‹ Les origines grecques du stoïcismeChapitre 8 sur 25 · Ollé-Laprune, Essai sur la morale (TAristoie · texte numérisé non relu

Ollé-Laprune, Essai sur la morale (TAristoie

En thèse générale, tout le monde en tombera d'accord : néanmoins dans Tenquéte présente sur les origines et les caractères fondamentaux du stoïcisme, on ne sera pas surpris de nous voir confondre les deux points de vue si opportunément distingués par M. Ogereau. Il s'agit en effet de déterminer les points de contact entre l'école de Zenon et le passé philosophique déjà si riche de la Grèce : il s'agit de prouver que cette école n'est pas venue du dehors, qu'elle n'a pas davantage germé tout à coup par une sorte de génération spontanée, mais qu'au contraire une filiation intellectuelle indiscutable, quoique peut-être en partie inconsciente, rattache les théories psychologiques, métaphysiques et morales du Portique à celles dont Athènes ou plutôt le monde hellénique avait jusque-là entendu et recueilli l'écho.

Notons d'abord que personnellement les stoïciens n'ont jamais élevé de hautes prétentions à l'originalité : ils sont loin, très loin même de l'orgueil de se donner comme a autodidactes », et d'affecter à l'égard de la science et des découvertes du passé un dédain semblable à celui de notre Descartes. Tout au contraire ils nous sont dépeints comme ayant connu et mis à profit, tantôt pour les reproduire et tantôt pour les réfuter, les enseignements les plus remarquables de leurs devanciers*.

C'est même cette érudition un peu discordante qui ser-

1. Néanmoins il y a, ce me semble, quelque exagération dans cette thèse de Natorp : « Die Lehre der Stoa ist eigentlich in keiner Hinsicht eine Neuschôpfung. » Uberweg avait été plus réservé : « Die Bedeutung der philosophischen Produktion im Stoïcismus ist zwar nicht gering zu achten insbesondere auf dem Gebiete der Ethik,... tritt aber im Ganzen doch hinter die Erhaltung und Ausbreitung der von den frûheren ûberkommenen philosophischen Bildungselemente zurûck. » Telle était déjà la manière de voir de Gicéron : k Non tam rerum inventor quam verborum novator », dit-il en parlant de Zenon {DeFinibus.Ul, 2).

-levait à expliquer l'extraordinaire fécondité littéraire des plus célèbres d'entre eux et notamment de Chrysippe^* Ici s'applique la judicieuse remarque de M. Gompayré à propos d'une réforme pédagogique récemment proposée : « On a beau être un libre esprit, amoureux de son sens propre, on n'est pas fâché d'appeler à la rescousse des répondants illustres, des prédécesseurs autorisés qui diminuent sans doute votre part d'originalité, jnais qui accréditent et soutiennent votre opinion. » Dans cette voie les stoïciens sont même allés plus loin que personne. Ainsi, parce que durant de longs siècles la conscience humaine n'avait pas eu d'interprètes plus autorisés et plus écoutés qu'un- Orphée, un Homère, un Hésiode, Zenon et ses disciples tentèrent d'incroyables efforts pour s'en faire des ancêtres et pour enrôler sous leur bannière les créateurs des anciens mythes et jusqu'à ces mythes eux mêmes. « On dirait, écrit spirituellement Cicéron, que le pur stoïcisme était professé par les plus anciens poètes, à qui de pareilles idées n'ont jamais traversé l'esprit. » Galien de son côté reproche sévèrement à Chrysippe de s'appuyer à tout instant sur d'interminables citations poétiques ^ : procédé, ajoute-t-il, indigne d'un dialecticien.

Les philosophes proprement dits, cela va de soi, furent mis non moins largement à contribution. Et d^abord les contemporains. Zenon, si nous encroj^ons ses biographes, avait successivement puisé à toutes les sources ouvertes devant lui à Athènes ; on nous le montre suivant tour à tour les leçons de Cratès le Cynique, de Stilpon le Mégarique, et des académiciens Xénocrate et Polémon ^. Quelle

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