bacchantes le double interrogatoire de Tirésias d'abord, puis de Bacchus lui-même. Penthée croit humilier son captif, et c'eët celui-ci qui, impassible et railleur, se rit de l'aveuglement et des menaces impuissantes de son persécuteur. « Douleur, tu n'es qu'un nom », semble-t-il lui répliquer ^

Mais des fictions de la poésie passons aux spectacles que nous donne la réalité. « Je me suis demandé, écrit E. Quinet, ce qui nous subjugue dans la littérature des beaux temps de la langue grecque ». Et voici sa réponse : (( C'est l'accent d'une âme héroïque, écho des grands jours de Salamine et de Platée » . Or, est-ce que le combattant de Marathon n'était pas décrit et pour ainsi dire prédit deux ou trois siècles à l'avance dans telle strophe célèbre de Callinus et de Tyrtée ? Le sustine stoïcien n'a-t-il pas trouvé son commentaire anticipé dans ce fragment lyrique, imité d'une mémorable apostrophe d'Ulysse : « Supporte tes maux, mon cœur, quoique tes souffrances soient amères ; seul le cœur du lâche se rétrécit dans la tribulation. » Et ces leçons n'étaient pas tombées inutilement sur une terre stérile.

Même à Athènes, l'éducation publique eutjongtemps ses sévères exigences : ces jeunes gens qu'Aristophane nous fait admirer, défilant en bon ordre et chantant sous des tempêtes de neige, étaient dignes de triompher de la mollesse orientale. Alors comme aujourd'hui, le paysan, le matelot grec était patient et fier, sans avoir toutefois l'humeur maussade et insociable du stoïcien ; il sait ce que vaut la

qui est à la terre! Mais c'est la nécessité qui veut que la vie soit moissonnée comme un épi mûr, que Tun vive et que l'autre meure. Pourquoi gémir sur ce qui s'accomplit suivant une loi de la nature? Rien de ce qui est nécessaire ne doit paraître cruel. » 1. Cf. Horace [Épîtres, I, 16).

vie, il l'aime et néanmoins pour braver le fer ennemi ou les flots déchaînés, il a le cœur d'airain dont parle le poète. Et que dire de cette autre qualité dominante de Tâme grecque, la sérénité ? C'est déjà rèyxpàTeta stoïcienne, sauf ce que cette dernière enferme de dur et de farouche. Le stoïque sait mourir, mais il ne sait plus mourir en souriant, comme Léonidas et ses compagnons aux Thermopyles, comme Polyxène et Iphigénie sur la scène tragique, marchant d'elles-mêmes au devant du trépas *.

Au temps du plus brillant épanouissement du génie athénien, lorsque s'élève le Parthénon, lorsque Phidias sculpte son Jupiter et sa Minerve, lorsque Anaxagore et Socrate appliquent leur dialectique aux mystères de la philosophie, lorsque les sophistes initient une jeunesse enthousiaste à tous les artifices de l'éloquence, il semble qu'un souffle bien différent ait passé sur la Grèce ; écoutez cependant la fière déclaration de Périclès : « Notre amour du vrai et du beau n'entame pas notre énergie », $iXooroçoO[Ji£v àv£u [jiaXaxiaç ''^.

Au surplus, si au regard de la postérité l'hellénisme se personnifie et se résume pour ainsi dire dans les Ioniens d'Athènes, natures plutôt spirituelles et voluptueuses, à côté d'eux, il ne faut pas l'oublier, les Doriens de Sparte présentent le type non moins complet d'une race austère, laborieuse, accoutumée à l'effort, et élevant au-dessus de toutes les autres vertus la fermeté civique et la yaleur militaire. Lycurgue comprimant les affections naturelles, faisant tout plier sous le joug d'une règle de fer, tendait tous les ressorts de la vie morale vers ce but unique : préparer à la patrie des âmes intrépides qu'aucun péril ne fera reculer. Docile à ses leçons, Sparte a montré durant dix siècles jusqu'où pouvait aller le détachement de tout ce que le vul-

1. Hécub'e^ 548 l'ExoOaa ôvvjaxu), — Iphigénie à Au lis, 1467.

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