ORIGINE DES ESPÈCES
§ I. — Idée généhale de la question
En éfudianl les lois de la vie et les conditions où elle se produit, nous avons été conduits à cette conclusion : Au commencement, lorsque la terre, refroidie et enveloppée des premiers océans, fut en état de porter et de nourrir des êtres animés, Dieu créa la vie par un acte de sa toute-puissance. Puisque la nature seule est incapable d'imprimer le mouvement vital à la matière minérale, il fallait bien qu'un pouvoir supérieur intervînt.
Mais la vie revêt des milliers de formes. Tout d'abord elle se partage en deux grands règnes, les végétaux et les animaux.Les végétaux présentent des types divers entre lesquels on remarque de profondes différences : depuis l'algue unicel lulaire jusqu'au chêne, la vie végétale prend tous les degrés de complication. Même variété, même marche ascendante chez les animaux : i-ien de plus simple qu'un infusoire, aucune machine plus savamment agencée que l'organisme d'un mammifère. Dans les deux règnes sétagent donc de nombreuses espèces. Oui les a produites? Est-ce Dieu qui a laçonné directement chacune de ces formes? ou bien le premier protoplasme vivant a-t-il pu créer de lui-même des assemblages si bien ordonnés sous la seule influence des énergies physiques? Telle est la question que nous abordons dans cette étude.
D(îux systèmes opposés prétendent donner au problème sa vraie solution : le créalionisme et lévolulionisme. — Le ircalionisme tient pour démontrée la fixité des espèces, les
regarde comme des types non Iransmii tables, et enseigne que Dieu les a directement façonnées une à une par autant d'actes créateurs. — Uévolutionisme. ou théorie de la descendance commune, partant de la plasticité organique des espèces, en nie la fixité absolue, et les regarde comme autant de rameaux distincts sortis d'un tronc commun.
Les partisans de l'évolution se divisent en deux catégories principales. Les uns pensent que la formation des espèces a été le résultat dune loi spéciale posée par le Créateur pour le dévelopj)ement de la vie ; de la sorte, leur théorie se rattache au créationisme. Pour les autres, les espèces vivantes n'attestent point l'existence d'un plan biologique conçu par le Créateur ; elles ne sont que le produit fatal des lois purement mécaniques auxquelles la vie dut se conformer.
Aucune question peut-être n'a plus fortement passionné les esprits durant cette seconde moitié de siècle, parmi le peuple aussi bien que dans le monde savant. C'est que les plus graves intérêts de la religion et de la morale ont d'abord paru s'y rattacher. Les libres-penseurs ont exploité l'évolutionisme contre la foi et contre le spiritualisme : en attribuant à la nature seule la création de ses plus belles œuvres, en proclamant l'origine bestiale de l'homme, ils arrivaient à la négation de Dieu et de l'âme humaine. Les catholiques, justement alarmés de pareilles conséquences, ont vivement combattu des théories qui semblaient y conduire logiquement. Aussi fut-il un temps où les noms de matérialistes et d'évolutionistes d'un côté, les noms de catholiques et de créationistes de l'autre côté, paraissaient indissolublement unis.
Désormais on fait effort pour revenir à la modération : au lieu de se jeter dans les solutions extrêmes, on s'étudie à tenir un plus juste compte des faits d'expérience et des principes philosophiques. A mesure que les susceptibilités se calment et que les idées se précisent, un rapprochement tend à se faire dans une opinion intermédiaire.
Nous regardons comme certain, vu Tordre qui règne dans la nature et dont le hasard ne peut être l'auteur, que Dieu a
présidé à la formation des espèces. Mais, ce qui nous semble discutable, c'est le mode dont il a usé pour les créer. Est-il intervenu directement autant de fois que les naturalistes comptent de formes spécifiques; ou bien en a-l-il seulement été la cause première, en posant une loi dévolution ou formation par descendance commune? Tel est, à notre avis, le terrain sur lequel se pose la question.
Nous exposerons consciencieusement les pièces du procès, laissant au lecteur le soin de prendre un parti. Observons seulement qu'en ce point, romme en toute controverse, il est imprudent de se faire juge sans étude préalable. De plus, la solution admise ne peut être considérée que comme opinion : car, si les évolutionistes ne manquent point d'arguments plausibles, les créationistes ne peuvent point sans injustice être taxés dignorance.
Après un rapide aperçu historique de la question, nous étudierons : les faits allégués par les évolutionistes, les théories auxquels ils ont recours pour expliquer la descendance commune, ce qu'il y a de certainement répre'hensible dans le transformisme outré, ce quil faut entendre sous le nom d'évolutionisme modéré ou spiritualiste. et enfin les arguments quopposent les créationistes à tout système dévolution. Nous laissons l'homme hors de cette discussion pour en faire l'objet d'un travail spécial.
^ II. • — Aperçu historique (1)
Il y a des questions qui sont aussi vieilles que le monde et qui dureront autant que lui ; ce sont les problèmes qui intéressent sa destinée : l'existence de Dieu, la création, lorigine et la fin de Ihomme. la spiritualité et l'immortalité de l'àme. Les questions d'ordre secondaire, qui tiennent moins au cceur
(1) Pour l'histoire des idées sur rorigine des espèces, il faut lire : Ed. Perrier, La philosophie zoologirjue avant Darwin, Paris, 1896, 3' édition ; de Quatrefages, Darwin et ses précurseurs français, 2» édition ; du même, Les émules de Darwin, Paris, 1894.
de riiunianilc'", ont en linéique soile une date de naissance el souvent aussi une date de mort. La question de l'origine des espèces vivantes est certainement de ce nombre : elle n'a été nettement posée qu'au commencement de ce siècle, en 180^>. par le naturaliste français Lamarck.
(lepeiulaul ou s'est plu à eu rechercher la trace jusque chez, les anciens. Platon et Arislote, avec leurs idées prototypes, auraient été partisans de la fixité et de l'autonomie des espèces. Aristote surtout, frappé de l'ordre qui règne entre les espèces, ne pouvait y voir le produit de forces aveugles. C'est donc à tort que Darwin l'invoque comme un de ses précurseurs.— Au contraire, Thaïes de Milet, Anaximandre, puis les atomistes Leucippe et Démocrite, croyant que les êtres s'étaient formés spontanément du limon sous l'action du soleil, inclinaient vei's lextrème variabilité des formes. Le poète Lucrèce les suivit, et il semble avoir signalé le premiei' le fait de la lutte pour la vie et la théoi'ie de la sélection naturelle (Ij.
Au moyen âge, le problème n'avance point : c'est la raison, et non la science, qui progresse surtout durant le xn^ et le xiii« siècle. Mais dès le xvi^ siècle, on voit que Bacon est con- A'aincu de la variabilité des formes, puisqu'il propose de fonder une institution où Ion aurait tenté de métamorphoser les
(1) « Dans les premiers siècles, beaucoup de races d'auimaux ont nécessairement dû disparaître, sans pouvoir se reproduire et se perpétuer. Car tous ceu.\ que uous voyous vivre autour de nous ne sont protégés contre la destruction que par la ruse, la force ou l'agilité qu'ils ont reçues eu naissant. Beaucoup qui se recommandent par leur utilité pour nous, ne persistent qu'en raison de la défense que nous leur accordons. La race cruelle des lions et les autres espèces de bêtes féroces sont protégées par leur force, le renard par sa ruse, le cerf par la rapidité de sa course. La gent fidèle et vigilante des chiens, toute la progéniture des bêtes de somme, les troupeaux producteurs de laine et les bêtes à cornes ont été confiées à la protection des hommes... Mais pourquoi aurions-nous protégé les animau.K inutiles, que la nature n'avait pas doués des qualités nécessaires pour mener une existence indépendante? Enchaîné par les liens de la fatalité, ces êtres ont servi de proie à leurs rivaux, jusqu'à ce que la nature ait entièrement détruit leurs espèces. » Lucrèce, De natura rerum, livre V, V. 800.
organes, où Ion aurait cherché comment les espèces se sont diversifiées et multipliées.
Les naturalistes du xviii*' siècle sont très visiblement préoccupés de l'origine des espèces. — Plusieurs dentre eux, Tournefort. Bonnet, de Maillet, Robinet, croient à la parenté réelle des espèces et les supposent issues d'ancêtres communs : mais ils ont recours, pour en rendre compte, aux hypothèses les plus bizarres et les plus fantaisistes. — Linné, après avoir déclaré qu'il « existe autant d'espèces que Dieu en a créé au commencement », supposa plus tard que Dieu n'avait créé que les genres, dont les espèces seraient de simples variétés. — BufTon (1) avait d'abord adhéré à l'origine commune des espèces : à la fin, tout en reconnaissant la lutte j)Our la vie et la sélection naturelle, il était devenu indécis et pi-ofessait que l'espèce n'est ni immobile ni transmutable, — Kant, Diderot (■2). Maupeituis (3), Oken et Goethe passent
1) Voici uu passige où ButToQ inliiie visiblement vers la descendance commune: • Que Ion considère, comme l'a remarqué M. Daubenton, que le pied d'un cheval, en apparence si différent de la main de l'homme, est cependanf. composé des mêmes os, et l'on jugera si cette ressemblance cachée n'est pas plus merveilleuse que les différences apparentes, si cette conformité constante et ce dessein suivi de l'homme aux quadrupèdes, des quadrupèdes aux cétacés, etc.,, dans lesquels les parties essentielles, comme le cœur, les intestins, l'épine du dos, les sens, etc.. se trouvent toujours, ne semblent pas indiquer qu'en créant les animaux l'Être suprême n'a voulu employer qu'une seule idée et la xiarier en même temps de toutes les manières possibles, afin que l'homme pût admirer également et la magnificence de l'exécution et la simplicité du dessein, » Cité dans Perrier, Philosophie zoologique, p. 60, Paris 1896. Dans la suite du même passage, Buffon arrive à supposer.,. « même que tous les animaux ne sont tenus que d'un seul animal, qui, dans la succession des temps, a produit, en se perfectionnant et en dégénérant, toutes les races des autres animaux, o Ibid. p. 61,
(2j « De même que, dans les règnes animal et végétal, un individu commence pour ainsi dire, s'accroît, dure, dépérit et passe, n'en serait-il pas <lc même des espèces entières"? » Diderot. Cité par E, Perrier, p. 35.
(3) « Ne pourrait-on pas expliquer comment de deux seuls individus la multiplication des espèces dissemblables aurait pu s'ensuivre? Elles n'auraient dû leur première origine qu'à quelques productions fortuites, dans lesquelles les parties élémentaires n'auraient pas retenu l'ordre qu'elles tenaient dans les animaux pères et mère-; chaque degré d'erreur aurait
pour avoir eu quelque idée de l'évolution. Mais Tancètre de Darwin, Erasme Darwin, est celui qui avait le plus méthodiquement expliqué la formation des espèces. A l'en croire, les espèces s'étaient modifiées sous l'empire de besoins internes, beaucoup plus que sous rinfluence des conditions extérieures ; par conséquent, son esprit était plus proche parent de Lamarck que de son petit-fils.
Lamarck (1744-18"29) fut collègue de Cuvier au Muséum d'histoire naturelle. Deux ouvrages principaux contiennent ses idées : Phi/osophie zoologique (1809), et Histoire des animaux sans vertèbres (1810). Il fut conduit à l'évolutionisme par l'embarras qu'il éprouvait à classer les espèces et à distinguer leurs limites naturelles (1). Cette confusion de formes voisines l'induisit à croire qu'il avait sous les yeux autant de variétés issues de formes ancest raies communes. Les premiers animaux, placés dans des milieux divers, éprouvaient des besoins : pour la satisfaction de ces besoins, les organes déjà existants se modifièrent, des organes nouveaux apparurent, tandis que les organes inutiles s'atrophièrent ou disparurent entièrement : l'hérédité fixa dans les descendants des animaux transformés les variations acquises sous l'empire de la nécessité ('2). Lamarck faisait l'application de ses principes
fait une nouvelle espèce; et à force d'écarts répétés serait venue la diversité infinie des animaux que nous voyons aujourd'hui, diversité qui s accroîtra avec le temps, mais à laquelle peut-être la suite des temps n'apporte que des accroissements imperceptibles. » Maupertuis. Cité dans Ed. Perrier, p. o3.
(1) M. Duval, Le transformiste français Lamarck. Revue scientifique, 5 et 12 oct. 1889.
(2) Voici les deux lois fondamentales énoncées par Lamarck:
1» Dans tout animal qui n'a point dépassé le terme de ses développements, l'emploi plus fréquent et plus soutenu d'un organe quelconque fortifie peu à peu cet organe, le développe, l'agrandit et lui donne une puissance proportionnée à la durée de cet emploi; tandis que le défaut constant d'usage de tel organe l'affaililit insensiblement, le détériore, diminue progressivement ses facultés et finit par le faire disparaître.
2" Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par l'influence des circonstances où leur race se trouve depuis longtemps exposée, et, par conséquent, par l'influence de l'emploi prédominant de tel
au long" cou de la girafe, aux cornes des ruminants, au sabot des pachydermes, etc.
Les idées de Lamarck trouvèrent un ardent contradicteur dans Cuvier. Mais, en défendant la fixité des espèces, Cuvier tomba dans une grave erreur : pour expliquer les changements survenus dans la faune et la flore à travers les époques géologiques, il supposa que des révolutions du globe avaient périodiquement détruit toutes les espèces vivantes, et que Dieu avait, à plusieurs reprises, renouvelé en bloc toute la création.
Etienne Geofîroy-Saint-Hilaire (177'2-1844) pencha plutôt vers les idées de Lamarck. Mais c'est aux milieux, et spécialement au milieu respiratoire, qu'il attribuait le plus d'influence sur les espèces. Tandis que Lamarck enseignait la transformation des adultes, Geoffroy- Saint-Hilaire croyait que les embryons seuls subissaient des changements : à ses yeux, les espèces représentaient autant de monstruosités produites brusquement et transmises par l'hérédité. D'ailleurs il voit dans l'évolution lexécution iriin plan, et « chaque chose arrive à un moment préfixé » et voulu par Dieu (1).
organe ou par celle d'un défaut constant d'usage de telle partie, elle le conserve par la génératioQ aux nouveaux individus qui en proviennent, pourvu que les changements acquis soient communs aux deux sexes ou à ceux qui ont produit ces nouveaux individus. (Cf. Perrier, p. 76.)
Aux yeux de Lamarck, les animaux et les plantes ferment une échelle qui représente '< l'ordre qui appartient à la nature et qui résulte, ainsi que les objets que cet ordre fait exister, des moyens qu'elle a reçus de l'Auteur suprême de toute chose. Elle n'est elle-même que l'ordre général et immuable que ce sublime Auteur a créé dans tout, et que l'ensemble des lois générales et particulières auxquelles cet ordre est assujetti. Par ces moyens dont elle continue sans altération l'usage, elle a donné et donne perpétuellement l'existence à ses productions; elle les varie et les renouvelle sans cesse et conserve ainsi partout l'ordre entier qui en est l'effet. » {Philosophie zoologique, t. I, p. 113.)
(1) o La nature n'a formé tous les êtres vivants que sur un plan unique, essentiellement le même dans son principe, mais qu'elle a varié de mille manières dans toutes ses parties accessoires. » (Geoffroy-Saint-Hilaire, Mémoire sur les rapports naturels des Makis.) « Le monde ambiant est toutpuissant pour une altération des corps organisés... Les modifications insensibles d'un siècle finissent par s'ajouter et se réunissent en une somme
Déjà ridée dévolulioii avait l'ail do notables progi'ès chez les naturalistey et les philosophes, lorscpie parut, en 1859, le livre de Charles Darwin.
Darwin (18r2-188'2) l'ut, même de Faveu de ses adversaires, un observateur sagace, un homme droit et honnête, jamais sectaire, que ses disciples ont poussé plus loin (juil ne voulait aller. En 1859, apprenant que Russel Wallace (1) préparait la publication d'idées analoi>ues aux siennes, il se hâta de rédiger et de mettre au jour la j)remière édition de F 0/7gine des espèces (2). L'ouvrage entier se ramène à un petit nombre de propositions simples : tous les êtres vivants sont issus de trois ou quatre types primitifs créés par Dieu ; dans la lutte pour la vie, qui est inévitable, les plus l'aibles péris sent, les plus aptes survivent ; cette survivance des meilleui's types produit des espèces dont les traits s'accentuent avec le; temps ; les caractères conservés se fixent par l'hérédité, et sont préservés du retour au type pi'iinitif par l'isolemetU qu'assurent les migrations et les grands cataclysmes.
Darwin rencontra des adversaires sérieux, de Quatrefages, Blanchard, Faivre, Hébert, etc.. Maisautour de lui se rangea toute une pléiade de jeunes naturalistes qui lacclamèrenl
quelconque; d'où il arrive que la respiration devient d'une exécution difficile et finalement i.npossible, quant à de certains systèmes d'organes ; elle nécessite alors et se crée à elle-même un autre arrangement, perfectionnant ou altérant les cellules pulmonaires dans lesquelles elle opère, modifications heureuses ou funestes, qui se propagent on qui inllueutsiir tout le reste de l'organisation animale. Car si ces modifications amènent des elfcts nuisibles, les animaux qui les éprouvent cessent d'exister, pour être rempliicés par d'autres, avec les formes un peu changées, changées à la convenance des nouvelles circonstances. » {Influence du monde ambiant sur les formes animales.)
(1) Le livre de Wallace a pour titre : La Sélection naturelle (traduction de CandoUe, Paris, 1872). L'ouvrage se compose d'une série d'articles ou essais se rapportant à la question de l'origine des espèces. Le dernier article du livre est consacré à l'homme : c'est là qu'il montre que l'organisme humain ne peut pas être considéré comme un produit de la sélection naturelle.
(2) Traduction Barbier, faite sur l'édition anglaise définitive, Paris, Schleicker, 1896.
comme Umii- maîirc. Walhuc, Huxley, Spencer, IheUel, Bûchner, Vogt, etc. se déclarèrent ses disciples. Mais, a\ec eux, au lieu de rester sur le terrain de l'histoire naturelle, la question prit une portée philosophique considérable : il ne s'ag-it plus seulement de révolution des espèces, mais encore de la formation spontanée de la vie, mais de Torigine animale^ de Ihomme tout entier, mais d un monisme universel comprenant dans une vaste synthèse l'univers entier, « depuis la chute d'une pierre jusqu'à la conscience de l'homme » et à la formation des sociétés, expliquant tout par le seul mouvement mécanique d'atomes indiflerents (1).
Tandis que la philosophie s'avançait dans des voies si hardies et si étran<^es, les sciences naturelles accomplissaient de plus sérieux progrès, A la suite de Darwin, et pour confirmer ses théories, les savants scrutèrent la nature jusque dans ses recoins les plus secrets. Le darwinisme a bénéficié des innombrables découvertes qu'il a provoquées : par lui, les faits s'enchaînent ef s'expliquent : sans lui, les faits demeurent des documents disparates et sans signification. \'oilà pourquoi le Ijesoin de synthèse, qui est naturel à l'esprit humain, a gagné
(I) Ha^ckel, professeur à léua, est le propagateur le plus ardeut de ces idées monistiques. Tantôt il affirme que tout est mécanique dans la nature, tantôt il soutient que tout est animé et vivant : ce qui lui importe, c'est que tous les êtres soient gouvernés par les mêmes lois ptiysico-cliimiques :
« Grâce à la théorie de la descendance, on est pour la première fois eu état do fouder la doctrine de l'unité de la nature, assez bien pour que l'intelligence de tous puisse expliquer par des causes mécaniques les phénomènes compliqués du monde organique, aussi facilement qu'un acte physique quelconque, par exemple, que les tremblements de terre, la direction du veut ou les courants marins. Nous arrivons ainsi à la conviction extrêmement importante que tous les corps connus de la nature sont également « animés », et que l'opposition jadis établie entre le monde des corps vivants et celui des corps morts n'existe pas. Qu'une pierre lancée dans l'espace libre tombe sur le sol d'après des lois déterminées; que, dans une solution saline, un cristal se forme; ces phénomènes appartiennent tout aussi l)ien à la vie mécanique que la croissance ou la floraison des plantes, que la multiplication ou l'activité consciente des animaux, que la sensibilité ou l'entendement de l'homme. » (Hiecfcel, Histoire de la création îiaturelle, p. 17, traduction Letourneau, 3« édit. Paris. 1884.)
ORIGl.NES 7
à l (''voliition la pluparl des iialuralisU's acliicls. Mais iiouhlions |nis ([irunc hypollu'se, parle seul l'ail ([irelItM^sl explicative, ne eesse |)oiiil d^'^lre iin<* pure li\ polhèse.
/, 111. — Li:s FAITS INVOOUKS EN 1 AVEl H DE LÉVOLUTION
Nous allons exposer comment rin[er])rélalion do cerlains l'ails a pu conduire des esprits d'ailleurs sincères à embrasser la tliéoi'ie de l'évolution. Trop souvent les créationistcs ont écril que leurs adversaires étaient en rupture avec le sens commun et n'étaient inspirés que par l'irréligion. Dans ce paragraphe, nous nous bornons à une simple étude dhistoire naturelle, nous réservant d'examiiuM' plus lard ce (piil faut penser de rexiensiou philosoj)hique donnée à Tidée de Iransibrmisme.
I^^f((il. ]'(iriahilik' des foi-mcs ()rf/ani(/ues (1). — La plasticité des êtres vivants était depuis longtemps connue : c'est le fait qui avait le plus frappé Fr. Bacon etlui avait inspiré l'idée d'ouvrir une institution où Ion travaillerait à former des espèces nouvelles.
Les variations oi'ganiques semblent se |)roduire surtout sous rinfluence d(^s milieux. Ainsi le chien transporté dans les régions du cercle polaire se couvre d'une chaude foumu-ede poils épais : à l'équateur, au contraiie, il perd ses poils. Les bœufs de Sologne transportés dans les vallées de la Loire y acquièrent, en deux ou trois générations, une taille et une valeur (pi'ils n'avaient pas. Dans les pays froids de l'Amérique, les porcs prennent une toison laineuse. L'homme luimême, en changeant de climat, subit des variations tle teint, de taille, d'ossature, etc.. ("2).
(1) Pour avoir do nombreux faits concoruaut la variation des forincï: organiques, on peut consulter : Darwin, L'origine des espèces; De la ]'arialion des animaux et des plantes. — Yves Delage, La structwe du protoplasme et l'hérédité. — L'Année biologique de 189;i. — Faivre, Lu variabilité des espèces et ses limites. — Perrier, Cours de zoologie.
(2) La formation de la race yanltee en est unt- preuve. Chacun sait que
Les faits do mimélismo, si l)ion éliidiés par Ju W'allaco (1), lénioii^ncnt (lolainrme racilité(rada}>lalion. Le inim«'*lisme est
Fjf,'. lU. — Papillon de. l'archipel uialais. Lorsqu'il est au repos sur un rameau, il prend si bien l'aspect d'une fenille qu'il est aisé de s'y méprendre.
la sinj^ulière propiM(''l('' qu'on! cerl aines espèees de i-evètir la livrée ou les appareniM^s daniuiaux redoutés ou déclaii^nés par
le Yankee est un Anglais modifié par son adaptation au climat et au milieu de l'Amérique du Nord. La peau a moins de coloris, les cheveux sont plus foncés, les os des membres [dus allongés, la tête moins volumineuse, le cou plus effilé.
(1) Wallace, La sélection nali/ieUe,Tp. 45 à 130. a Les habitants du désert
1rs ospôces c'anuissu'res (1). J.os inseclcs cl les cruslacés ("2) en oflVent les plus curieux exemples. De même la grenouille commune, verte au milieu des licrhes vertes, devient noirâtre au milieu des objets i^ris : elle échappe ainsi plus l'acilement a>ix ennemis.
Les instincts eux-mêmes cliani>-enl aussi bien (pie les carac-
sout onlinaircineut d'uuccouleiii- l'auve, (|ui les reuJ i)res(iuc invisibles sur le sable et parmi les pierres; le lii»ii, les antilopes, le chauieaii surtout, en sont des exemples... (p. i9). L'ours polaire est le seul de son espèce qui soit blanc, et il vit toujours dans la neige et dans la glace: le renard bleu (isatis), l'hennino ot le lièvre des Alpes ne sont blancs qu'eu hiver, parce qu'en été le blanc serait plus visible que toute autre couleur, et par conséquent un danger plutôt qu'une protection. En revanche, le lièvre polaire de l'Amérique, qui habite des régions de neiges éternelles, est blanc toute l'année (p. -oO). »
Cette faculté de mimétisme est surtout développée chez les insectes. Cl'. Wallace, p. 52. « Parmi les chenilles, les unes sont semblables par la couleur aux feuil'es dont elles se nourrissent, d'autres ont l'air de petits morceaux de bois, beaucoup sout si étrangement marquées ou bossuées que lors([u'elles sont immobiles ou peut difQci einent les prendre pour des êtres vivants (lig. 3i). Murray a reman|aé que les larves du paon de nuit ressemblent par leur couleur principale aux bourgeons de bruyère dont elles se nourrissent, et que les taches roses qui les couvrent rappellent les fleurs et les boutons de la même plante (p. 62). » « Parmi les Orthoptères, la famille des Phasmidie, ou spectres, est tout entière plus ou moins imitative. Plusieurs de ces espèces sont connues sous le nom d' « insectecanne •), à cause de leurs rapports avec de petites branches. Quelques-uns sont longs d'un pied et gros comme le doigt; toutes leurs couleurs, leur forme, leurs rugosités, l'arrangement de la tête, des pattes et des antennes sont tels que leur apparence est celle de bâtons desséchés. Ils se suspendent à des buissons dans la forêt, et ont la bizarre habitude de laisser pendre leurs pattes irrégulièrement, ce qui rend l'erreur encore plus facile (p. 63), ..
(1) « Les insectes imités par les autres ont toujours une protection spéciale (fig. 33-36), qui les fait éviter comme dangereux ou immangeables par les petits animaux insectivores; les uns ont un goût désagréable (analogue ù celui des Héliconidcs) ffig. 37-38'); d'autres sont couverts d'une écaille si dure qu'ils ne peuvent être ni écrasés, ni digérés; d'autres encore sont très alertes, armés de mandibules puissantes, et possèdent quelque sécrétion de mauvaise odeur. Quelques espèces d'Eumorphides et de Hispides, petits coléoptères plats ou hémisphériques répandant une sécrétion désagréable, sont copiés par d'autres, d'un groupe distinct de Longicornes : notre Callichrôme musqué peut être pris comme exemple (p. 91). »
(?) M. Maisonneuvc {Création el évolution, Comptes rendus du Congrès
lèi'es ari;iloini(jues (1). Oucllc (lillVrciicc (raplilude j)nrnii les races de chiens ! et poiiiManl lotîtes soni de la même espèce. Des l'ourmis esclavagistes ont été amenées, grâce à d'habiles procédés de M. Forel, à domestiquer une espèce qui n"a jamais été esclave, à la place de leurs esclaves ordinaires. Les Pagures ou Bernardrermite. prèsdes côtes, s'abritent dansdes cocjuillesde mollusques : à trois cents mètres de profondeur, ils vivent sans cette protection.
Tantôt h's modilications soiil l)rii'-(|ii('-. conime celles ((ui
Fig. 35 et 36. — A gauche, lépidoptère du genre Sésie, ayaul la coioralion et l'aspect d hyinruoptèro à aiguillou. A droite, hyiuéaoptère du genre guôpe.
i'é~ultcnl tics croi-ciiiciil- nitrc ('s|)(''ccs ou races voisines, et <-elles(iui résultent de la (l(''\ialion des embryons : tantôt elles sont lentes et s'accumulent j)ar l'iiérédilé dans une même lignée (le de^ceudanl'^. L'èlre en <|iii ^e nLiuileste un caractère spécial n'est qu'une variété : mais si le caractère se fixe et se transmet, il constitue une race. Oui ne sait combien de races ont été formées par les soins assidus des éleveurs, ou produi-
iaternalioual de* catholiques de IS'.tl) décrit les variations d'un petit crustacé, llippolyte varians, «(u'ou trouve à mer basse dans les prairies de zostères. « Suivant la nature du milieu dans lequel elle vit, sa couleur varie de facou à se confondre avec les objets voisins; verte, quand l'animal vit au milieu des algues vertes; jaune, au milieu des laminaires; rouge, lorsqu'il se lient parmi ces belles algues rouges désignées sous le nom de floridées; enfin grise, quand il habite un fond vaseux. »
(1) Dans son livre intitulé : La personne humaine (îiv. II, ch. III) -M. labbé Piat accumule un grand nombre de faits pour prouver « que l'instinct se modifie comme tout ce qui vit, qu'il fait à ctiaque moment de
tes même parmi les osj)ccos sanvni>(»s. i^ràce au ehangciuciil dccondilion?
T(^ls soiil les principaux lailsdc la variabilité que les évolutionisles allèguent en laveur de la descendance commune.
Si les races formées })ar l'hounne. comme les 150 races de pigeons ou les 180 races de < liiens, avaient été trouvét>s à l'état sauvage, de sorte ((u'ou eût ignoré leur commune origine, on n'aurait pas hésité à le^ classer en plusieurs espèces
Fig. 37 et 38. — A gauche, leptalide de l'Améniiuc du Sud, dout les oiseaux sont très friands. A droite, héliconide sécrélaut uue odeur uauséahoiide propre d éloigner les oiseaux.
OU même en plusieurs genres : ne peut-on pas légitimemenl croire que les types sauvages, (dassés comme espèces par les naturalistes, ne sont de même i\i\r des variétés issues des mêmes ancêtres?
D'ailleurs, puisqu'on peu d'années on \oil naître d'une même souche des races si divergentes, comme celles des bœufs et des chevaux, n'est-il pas à croire ([ur le t<'mps exa-
pftites trouvailles >• ip. 211). Le loriot choisit des brins de ficelle ou un hl de laine pour suspendre son nid, comme an hamac, entre les l^ranclies des arbres, évidemment, c'est là une matière de construction dont il n'a pu se servir au début et qu'il n'a employée dans la suite que parce qu'il y a vu des analogies avec des tiges d'herbes ou les poils d'animaux, qui faisaient, avant la civilisation, l'objet de sa convoitise. Les Cassiques, qu'on ne trouve qu'en Amérique, font de vastes nids avec des filaments végétaux; mais, depuis qu'on a introduit le cheval dans Je Nouveau Monde (|iielques-uns d'entre eux se sont uns à utiliser les crins de cet animal, (l'iat, 221.)
itérerait encore le- dillerenees, de telle soiie (lue les laees actuelles deviendraient des espèces distinctes, et les espèces se sépareraient au point de devenir des genres (1) ?
Et encore c'est dans la stabilité des conditions extérieures ({ue de tels changements sopèreni : n'eussent-ils pas été à la Ibis plus profonds etphis i-apides. diiiafit ces périodes géologiques où les conditions de milieu t'iaienl beaucoup plus instables ?
Sans doule on peul monlrei' des espèces qui sont assez rebelles à la variabilité : mais, loin d'infirmer la thèse, elles servent à expliquer comment certaines espèces ont pu se conserver intactes dans le passé, tandis qu'autom- d'elles tout se modifiait (2).
T-ertaines personnes, peu familiarisées ave<- les théories transformistes, pensent cpi'il s'agit de transformer une espèce donnée en une espèce voisine, par exemple un Ane en cheval,
(1) M. Yves Dolajre, traitautdola l'oruiatioQ des espèces, coiniucuce par cette proposition : • Les espèces proviemieut de variations fixées (p. 813). » — Il se demaude ensuite (|uelles variations sont susceptibles de se fixer. Voici ses trois propositions :
i" La variation individuelle faible ue conduit jamais à la formation d'espèces nouvelles. Par variation faible, il entend celle qui constitue les petites particularités "individnelles, celle qui distingue un Loup, un Lièvre, une Grenouille, d'un autre individu de ces espèces, lorsque les uns et les autres sont normalement conformés. C'est que, dit-il, la Sélection ue peut s'exercer que lorsque la variation présente de grands avantages.
2" La variation individuelle forte, celle qui appartient ou touche tout au moins à la tératogéuie, ne peut conduire que très exceptionnellement à la formation d'espèces nouvelles. Celte variation est en effet assez importante [mur donner prise à la Sélection.
3" La formation des espèces est due à la fixation des variations générales. Par variations générales, Y. Delage entend celles qui atteignent à la fois l'ensemble des individus d'une race ou tout au moins un bon nombre d'individus, et qui porte le pins souvent sur plusieurs caractères sinon sur tous, à des degrés d'ailleurs très divers. Ces variations générales n'auraient pour facteurs que les conditions de vie, l'exercice et l'inaction. (Cf. Yves Delage, La slriicture du protoplasme, p. 813-821.)
(2) Une étude attentive des rares espèces conservées intactes à travers les âges géologiques, prouve que leur stabilité est le résultat de l'identité de milieu dans lequel elles vivent. Ce sont, eu général, pour les animaux, des espèces abyssales: pour les plantes, quelques cryptogames tropicales.
Mil cliirii (Ml loup ou i'(''ti|»i()<|U('iii(Mil. Los espèces ne se trana forme ni |);is. elles se fomtciil par diverij^enee en s'éloii^nanl du Irone eoinniuit doiil elles deseendent (^l dont elles i^ardenl les Irails rondanieiilaux. Ainsi du l)izel sauvage sont nées 150 raees de pigeons : à inesui'e que ces races divergent, elles se distinguent de plus en plus les unes des autres, sians se confondre pourtant avec les rameaux des espèces voisines. Le loup ne vient pas du chien, ni le chien du loup, mais le loup et le chien seraient deux rameaux divergenls sortis d'un même tronc anli(jue.
2' /'(til. Parenté des formes vivantes. — Des liens de parenté paraissent unir tous les êtres vivants, ceux du passé aussi l>i(Hi que ceux du présent. En voici les principaux signes.
La sul»stance vivante est un même j)rotopIasme dans le règne végétal et dans le règne animal (l).Dans le règne végétal, Tunité vivante senveloppe (rune gaine de cellulose : l'enveloppe est albuminoïde chez tous les animaux. La nutriiion ou entretien de l'individu s'opère de la même l'ac^on dans les deux règnes : absorption des aliments, digestion, assimilation, respii-ation, sont des opérations qui ne diffèrent que par les organes où elles s'accomplissent. La reproduc^tion se fait aussi suivant un mode uniforme.
Il est aisé de suivre les divers degrés de complication <|ui fornicnl le Irait diniion entre les animaux simples et les types les plus perfectionnés. Les protozoaires sont composés de cellules semblables, isolées ou réunies en colonies. Les colonies cellulaires commencent à se différencier chez les cœlentérés. Chez les échinodermes apparaissent nettement des organes internes entre l'ectoderme et l'entoderme. Aparlir de là, tanlôl les parties se groupent en rayonnant autour d'un
(1) Celte ideutitû du protoplasme n'est pas al)Solue. Des substances vivantes, dont la composition chimique sciait tout à fait identi(|ue, ne pourraient pas produire les eiîets dissemblal)los de formes et d'opération qu'on distinguo dans les diverses espèces. Néanmoins ces différences de composition sont si légères, si toutefois l'analyse peut les révéler, qu'on a le droit d'admettre l'unité de la substance vivante.
ccnli't'. l;iii((M elles <e (Ii-|)()seiil -iii- une même ligne droite. iJaiis eo dernier cas, ou bien les parties restent assez distinctes comme chez les vers, ou bien elles se fusionnent |)lus ou moins et se conden^eiil en iii)e uiiil('' plus serrée, comme chez les embranchements supérieurs. Dans son livre des Colonies animales, M. Perrier a bien mis en relief la simplicité du plan d'après lequel sont formées les différentes <-lasses (1).
Les espèces voisines ne diffèrent que très légèrement les unes des autres ; dans leur série continue, il est très difficile
Fig. W. — Si|iifl-'llo lie l;i main : A. <-lirz l'.uaiig; I!, clifz le cliieii ; C, chez le iiui'c ; D, chez le buul; E, clu'z le ta[jir; F,, clifz le cheval.
de trouver des ligues de démarealioii : lembarras (ni Lamarck >^e trouvait pour les classer le conduisit précisément à l'hypothèse de la descendance commune.
Même dans les espèces qui paraissent éloignées, soit dans uiK^ même classe, soit dans un même embran<lieinenl. les
(1) C'était .surtout cette uuilé de plau qui avait Irappé Goollroy-Saiul- Milaire: « Les formes diverses sous lesquelles [la nature] s'est plue à Idire exister chaque espèce dérivent toutes les unes des autres; il lui suftit de changer quelques-unes des proportions des organes pour les rendre l>ropres à de nouvelles fonctions, pour en étendre ou restreindre les usages... Toutes les diflérences les plus essentielles qui affectent chaque Camille dépendant dune même classe, viennent seulement diin autre arrangement, d'une autre complication, d'une moililication enfin de ces mi''mes organes. » Cf. Perrier, La philosophir zoologique, p. 93.
— lOC) —
pai-lios homolognos soiil conslruilcs do la inènie façon. Ainsi clioz le (•li<'\al, la laiipc. la souris, le mai-sonin, la haleine, le membre anIéricMir a les mêmes os aj^cneés de la même laron (lii»". .'ÎU). Les |»alles du mamuul'ère, les ailes de l'oiseau, les nuMubres du icplile. soni esseidiellemenleom[)osés des mêmes pièces (1).
LesdilTérences que lanalomie signale s'ellaceni dès qu'on remonte aux périodes embryonnaires, où la i'ormalion du membre anlérieur se iail de la même façon ; de même si Ion l'cmonte aux périodes i'éoloi>i(pies, on trouve des ancêtres où les motbfiealion- dilVéreul ielles nt'laienl |»as (Mieore opérées.
Ksidemmeid ces faits démonli-en! une |»arenlé morpholoi^ique très étroite enli'c les espèces d'un même gemc, moins étroite entre les genres dune même classe, moins étroite encore entre les espèces extrêmes du règne animal (2).
O lien ([ui uni! le-- êlres vivants esl-il puremeni idéal ou
(1) « N'est-il pas très remarquable (|iie la main de rhonime faite pour saisir, la grille de la taupe destiuée à fouir la terre, la jauibe du cheval, la nageoire du luarsouiu et Tailo de la chauve-souris, soient toutes construites sur uu même modèle et renferment des os scuiblahles, situés dans les uièmcs positions relatives? N'est-il pas extrèmementcurieux que les pieds postérieurs du kangourou, si bien appropriés aux liouds ('"normes que fait l'.et auimal dans les plaines ouvertes; ceux du koala, grimpeur et mangeur de feuilles, également bien conformés pour saisir les branches; ceux des péramèles ((ui vivent dans des galeries souterraines et (|ui se nourrissent d'insectes ou de racines, et ceux de quelques autres marsupiaux australiens, soient tous construits sur le mêuic type extraordinaire, c'est-à-dire que les o3 du second et du troisième doigts sont très minces et enveloppés dans une même peau, de telle sorte qu'il ressemblent à un doigt unique pourvu de deux gritfcs? ■» Darwin, Origine des espèces, p. ."J12.
(2) Des intermédiaires semblent venir à point relier des êlres qui paraissaient très éloignés les uns des autres par leur structure : le Lepidosiren relie les poissons aux reptiles, l'Archa'opterix de Solenhofen relie les reptiles aux oiseaux, l'oruithorhynque relie les oiseiiux aux mammifères. Voici comment .M. Ferrier signale l'Archa'opterix: « On a trouvé dans les ^chistes de Solenhofen le squelette garni de plume d'un animal, dont le corps se prolongeait en une longue queue formée de 22 vertèbres ; ses membres antérieurs, quoique couverts de plumes, étaient terminés par trois doigts libres, munis d'ongles bien dcvelop[)és; ses mâchoires portaient des dénis et il n'existait pas de bec; lo s(|uelette était bien plus celui d'un
iiilt'llccliu'] ( I I. (iii Ilicii csl-il le résulhil (riiiic (•(diinninr (Icpcondance ? Polii- les (.''volulionislos la pareille csl ircllc ('2) : tous les êtres dosccndonl (Iiin même tronc dont la sève iiiii (|iK' a prodiiil (!(■< liramlics cl des ranu-aiix <li\('rs. Il- Iikii- \('nl (|iic celle tilialion est une explication scienliliipic de la l'oimalion des espèces. Au conlraire. Ihypollièse créalionisle leur paraît moins scieid ili(pic cl nicnie moins digne du ( lit'a- N'ur. ^ous revieiulron- plu- Ictin sur cette idée.
'A' /ail. Les oiujdiies i-ndiineiiliiires. — On appelle ainsi des (U'gancs si \w\\ développés (piils ne paraissent j)lus pouvoir exercer aucune fonction. Ainsi, chez certains reptiles. l;i |)artie basilaire des mendjres existe seule, et la marche se l'ail
It^'zanl que ci'iiii d"ini oiseau. Si l'oa avait reuconlré séparément le squelette et les plumes, ou n'aurait pu soupçonner un seul instant que ces déDi'ls pussent appartenir au même animal. » Perrler, Analomie et l'hijuotogie animale. Paris, 1881 (voir fîg. 4(i).
(!) Voici comment s'exprime a ce sujet M. l'abbé Piat: « Les types successifs sont-ils les descendants d'un même être, ou se ressemblent-ils comme les œuvres successives d'un même maître, ou les produits de plus en plus compliqués et de plus en plus parfaits d'un même atelier(abbé de Broglic)? C'est là une question sur laquelle les variatious infinies des formes vivantes ne nous apprendront jamais rien de rigoureux. La structure actuelle du monde s"expli((uc aussi bien parla théorie opposée :que par la théorie transformiste]. )> La personne humaine, p. 118-180. Paris, Alcan, 1897.
(2j « Dans l'hypothèse de la création indépendante de chaque être, nous ne pouvons que constater ce fait en ajoutant qu'il a plu au Gréat<îur de couslruire tous les animaux et toutes les plantes de chaque grande classe sur uu plan uniforme ; mais ce n'est pas là une explication scientifique. L'explication se présente, au contraire, d'elle-même, pour ainsi dire, dans la théorie de la sélection des modifications légères et successives, chaque modification étant avantageuse en quelque manière à la forme modifiée, et atiectant souvent par corrélation les autres parties de l'organisme. Dans les changements de cette nature, il ne saurait y avoir qu'une bien faible tendance à modifier le plan primitif, et aucune à transposer les parties... S' nous supposons uu ancêtre reculé, qu'on pourrait appeler l'archétype de tous les mammifères, de tous les oiseaux et de tous les reptiles dont les membres avaient la forme générale actuelle, quel qu'ait pu d'ailleurs être l'usage de ces membres, nous pouvons concevoir de suite la construction homologue des membres chez tous les représentants de la classe entière. « Darwin, Vorigine des espèces, p. oii, trad. Barbier.
lOS —
sans (Mi\. — L"(ril |)iiu''nl. piacc' au soninicl <l(> la Irle. t'sl alrophir clic/ les animaux supérieurs, mais il se voit encore chez certains i-epliles, — Chez les mammifères mâles, les mamelles son! peu développées, elles ne sonl en tout cas <1 aucun usai»"e. On trouve, à la màchoiic supérieure des jeun«'s \('au\ cl dans le Hetus d<> la haleine, des dénis (pii ne jierc'cnt jamais les gencives. — Le chien, le porc, le cheval oui des doigts plus ou moins atrophiés et inutiles . — Les ailes deraulruche ne lui s(M-\('id poiid à \()ler (1): Vaptcri/x n"a pour memljre antérieur (piun moignon (fig. 40).
On comprend, disent les transl'ormistes, la raison dètrc de ces organes, si Ton admet révolution : rhypothèse créalioniste ne saurait en donner une explication plausible.
Dans la théoi'ie évolutionisle, ces organes sont comme la signature de lancèlre commun dans toutes les espèces qui descendent de lui (Darwin). De même (]ue, dans l'orthographe des mots, les lettres inutiles servent à en révéler l'origine (sang de sanguis, sens de scnsiis), ainsi les organes rudimentaires témoignent de l'état antérieui- \)t\v lequel a passé une
(Il On doit ranger les organes inutiles sur la même ligue que les organes atrophiés. Ainsi les muscles de l'oreille de l'homme sont inutiles: les ailes du pingouin lui sont inutiles, du moius pour le vol.
Tout organe rudimentairc n'est pas nécessaii'oment un organe atrophié: r.e peut être parfois un organe naissant. Ainsi Darwin regarde comme tels les membres liliformes du lepidosiren et les glandes mammaires de rornithorhynque.
L'atrophie de certains organes apparaît quelquefois nettement comme le résultat d'une adaptation au milieu. Ainsi les animaux qui vivent sous terre ou dans des cavernes obscures sont aveugles et n'ont que dos yeux atrophiés. VVollaston avait observé que, dans l'île de .Madère, les Coléoptères incapables de voler, à cause de leurs ailes imparfaites, sont en proportion considérable. Les insectes ailés sont entraînés par le vent qui les emporte souvent à la mer, où ils périssent; les individus dont les ailes étaient imparfaites ont été sauvés de ce péril et ont pu transmettre à de nombreux dcsceniiauts cet état rétrograde.
Certains orgnues se montrent dans l'embryon, (|ui disparaissent ensuite chez l'adulte : par exemple les dents à la mâchoire supérieure de la baleine et des ruminants. Eu général, l'organe (|ui apparaît rudimenlaire chez l'adulte a passé chez l'embryon par un développement relativement plus considérable que les autres parties.
cspèro ,iv;inl «l'ai Iciiidic rr-hil |)r(''sent (1). (a' sont ilc^ déj^r;^- (lations or<;aiii(|uc- daii^ imc espèce par rapport aux c-prfi's voisines. C'est saii- doiilc le non-usage à travers |)lii-ii'iirs fi^énération- i|ii! luodiii-il ralrophic. comme on voit encore un muscle, un iiieinlire entier même, dépérir dan- un individu qui n'en a poini lail usage ("2).
.Vu contraire, aucune explication ne |)araît simple et satisfaisante dans la théorie créatiouisle. On ne voit point pourquoi I)ieu aurait créé des tronçons dorganes. des moignons de memltres. des paities (pii dussent rester complètement inutiles : même la régularité du plan général ne paraissait pas comporter ces anomalies (3).
4' fait. Distribution géof/raphifjue (4). — La distribution des faunes et des tlores à la siu'face du globe est le premier fait
(1) « Les organes rudiinentaircs nous retracent un état primitif des ctioses... Les systématistes, en cherchant à placer les organismes à leur vraie place dans le système naturel, ont souvent trouvé que les parties rudimentaircs sont d'une utilité aussi grande et parfois même plus grande que d'autres parties ayant une liante importance physiologique. » Darwin, p. .>i9.
(2) a II me semble probable que le défaut d'usage a été la cause principale de ces phéudmènes d'atrophie, que ce défaut d'usage a dû déterminer d'aboril très lentement et très graduellement la dimiuulion de plus en plus complète d'un organe, jusqu'à ce qu'il soit devenu rudimentaire... En outre, un organe, utile en certaines circonstances, peut devenir nuisible dans des conditions diti'éreutes, comme les ailes des coléoptères vivant sur les petites îles battues par les vents: daus ce cas, la sélection jiaturelle doit tendre à réduire l'orgaue, jusqu'à ce qu'il ait cessé d'être nuisible en devenant rudimentaire. ■- Darwin, p. 537.
Le même auteur explique par le principe de l'économie de croissance qu'un organe, d'abord iuutile, devienne rudimentaire, puis disparaisse complètement.
(3; « On dit généralement que les organes rudiuientaircs out été créés « en vue de la symétrie », ou pour compléter « le plan de la nature » ; or, ce n'est là qu'une simple répétition du fait, et unn pas une explication. C'est, de plus, une inconséquence ; car le boa constrictor possède les rudiments d'un bassin et de membres postérieurs ; si ces os ont été conservés pour compléter le plan de la nature, pourquoi ne se trouvent-ils pas chez tous les autres serpents, où on n'en aperçoit par la moindre trace?... » Darwin, p. 536.
(4) Cf. Perrier, Le transformisme. — Darwin, Origine desesjièces, ch. .\11.
(|ui ;tv;iil allirc- rnllriilioii de I);ir\\iii diii'iuil son Noyade avitoiir «lu inoiidt' — Dans rAnu'-ri(|U(' du sud, les faunes cl !('< Ilorcs se succèdcnl avec ordre à mesure ({u'on descend le~ deiiiv's de lalitude: en passant d'un pays au pays voisin.
Fig. io. — Chez lApteri/x, oiseau nmrchour, le memltrc aalérieur est réduit il nu simple iiioiiïnou.
on voil (jue les espèces sont grnduellemenl remplacées par les espèces voisines. — Dans les îles <■! les archipels (pii entoni'enl le vasle continent, on reniaivpie uii<' |)opulation animale cl véj^élale «pii leur est |>ro|)i-e. Cependant il existe une éli'oite ressendilance entre les espèces insulaires et les espèces du continent le plus rapj)roclié. — La ressemblance
c-[ Ijit'ii plus t'Iioile encore cnlrc les jiniinaux actuels (judii liouve <le [)ai'l et dautre et les animaux fossiles (jui les ont pivcédés sur le même sol. — L'ancien el le nouveau monde possèdent une l'aune et une flore très dilTérenles, quoiqu'il Y ait parallélisme des conditions biologiques. Ainsi, sous la même latitude et sous le même climat, les êtres vivants diffèreui l)('aucou|i dans l'Amériipie du sud. r.\.l'ri(|ue méi-idionale et lAuslralie : au contraire, les ly|»es qui se succèdeid dans r.Vmérique du sud. sous des latitudes diverses et dans des conditions climatéi-itpies très variées, sont incomparahlemenl plus :-approchés les uns des autres. — La faune mammifère de r.Vustralie, composée de marsupiaux, est notablement dilTérente de celles des autres continents. Mais elle est le «lernier ternie «lune séiie d'espèces du même groupe (jui se sont succédé sur le même contineiil. cl |»ar lesquelles elb^ se l'attache aux espèces fossiles (|iic la gi'ologie découvre aussi sur les aiilres terres.
En face de ces faits, une solution fort simple consisterait à dire que les choses sont ainsi disposées parce que Dieu l'a voulu, (|u'il a créé les espèces là où nous les voyons, (pi'il y îi eu plusieurs centres de création pour les espèces qu'on rencontre en des contrées séparées par des barrières infranchissables.
Mais la science, (pii recdicichc \c< causes secondes sans nier la caus»; première, considérant (jue les dispositions géograpliiipies actuelles sont la résultante de perturbations physicpies. cl sont étroitement li(''es à des dispositions géographi([ues anciennes, pense cpie la distribution actuelle des faunes et des flores est aussi la résultante d'un état antérieur (1). — Les formes voisines qui se succèdent quand on
(1) Ainsi, (|uaui] on trouve des formes communes à deux contrées, il est beaucoup plus naturel d'admettre qu'elles ont pris naissance en un seul point regardé comme leur centre de création. Ou s'étonne parfois de rencontrer des formes voisines sur des continents séparés par IWtlautique et le grand Océan. Mais on doit se rappeler qu'avant l'âge glaciaire la température dos régions circompolaires était plus élevée qu'aujourd'hui : ces
I>as>o dimo ré^iou à r.-nilrc ne scraiciil-c^lles pas aulaiil de vai'iék's issues trunc roriiic |tiiiiiil i\ c imi([uo? — Los espèces insulaires séparées des espèces du conlinenL voisin, ne devraienl-elles pas à une commune origine les ressemblances «pii Ic-^ rapprochent, cl à des conditions nouvelles d'existence h's dilTérenees <[ui les distinguent? — Comnienl explicpu^r ce lieu plus intime des espèces continentales avec les restes fossiles (pTon découvn' ilans les mêmes lieux, sinon parce que les types aeluels sont les descendants })lus ou moins modiliés des formes fossiles? — Rien.de surprenant que, sous les mêmes latitudes, les espèces soient très notablement différentes sur des continents séparés par de vastes mers : la l)arrière qui interdit le passage d'une tern; à lautre existe depuis longtemps : les formes isolées par les plus anciens cataclysmes ont eu le temps de subir des divergences considérables. — C'est à cette cause ([uil faut attribuer la faune spéciale à l'Australie et aux îles voisines : ces terres, séparées de l'Asie dès l'ère secondaire, ne possédaient que des marsupiaux : de ces espèces, dont le sol garde les restes, nacpiirent les formes qui peuplent aujourdhui l'Australie.
La distribution des espèces marines conduit à la mèuie conclusion. Les formes pélagiques ou de haute mer, ayant un iiabitat où les conditions ont peu varié, sont semblables aux espèces fossiles. Les formes littorales, vivant dans des conditions aussi variées dans le temps que dans l'espace, sont très dilférentes entre elles et par rapport aux formes [)élagi(pies : mais en remontant à travers les époques géologiques, elles se relient par des intermédiaires aux espèces
régions étaieut alors peuplées d'espèces qui vivent de nos jours sous une latitude plus basse. Coname les terres forment autour du pôle une zone presque continue, qui a pu être continue autrefois, on comprend que les espèces qui s'y trouvaient répandues aient pu émigrer dans les deux mondes. Ainsi s'expliquent les analogies de leurs descendants actuels. Quant à leurs différences, elles ont pour cause l'influence des conditions d'existence. Les premières dissemblances produites se sont accentuées avec le temps : aussi les espèces tertiaires des États-Unis et de l'Europe sontclle? plus voisines que les espèces actuelles.
— li:J —
;incionnes encore représenlées dans les liaules ineis. C'esl ce (jui nous amène à parlei- de rartîunicnl paléonloloi;i(jue.
.")« fait. Série paléontologique. — Les couches sédimentaires clndices par les idéologues sont comme les feuillets d'un livre, où la science peut étudier l'histoire de la nature et en particulier la succession des èlres vi\aMl>^. 11 manqiuî beaucoup
rig. il. — Grands reptile? de TiTe secundaire ; ichlhyosaure, plésiosaure, ptérodactyle (dans l'air).
<le pag-es à ce livre, soit parce qu'une petite partie seulement de l'écorce terrestre a été explorée, soit i)arce que l'érosion a <létruit Ijcaucoup de documents précieux. De plus, à part les mollus(pu's, peu d'êtres vivants se fossilisent : les animaux terrestres en particulier laissent peu de traces. Par consé- (juent, ce n'est point une histoire suivie, mais seulement des Iraits épars, qu'il faut s'attendre à trouver dans les feuillets de la stratification géologique. Une grande part reste donc à
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riiypollièso pour inttM'|)rc'lcr le- siijMcs coiiscrvt's el t'omhicr les vides (1).
Or, sil l'aiil (mi croii'e les |);nlis;ins de leNolul ion, les e;ir;ielères non etVaoés s,M';ueiil Ions InvoraMes à la Ihose de ["('no-
^^i^SflîîttV,
Fi^. 42. — Si|U(!|olle irichlliynsaiire.
iudoii : a iuesiii-e que de noin<'lles (h'eouNci'les eiii'icliissenl le domaine de la paléonlologie, elles ne l'on! (jiie eondrnier r]iyi)othese de la descendanee (2).
Les animaux n'ont point ions apparu à la nîème époque : les espèces ont été formées successivement dans le cours des liériodes g-éologiques : depuis la première orig-ine de la vie jusqu'à la naissance de riiomine, on signale sans cesse de nouvelles espèces.
(1) « .le considère les archives géologi(|ues, suivaut la métaphore de Lyp.ll, comme luiehistoire du globe iucomplètemeut conservée, écrite dans uu dialecte toujours changeant, et dont nous ne possédons que le dernier volume traitant de deux ou trois pays seulement. Quelques fragments de chapitres de ce volume cl quelques lignes éparses de chaque page sont seuls parvenus jusqu'à nous. Chaque mot de ce langage changeant lente meut, plus ou moins dilïérent dans les chapitres successifs, peut représenter les formes qui ont vécu, qui sont ensevelies dans les formations successives, et qui nous paraissent à tort avoir été brusquement introduites. » Darwin, p. 388.
(2) Darwin ne se dissimulait point cependant les difhcultés que la paléontologie élevait contre son hypothèse : l'absence de chaînons présentant, tous les degrés de transition entre les espèces actuelles et celles qui les ont précédées; l'apparition subite de groupes entiers d'espèces dans nos formations européennes; l'absence presque complète de dépôts fossilifères au-dessous du cambrien. Aussi compri'ud-il que les paléontologistes les plus éminents, tels que Cuvier, Agassi/, Barrande, Pictet, Falconer, Forbes, et les plus grands géologues, Lyell, Murchison, Sedgwick... aient » unanimement, et souvent avec ardeur, soutenu le principe de rimmiitai)iiité des espèces », p. ;)87-388.