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Ces apj>ariLi()ns ne se l'oiil pas hniscjuoiiunil, à certaines «''poqiies (i\es, comme si, après un sj;rancl cataclysme universel, toute la nature eût été refaite : les espèces se renouvellent peu à peu; les unes périssent, les autres arrivent. Une espèce f[ui s'est éteinte une l'ois ne réapparaît plus : c'est ce qui permet aux géologues de caractériser par tel ou tel fossile certaines couches de sédiments (1).

Ce n'est pas au hasard, mais suivant un ordre constant, en allant (\n simple au composé, que ces espèces apparaissent.

Les invertébrés vivent avant les vertébrt's. Parmi les Ncrtébrés, les poissons paraissent dès le silurien ; viennent ensuite les batraciens sur les premiers continents émergés au temps carbonifère :

les reptiles débutent avec lère secondaire (fig. 41. 42 et 43); les oiseaux et les mammifères ont des premiers représentants dans l'ère secondaire, mais ils n ont leur plein épanouissement que durant l'ère lertiaiic.

Si l'on i)rend les espèces actuelles et qu'on recherche leurs ancêtres dans le passé, on trouve qu'elles ont été précédées de types qui en dilTèrcnl de plus en plus à mesure qu'on

(1) « Il est facile de comprendre pourquoi iiae espèce une fois éteinte lie saurait reparaître... même dans des conditions d'existence identiques... Les deux formes — l'ancienne et la nouvelle — ne pourraient jamais être identiques, parce que toutes deux auraient presque certainement hérité de leurs ancùtres distincts des caractt'-res différents, et que des organismes <léjà différents tendent à varier d'une manii'-re différente. » Darwin, p. 391-392.

Fig. 43. — Squelette de ptérodactyle.

— IIC) ^

s'i'loigno (lu temps présent. Ainsi, pour ne citer (pi'uu 4'\(Mnple ((il!,-. 44). le cheval ne s"appui(> cpie sur un doigl et, j)orte deux rudiments de doigts à peine \isibles : l'hipparion, (lig. 45), ou cheval du pliocène inférieur, avait ces deux rudiments très développés; chez le cheval éocène, non seulement cesdeux doigts latéraux étaientpKis (k'veloppés. mais un autre

Fig. 44. — Evoliitiou des membres antérieurs et postérieurs des équidés: A, clicval actuel; B, pliokippus : C, protohippus (iiipparion) ; D, mio- /lippus; E, Diesohippus; F, ornhippiis.

doigt existait encore au membre anl('M'ieur : entre ces trois types se placent, suivant Tordre normal des temps, des étals intermédiaii'es.

En ell'el. pour les groupes représcMités par de nombreux restes, le passage insensible dune forme à 1 autre est un fait très frappant : ces formes de transition se rencontrent, soit pcnir lier entre eux les embranchements ou genres supérieurs, soit pour faire l'histoire des espèces (Vwn même genre. Ainsi les premiers batraciens présentent de nombreux caractères propres aux poissons : les premiers oiseaux, comme Varchseopterix (fig. 46) trouvé à Solenhofen, gardent plusieurs caractères propres aux reptiles (1), C'est parmi les mollusques,

(1) « Le cas le plus fréquent, surtout quand il s'agit de groupes très différents, comme les poissons et les reptiles, semide être que si, par exemple, dans l'état actuel, ces groupes se distinguent par une douzaine de caractères, le nombre des caractères distinctifs est moindre chez les anciens membres des deux groupes, de sorte que les deux groupes étaient autrefois un peu plus voisins l'un de l'autre qu'ils ne le sont aujourd'hui. )' Darwin, p. 406.

oîi les fossiles ahondenl. que la formalion des espèces a été le mieux suivie : clu'/. les (•é[)lialoi)odes, conune les nautiles, les goniatites et les ainnionites : chez les gastéropodes, comme les paludines, elc.

Tandis que le cr(''ali()nisme suppose ({uc hicn relouche sans cesse son, œuvre, pour y ajouter, à chaque iiilcrvention. des traits aussi insigniliauls cpie les dilTérences spécifiques, lévolutionisme paraîl douuci- de la succession paléontolot'ique une explication claire cl scientitique. Les formes primitives se sont modi(iée< cl élevées peu à peu en sadaptani

Fitr. 4"'. — Hijiparion gracile.

aux mili(uix oii elles vivaienl. — Parce (|uc les coudilions d'existence oui beaucoup changé, les fornu's vivaules de chaipu' groupe oui aussi beaucoup varié. — Farce ({uilya toujours eu des lieux où les conditions ne changeaient pas, il y a forcément eu des êtres (1) qui se sont perpétués sans variation (faune abyssale). — Parce que. depuis les temps tertiaires, les conditions sont restées sensiblement identiques, les formes sont aussi demeurées plus stables. — Parce que les conditions noni jamais él('' modifiées bru<(|iicincnl. mais

(1) Par exemple, la lingulc slIiirieDiie dilTiTe très peu des espi-ces vivaules de ce seure.

l(Mil»Mii(Mil. la vie nv s'est non plus jamais renoiivoléo en une seule l'ois, mais doucement. — Parce (|ue les difTéronces qui flislinii'ueni les classi'S animales piovieiiueiil <lu modo (raijfen-

Fig. 46. — Archn'opterix : restes trouvés daus le calcaire littiographique de Solenhofen : queue, vertèbres, membres reptiliens ; plumes d'oiseau.

renient de pai'lies loncièreuKMit i(lenli(|ues. Ions les groupes ont pu (Mre représentés dans les premiers terrains par leurs types intérieurs.

Ajoutons {{ue les développements successifs du règne végétal fournissent des faits l)eaucoup plus saillants encore en laveur de l'évolution ; car Tordre d'apparition est absolument parallèle à l'ordre de complication organique : les cryptogames sont seules aux temps primaires ; \ieiiiieiil ensuite les conifères et les cycadées ; les monocotylédones et les dicolylé dones apparaissent durant l'ère secondaire et n'attcignen. leur apogée (jue dans l'ère tertiaire.

i'f fait. Série embrijologique (1). — L'embryologie, science de création récente et dont les progrès ont été très rapides,

(1) Voir l'Emffn/olof/ie générale du U'' Roule. Paris, 1893. — Darwiu, Origine des espèces, trad. Barbier, p. .318. Voici comment Darwin lie l'argumeut paléoutologique à l'argument embryologique :

« Agassiz et plusieurs autres juges compétents insistent sur ce fait i|ue

<*sl I hisloiro du dévoloppcnicnl in<livi<luol dopuis l'œuf jiisrpi'à la foiMiK' adulte. \ <»ici 1rs pfii)ci]>au\ lails gvnéranx capahlrs; (rrclair<-ir la «pirslidii (jiii nous (x-ciipe.

Tous les animaux. ])arlanl d'une cellule primitive, se lessemhlenl à leur déhiil. — Les premières phases sont com-

Fig. 47 à o(l. — Formes ?uccos;^ives de la coi[iiille de Fi.ssurella reticulata. — A, uu voit eu bas la coquille larvaire, et ea haut la coquille adulte, suruioutée des teutacule? ; B, 2« forme de la coquille adulte, avec feute .sur le bord, représeutaut uu état qui est défiuitif daus Emarginula ; C, 3" forme de la coquille adulte, avec orifice ohlitéré au milieu de la première géuératrice : état permaueut dans Rinn/l/i ; D, état définitif de la coquille adulte de FissurpUa.

munes à tous; segmentation, moinla. |)laiiula, gasti-ula, clc... — Tout animal va du simple au composé par une multitude de phases, pendant lesquelles il otîVe de grandes analogies avec des formes (pie conservent toiitc^ I(Mir vie des «''tî'es infé-

les auimaux anciens ressemblent, dans une certaine mesure, aux embryons des animaux actuels de la même classe; ils insistent aussi sur le parallélisme assez exact qui existe entre la succession géologique des formes éteintes et le développement embiyogéuique des formes actuelles. Celte raauière de voir concorde admirablement avec ma théorie. Je chercherai à démontrer f(ue l'adulte diffère de Pembryou par suite de variations survenues pendant le cours de la vie des indiviilus, et hérités par leur postérité ù un âge correspondant. Ce procédé, qui laisse l'embryon presque sans changements, accumule continuellement, pendant les générations successives, des différences de plus en plus grandes chez l'adulte. Lembryon reste ainsi comme une sorte de portrait, conservé par la nature, de l'état ancien et moins modifié de l'animal. » Trad. Barbier, p. 416.

rieurs (lii>-. 47 à 5U). — \)v> rtrcs rk'Ncs d une inèine classe, comme les poissons, présentent des ressemblances frappantes de développement, juscpi'au moment oii ds prennent leurs caractères propres et accusent une divertcence plus ou moins |)rol"()nde. — l)es êtres d'un même eml)ranchement, mais de classes dilTérentes, coninic les poissons et les in;niunil'ères, ont un (lévelo|)|)ement parallèle jusipiau type jtoisson (1) (fig-. f)! à 54) : alors tandis ([ue les poissons se caractérisent dans leurs espèces, les iiiaiiiinirèrcs coiitimiciil icui' niarclH' ascendante, passent par des étals (pii sont permanents chez les batraciens et transitoires chez eux. et arri\(*nt enfin au type caractéristique de leur classe.

D'après les transformistes, le crc-ationisnie ne peut rendre compte de ce singulier parallèle cidre la série embryologicpu' et la série zoologique, (lar s'il était juste qu'en se développant un èti-e passât du simple au composé, il pouvait aller droit au but, et ne point passer par des formes inférieures propres à d'autres espèces, mais en somme indilîérentes à son but (2).

(1) Tuiites les classes des vertébrés passent eu effet par les mêmes phases que ÏAmphiorus-, classé au raug inférieur des poiss.^ns, ou laieux eucoro en tête des protochordes.

On trouve partout cité le te.xte suivant de von Baer, le créateur de rembryologie : « Les embryons des mammifères, des lézards, des serpents et probablement aussi ceux des tortues, se ressemblent beaucoup dans les premières phases de leur développement, tant dans leur ensemble que parle mode d'évolution des parties ; cette ressemblance est même si parfaite, que nous ue pouvons les distinguer que par leur grosseur. .le possède, conservés dans l'alcool, deux petits embryons dent j'ai omis d'inscrir<' le nom et il me serait actuellement impossible de dire à quelle classe ils appartiennent... 11 est vrai que les extrémités de ces embryons manquent encore; mai-^ eussent-elles été dans la première phase de leur développement, qu'elles ue nous auraient rien appris, car les pieds des lézards et mammifères, les ailes et les pieds des oiseaux, et même les mains et les pieds de l'homme, partent tous de la même forme fondamentale.»

(2) << Il n'y a aucune raison pour que l'aile de la chauve-souris ou les nageoires d'un marsouin, par exemple, ne soient pas esquissées dans toutes leurs parties, et dans les proportions voulues, dès que ces parties sont devenues visibles dans l'embryon. » Darwin, p. 523.

Il y a des groupes entiers d'animaux où les formes embryonnaires ne diffèrent pas beaucoup de la forme adulte: il y en a d'autres au contraire

Au conliairo, la théorierdc la descendance en rendrait scien-

liti([uemenl cf)ni|ile ]i,ir l,i ]i,\ Mii\aiite(le Miillei- : Thisfoire de

ati-

Fig. 51 il 54. — nuelques-unes de? phases de l'aQipliioxus, représentant les phase? communes à tous les vertébrés. — 1, phase Aeplanula; 2, phas'" degastrula; — 3, embryoa : c/i, ligne centrale, corde dorsale: n, tub'' nerveux; oc, orifice externe du tube nerveux ; — 4, amp/tioxus adulte ; ho, bouche; an, anus ; //;,tnbe digestif; c/i, corde dor^ale; n, tube nerveux.

l'évolution indi\idueile est la répétition courte et abrégée, une récapitulation en quelque sorte de révolution de l'espèce.

où la forme de développement ne laisse aucunement deviner quelle ser:i la forme définitive. Les araignées n'éprouvent que de faibles métamorphoses. Dans les insectes même, les métamorphoses sont tré^ inégales.

Kn (l'niilrcs lornirs : chaque individu vépèle hrièrcmenl /esphases jxir lesquelles a passé son espèce.

Celle loi l)ioiJénétii|iie loii<l.iinenl;ile repose sur In loi (Vhcrédilé aux àfjes correspondanls vuowoi' par Darwin : (■lia(|ue <Mre répèle dans le même ordre les élats par les(piels onl passé

Fig.53à b7. — Phasessuccessivesd'iuieAscidie. — 1, embryon doiithi queue est déjà bien développée, avec corde dorsale et tube nerveux ; — 2, larve immédiatement après l'éclosion ; — 3, larve âgée de deux jours. Lu queue, ([ui contient la corde dorsale, disparaîtra dans l'adulte.

ses ancèlres. Ainsi nn jtoisson ci un mammirère se ressemblent long'temps dans 1(> cours de leur développement, parce <pie Ions deux répètent les phases par les(|uelles avait j)assé rancètre commun qui fui le |ii-eniicr des \('rlébrés (1).

On e\j)li(pie de la sorte, non seulcutenl les ressendjlances eml)ryoloi4i(pies, mais encore les anomalies (pii marcpient le d(''velo])pem(mt de certains êtres. — On explique les méta-

(1) «Toute variation, à quelque épo(|uc de la vie qu'elle puisse apparaître chez les parents, tend à se manifester chez les descendants à l'âge correspondant... Je pourrais citer des cas nombreux de variations, ce terme étant pris dans son acception la plus large, qui se sont mauisfestées à un âge plus précoce chez l'enfaut que chez le parent. » Darwin, p. o25.

niorpho^os et les général ions allernantes (1) : la répétition, dans ce cas, au lieu d'être rapide, est lente : l'être vivant, adapté à son milieu, demeure longtemps dans un des stades

Fig. 58. — Ascidie (claveliaes en coiouie . — A gauche on voit nue larve ifasciclie, munie d'une quene : quand cette larve se flxe, la queue disparait. — e, la bouche; a, l'anus; 6, le manteau; k, appareil respiratoire; m, entrée du tube digestif; d, intestin ; o, ovaire; cl, cloaque; n. ganglion nerveux.

où -((Il ('<|)ère demeura ]i('ul-rli'c de longs sirrles. — r- ( )n e.\[)li(|ii(' comment ces états divers sont si rapidement parcourus en général, de sorte que quelques-uns même soient su|)primés : car la loi dhérédité, re\|)érience le prouve, tend tou-

^1) Il faut distinguer plusieurs modes de développement : 1° l'être va rapidement à sa forme adulte: c'est le cas de presque tous les vertébrés; 2° lètre n'arrive à létat adulte qu'après avoir prolongé son passage dans certains stades intermédiaires : c'est le cas des animaux qui subissent des métamorphoses : la Grenouille vit quelque temps à l'état de têtard; les insectes vivent à l'état de larves, puis de nymphes, avant d'être in sectes parfaits; mais ces divers états se succèdent dans unmêmeindividu; iî» l'être n'arrive à l'étal défiuitif qu'après des phases parcourues dans des individus différents; c'est le cas des animaux h génération allernante, comme les pucerons (tjhylioxéra), les méduses...

JDUis à s"o\(M'('cr pi'ôinaliirônu'nt dans les doscondanls. — On ('\|)li(|n(' nu-'ino ♦•crlaines dinV'icnccs sni'V(Mines rnlro deux li^iK^s parallèles : car (tnxoil (|u"nn Irait réeeninienl hérité [>ent a\()ii' sur toute l'iiisloire de lètre un eonlre-coup eonsidérahle. — On exi)li(|ue la régression, ou sini»ularité en vertu de Ia(|nelle certains animaux ont un état larvaire [)lus parlai! que leur état atlulte : c'est relVet de leur fidélité à répéter les étals antérieurs de lespèce. Ainsi les Tuniciers (1) (fig-. 55 à 57) ont lui commencement de corde dorsale, semblable à celle des vertébrés, avant de redescendre à leur forme définitive. 11 en est de même des crustacés parasites, des cirripèdes {•?) (fig-. 59 à 61), etc.

Ce n'est ])as (pi'un mammifère soit jamais un zoophyle. un cœlenléré. un ver, un poisson... : car ces espèces sont des rameaux d'abord détachés du tronc commun, et ensuite carac-

(1) « L'd'uf de? Ascidie? (Inniciers) (fig. 58). donne naissance à une larve libre, à orpanisatinu supérieure se rapprochant de celle des vertéljrés. Cette larve possède une brauchie piiaryngienne, analogue à celle des vertébrés inférieurs, un système nerveux dorsal formé d'nn cerveau et d'une moelle épinière. Le corps, dans son ensemble, présente une grosse tête et uue longue queue, laquelle est munie de muscles métaraérisés qui servent à la locomotion. La larve (lètard) de l'ascidie est donc réellement un vertébré. Quand le têtard d'ascidie se fixe, il subit uue série de modilications régressives, qui aboutissent à une forme adulte beaucoup plus simple que la forme larvaire. » Perrier.

(2) " Les larves des cirripèdes, pendant la première phase du développement, ont trois paires de pattes, un œil unique et sinqile, et une bouche en forme de trompe, avec laquelle elles mangent beaucoup, car elles augmentent rapidement en grosseur. Pendant la seconde phase, qui correspond à l'état de chrysalide chez le papillon, elles ont six paires de pattes natatoires, admirablement construites, uue magnifique paire d'yeux composés et des antennes très compliquées; mais leur bouche est très imparfaite et hermétiquement close, de sorte qu'elles ne peuvent manger. Dans cet état, leur seule fonction est de chercher, grâce au développement des organes des sens, et d'atteindre, au moyen de leur appareil de natation, un endroit convenable auquel elles puissent s'attacher pour y subir leur dernière métamorphose. Ceci fait, elles demeurent attachées à leur rocher pour le reste de leur vie; leurs pattes se transforment en organes préhensiles; une bouche bien conformée reparaît; mais elles n'ont plus d'antonnes, et leurs deux yeux sont de nouveau remplacés par un seul petit œil très simple, semblable à un point. » Darwin, p. a22.

l«M'isés dans leur forme pnj|ire. C'est ain^i ([ue. (Inn< un jj-ran»! arbre, la sève qui nourrit toutes les branches provient du même Ironc : celle qui va aux premiers rameaux dévie de bonne heun'. relie des rameaux les plus élevés ne se par-

laiit' que |iln- lard.

Fig. 5'J à 6). — Cirripèdes [lepas analifera). — 1, groupe d'anatifes fixés à uue pièce de boi? et llottant. — 2, un iadividu ismé, !a carapace ouverte. — 3, anatife jeune et libre.

On a objecté (jue les emljryuns ne représentent j)as des -lades où a vécu l'espèce, parce qu'ils seraient incapables de Mvre avant d'avoir atteint le terme : mais cette affirmation ne paraît pas fondée. En efTet si les embrvons étaient dnn< un

milieu .idapU'* à K'iir ("lai. ils |»()uiiaieiil y \i\io, de la même laroii ([lie viveni les animaux à métamorphoses el à g'énéralions allernaules : seulemeiil. riiérédilé les presse d'ordinaire el ne les laisse poini séjoni'iier dans les phases intermédiaires (1 ).

^ l\ . — Lks rnKoiiiios kvoi.i i iomsies

Les faits que nous venons d'esquisser sont les preuves classi(pu»s alléguées par les évolutionistes. Ce serait une erreuide les considérer comme des arguments péremploires : pour èti'e exact, il l'audrail dire qu'ils inclinent l'esprit à penser (pie la parenté idéale entre les esi)èces, qui est indéniable, est le résultat dune })arenté réelle et d'imi^ descendance commune. Aussi Darwin, ([ui en l'cM^onnaissait la juste portée, disait-il seulement : // me semble que.. .^ je suis porté à croire que.... n'est-il pas plus simple de supposer que.... etc.

l^e créationisie ne se laisse point toiu'her par ces arguments : sappuyant sur les faits ipie nous développerons plus loin, il rejette la ])arenlé réelle. Aussi, pour lui, la (piestion de lli'''orie est-elle indillV'renle : il n'a point à e\|)li(pier comment se sont formées les espèces, |)uis{jue Dieu en «'st immédiatement l'auteur. — L'évolutionistc, au contraire, (|ui croit meilleur de s'attachei- à l'idée d(^ descendance, doit expliquei- « comment les innombrables espèces habitant la terre se sont nuxlifiées de façon à acquérir celle |)erfeclion de foi'me el de

(1) I^a salamaudre est un 1res curieux exemple. Ou sait que le têtard de la !-alamandre commune a des hrunctiies et passe sa vie dans l'eaii. La .sala»in7idra atra, i\in \\l i^uv les hauteurs dans les montagnes, fait ses petits tout formés, sans brauctiies, incapables de vivre dans l'eau. Mais ces petits passent pur un état embryonnaire où ils sont têtards muais de branchies : si on les tire alors du corps de la mère, et qu'on les mette dans l'eau, ils nagent comme les têtards de l.i salamandre commune. Celte i>rganisaliou branchiale, qui n'est en rapport ni avec la vie future de l'animal, ni avec les besoins de la vie embryonnaire, n'a d'autre but que répéter une des phases du développciiieiil parcouru par les formes ancestrales. (Observation de M. Lewe).

(•<»a<liij)talion qui cxcilc à ^i jiisic lilic noire adiniralion » (Darwin). En d'anlrcs lornics. sil y a eu éxoliilion. commenl sost-ello failc?

La «lucslion se subdivise en deux parties : 1" (lomnienl. cesl-à-dire sous (|uelles influences el d'après quelle loi les variétés ori;ani<pi('s naissent-elles dans les «-'très vivants? ■?" Comment les vai-iélés produites se fixent-elles et s'accroissenl-elles de manière à former des groupes caractérisés? — Ce sont les réponses proposées par les naturalistes que nous désignons sous le nom de théories f'rolalionisies ; elles ne soid pas indépendantes des laits, sans doute, mais elles ne sortent pas du domaine <les hi/pot/ièscs. Peid-ètre ces difTéreids points nOnl-ils pas été assez neitemeid distingués et sépai'és les uns des auti'es.

1" Formation des variétés oryaniqiws. — Logiquement, «•'est la première question «pii se pose à lévolutioniste (1) : avant de rechereher comment un caractère se transmet, se lonsolide, s'exagère pour constituer une espèce, il serait intéressant de savoir comment il prend naissance. C'est un fait tpie les êtres vivants varient ("2) : car chacun voit «{u'il n'est |»as une famille, animale ou lnunaine. où les petits ne difl'èrcnl les uns des autres par (pudques traits : sous quelles iidluences se produisent ces A-ariélés?se produisent-eltes sui- \ant une loi ?

Sons quelles injhiences (1) ? — l>"ai)rès Lamarrk. les \aria-

(1) Ea effet, d'après Yves Delage, si la tliéorie de la descendance commune est vraie, toute nouvelle espèce serait due à une variation fixée et conservée par l'hérédité.

(2) A la suite de Mauportuis et Girou, Weisniann avait cru d'abord que lesvartalionsn'étaientque des réapparitions des caractères ancestraux, mais il admet aujourd'hui qu'il y a des caractères vraiment nouveaux. Lumarck avait dit que les espèces peuvent varier pour se transformer; Darwin a posé en règle qu'elles varient sans cesse, même quand elles ne se transforment pas. Tous les caractères, anatomiques, physiologiques, psychologiques même, sont susceptibles de varier.

(:5) Dans un récent ouvrage [La .structure du protoplasme), M. Yves De-

lions si'rnicnl ducs ;'i l'aclioii dirci-lc du luilicu cosiniiiiie cl à la rt'Mclioii de lOr^anismc lui-iiK'-uic conlrc ce milieu. Le cliaugiMncnt des couditioiis (rexislence crée pour lèlrevivanl des Ijesoins nouveaux : pour l'épondre à ces besoins, l'animal l'ail ell'ori : « l'emploi plus IVrcpienI el plus soulenu d'un ort^ane délerniiiu' le l'orlilie. le développe, lui donne une puissance |)roporlionnée à la diuc'e de cet emploi : le défaut conslaul diisa^'c de Ici auli-c ori^ane ratïail)lil insensiblement el le détériore, diminue j)roj>ressivement ses facultés et finit par le faire disparaître. » Les moditications ainsi pi-oduites n'oni (pià se fixer par lliérédilé.

Klieiuic ( leoffroy-Sainl-llilairc allriliuail plus d'innucnce à laclion du milieu (pi à ladaplalion active de 1 organisme. Mais celle iulluence des couditi(»ns se faisait surtout sentir >-ur les cnd)ryons en cours de dévelopi)ement. Il avail été conduit à (M'Ile llu-oric pai-r('dude dos monsi l'uosilés : à son avis,

luge assigne trois causes principales aux variatious qui se produisent, la spontanéité, les conditions de vie, la reproducliou.

Ou appelle spontanées les variatious dont la cause vraie uous reste inconnue : elles se montrent dans un individu, animal ou plante, (jui vit exactement dans les mêmes conditions que ses pareils. Ce sont généralement les variations les plus accentuées. Darwin cite comme e.icmple une jument qui produisit successivement trois poulains sans queue.

Les conditions de vie sont la cause la plus importante des variations. Ainsi les races domestiques diffèrent des races naturelles par des caractères dus aux conditions spéciales de la domestication : captivité, habitudes régulières, repos ou travail forcé, alimentation plus abondante et plus ou moins variée. A l'état de nature, c'est au climat et à l'alimentation que sont dues les principales variations. — On cite, il est vrai, certains cas, où une modification profonde des conditions de vie ne détermine aucune variation. Ainsi les Elollandais, malgré trois cents ans de séjour eu Afrique, n'y ont pris aucun caractère négroïde. Certaines plantes transportées d'.\m6rique en Europe, ou inversement, sont restées identiques. Ces exceptions ne prouv(;nt rien contre l'influence des milieux : elles montrent seulement que nous ne savons pas la loi de celte influence.

La génération influe aussi sur la modification des caractères. La génération asexuée ou par bourgeonnement, représentée chez les animaux par les cas de parthénogenèse, jjroduit pende variations. La génération sexuée est beaucoup pins efficace. Ainsi, dans l'espè-îe humaine, les enfants héritent des caractères combinés du père et de la mère : la variation est alors proportionnelle aux différences individuelles des deux parents.

les variations organiques étaient d'heureuses monstruosités brusquement produites sur les jeunes et conservées par l'hérédité (1).

On peut dire que Darwin a négligé de traiter la formation des variétés : il louche à peine la question au début de son livre (ch. i). « Chaque variation, dit-il, doit sans doute avoir sa cause déterminante, mais il est aussi impossible d'espérer de découvrir la cause de chacune que de dire pourquoi un rel'roidissement ou un poison affectent un homme différemment qu'un autre... » — En attendant, il critique vivement les naturalistes, « surtout ceux de Técole française, qui attribuent toutes les modifications au monde ambiant. » Il n'attache de même qu'une légère importance aux effets d'habitude, à l'usage ou au défaut d'usage des divers organes. — Il pense que la cause prépondérante des variations doive être prise dans les lois de croissance, dans l'organisation et la conservation de l'être. La preuve, dit-il, est qu'on voit apparaître, sous des conditions différentes, des modifications seml)lables, et, inversement, des modifications dissemblables au milieu des conditions à peu près analogues...

(1) Voir dans Yves Delage La structure du firotoplasme, p. "96-813;, uue étude iutéressante des variations que peuvent subir l'œuf et les embryons. 11 distingue des variations plasmaliques et des variations soniatiques.

Les variations plasmaliques atteignent directement le plasma gecminatif, soit pendant la formation de l'œuf, soit pendant la maturation, soit par sa fi'condation même.

Les variations sornaliques sont celles qui atteignent directement le corps, soit dans l'organisme développé, soit dans l'organisme eu voie de formation, et qui peuvent produire uue variation jusque dans le germe de l'être qui ou dérivera. Ces modifications proviennent soit de la mutilation, soit des etîets de l'usage et de la désuétude, soit des maladies, soit des conditions (le vie. —Les mutilations n'ont d'etfet que si elles enlèvent la totalité d'une espèce de tissu, comme le foie, la rate... — Il en faut dire autant dos elfets de la désuétude. — Les maladies ont des effets héréditaires lorsqu'elles atteignent la constitution du protoplasme cellulaire : ces effets sont d'ailleurs différents, car tantôt c'est une immunisation, pour la variole par exemple, et tantôt c'est une aptitude à contracter le mal, comme l'inlluenza et la goutte. — Parmi les conditions de vie, les effets du climat et de l'alimentation sont seuls bien certains pour la modification du germe.

ORir.l.NES 9

.M. Giard [1} croit que les progrès de 'la physique et de la biologie permettent de rechercher avec plus de chances de succès les causes des variations. Il les distingue en facteurs directs et en facteurs indirects : les facteurs directs sont le milieu cosmique (climat, lumière, température, sécheresse et humidité, composition physique et chimique du sol et des eaux, état mécanique du milieu...), et le milieu biologique (alimentation, parasitisme, symbiose...); les facteurs indirects sont la réaction de l'organisme contre le milieu cosmique (adaptation, convergence), la réaction contre le milieu biologique (mimétisme...).

Une classification ne suffit pas pour éclaircir une question si difficile : nous croyons qu'il demeure vrai que les influences déterminant les variations ne peuvent encore être précisées.

Suirant quelle loi y Les modifications se produisent-elles au hasard, en tout sens, en dehors de toute idée d'ordre? Ou bien cette question n'a pas été traitée, ou bien elle a été résolue sans examen en faveur du hasard ("2). — Cependant

(1) Giard, Les facteurs de l'évolution, Revue scientifique, 23 novembre 1889; Le principe de Lamarck et l'hérédité des modifications somatiques ^ Revue scientifique, 6 décembre 1890 ; Histoire du transformisme, Revue scientifique, is"" décembre 1888.

(2) M. Yves Delage (p. 234) ne vent pas qn'on parle des lois de la variation. Il y a seulement des faits généraux qui se vérifient assez souvent pour qu'il y ait intérêt à les énumérer.

Les organes nombreux sont plus variables quant au nombre et quant à la forme que ceux qui sont uniques ou peu nombreux (Isid.Geoffroy-Saint- Hilaire). Cela tiendrait, suivant Darwin, à leur moindre importance physiologique.

Les organes qui, chez nos races domestiques, varient le plus sous l'action de la domestication, sont ceux qui diffèrent le plus dans les espèces naturelles du genre (Darwin).

Plus un organe a déjà varié, plus il tend à varier encore (Sageret). Les éleveurs savent que, pour obtenir une variation déterminée d'un organe, il faut s'appliquer à produire des variations quelconques de cet organe, il faut l'affoler : quand on y est arrivé, on peut dirigorces variations désordonnées et produire ce qu'on veut.

Les êtres soumis à des changements quelconques dans leurs conditions de vie ne commencent à varier qu'au bout de quelques générations (Darwin). Cette règle est loin d'ètro incontestable.

La dilîérenciation organique favorise la production des variations, mais

quand Geoffroy Sainl-Hilairo étiidiait rinfUience des milieux sur les embryons et la naissance des monstruosités, il croyait bien à l'existence d'un plan préconçu, et il regardait toute variation capable de se conserver comme un pas de plus fait vers la réalisation complète du plan tracé par le Créateur. — En effet, comme nous le dirons plus loin, on ne voit pas comment des variations absolument désordonnées pourraient amener, à la fin, un ordre aussi frappant que celui qui éclate évidemment dans les parties si bien adaptées diin même organisme, et dans les relations si parfaitement graduées des espèces entre elles. La sélection naturelle de Darwin, nous allons le voir, n"a qu'un pouvoir éliminateur et conservateur, elle n'a pas de pouvoir créateur. La science ne sait donc rien de la loi suivant laquelle se produisent les variations.

2" Comment les variétés produites sont-elles fixées et accenluées (1)? — Cette partie de la question a été plus largement traitée et plus heureusement éclaircie. Lamarck l'avait très sommairement résolue en indiquant l'hérédité comme facteur principal : il ne s'était point appliqué à la recherche des moyens employés par la nature pour maintenir et accroître les effets de l'hérédité. Le mérite de Darwin fut de mettre en relief avec une finesse d'analvse et une richesse de documents vrai-

limite leur éteudiie (Krause). A mesure qu'un organisme s'élcve ou remarque en effet deux choses : !<> il e^t plus sensible aux moditir.ations du milieu et plus aple à en suivre les variations; 2° mais il est aussi plus sensible aux causHS de destruction, de sorte r[u'il périt plutôt que de subir des mo litications profondes.

(1) « Les variations se répartissent en deux grandes catégories : les variations lentes et continues, les variations brusques et discontinues. — Les variations lentes ne peuvent donner des formes nouvelles (|u';i la condition de se majorer, de cumuler leurs effets d'une manière quelconque (adaptation et hérédité des caractère^ acquis, ou sélection ou combinaison de ces divers moyens). — Les variations brusque-; constituent demblée des formes nouvelles, mais il faut qu'elles se reproduisent avec régularité dans la descendance. — Eufiu pour que ces formes nouvelles deviennent des espèces, il faut qu'elles ne soient pas fatalement détruites, après une existence de quelque durée, par une toudance atavique plus forte que les conditions biologiques. » (Y. Delage, p. 287.)

ment extraordinaires la part qui revient à la sélection naturelle dans la ibrmation des espèces. Souvent le mot de darwinisme est écril à la place des mots évolutionisme et transformisme : c'est à tort, car Dar\vin n"a point été le créateur de Tévolulionisme (1). Le darwinisme ou Tœuvre de Darwin comprend le système de la sélection naturelle, qui a été la partie la jtlus profondément étudiée dans cette vaste question du transformisme. Nous allons en donner une esquisse en suivant les raisonnements du philosophe anglais (2).

Chacun sait que des variations organiques se produisent

(1) Darwin tenait tellement à séparer la cause de révolutionisrae du système de la sélectioa nalurelle, qu'il ocrivait le 12 mars 18C3 à Lyell : « Je suis de plus eu plus satisfait de ma théorie de la sélection; mais ce dont je me félicite surtout, c'est de voir abandonnée l'idée de la fixité des formes naturelles; c'est là le point important pour la science, tandis que mon hypothèse est surtout intéressante pour moi. »

(2) Il ne sera pas sans intérêt do trouver ici le résumé de la critique de la sélection, d'après Y. Delage [Structure du protoplasme, p. 371 et suiv.):

!c La sélection naturelle est un principe admirable et parfaitement juste. Tout le monde est d'accord aujourd'hui sur ce point. Mais, où l'on n'est pas d'accord, c'est sur la limite de sa puissance, et sur la question de savoir si elle pont eugeudrer des formes spécifiques nouvelles. Il .semble bien démontré aujourd'hui qu'elle ne le peut pas. » Voici les arguments qui le prouvent.

\o Les caus s de variations étant plus faibles que les causes de fixité, celle-ci doit nécessairement l'emporter sur celle-là. — "l"^ La sélection est impuissante, parce que la plupart des caractères quelle est censée avoir développés sont inutiles et ne lui douuent pas la possibilité de s'exercer. — 3" II est de nombreux caractères utiles que la sélection n'a pu former, parce que leur utilité ne se montre que lors(|u'ils sont complètement développés.— 4" Les variations, même lorsqu'elles sont inutiles à tous les degrés, le sont trop peu pour créer un avantage donnant prise à la sélection. — •S" La sélection des variations ar.cidentelles ne peut eugendrer les espèces, parce que ces variations sont isolées, et que, pour constituer un avantage réel, elles devraient porter sur plusieurs caractères à la fois. — G» La sélection est impuissante parce que les variations sur lesquelles elle pourrait s'exercer sont sans cesse détruites par la génération sexuelle. — 7" La sélection n'est pas la vraio cause de la formation des espèces, car, si elle était réelle, si faibles que fussent ses effets, elle transformerait une espèce en un temps beaucoup plus court que celui qui est évidemment nécessaire pour cela; et, pour transformer une espèce en un temps raisonnablement long, la protection nécessaire est si faible qu'elle devient illusoire.

« La conclusion de cette critique ^p. .'J!)I) est que la sélection est im-

chez les animaux domestiques et chez les plantes cultivées. Comme elles ont la propriété de se transmettre par hérédité, les éleveurs peuvent, grâce à un choix habile des reproducteurs, créer des variétés et des races permanentes si difTérentes de la souche primitive qu'on dirait des espèces nouvelles. De cette sélection artificielle viennent les races d'animaux et de végétaux que l'homme a créées pour son plaisir ou son utilité : bœufs sans cornes, moutons mérinos, animaux de boucherie, chevaux de course et de trait, chiens de chasse et de garde, etc.

Des variations se produisent fatalement aussi à l'état sauvage, surtout quand l'émigration ou d'autres causes amènent des changements dans les conditions d'existence. Parmi ces variations, les unes sont inutiles àl'être vivant, les autres sont utiles. Les premières, n'étant d'aucun secours, peuvent aisément disparaître par la défaite des individus où elles se sont produites; les secondes, étant un grand avantage dans la lutte pour la vie, ont favorisé la survivance des individus qui en étaient doués, et ont pu ainsi se transmettre. De la sorte s'opère une véritable sélection naturelle ou choix assez semblable à la sélection artificielle : l'éleveur, qui choisit les reproducteurs et les isole, est remplacé dans la nature par la lutte pour la vie qui réserve les meilleurs

puissaute à former les espèces. Sou rùle cependant n'est pas nul. Mais il se borne à supprimer les variations radicalement mauvaises et à maintenir l'espèce dans son caractère normal. Loin d'être au instrument d'évolution pour les espèces, elle garantit leur fixité. »

Cette critique, remarquons-le, n'est pas dirigée contre l'évolutionisrae, mais contre l'hypothèse évolutioniste de Darwin. Aux yeux de M. Yves Delage, la forme darwinienne de l'évolutionisme serait fausse : mais cela ne touche en rien à la question fondamentale de la descendance commune des espèces. Trop souvent on prend le change, et on regarde la critique du darwinisme comme étant celle de l'évolutionisme, M. Yves Delage croit bien à l'origine commune des espèces : seulement il explique leur formation autrement que Darwin. Nous avons déjà dit que, d'après lui, la formation des espèces est due : jamais à la variation individuelle faible, exceptionnellement à la variation individuelle forte, mais presque toujours à la fixation de variations générales, qui affectent un bon nombre d'individus et portent sur plusieurs caractères à la fois. (P. 813-826.)

sujols et par les calacU/snies (|ui ('m{)èclu'nl le mélange des variétés en les séparant.

\ oici (lailleurs le mécanisme fie ceLle opération inconsciente :

La latle pour la rie ou concurrence vitale est la consé- (jueuce fatale de l'exubérante fécondité des êtres vivants, (lar si celle fécondité n'était pas contrebalancée, la terre ne serait bientôt plus assez riche pour nourrir ses habitants, ni même assez vaste pour les contenir. D'innombrables germes périssent; et cependant les individus qui naissent sont encore trop nombreux, si bien que chacun doit lutter pour conserver son existence. Dans cette lutte les plus faibles, ou plutôt les moins avantagés, périssent. Les mieux doués, ou plutôt les mieux protégés, restent maîtres du champ de bataille. Ainsi apparaît dans tout son jour la loi inexorable de la survivance des plus aptes. Si un être survit, tout chétif qu'il paraisse par certains côtés, c'est qu'il est gardé par des avantages non connus. Ce serait donc une erreur de confondre les plus aptes avec les plus forts : la ruse, la légèreté, la couleur, un aiguillon, une sécrétion acre, une chair coriace, des traits en apparence défectueux, peuvent servir à un animal pour triom pher de ses ennemis.

Cette lutte ne porte pas seulement sur la nourriture, mais aussi sur la convenance sexuelle : ainsi certains êtres s'éteindront avec la variété qui les distingue, parce qu'ils n'auront pas trouvé l'occasion de se reproduire. La sélection sexuelle, (pii se pratique avec tant de soin dans l'espèce humaine, n'est pas inconnue parmi les espèces animales.

Il se fait donc, à chaque génération, un choix réel des individus qui possèdent les modifications les plus avantageuses. Les vainqueurs transmettent à leurs descendants ces caractères, et ïhérédiié les fixe dans la lignée issue d'eux. Ces traits demeurent acquis poui- toujours, et cela même constitue la loi de caractérisation permanente. Si, en vertu de la loi de divergence, les individus sortis d'un groupe caractérisé forment de nouvelles espèces, ce ne peut être pai- la destruction.

mais parla modificalion dos caractères précédemment. acquis.

Uémiyration volontaire et les grands cataclysmes ont isolé les espèces en voie de formation, empêché les croisements avec les individus de l'espèce souche, et permis par conséquent aux caractères nouveaux de se fixer et de s'accentuer. Les cataclysmes généraux ou partiels furent, dit Darwin, la cause suffisante de la distinction des provinces zoologiques et botaniques.

A ce système si fortement conçu et si logiquement (mchaîné on a opposé deux difficultés principales : — 1" Puisque la sélection artificielle, conduite par l'homme, ne produit que des races et point d'espèces, comment la sélection naturelle, abandonnée à elle-même, peut-elle former des espèces, et même des genres et des classes? Darvin répond que nous appelons races les groupes descendus d'une même souche, mais que souvent ils diffèrent plus entre eux que les espèces et les genres trouvés à l'état sauvage : d'ailleurs, si les éleveurs ont vite produit des variétés importantes, ce n'est qu'après de longs siècles et bien des tâtonnements que la nature arrive à l'équivalent. — 2" On reproche à la sélection naturelle de ne point expliquer la transformation des individus, la création des organes nouveaux, la formation des instincts, etc.. En effet, comme nous l'avons dit plus haut, le darwinisme n'est qu'une théorie partielle de l'évolution. Une théorie complète devrait expliquer la naissance et la persistance des variations avantageuses : le darwinisme n'explique <iue la persistance de caractères dont ia loi de production lui échappe.

g V. — Les excès dk l'évolitiomsme

Dans sa première édition de ï Origine des espèces, parue eu 1859, Darwin était relativement modéré: sa théorie n'embrassait que les espèces animales et végétales ; elles étaient descendues par voie d'évolution de trois ou quatre formesprimitives créées par Dieu. Cette prudente réserve ne fut

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