Expériences de Tyndall. — L'habile expérimentateur
anglais, Tyndall. tinl à vérifier i)ai' lui-même tous les résultais obtenus par M. Pasteur. Par une disposition très ingénieuse, il sut mettre en évidenee les germes de lair et leur action sur les infusions l'ermentescibles.
« Construisez une petite chambre, munissez-la dune porte, de fenêtres et de volets. Ménagez dans l'un des volets une ouverture à travers laquelle puisse passer un rayon de soleil. Fermez la porte et les fenêtres, de façon qu'il ne puisse passer d'autre lumière (jue celle admise par le trou du volet. La trace du rayon de soleil sera d'abord claire et vive dans lair de la chambre. Si Ion évite toute espèce de trouble dans l'air, la trace lumineuse deviendra de plus en plus faible ; puis, à la fin. elle disparaîtra complètement. Ou'est-ce qui rendait le rayon visible en premier lieu ? C'était la poussière flottante dans l'air, qui, ainsi éclairée, devenait aussi palpable à nos sens que toute poussière placée dans le creux de notre main. Dans lair tranquille, la poussière tombe peu à peu sur le sol, ou s'attache aux murs et au plafond, jusqu'à ce qu'enfin, par ce procédé de nettoyage automatique, l'air devienne entièrement dépouillé de la matière qu'il tenait mécaniquement en suspension.
« Découpons unbifteack, et laissons-le deux ou trois jours dans l'eau chaude : nous extrairons de la sorte du jus de bœuf à l'état concentré. En faisant bouillir le liquide et en le filtrant ensuite, nous pourrons obtenir un thé de bœuf parfaitement clair. Exposons plusieurs vases contenant ce thé à laii' (le notre chambre dépijuilli'c des matières en suspension; puis, exposons d'autres vases, contenant le même liquide, à un air chargé de cette poussière. Au bout de trois jours, chacun des vases du deuxième groupe aura une mauvaise odeur, et, examiné au microscope, on le verra fourmiller des bactéries de la putréfaction. Mais, au bout de trois mois ou de trois ans, on trouvera que le théde bœuf renfermé dans la chambre est aussi clair et d'aussi bon goût, aussi exempt de bactéries (pi'il l'était au moment où les difTérents vases ont été introduits dans cette chambre. Il n'y a absolument aucune diiïé-
rence entre l'air intérieur et lair extérieur, si ce n"est que l'un est sans poussière ellautre chargé de poussière.
«t Poursuivez l'expérience de la manière suivante. Ouvrez la porte de votre chambre et laissez entrer la poussière. Au bout de trois jours, vous verrez chacun des vases contenus dans cette chambre fourmiller de bactéries, et dans un éiat (](putréfaction active. Construis(v. cinquante chambres au lieu (Tune, et employez toutes les infusions imat^inables provenant d'animaux sauvages ou domestiques, ou de végétaux des espèces les plus variées. Si. dansions ces cas, vous trouvez que la poussière produit invariablement le développement des bactéries, tandis que ni Tair sans poussière, ni les infusions d'aliments, niées deux éléments réunis, ne peuvent jamais produire ce développement, vous arrivez à conclure de la manière la plus irrésistible que la poussière de Taii- contient les germes du développement qui sVst fait jour dans toutes vos infusions (1). »
.\ la suite de ces expériences. Tyndtill expliquait fort bien povu-quoi le brasseur sème la levure dans le jus de l'orge pour fabriquer la bière. Ouarriverait-il si on abandonnait le malt à tous les hasards des poussières atmosphériques? Il fermenterait encore, mais il courrait bien des chances de ne pas donner le produit désiré : car. aux gei-nics de levure se niclcraienl beaucoup d'autres ferments capables de motlitier le résultat.
Diu-ant plus d'une année. Tyndall se livra à des lechei'ches très niiinitieuses (2) sur l'action et la résistance vitale des organismes putréfiants et infectants. Il eut à soufTrir de nombreux mécomptes : mais les déconvenues aussi bien que les succès le conduisirent à la même conclusion générale, que toute fermentation ou put r«''fa<li(»n e<l l'elV*'! de germes préexistants.
.\.j)rès tant d'etTorts, il élail liien eu droil lie faire la déclaration suivante : « Il n'y a dans la science expérimentale
1 Extrait d'an discours prouonci- à ^àlasgow, eu 1876. Voir Cosmos, t. XLil, p. r;7.
2) Voir les rapports de Tyodull résumés dans le Co.?/«9.% t. XLIV, p. 39, H8.
aiicunr conclusiDn plus ('(M"l:iint' i[uo celle-là. Eu présence de laits semblables, il serait absolument monstrueux d'aftirmer »|ue ces essaimsde bactéries ont été engendrés spontanément. >>
Virchow, le doyen de la science allemande, dit à son tour : « On ne connaît pas un seul fait positif qui établisse qu'une génération spontanée ail jamais eu lieu. Ceux qui disent le contraire sont contredits par les savants et non parles théologiens. »
Ihpckel. le fougueux professeur d'Iéna, fait le même aveu, quoiqu'il tienne pour la génération spontanée, parce quil la considère comme un poslulalam indispensable.
En France, l'Académie des sciences a plusieurs ibis confirmé par des jugements solennels la |Kirfaite exactitude des lails présentés par Pasteur.
Le lecteur nous pardonnera d'avoir tant insisté sur les faits d'expériences : trop souvent les livres se contentent d'y faire une allusion sommaire. Outre l'intérêt qui s'y attache, nous y trouvons un fondement nécessaire pour étayer nos raisonnements.
Il nous semble avoir l)ien solidement établi (pie loiilcs les siihstances vivantes connues, même les plus hiimhles, proviennent, par voie de génération, de substances semblables déjà douées de vie. L'expérience ne peut dépasser cette formule générale (1).
(1) Il ue sera pas iautile d'ajouter ici quelques témoignages.
Littré : « La vie, telle qu'elle se moutre à uos yeux, ne se propage que par parents; nous n'avons aucun droit expérimental do faire figurera l'origine une propriété vitale, avec une action qu'elle n'a plus aujourd'hui. > {Génération spontanée et Transformisme.)
Floiirens qualifie la génération spontanée d'hypothèse « très commode et très absurde». (Lonz/évité.)
W. Thomson (lord Kelvin) : «i La science fournit une multitude de preuves invincibles contre l'hypothèse de la génération spontanée, ainsi que vous l'avez entendu de la bouche de mon préfjécesseur dans ce fauteuil, M Huxley. Un examen minutieux n'a, jusqu'à ce jour, découvert aucun principe de la vie que la vie elle-même, d (Discours d'ouverture de l'assemblée d'Edimbourg en 1871.)
HcEckel lui-même avoue que « les essais d'autogouie (génération spontanée) n'ont jusqu'ici donné aucun résultat positif ». {histoire de la création naturelle, p. 247, traduction, Paris, 1884.)