Thucydide, II
gaire convoite, le mépris de tout ce qu'il redoute, qu'il s'agisse du plaisir, de la richesse, de la science, ou de la douleur et de la mort. Comme Ta écrit en termes de choix un penseur à la fois profond et délicat dont la religion et la philosophie déplorent également la perte, « autant TIonien semble n'aimer dans la liberté que ses aises, autant le montagnard dorien est avide de discipline : à Lacédémone toutes les volontés individuelles sont subordonnées à une loi sévère ; c'est la patrie qui est ce que sera pour le stoïcien le devoir. On a dit que si chez les Ioniens le génie grec s'était éveillé dans sa liberté et dans sa grâce, c'est chez les Doriens qu'il a mûri aux pensées sérieuses, mâles et profondes, là plus incliné vers la réalité et la nature, ici prenant vers l'idéal un plus violent essor * . »
Ce n'est point ici le lieu d'examiner, qui, d'Athènes ou de Sparte, a le mieux mérité de l'humanité ; il me suffit d'avoir cherché et trouvé dans la Grèce du v® et du iv® siècle un coin de terre où la sévérité, où la maîtrise absolue de soi était la règle, au lieu qu'ailleurs c'était l'exception.
Dans son Essai déjk cité M. Ogereau s'exprime ainsi : « C'est à tort, ce semble, que l'on appelle quelquefois (( antécédents d'une doctrine » les systèmes antérieurs qui présentent avec elle quelques points de ressemblance ; il serait beaucoup plus juste d'appeler de ce nom les seules doctrines, mais aussi toutes les doctrines, sans lesquelles la philosophie nouvelle ne serait point née, et qui ont contribué à sa formation en exerçant sur la pensée du fondateur une influence plus ou moins profonde ».