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poiiil garcU'c par les (lisci])l('s du orand iialuralisle. Des préoccupations dorclro piironicnl philosophique liicnt sorlir hi tliéorie darwinieuue du domaine des sciences naturelles: bientôt tout l'univers l'ut enveloppé dans cette vaste synthèse, dont l'ampleur séduisit d'excellents esprits.
La première application du transformisme fut faite à Ihomme. A la suite de M"'' Rover, de Vogt, de Moleschott, de Biïchner, Darwin dut écrire un livre sur la descendance animale de l'homme. — Malgré les belles et convaincantes expériences de Pasteur, l'école enseigna comme un dogme indispensable l'origine spontanée de la vie : car Dieu devail être exclu sur toute la ligne, aux débuts de la vie aussi bien qu'à ses diverses manifestations. — Avec Ibeckel, Herbert Spencer, Littré, Taine, Renan, etc.. nous arrivons à un monisme universel, en vertu duquel les seules lois de la mécanique physique, groupant ou dispersant des atomes inertes jtar eux-mêmes, expliquent tout, depuis la chute d'une pierre el la croissance des plantes jusqu'à la conscience de l'homme el à l'organisation des sociétés.
Loin de nous la pensée d'interdire au naturaliste le droit de philosopher: car il ne peut être savant qu'à la condition de reehercher les lois qui unissent les faits et de remonter aux causes qui produisent les phénomènes. Mais il ne doit point marcher à l'aventure, bâtir des hypothèses sans fondement, ni surtout donner ces hypothèses comme des articles de foi scientifique. Or, c'est précisément ce qui est arrivé dans la question qui nous occupe : Darwin venait de formuler une hypothèse, grandiose, il est vrai, mais qui restait une hypothèse; elle était même très incomplète, puisqu'elle ne résolvait qu'une partie du problème de la genèse des espèces. Et cependant, sur cette base encore chancelante, le philosophisme élève, sous prétexte d'unité scientifique, une immense: construction que battent en brèche les données de la science modeste aussi bien que les raisonnements du bon sens éclairé.
Nous allons brièvement examiner ce qu'il y a de certaine-
ment réprélH'nsii>le (lan;? ces excès, afin de mieux dégag-er la question particulière de l'origine des espèces vivantes.
\" La théorie de V évolution ne peut s appliquer à rhomme. — Devant traiter ce point dans un travail spécial, nous donnerons seulement ici la raison fondamentale qui exclut certainement rhomme du transformisme. L'idée d'évolution implique ridée de progrès, de développement d'une même chose, d'une même faculté ; mais elle exclut l'idée de création nouvelle. Par l'évolution, on conçoit qu'un être monte dans l'échelle de la |)erl'ection oi'gani(iue, et même de la perfection psychologique, dans la mesure où elle est essentiellement dépendante de l'organisme : mais on ne conçoit pas qu'un être change de nature et acquière ce qui n'était pas même en germe dans ses ascendants. — Or, l'homme est autre chose que l'animal ; il n'est pas un animal plus développé, plus intelligent, plus hnl)ile, plus industrieux; il est d'une nature nouvelle, quoiqu'il ail un corps conformé comme celui des animaux supérieurs. En effet, les opérations spirituelles qui le caractérisent supposent des facultés et une nature d'ordre spirituel : tandis que toutes les opérations de l'animal même le plus élevé le confinent dans le cercle inférieur de la matière et de la sensibilité. La philosophie sincèrement étudiée fait la preuve de cette différence profonde : les études psychologiques de Romanes, le disciple et l'héritier de Darwin, n'ont pas ébranlé cette thèse capitale. — Voilà pourquoi nous affirmons que l'évolution, eût-elle réalisé le progrès qui unit en une même nature tous les animaux, n'aurait pu créer cette chose nouvelle quon appelle Ihomme intelligent et libre.
'2" La théorie de révolution ne peut s'appliquer à V origine de la vie. — Nous n'avons pas à reprendre ici une question déjà suffisammenttraitée. Nous ferons seulement deux remarques : la première est que les faits allégués en faveur de l'évolution n'ont rien de commun avec les commencements de la vie ; la seconde est que les faits et les raisonnements qui s'opposent
à la lonnalion spontanée des premiers èlres vivants gardent toute leur lorce.
Oue les faits et les hypothèses eoncernant révolutionisme n'aient rien à taire avec l'origine de la vie, c'est évident. En etVet, si les faits établissent quelque parenté entre les espèces vivantes, ils ne tendent point à effacer la distance qui sépare le minéral du végétal. Ouand il est question des influences de milieu , il s'agit de la transformation et du progrès d'organismes déjà existants, nullement de la transition du monde inanimé au monde vivant. Tandis que la lutte pour la vie peut faire prévaloir les espèces les plus avantagées parmi les animaux et les végétaux, les minéraux n'ont, pour sauvegarder leur existence, aucune lutte à livrer ni aucun progrès à réaliser.
Il n'est pas moins certain que les faits et les raisonnements opposés à la génération spontanée restent inattaquables. Car personne ne met en doute, depuis les expériences de Pasteur, «jue tous les êtres vivants connus naissent de parents semblables à eux. Et l'induction, qui conclut à une loi absolument uniforme de production de la vie dans tous les temps, paraît le plus indiscutable des raisonnements étayés sur la science moderne.
Comment en est-on venu à donner à l'évolution une extension que la vérité ne permettait pas? En vertu d'une confiance illimitée dans la portée des lois physiques, et d'une persuasion mal fondée que l'univers physique doit s'expliquer entièrement par lui-même.
Dans le donuùne des sciences physiques, les découvertes ont été merveilleuses. La loi de la transformation et de la conservation de l'énergie a jeté beaucoup de lumière sur tous les phénomènes de la nature. Même dans les phénomènes vitaux, jusque dans les actes de l'homme, cette loi se vérifie avec une inflexible rigueur : aucune énergie ne se crée ni ne se perd; pas un phénomène qui ne soit provoqué par de l'énergie physique : pas un phénomène qui se produise sans une dépense ou plutôt une transformation d'énergie physi<pie.
Mais si cette loi illumine, il ne faut pas qu'elle aveugle. Or, elle aveuglerait, au lieu déclairer. si Ion oubliait que ces échanges et ces transformations dénergie ne sont pas le tout des phénomènes, que les phénomènes ont une modalité aussi bien qu'une quantité, que la modalité, jamais capricieuse, toujours réglée, est dépendante d'une autre force que la brutale et aveugle énergie physique. Eh bien, dans la vie, par exemple, la loi de conservation de l'énergie préside aux quantités de forces transformées : mais une qualité inhérente à la matière vivante en détermine la modalité. Et parce que cette qualité ne peut pas être le fruit des forces physiques seules, il en résulte que la matière brute ne peut point delle-mème arriver à la vie.
La persuasion que la science se déshonore en recourant au (Iréateur s'implante de plus en plus dans le monde savant. Elle nous paraît résulter d'une double cause : 1. Le courant «l'incrédulité moderne, propagé par une presse très étrangère à la science ; sans y prendre garde, les hommes d'étude en subissent rinfluence, car la préoccupation de sauvegarder une réputation scientifique inspire un certain respect humain. — 2. L'absence de critique scientifique dans un certain monde religieux ; soit par une piété mal entendue, soit par défaut d'études suffisantes, on a multiplié les interventions créatrices et on les a données comme la solution des problèmes difficiles.
De l'un comme de l'autre côté, il y a une éducation de l'esprit à faire.
Du côté de la science, il n'y a aucun déshonneur à reconnaître que le monde ne s'explique pas par lui-même ; c'est une thèse de philosophie qui mérite d'être approfondie au même litre que les autres. Si l'intervention du premier moteur fut nécessaire au point de départ du premier mouvement physique, du premier mouvement vital, du premier mouvement intellectuel, pourquoi n'en conviendrait-on pas ?
Du côté de la religion, il faut de la critique et de la circonspection < ne fides ab infidelibus deridealur »; cardes affirma-
lions liàtives et mal foiulrcs [Ji-oduiscnl de puissantes réactions en sens contraire. Nous n'admettrons l'intervention directe de la cause première^ que lorsqu'elle sera indispensable ; même alors, nous ne l'admettrons qu'après une crilicpie sérieuse des preuves. Et ce ne sera ni repousser ni renier Dieu : car il lui sera toujours plus glorieux d'agir par des créations de causes que par des actions immédiates. Il n'en est pas moins objectif et personnel.
1^. Le monisme universel de Spencer n est point légitimé par les théories de l'évolution des espèces. — Les philosophes (jui, à la suite de Spencer, Littré, Taine,etc., ont soutenu que les mêmes lois mécaniques gouvernent le monde intellectuel et moral, la marche même des sociétés, aussi bien que le monde physique, n'empruntent que des analogies et des mois à la théorie de l'évolution telle qu'elle est comprise en histoire naturelle. La tentative faite par Taine, non seulement pour assimiler, mais pour identifier les lois morales et les lois physiques, était absolument dépourvue de fondement.
Comme dans tout système faux, on trouve une part de vérité dans le monisme : il imi)orte de la dégager nettement, afin de montrer que le monisme n'en est pas déduit logiquement.
Le monde physique, tel qu'il se présente à nos regards, paraît bien être le fruit d'une évolution lente et progressive : créée dans un état de chaos, la matière s'est peu à peu organisée sous l'empire des forces physiques, suivant l'hypothèse très probable de Laplace. — Le monde animé des plantes et des bêtes, avec cette singulière variété de formes qu'il présente aujourd'hui, pourrait aussi être le fruit d'une évolution lente et progressive : la paléontologie nous apprend que les êtres vivants, d'abord assez simples, se sont perfectionnés peu à peu ; que cette évolution se soit faite passivement sous la main de Dieu, ou activement par la poussée de la nature et l'intluence des conditions extérieures, toujours est-il que le progrèsa eu lieu. — Enfin, l'Iiumanité elle-même progresse ;
partie d'un état social très élémentaire, d'un état intellectuel très simple, l'humanité a grandi peu à peu, chaque généralion faisant son profit des avantages scientifiques ou sociaux acquis par la génération précédente ; si l'histoire montre que chez certains peuples la décadence a suivi de près une grande prospérité, il n'est pas moins vrai que, dans son ensemble, l'humanité s'élève.
Ainsi, dans le monde physique, dans le monde animé, dans le monde humain, on constate un progrès, une évolution, si l'on veut. Mais ce n'est pas en cela que consiste le monisme. Le monisme enseigne que ces trois mondes n'en font qu'un, soit par leur nature, soit par les forces qui dirigent leur évolution. Puisque leur nature est identique, le monde animé est sorti spontanément du monde physique, le monde humain de même est sorti naturellement du monde animal. Parce que les lois et les forces qui président à leurs destinées sont les mêmes, les formules qui expriment le mode de formation de l'univers physique expriment aussi le mode déformation des peuples et de la société en général.
En fait, ces trois évolutions sont parallèles et non consécutives. ^^L'évolution du monde physique a commencé d'abord et elle se poursuit toujours vers un terme fatal encore éloigné sous l'action des forces physico-chimiques. — Plus tard, commença l'évolution du montle animé : mais, comme nous l'avons dit, la vie ne sortit point d'une action purement physi- (|ue sur la matière minérale ; une influence supérieure au monde minéral forma le premier être vivant et lui conféra le pouvoir mystérieux de s'entretenir, de croître et de se multiplier. — Enfin, à une date encore plus rapprochée, débuta le monde humain, dans lequel nous trouvons autre chose qu'un simple progrès de l'animalité : les propriétés d'ordre intellecluel et moral qui caractérisent l'homme.
L'univers physique évolue par la transformation lente de son énergie potentielle en énergie actuelle. Le monde vivant se transforme aussi lentement sous l'action de milieux, et en vertu de sa plasticité interne. Le monde humain se modifie et
progresse par les éléments que chaque génération nouvelle ajoute àThéritage du passé.
On voit par là ([ue l'idée d'évolution, même admise largement, ne conduit pas à ce monisme, qui n'est d'ailleurs qu'une forme motlerne du matérialisme antique.
4. L'évolution des espèces, si elle a existé, ne peut être considérée comme un pur effet du hasard. — Par cette proposition, nous rentrons pleinement dans notre sujet. Nous la regardons comme certaine, et, en la démontrant, nous prouverons que révolution n'entamerait point la preuve de l'existence de
Fig. 62 ot 63. — Traces de labyrinthodonte et de dinnsaurien trouvées dans les terrains triasiques.
Dieu que les philosophes ont toujours tirée de l'ordre du monde. Notre pensée est que s'il y a eu évolution, elle s'est faite suivant un plan préconçu, suivant une loi d'ordre. Nous ne voulons pas prouver l'évolution : mais, si d'autres la croient prouvée, ils doivent du moins lui reconnaître ce caractère d'avoir été faite suivant une loi posée par Dieu.
Partout où l'homme voit l'ordre et l'arrangement, il conclut par instinct à l'action d'un ordonnateur. Voit-il une horloge qui marche, trouve-t-il une montre perdue dans un désert, cela lui suffit pour être assuré du passage d'un
homme intelligent. Il n'aura pas même la pensée crimaginer que peut-être cette horloge s'est faite seule, que peut-être cette montre est le résultat fortuit et l'une des combinaisons possii)les des atomes mus par le vent. Quand le géologue rencontre des traces de pieds on de mains dans les schistes et les
Fio'. 64 à 67. — Sile"c caractprisMqiies dp' quatre subdivisions de l'âge paléolilhique. — A, coup de poin;^ cholléen. face et profil. — B, pointe raoustérieune, les deux faces. — C, poinle= solutréennes. — D, racloir magdolérien, dos et profil.
grès anciens, il n'hésite pas à conclure au passage de quelque labyrinthodonte ou de quelque dinosaurien (fig. 62 et 63) : si un sceptique émettait l'opinion que ce n'est pas bien clair, que ces prétendus vestiges pourraient bien n'être qu'un jeu de la nature et qu'un curieux effet des forces mécaniques, le
géologue affirmerait, et avec raison, ({vie ce doute serait le renversement de toute science et de toute induction légitime.
De même, les silex taillés trouvés dans les cavernes quaternaires prouvent le travail intelligent de Ihomme : on distingue avec soin, à Faide de caractères précis, les éclats qui sont l'œuvre fatale des forces j)hysiques, des éclats qui sont Tœuvre de Ihomme intelligent (lig. ()4 à 67).
Assurément, ces objets sont Tune des millions de combinaisons que pouvaient prendre les atomes poussés par les forces mécaniques: assurément, on ne prouvera pas mathématiquenu'ut ({ue tel objet est l'œuvre de l'esprit et non Toeuvre du hasard. Mais le bon sens de l'homme va plus vite que les mathématiques ; mais la raison est plus forte que la subtilité, et elle sait reconnaître au premier coup dœil ce <jui est ordonné de ce qui ne Test pas, ce qui est l'œuvre d'un sage de ce (pii est l'œuvre du hasard.
Ce coup d'œil si sûr dont on use sans défiance, parmi les savants aussi bien que dans le peuple, pourquoi en fait-on abstraction lorsqu'on craint (\nr l'ordonnateur ne soit l'Être siiprôme ? Eh quoi! les c\iu[ traces de ce labyrinthodonte vous rendent certain qu'elles ont été faites par un animal vivant, et vous croiriez que l'animal vivant a été l'œuvre mécanique du hasard ? Les surfacesde ce silex sont pour vous la preuve indéniable d'une taille intentionnelle, parce tjue vous y découvrez l'ordre et la finalité : et l'homme, l'auteur de cet ouvrage, infiniment plus compli([ué et mieux ordonné lui-même, serait le fruit d'actions physiques inconscientes?
L'ordre éclate dans la nature vivante ; il éclate dans la corl'i'lalioii <'l ladaplalioii «les |)arlies dans cli;i(|U(' individu : il éclate dans cette disposition ascendante des espèces qui composent les deux règnes ; il éclate dans la merveilleuse évolution du germe, où Ton voit cluujiie indivichi atteindre avec tant de siîreté et de régularité la forme adulte de son espèce. Cet ordre ne s'explique point par ies actions de milieu, ni par la sélection naturelle, ni par les lois de croissance et de (•(jrrélation des parties: car tons ces laclenrs sont inipuis-
sants à produire une si'-iii- luirmonicuso. à fon^crvf.'r. à f ravcM's mille obstacles, riianiiniiic nue l'ois étahlie.
El lors même (| ne lim nidiil rei'ail Ions les degrés de com- (tlicalioii enlre Iceil peii'ccl idiim'' d nii inaniinirèrc; et la simple la(die oculaire (\r la m 'dn^c. cidre 1 oreille à trois comparlimeids des anim;in\ len-e<lre< cl la simple tache auditive d'un ver. celle mai-chr a<cend:nilc d nu organe ne sup|iriuiei'a jamais lidé;' dordonnali-nr : lOrdounaleur a laissé sa trace ilans la l'orme la plus hnnd)le i\\\ sens aussi bien (\\io dans la l'orme la plus riche.
L ordre nous apparaissant partout, dans les organes des individus, aussi bien <pu' dans la série des espèces, nous disons que, si révolution a en lien, elle s'est laite sous la main de r)ien. e! sni\anl nii:' loi de d ''\ cloppemeid post'c [)ai- Ini. (".elle loi [X'ul nous être inconnue: mais elle e.viste (l). ( '."e-l |>récis(''nient sous celle forme que se présente révolution isme modéré ou spiril nali-le.
-^ \ I. — L'l':VOLUTlOMS>[i: modkrk ol spiritlaliste
Nous essaierons d expiitpier bien clairement cette forme dévolulionisnif? vers leqnel paraissent incliner les savants catholi([ues qui s'adonnent aux sciences naturelles. 11 est .•ip[)el('' spirilualiste. parce (pi il n'admet pas seulement la matière et les force- pli\-iqne<. ni.iis encore Dieu (Iréatenrel l'àme linmnine : il reconnaît la main de Dieu à l'origine du monde, à l'origine de la vie. à l'origine de l'homme, à lOrigitu* <le la loi d évolution: il reconnaît la trace de l'esprit humain dans les opi'ralions supra-sensibles qui se passent en lui et <pii le distinguent essenliidlement des hètes. — Il est di-
;1) <( Saus doute rieu n'existe ijuc par la volonté du sublime auteur de toutes ctioses ; mais pouvous-uous lui assigner des règles dans l'ext'cution de sa volonté et fixer le m >de quil a suivi à cet égird? .assurément, (|iielle qu'ait été sa volonté, l'immensité de sa puissance est toujours lu iiir-me, et, de quelque manière que se soit exécutée cette volonté suprême, rlou n'eu peut dimiuaer la grandeur. » Limarck, Philosophie zoo/ogique I. 1. p. :i6.
orucii.NES 1(1
modère', parce (|ii"il rcjctic les excès que nous venons (le sif'nalei'. el cioil (|iie les lia\aii\ de Laniarck el (U^ Darwin iionl éclairci que le prolilèuie de la lornialion des espèces.
D'après les fauleuis de ce syslènie, il aurait le double avantage de leuir un jnsle compte d(»s raisons sérieuses ([ui luilitenl eu l'aNcur de 1 i'-\ olul iou el de ne heurter aucun des principes posés par les sciences Innil roplies.
1" Comment iévolidionisme reslreinl tienl vDmple des données scientifiques. — C'est nu l'ail avéré cpie les progrès des connaissances humaines conduisent à la découverte de causes secondes de plus en plus nombreuses, et ipu' Dieu apparaît de moins en moins comme l'auteur immédiat de tous les pliénomènes de la luilure. Les philosophes s'accordent à dire (pie Dieu gai»ne en gloire comnK^ cause première ce (piil pai'aît perdre en activité comme cause seconde : car. sui\ant un vieil adai<e. melior est causa caus;v quam causa causali {\).
Après (pie la scieiu-e avait déiuonlré tpie réc[uilibre et le incMivement des astres était reflet de la loi générale de l'al- Iracliou: après avoii" admis, comme très probable et très digiu' de Dieu, la grandiose hypothèse qui, (raj)rès Kant et Laplace, attribue la formation des astres et leurs divers états actuels à l'évolution physique d'une masse nébuleuse, la science moderne u'esl-elle pas l'ondée à croire (\ur Dieu établit aussi pour les êtres vivants luie loi dévolution où toutes les formes vivantes fussent contenues en puissance ?
D'ailleurs, la création d'un organisme aussi conq)li(pu''
(1) .Nous aimons â citer ces ligues recenimeut écrites par M. Furges: « L'évolutiou des espèces, aurait-elle existé, ne saurait suppriiuerles nombreux arguments qui nous prouvent la contingence du monde et la nécessité d'un Etre nécessaire. Bien plus, l'évolution des espèces, si elle avait eu lieu, serait elle-même une merveille nouvelle d'ordre et d'harmauie,qui viendrait s'ajouter à toutes les autres merveilles d'ordre par lesquelles nous prouvons la nécessité d'une Intelligence ordonnatrice. Elle confirmerait la nécessité de cet Ordonnateur bien loin de le supprimer; et, hieri loin de supprimer la création, el/^ serait un des modes de la création. >- Annale'i de philosophie clirélieime, décembre 1897, p. 324.
iiuim niimimilV'rc «lue ;\ r(''\ oliil ion ii.iliirclh^ (l'un sperme iiilormc, est un l'ail non moins niervcillinix qne la création (In grand arbre des espèces animales et végétales. Si Dieu n'est que la cause première, cl non la cause seconde, de l'évolution d'un gci'iiic <iiii (loniicr.i un organisme à parties^ si dilïérenciées. poiu-quui aurait il dû èlre cause seconde et immédiîtie, et non pas seulement cause première, de toutes lt'< dilTéiences organiques (pii di^lingiicni les espèces?
Lévolulionisme restreint n'est pas moins favorable à la sagesse de Dieu qu'à sa puissance. En effet, tandis que le créationisme suppose que Dieu inteivinl sans cesse pour retoucher son œuvre à travers les temps géologiques, l'évolulionisme suppose que Dieu avait créé le monde tel qu'il pût marcher sous l'empire des lois générales. Et c'est pour ajouter (lescaractères insignifiants que Dieuserail intervenu, ici pour ajouter un plia la coquille d'une paludine. là pour découper plus linement la cloison «l'une ammonite, ailleurs pour fain^ sécréter un peu de matière pierreuse à des cartilages lro[) mous. Tandis que, sous nos yeux, les espèces se moditieni d'elles-mêmes en créant des races, tandis (pie tout être vivant jouit de l'incompréhensible pouvoir déUMcr la matière minérale à la participation de la vie. pourquoi, dans le passé tout progrès organique aurait-il nécessité Tintervention immédiate du Créateur?
C'est sans doute sous l'enipii-e de eelle considération que M. de Xadaillac, l'un des adversaires déclarés de l'évolutionisnie, avoue que la conception évolutioniste est plus religieuse ((ue l'autre, parce que celle-ci suppose « le Tout-Puissant procédant par créations brusques et successives, remaniant et modifiant son œuvre à travers le temps et l'espace, comme le sculpteur pétrit la glaise et ébauche les contours de la statue qu'il inédite. » (Congrès scientifique catholique de 1891, S" section.)
Il reste encore en faveur de l'évolutionisme modéré un avantage (pii nous semble avoir et»' trop |)eu mis en relief. Avec lui, cette longue succession d'êtres vivants avant lappa-
rilion do riiomine priMid uti sons; si iiiiouii ospril no los connut, si la plupart ont pôri sans laisser de li-aoos. ils ôtaiont les anneaux in(lis|)rnsal»l('s {\r cctlo longue cliaîuc ([ni ahoulil aux temps actuels. Ouand on cuoillo le IVuil ([ui |)ond aux branches d'un arbre, on ne ptuiso pas aux racines ([ui l'ont nourri, aux libres ligneuses ([ui le poilenl, aux l'euillos qui ont exercé leurs fonctions poui- lui : el pourlaul loules les unités cellulaires se sont inuUi[)liées et se sont l'omplacéos pour que ce fruit put j>ousser et nnu-ir. Do moine, à travers ces milliers de siècles oîi la vie pullnlail sons la h(''ii(''diclinn fécondante de Dieu, los formes uKjulaienl peu à pou, s'é|)anouissaieul et préparaient la nature au milieu de laqucdlo l'homme devait être placé.
Enfin, et c'est la raison la i)lus forte (piil juiisse alléguer, l'évolutionisme modéré met à coniribntion tous les arguments tirés des faits exposés au coinnu'ncemont de cette étude. Il reconnaît los liens (\r pareille entre los espèces; il rexpli((ue par la dose(Midan(.'o dancètros conuuuns. La succession paléontologiquo et los lois de l'embryologie gardent avec lui toute leur importance. — S'il est ({uestion des théories, du darwinisme en jiarticiilior. il ne rejette point les etTets conservateurs do l'hérédité ni la puissance éliminatrice de la sélection naturelle. Là où Darwin et tous les transformistes se taisent, sur les causes et la loi de production des variations, il fait intervenir l'idée d'ordre et l'action du Créateur: seulement au lieu de voir le doigt de Dieu comme cause seconde dans chaque variélé produite, il le voit comme cause première créant la loi dos tendances vitales, tendances lestées encore mystérieuses, en vertu desquelles les variations se produisent (1).
2" Comment iévolulionisme vestreinl échappe aux diffîcul-
(1) Dans la préface de {"Evolution des espèces organiques du P. Leroy, le P. Monsabré exprime cette opinion que la théorie de l'évolution, « loin de compromettre la croyance orthodoxe à l'action créatrice de Dieu, ramène cette action à un petit nombre dactes transcendants, plus confor-
tés d'ordre religieux et pliilosophiqiie (1). — C était bien la pensée de M. Tabbé Ily, professeur aux facultés catholiques d'Angers, lorstpiil éciM\ ait naguère : « Ainsi entendu comme un simple moyen de création, (juil a {)lu à Dieu de choisir de |)référence à d'autres, la genèse des organismes de parents communs n"a rien d inconciliable avec les plus saines notions philosophiques ou avec les dogmes révélés. » (Rev. des fac. cath. d'Angers. Les plantes fossiles, avril, 1895, p. 588.)
Si des difticultés devaient être soulevées contre Thypothèse en question, elles seraient tirées soit de l'Ecriture, soit de la tradition catholique, soit de la philosophie chrétienne. Or la paix send)le aisée à concdure avec ces trois puissances.
Avec rEcrifare. ('<ar. à moins que l'Église ne fixe liiiterprétalion à ce sujci. 1(> texte sacré ne paraît pas résoudre la question. Un seul auicii''. à notre connaissance, a sollicité le texte du premier chapitre de la Genèse pour en faire sortir la condamnation de tout évolutionisme (2) : la |»lupart des exégèles pensent que la Bible dit tout au plus (pie les espèces vivantes ont Dieu pour auteur, quelle que soit d'ailleurs la
7726.1 à Vunitédu plan divin et à Vinfinie sagesse du Tout-Puissant, qui sait user avec ordre des causes secondes pour arriver à ses fins, p. i.
(l)Cepoiut a été loii^nienient traité par le l^. Zahin, C.S.C, L'Evolution et le Dog7ne, t. II, traduction Klageolet, Paris, Lelhielleux.
(2) Le P. Brucker, Questions actuel/es d'Ecritia'e sainte, p. 221, avoue du moins qu'il ne faut pas serrer de trop prùs le texte sacré : « Toutefois les savants croyants ne seront ni beaucoup aidés, ni surtout bien gênés dans leurs travaux, par l'affirmation de la distinction primordiale des espèces, telle qu'elle est formulée dans la Bible. En effet l'auteur sacré ne spécifie nullement en particulier les espèces qui sont directement sorties de la main du Créatrur; il ne dit rien non pins de leur nombre. Les botanistes et les zoologistes demeurent donc très libres pour reconstruire seion leurs observations les généalogies de chaque règne vivant. »
INI. Vigouroux, dans son Manuel hihlique, t. IH, p. .j16, dit bien que le darwinisme (il veut dire l'évolutionisrae) est une « erreur condamnée par la théologie », mais il ajoute que c'est « en le considérant tel qu'il est accepté par les athées, qui admettent l'éternité de la matière et qui prétendent expliquer par ce système l'origine de tous les êtres ». L'évolutionisme modéré n'est évidemment pas dans ce cas. M. Vigouroux luimême le reconnaît (p. o09, note) : u 11 faut observer qu'il existe des transformistes modérés, qui repoussent l'interprétation antichrétieune de la
façon <l()iil il les n (•(■('•('cs. Ce soi'ait éi^alomcni lorcor le lexlc ([tic (le lui l'aire (mis(moii(>|- |(> li-ansformismc : par ces mois.
prodiiciinl («iiuv. j)rodiiC(il terra Moïse ne })araU pas avoir
eu dessein d'élablii" que Dieu avait ci'éé les genres et les espèces en conleianl aux élénienls matériels la puissance de les produire en temps convenable.
Avec la tradition catholique. Car, si le senlimcnl coninnui des Pères est (pie toutes les espèces ont Dieu pour auteur, on les voit ensuite se partager en deux écoles opposées sur le mode de création. Aussi saint Augustin (1) déclare-t-il que, dans ces questions où le dogme n'a point de part, la solution appartient à rcxpérience et à la raison. Aucune décision de
théorie de révolution. L'évolution a d'ailleurs été admise de tout temps; elle n'implique pas par elle-uiO-nie les conséfiiicuces fausses qu'où en tire. »
Voici l'opinion du P. Corluy (Spicilegium, t. I, p. 198) : « Tacet scriptura modum quo terra varietatem illam spocieruni produxerit, au statim, au decursu temporis, au eu m specieruui (irmitate omnimoda, an cum relativa duntaxat. Sed de sensu dispulari posset quem scriptura hic assiguet nomini min. » Nous pensons que l'Ecriture rapporte expressément à Dieu toutes les espèces, mais sans déterminer de quelle fac^on Dieu les a produites, par action immédiate ou par évolutiou.
(1) Saint Augustin a souvent iHé citécomnie ayant devinéetexprimé déjà la théorie de l'évolution. C'est à tort, car il ue parait pas l'avoir soupcîouuée. Tout au plus peut-il uous montrer qu'il faut avoir sur ces matières une grande largeur de vue. .\ son avis, Dieu a tout créé d'un seul coup, par conséquent toutes les espèces à la fois. Cependant, comme elles n'ont pas apparu en même temps, ma's successivement, il affirme que Dieu ne les a créées au commencement que per séminales raliones.
« Ista quippe origiualitcr et primordialiter in quadum textura elemenlorum cuncta jam creata suut, icd acceptis opporti/nidlibus prodeunl. " De Trinitate, lib. 111, c. IX.
" In semine ergo illa omuia fuerunt primitus, non mole corporea magnitudinis, sed vi potentiaquc causali. Quid enim ex arbore illà surgit aut pendet, quod non ex rpiodam occulto thesauro seminis illius extraclum atque depromptum est. « De Geriesi ad litleram, lib. IV, cap. xxiu. Les évolutiouistes n'ont pas manqué d'exploiter cette belle comparaison d'un muude s'épanouissant hors des éléments primordiaux, comme un arbre sort tout entier de la puissance de son germe. Nous ne pensons pas que saint Augustin enseigne par là la descendance commune des espèces: ce serait Delbœuf qui se rapi)rocherait le pins de la pensée du saint Docteur, lorsqu'il enseigne que les germes ^de toutes les espèces furent créés au commencement, et que les espèces apparurent successivement, à
lÉf^lise nélant siirvoniio. nirmc depuis (|U(' le <lar\viniMne a soulevé (le si violents <lél)îils. ré\()lulioiiisnie spiritnalisie im\ [)araît pas en ()|)|)()sili()n avec la pensée Iradil ioimell*'.
Avec 1(1 j)/ulosophie chrétienne, y ows appelons ainsi celle j)hilosophie ((ue les lucres de rÉiii'lise empi'untèrenl dès les premiers siècles an\ jdus sag^es des anciens, que les docteurs du moyen Age exploilèrenl et développèrent avec tant de vigueur, et qui commenc(; à refleurir dans les écoles catholiques après un injuste oubli de plusieurs g-énéralions. Or, Févolutionisme modéi-é ne semble pas en conti'adiction avec les axiomes favoris de TÉcole.
LEcole enseigne torniellenienl que la nature accuse Tordre <'l la linalilé. que la lin;dil(' ]tr()U\<' un ordonnateur svqirêmc : mais nous avons dit à ([uel })oiid cet argument est respecté par lévolutionisme restreint en ce <pii concerne le développement des espèces aussi bien qu'en ce qui concerne le développement des indi\ i<lus.
L'Ecole enseigne aussi rimariahilib' des essences. Oj", aidant il y a d'espèces vi\anles dans la nature, autant il y a d'essences différentes. Donc, les espèces vivantes sont invariables : donc les espèces ne se transforment pas (1).
Soit, les essences sont invariables en elles-mêmes : mais ri-]colc lien! pour ceriain (piiine essence peut céder la place à uue autre «'ssence. Ouand, par exemple, l'oxygène et l'hy- <li'<)gène se combinent pour former de l'eau, l'École ne dit pas (|ue les essences de l'oxygène et de l'hydrogène se modifient, mais (pTclles dis|>ai-aiss<'nt pour cédei- la place à une autre, ceHc de l'eau. Loi'S(pic saiid Tlionias cn-^eigne (pie. dans son
mesure (jiie les circonstances extérieures lavorisèrent iein* éclo.'^ion. Revue scientifique, 28 (iécenibre 189.j.
S. Thomas, suivaut l'opinion de S. Au<:ustin, enseigne que Dieu ne créa point les espèces toutes à la fois en fait, mais seulement causa/iler. « Non ergo terlia die productu' sun plantte in actu, sed causaiiler. » S. Th. I p. q. (jîj, art. 2. 11 est évident que ce mot causaiiler nous laisse une grande latitude.
(1) C'est l'argument de fond présenté par M. Farges contre l'évolution {Annales de philosophie chrélienne, décembre 1897, p. 325).
(l(''Vt'l()|>|)('m('nt (Muliry(>i4t''iii(|ii('. riiominc a (ral)()r(l une Aine V(''<4i''lali\ ('. puis une àinc sciisitiNc. puis uuc Cwuv spirilucilc, sa penser nesl pas ([uv chacune <le ces âmes se niodilie el se tiansloruie en une àiiie sui)érieure. mais l»ien (jue lame inférieure (lisparaîl {reducitur in potenlid maler'uv) poui' l'aire place à une autre {quee ediicitiir ex potentiel mateviii'). Or. il v a suhstilulion d'essence au moment où il y a subslilulion de forme substantielle. Donc, l'invariabilité intrinsèque des essences n'eniraîne pas la pei inaneiice des èti'es dans un |)remier élal. Si l'observation montre (|ue, dans le cours des temps, un èli'c a sul>i de |)rof<)ndes transformations, vous j)ourre7. dire (pie <les l'oi'mes subslanlielles nouvelles siu'i'ireid, {ex patent ia materiœ), à mesure ({ue des étals morphologi(|ues nouveaux furent produits parles milieux.
, Mais est-il l)ien certain qu'il y a autant d"essenc(>s dilférenles cpi'il y a d'espèces en histoire naturelle, et même autant que de genres? Peut-on doimer unt? note (pielcon(pie (jui |)uisse permettre d aftirmer cpu' deux animaux ou deux plaides ont des essences dil1'(''reiiles? On invorpu' les ditVt'-rences morphologitpies : mais à ipiel signe reconnaître (piune différence morphologique mar<pie une distinction d'essence et non pas seulement une variété d'une même essence? On invo(pie les ditrérences physiologi<[ues : mais sont-elles si notai)les entre les divers groupes d'un même règne? On invo(pie la différence des mœurs die/ les animaux : mais toujours re\ieiit la même dilliciilti''. celle de fixer la valeur de la différence nécessaire pour distinguer les essences.
Kiilre les min(''raux et les êtres vivants, il va une distinction iietleiiieiil t raiiclK'c : eiilre le- animaux et riiomiiie. de même. Les êtres vivants ont la \ie ipie ne |)(jssèdent pas les minéraux : les animaux ont la ^-eii^ation (pie n'ont pas les plantes: l'homme fait des actes spiiitnels de leur nature, ce ipie ne montrent |)as les animaux. Ou coin;oit alors qu'une t(^lle note distinctive nous avertisse d Une différence d'essence. Mais il n'en est plus de même dans cha([ue règne : aussi certains maîtres, très attachés à la pure doctrine de l'Kcole,
(Mi?oign(Mif-ils que |;i (litlV'iiMicc (rosseiirc onlrr los ospôros <l un mémo irgiit- ne |miiI >(' démoiilicr jtliilosophiqiiomcnt (1).
Nous ne voudiious pas diri' : les espèces vivantes n'ont pas une origine commune. |)arce <{u'elles dilTèrent par leui" essence ; ce serait arguer de linconnu. Nous dirion- plutiM : si les espèces oui une origine commune, elles n'ont peut-être pas entre elles de- dilVéreiices essentielles. Quelque difficile ipie soit le prolilcinc de I Origine des espèces, il est sans doute plu> ;d)oi-d;dilc (|iii' cflui de l;i di-l iiid ion des essences.
C'est a i)eu près en ces t<M'mes que les évolutionistes modérés exposent leur système de conciliation entre les faits constatés par la scirncc <l le- piiucipes éternels de la saine |)liilosoj)hie. Peut-être les paitis e.vtrêmes s'accorderont-ils un jour en relie opinion intermédiaire. Opendant il reste de nombreux adversaires de l'évolution, et nous terminerons celle (''Inde eu exposanl Icui- .iii^iiiiii'ids.
■' \U. — Les adveusaujes de tout évolltiomsme ('2)
La théorie de la descendance commune a rencontré deux -ortes d'adversaires : lu plupart des écrivain^ rntholiipies et un petit nombre de naturalistes de profession.
Les défenseurs <le I;i foi cnl Ik »li(pie. xoyaid ([ui- rii-n'-li.'^ion se faisait une arme de révolution pour attaquer nos dogmes, avaient à (dioisir entre deux façons de procéder dans l'apologétique. (Ju l»ieu ils considéreraient l'évolutionisme comme
(1) Aiusi M. Vallet, l'ntlecHones, t. II, p. 206, o« édit., ue teute de àvmontrer que la distiactioQ essentielle des n-gnes minéral, végétal, animai, humain, sentant bien que le.- notes di,-tiuctives des espèces ne peuvent paraîU'e qu'accidentelles.
(2) Certains critiques, d'ailleurs très Ijienveillanls, nous out fait observer que, dans notre première édition, nous avions insuffisamment exposé les objections contre l'évolutiouisme. Nous ne pensions pas avoir mérité ce reproche. Néanmoins, dans cette seconde édition, nous tenons à reprendre tout notre travail, désireu.\ de donner à toutes les difficultés sérieuses l'expresïion la plus précise.
iiidillrreiil en liii-inrinc cl ronilml I raiciil les (•()iis('(|iiciic('s <'Xcossi\('s (|ii(' l'im|)i(M('' ill()i;i(|ii(' csss.-ivîiil d'en lircr ; «jucl- <|ii('s nulciu's. à roxeinplc du P. licllinck, savant jéstiilc de Xainur (voii- Eludes relù/ieiises. hSInS), ont pris celle posilion : mais c'est le |)eiil noiidx-c. — On Itien ils ideidilicraieni TidcMé\olnli()nisl(> axcc la j)onsée iiTéligionse cl enveiopperaieni les deux dans le nicnu' anallième : c'esl ce cpii esl arrivé le plus coniniunénieid : el (!<• n(»nd)reuses rc-lnlalions onl paru. appuyées à la l'ois sur des priiici|tes pliil()S()phi(jucs cl sur la science expéi'imenlale.
I)es nal ui'alislcs de niar(pu' se soni élevés conire le Iransl'orniisuie. Heprenanl les id(''es de (hnier sur la (ixil»'- des lypes. de Oualrel'aiies, i-'lonreus, Agassi/., Faivi'e, (iodrou. ll(''l»ert, Blanchard, de Nadaillac... onl rejelé en l)loc el Tévo. lulionisme en général el la l'ornu' du daiw inisme en parlicnliei-. De Ouatrefages, réminent professeur du Muséum, esl le principal écrivain de celle école. Il s'est expliqué dans deux ouvrages de grande valeur : Darwin et ses précurseurs français, les Emules <le Darivin (1).
Mais il imporle de remarcjuer deux nuances d'opinion parmi les pai'lisans delà tixilé des es|)èces. — Les uns conclueul simpleuieul : Nous if/noroiis commeul se sont l'oi'mée^ les espèces : nous savons seulement (pi'elles ne sont i)as lrau>uiulal»les, el (pu' ni Lamarck ni I)ar^vin n'ont découvei't la vrai(! loi de leur cn''alion. Ainsi parlait de Ouatrefages. — Les autres vont plus loin cl discnl : Non seulcuicul les es|)èces ne sont pas le l'ruil d'une (''Noiutiou (pndconcpie, mais elles ont nécessilé I iulcr\('ul ioM directe et inmiédiale du Créateur.
Pour pn''ciser la ipu'slion, nous ci'oyons nécessaii'c de la restreindre. — 1" .Nous ne citerons (pie les ol)je<'tions laites conire l'origine commune des espèces vivantes: nous passons
(1) Nous ne connaissons aucun livre (|ui expose plus forlemeul les difficultés faites contre révolutionisuip, que le livre de Darwin lui-même : L'Origine des espèces. Aucun auteur n'a mieux vu les objections : il n'en dissimule point la valeur, il dit chaque fois pourquoi il croit devoir passer outre.
sous silonco collos (|ui l'cifardcnl le monisme, parce (|iie nous Irailous ailleurs ^ol•ii^•iue de la vie el j'orii^ine de riiumnie. — ?" \(uis ne j)réseulerons (|ue les ai'i^uments d'ordre sricnliîi(|uc, cl non les ai'^uments d'oi-dre philosopiiique ou relii^ieux : car nous sommes persuadé que, restreinte à l'origijie des espèces danscha(iue règne, la question demeure dans le domaine scientifique. Au reste, lidc-e d'ordre qui ressort de la distribution des organes dans l'indixidu et des espèces dans chaque règne, a été mise i)lus haut sulTisamment en relief. — Il est regrettable qu'on ne délimite pas toujours ainsi le ju'oblème : car souvent on aj)pli([ue à l'origine des espèces des raisons ou des faits qui ne regardent que l'origine et la dis- I inclion des règnes.
Non moins regrettable est la confusion qui identifie l'évolulionisme et le darwinisme (1). L'évolutionisme affirme la descendance commvine des espèces, le darwinisme lente d'explirpuT la l'ormatlon des espèce^ par la siMecliou nalui-ellc.
(1) Dans son fauieiix discours prononcé à Oxford, eu 1894, snr/ei- JAmitcs actuelles de notre science, lord Salisbury dirige sa principale attaque contre l'évolutionisme qu'il confond avec le darwinisme. L'auteur reconnaît que la doctrine de la flxilé des espaces est, en général, abaudonm'c aujourd'liui : concession considérable oubliée par ceux qui citent contre l'évolutiou les objections qu'il n'a formulées que contre le darwinisme. — Il dit que le temps serait insuffisant pour expli((uer la série des transformations ■( depuis la Méduse jusqu'à l'Homme » : cette critique ue s'adresse qu'à ceux qui admettent l'hypothèse darwinienne de la transformation lente. D'ailleurs aucun biologiste na jamais mis la .Méduse dans la généalogie de l'Homme. — Il réfute ensuite la sélection naturelle comme cause de la formation des espèces : cette critique s'adresse a la fois à Darwin et à Weismann,-et non à l'évolutionisme en général.
D;ins sa réponse à lord Salisbury, Huxley fit remari|uer que l'orateur avait abandonné le dogme de l'immutaifililé des espèces, que le darwinisme critiqué par lui n'est que l'une des théories de l'évolution, que par conséquent l'évolutiou reste.
Weismouu, se sentant atta(|ué par Salisbury, prit la défense de la sélection : il fait remarquer que, lors même f|ue la sélection serait abandonnée, l'évolution demeurerait. H ne veut pas d'ailleurs (|ue cela constitue une déclaration d'athéisme dogmatique : au delà du mécanisme des phénomènes, il reste un domaine (ju'il nomme « l'inconnaissable ».
Herbert Spencer, répondant à son tour, insista principalement sur l'erreur fondamentale de Salisbury, qui consistait à confondre le fait de
Lôvoliilionismo. depuis Lamarck, n'a pas cessé de faire des progrès parmi les naluralisles ; le darwinisme, d"al)ord accueilli avec enthousiasme, a été peu à peu battu en brèche, et la sélection naturelle n'est plus considérée aujourd'hui que comme l'un des mille facteurs mis en œuvre par la nature, pour la dillerenciation des espèces. Un argument qui vauL contre le darwinisme ne vaut donc pas contre Tévolutionisme. Un passage de savant auteur, dirigé contre le darwinisme, est |)ris à conlrescnis dès (ju'on l'applique à l'évolutionisme. Que de fois des auteurs très attachés à l'évolulionisme sont cités, par une impardonnable méprise, contre un système qu'ils adopIcMil !
Contre l'évolutionisme ainsi entendu, c'est-à-dire contre la descendance commune des espèces, on allègue trois principaux arguments : 1" le système évolulioniste est une hypothèse sans preuves; '2" les faits cités en sa faveur sont susceptibles d'une interprétation contraire ; 3'Mles faits certains sont en opposition manifeste avec l'évolutionisme.
I. L'évolulionisme csl une hijpolhèse. — Uelte proposition ne présente aucune difficulté : évolutionistes et créationisles sont du même avis sur ce point. L'attraction universelle n'est qu'une hypothèse ; la théorie de Laplace n'est (ju'une hypothèse; à plus forte raison la théorie de la descendance ne sera-t-elle probablement jamais (ju'une hypothèse. M. Yves Delagc ne craint pas d'en faire l'aveu : « .le reconnais sans peine qu'on n'a jamais vu une es|)èce en engendrer un(^ autre, ni se li"ansl'oi-nu>r en une autre, et (jue l'on n'a aucune observation al)s<)luinenl l'ormelle démontrant que cela ail jamais eu lien. .1 Cnleiid- une viaie l»onne espèce, fixe
révolution avec une de si-s explication?. 11 iuvita los adversaires de IV-voliitiouisiiie, qui demandent des preuves, <ï luuruir eux-mêmes des exemples de création directe. L'article du penseur anglais fut présenté ;i l'Académie des Sciences de Paris par M. Ed. Perrier. (Cf. Année biolologirjuc, 1895, p. 531-;j.'{3 )
<'oinmc les ospècos naturelles cl se iiiainlcu.iiil «■onime elles sans le secoiir»^ de lliomnie (1). »
M. Blanchai'd. de l'iiislilul. savail hicii qu'on ne rclrverait pas son défi, lorsquen 1888, en tête de son livre, il jelail celle parole à tous les amis des sciences naturelles : « .Monlre/.-nioi une ibis l'exemple de la transl'ormalion des espèces. » {La vie et les êtres onjanisês, préface.)
Darwin sentail mieux (pic ])ers<)iuie (pie révolulionisme n'est quune li\ |K)IIi("'sc : aussi évitail-il les ariinnations caléti^oriques. Pour celle raison, d^' (Jualrefag-es reprochail à la Ihéorie so/? allure peu scientifique. \ ous [)rétcndez, disait-il, (jue cela vous j/araît ainsi ; il vous semhle préférable de croire au changement des formes: vous è[es persuadé (|ue les espèces actuelles desccndcnl dancètres communs. Mais si le conli-aire ine semble meilleur, si j'ai la persuasion (jue lopinion op])Osée <'sl plus vraisemblalde. nos inclinations se valent de pai't et (l'autre. Le raisonncinenl sricntili(pic proc(''dc auli'cnicnl : dans la question posée, il faudrait citer des laits de changement constatés par l'oljservation, et partir d Cxemples bien établis pour induire une conclusion générale. — Loin de blâmer Darwin d'avoir usé de formules dubitatives, nous serions plut(')t porté à lui en savoir gr('' : (pi un savant présente une hypothèse avec modestie, voilà un fait digne de remar(pie.
Si révolutionisme est une hypothèse non prouvée, faut-il par cela même la rejeter? Ce serait aller trop vite. Pour la rejeter sans plus d'examen, il faudrait avoir une antre hypothèse mieux fondée sur la même question, il faudrait (pie l'hypothèse fût susceptible d'une démonsiralion ex|)(''rinientale.
Rejeter en bloc r(''V(jlutionisme, c'est admettre le créationisme ou se retrancher dans l'agnosticisme. L agnosti(pie refusant d'avoir une i(l(''e sur le ^ujet. nous n'en disons rien.
(1) Delagc, Structure du protoplasme, p. 184. L'atUeur n'eu est pas moins partisan de l'évolutionisrae, car il ajoute : « Je considi-ro cependant la Descendance comme aussi certaine nue si elle était dt''niontrée objectivement. <>
l.t> cii'alionismo osl-il liii-mriiit' imirc cliosr turiinc liypo- Uirsc? A-t-oii (1rs l'.iil- d Oliscrxnt ion ou (roxpiM'iciirc où le C.réaleur soil inuiRMlialt'inriil inUM'V(>mi (hui;^ la roriuatiou (lune csjX'co? Eviik-mnienl non. N'ayant do paricl daulrc .iiicuii l'ail catégorique dévolution ou <lo création, nous dovon;* iiilcrroger la nature ci lui druiaudcr de (|U(d côté incliiicul de |ii-érérenco les liens de [)arenté (|ui uiiisseni les espèces ou les dillerences qui les sé])arent (1).
L hypothèse est-elle suscepi ihie dune véi-ificatiou expérinieutale? Four le passé, assuréuienl non; nous en sommes rt'duils à interpréter d"incom[)lètes données paléontologiques. l'ourle présent, oui et non. — Par lobservatiou et l'expérience. nous constatons que les formes vivantes sont très plasliiiues, par conséquent très variables. Ces variations vont si loin (pie « les dissemblances tant extérieures qu'anatomiques e\i--lanl parfois entre animaux tle même espèce, rencontrées chez des individus sauvages, moti\('raient rétablissement de geiuTs distincts et parfaitement caractérisés » (de Ouafrefages. D(i/-/i'in.... p. '2'\\)). — (les \ariélés sont-elles assez distinctes pour constituer des espèces? C'est une question d'appi<''ciation, de sorte que les uns affirmeront qu'on a vu naître de nouvelles espèces, tandis que les autres diront qu'on ne possède que des races de même espèce.
La question de savoir si des espèces nouvelles se forment de nosjours sera donc très diderenniient résolue, selon les Icudances évolutionistes ou créationistes des juges. C'est. poui'(pioi nous répétons qu(; la solution proposée à la question de l'origine des espèces n'est qu'une hypothèse.
II. f.es [ails <illé(jués par les partisans de térolation sonl susceptibles d'une inlerprétalion défarorahle à l'évolulionisme,
(1) M. Yve3 Delage, p. 185, en uote, fait une reinanjue que nous croyons Itiea juste : « Je suis absolumeut convaincu qu'on est ou n'est pas transformiste, non pour des î-aisons tirées de l'histoire naturelle, mais en raison lie ses opinions philosophiques. » Or il y a doux sortes d'opiuious philosophiques à ce sujet : les opinions matérialistes, qui veulent à tout prix
ou du moins n'impliqucnl jnisnécessairemenl l'érolutionisme (I).
Nous en avons cilt' six au coniuKMifcnnMit de ce ehapilre : nous allons les paîrouiii' dans le même ordre.
1. Les formes organit|ues sont variubles^ sans doule, mais dans une certaine mesure seulement. Kn effet, sous Tact ion intelligente et [)rolon<;(''e de riionniie. lo variations ne peuvent dépasser les limites de la race : on 1<^ voit pour les animaux domestiques, (pu* llioiume travaille depuis si Ioni>temps. Kncore, si son intluence r-ess(\ les races créées par lui tenilent-elles à revenir au type piiniilil'. Or. dans la création des races, la nature a beaucou[) moins de ressources et de puissance que Ihomme : et, de lait, d n'existe quun petit nombre de races parmi les espèces sauvages. — Ainsi, la variabilité des formes est limitée : et cependant révolutionisme a besoin d'admettre qu'elle est sans limite (2).
"2. Il existe des ressemh lances frappantes entre les espèces \oisines : elles sont échelonnées avec ordre, non pas sur une ligne droite, mais sur des lignes parallèles, de manière à réaliser un tout harmonieux, un plan. .Mais il existe des difféi-ences profondes, soit analonu(iues, soit physiologiques. Et si révolutionisme expliipu' le- lessemblances aussi heureusement que le créationisme. il ne i)eut aussi aisément rendre compte et faire la genèse des ditférences (3).
repousser l'idée du Créateur; le? opiuiDUS splritualistes, qui croient plus glorieux au Créateur d'av(jir créé les espèces par le inoyea de l'évolution.
(1) Ou peut trouver cette propositioQ développée daas deux écrits récents : Piat, La personne humaine, Paris, Alcan, 1897; — Farges, ^«na/e-s de philosophie chrétienne, décembre 1897.
(2) M. Piat rejette la plasticité indéfinie des formes organiques : il en conclut qu'il faut mettre le multiple à l'origine et non l'unité. Cependant il reconnaît aux êtres vivants uue grande tlexibilité relative. " Les oscillations du monde physique exigeaient dans le monde organique une puissance analogue d'oscillation. Tout n'était adapté et ne pouvait se développer dans l'harmonie qu'à cette condition. Réduite à sa juste mesure, la plasticité devient le triomphe de la finalité ■■
(3) On ne saurait trop répéter <|ue les espèces vivantes ne se classent pas sur une ligne ascendante unique; elles se disposent comme les branches et les rameaux d'un grand arbre, où plusieurs parties font des séries pa-
'A. Les organes riidinH'nlaiirsnc soiil itoiiil In (•(tndjuminlioii «lu rirjilionisinc. ( ".;ir, au dire de l)ai\vin, nous ne saNouspas si MU oiiiauo. rudiuKMilairc ou iiiulilc cluv. ladullc, u'a pas «'xorcé uui* roucli(»u iniporlaulc clic/. rcud»rv(>u : |>ai' cxouijjjc, le corps pituilairc. (|ui csl alropliii' dans le cciNcau t\c riionimc adullc, iuiicrvail le pliai'vux de reulaul daus ses premiers mois. E\ pourcjuoi, d ailleurs, ces or^aucs j-udiuienlaii'es ue seraieul-ils pas le résultai dune vraie dc'i^radaliou subie dans res|)éce inèuie? (<e i>'eui'e dcNoluliou intra eam- (lem speciem, semble avoir soui'i à (picKpies auteurs de l'école calholicpie alleuiande (1).
4. La (listrihiilion gcographi/juc des espèces s'explicpie l'or! bien dans l'hypothèse des créations distinctes: car hMlréaleur pouvait aussi sagement semer les espèces avec ordre dans l'espace, comme il les a disposées daus le temps sui\aut uu plau tic |)roi4ressiou croissante. Dans la théoi'i(> évolutiouiste, la distribution des espèces donne lieu à des dir(icult<'>s d'interprétation <[ue la sagacité des ti'ansi'ormistes n'a point entièrement résolues,
5. La succession paleontologiqiie no présente que deux faits favorables à l'évolulionisme : 1" d'une façon générale, les êtres appai'aissent sni\ant l'oi'dre de leur perfection organique, très fra|)pant pour les végétaux, le fait est encore sensible pour les animaux : '2'^ on peut suivi'e les \ariations <le certaines espèces à travers plusieurs âges géologicpies : ainsi 1(> clic\al actuel se i-elie |»ar (\i's variations insensibles à un ancêtre de l'époque éocène ; insensibles à chaque génération, les dilTéi'ences sont ti'ès grandes si on comj)are le premicM" et le dernier terme.
Les créalionistc^s domient decesdeux faits une explication conforme à leur système. — 1" Les êtres les plus parfaits m;
raili'-les et non nue sc'Tie liiK^aire. Mettre les espèces à leur place naturelle, ce n'est pas sans doute prouver leur (iliatiou : mais parler (Tarhrc généalogique, co n'est pas se laisser prendre à un mirage de mots heureux. (Expressions do M. Farges, Annales, p. 313.) (1) M. Farges paraît se rallier à cette idée, à la suite de Delbœul'.
pouvniont vivre dès le rommoncomonl : les conditions de iiiili<'u iK» le leur permetlaient pas. Ils apparaissent à mesure <(ue les conditions leur deviennent favorables. Comment arrivent-ils à l'existence? Ou bien Dieu crée immédiatement les espèces au moment de leur apparition. Ou bien il créa, aux débuts de la vie, les germes de toutes les espèces vivantes, et chaque germe se développa quand les circonstances lui devinrent propices : c'est le système de M. Delbœuf. Ce système, qui prend quelque faveur aujourd'hui parmi les adversaires de l'évolutionisme, se prête à l'explication de tous les faits : mais il a l'inconvénient de ne reposer sur aucun fondement d'observation ou d'expérience. On aurait môme lieu de s'iuquiéter du sort de ces milliers de germes qui attendent, dans des conditions très critiques, l'heure éloignée de leur éclosion. — 2'* Les espèces, dont la science ne peut délimiter le nombre, sont susceptibles de subir des modifications : cette évolution, infra eamdem speciem, explique les différences ({n'offrent dans le cours des âges des formes dont il n'est pas possible de nier la parenté : si l'hipparion est l'ancêtre du cheval, cela prouve que l'espèce cheval à subi une évolution, et non que toutes les espèces descendent d'un nombre infime d'ancêtres communs.
La paléontologie fournit d'ailleurs aux créationistes des faits qu'ils opposent à l'évolutionisme : nous les étudierons plus loin.
('). Enfin, si l'on ne peut nier la ressemblance des embryons en cours de développement, on s'explique bien que tous les êtres conquièrent leur forme définitive à travers des formes plus ou moins voisines. Ces ressemblances, d'ailleurs souvent exagérées, doivent fatalement exister. Elles témoignent que Dieu a mis dans son œuvre la trace de la finalité et de l'unité : elles ne prouvent ])as la descendance commune des formes. « Le Dieu Créateur, qui est aussi pro\idence et librement soumis à la loi de la finalité, a outillé ces différents êtres avant de les jeter dans la mêlée delà vie... Voilà pourquoi les Cirripèdes, avant de se coller à leur rocher, acquièrent six pattes
cl (le-; anirmu'- ■ cil»'- iic piMniJUciil m' niomuii' - il eu (Hait aulremont. et t'llc> ^cijuenl Nout'e^ à tiiic niorl (ortainc.. J/Aul(Mif (le riini\('r> a iiu|»rinit'' à son oiiM'ai^c un dci-iiit'i- Irail (le hcaulé, en le laisaiil tlans liinil»' diin irirmc dessin. Kl de là vient (|ue les(Mi'es vivants pai'teni de- UKMnes occnios el sniM'ut à peu près la même Noie daii'^ leur déxcloppemeid. aussi loni4lem|)s (pie le moment nesl |)a< venu daceu^er leur dillcrence spi}citi([ue. » (Piat, p. '2S)?k)
III. Des faits sont invoqués comme contradictoires à la théorie de l'évolution. — \ous ne pr('senlons ici cpu' ceux tpii nous semblent avoir le |>lus de \aleiir.
1" La perniancnce de formes or;janii/ncs à Ira vers de loni/aes jteriodes. Dans les ruines d 1 lerculaniim on a lron\('' deresles v(''iiétau\' ou animaux a|>partenanl à des espt"'ces ipii n Oui poini \ari('' depiii'- dixdniil cenl"^ an<. Les descriplion'laiss('es ])ar Ai'islote moulreid ipie les esp("'ces (''lu(li('M's par lui nont point xai'i»' depuis plii^ île \ini;l <i(''i-|es. Kn l'Indiaul lei^raines el les nu)nues lrou\(''es en l^i;'V|)le dan>^ les londieaiix des \ieux JMiaraons, on reneonire des formes (pii n Oui point \ari<'* depuis la (juati'i(''me dvnasiie. In i^rand nombre d'e<p(''ees actuelles iTont point vari('' (le[mis les tem|)s tertiaires: on cite même certaines esp(''ees primaires (pii auraient Iraverst' sans variation tous les à^'cs f>éolot;^i(pies. — Donc les esp('ces n'ont pas la j)lasticil('' (pTon leur suppose. Si les espc'ces tertiaires, par exemi)le, n'ont subi am-une vaiialion sensible en |tlusienrs centaines de mille ans, il sera impossible de croire à des variations aussi profondes et aussi universelles (pu* celles (pie suppose révolutionisme. Ce raisonnement est de Cuvier.
Kn y regardant de près, la poi't(''e de ce l'ait ap})araM \ ile atténuée. — Il prouver (pie les es])èces n(^ varient pas en vertu • rime /î(?re.s.s//<^ fatale : il ne prouve pas rpie les es|)èces resleni iii\ariables, lorsque les circonstance^ proxocpien! la varialioii. Tous les exemples allégués nous monlrenl (pie les e-pèce-restent stables dans des c(jndilious stable^ : rien de pbi<. Le-^ (piekjues espèces ipii remoiileiil à I ère primaire apparlieii-
— ir>3 —
iRMil à la faune abyssale, tlont iesconJilious de. vie ne varient pas. Les espèce^ lertiaiie< «ont (lemeur('e>; sensiblement stables dans les lieii\ nii lc< cii-coiislances oui peu \arié. Oiiant .-iiix i;r;iiii('< i'I aii\ iiniiiiic- d IOi;\pli'. cllc^ iioii^ ;i pprciiiirnl x'nienienl que le-- coiidil ions (•liiii,il<''ri(pir^ oui pni \;iri('' <lepiii^ les Phar^ioii-. — La \raie loi de I lii-loirc i\i'^ ("-prccc-l la -iiiNâide : leur -Inliilili- esl a--<iir(''e j>ar la --laliililt- dc^ roiidilioii'- de \ ie : de< eliang-enienis iiûlables dans les eondilion< bioloiilipic^ aiiiéiienl pi'om|)lenienl d'iinporlaide'^ varialion^.
'2° L'cmlrrinoinie refuse à rérnlationisinc le lemps tjue i-elnici réclame pour la forinalion des espèees. Lord Salisbiiix l'orniide lui-ni«''nie Lobjeelion dans son l'amenx discoiu's -iir Ir-- /.iDiili's acliu'lles de noire science. Lord Kelvin (W . riioiii-oii) jiiiiile à cenl iiiiliioii- d ;uim''r- le lemps éconh'' dei>ni^ (pic la \ ic a pli -e di''\ l'Ioppcr libreiiienl snr noire ^plièi'c. ( )r. Icli:oloi;i-le- ('-N oliil ioiii-lc-- ne l'oiil poiiil une dciiiaiidr e\lra\alianle. lor<(|ii ils rt'rl.iiiieiil pjii-ieui'^ ceiilaine^ de niillionil aiiiK'i'- pour eonduire le- foniie- \ ixaiile- de la iiioiière priinil i\ (■ jii--ipi"à rbon)nie. hoiir il \ a conl radidioii enire lea-l i-oiioiiie< e| N"^ (''V(dnlionisles.
( '.el ari^innen! sei'ail 1res eoiicluanl -i les l)ase< en ('-laiiMil solides. Mais, d'un eôh'-. loi'd Ki'Kiii (dablil se- calciiU -iir de- doiiiK-i'- Iré- di-rii I ;d»lc-. coiiinic nous l'avons ilil au cli.-i pilre !'■'. el coninie on pi'iil le con-laleren li-aiii ^e- (iftufcrenées. 1) \in anin' cn\r. on -iippo-i' (jue lonle- le- \analioiionl ('h' Iriili'-. l'I ipic loiilc- le- l'oi^mcs orijfani(pu*< d(-ri\('iil d'un èlic uni(pie. la nioiièn' priinilive : orées deux -iippo-ilion^ -onl lonl à l'ail i;ralniie-: mi peul y i-enoneer -an-eidanier r»''volnlionisme. ei on ('(diappe ainsi à la conséipienee (I).
'1 L'objectioQ tirée du temps par Inrd Salishurv e.-;t cnmljallue par Speucer ù l'aide d'une comparaison très frappante, sinon très rigoureuse. Spencer part de la loi de Fritz Miiller, que chaque individu répète brièveiiiont, durant sou développenienl l'inltrynnuaii'e, les pha.^es que si>n esp>e(» a nii* (!(■ InUirs siècles à parciuiiir. l'i-cnaiit puiir exemple l'individu
— uu —
."'>■' La faune primordiale du terrain cambrien présente des ti/pes déjà bien différenciés. Si les espèces élaient sorties |)iir une lenic évolution dune forme primitive uni([ne, uu lemps assez long eiM dû s'écouler avant la difl'érenciation ((u'annonce le faune précambrienne. et la géologie en trouverai! les traces (fig, 68 à 72). Or. avani les terrains j)récam-
Fiff. 68 ù 72. — Types de la fauue primordiale. — 1, oldhamia (de nature très incertaine) ; 2. 3, 4, triiobites, de l'embranchement des arthropodos (paradoxides, aguostiis, olenus); 3, 6, lirachiopodes, ayant traversé les âges géologiques (Liugula antiqua. Lingiilella Davisi).
briens, on ne trouve nulle part de restes organiques. Donc, la période précambrienne coïncide avec l'apparition de la vie ; donc, la vie fut créée avec une mulliplicité de formes appartenant à tous les groupes.
Cet argument, de l'aveu de Dai'win c\ <le M. (iaudr\ . esl fort embarrassant pour l'évolutionisme (|ui n'admet (lunii pointde départ pour toutes les espèces. Il a une réell(^ valeur en faveur de l'évolutionisme restreint <pii admet un i)on nombre de formes piimilives. cl en faveui" du créationisme
humain, il remarque que son dévrdoppement se fait en iOO.ODO minutes, on U mois. Comme les astrouomes, du moins lord Kelvin, accordent 100 millions d'années pour l'évolution des espèces, une période de 250 ans correspond à une minute de l'évolution du fœtus. La modification inappréciable qui s'accomplit en une minute chez le fœtus, n'aurait-elle pas pu s'accomplir ca 250 ans chez l'espèce? Cf. Antxk hlolor/ique, 189o, p. 533.
i\c Dclbreuf qui n admel dévululion |j()>sil)l<' «lUc intra camclem speciem.
Toutefois, il ne laudrail pas exagérer la force de Targunieul : ear il se li'ouve atténué par les deux remarques suivantes. - 1'' L'absence de fossiles avant la faune précambrienne ne prouw i>a- (pic la vie n'existait pas: les espèces primitives, inaptes à la fossilisation, ont pu ne laisser aucune trace : les restes fossiles, s'ils ont existé, ont dû. pour la plupart, disparaître dans les remaniements profonds opéiés par le métamorphisme. — y Si les espèces étaient disposées sur une série linéaire, la distance serait grande depuis les Trilobites jus- (pi'aux Protozoaires à cellules égales. Mais les nouvelles classifications des êtres vivants permettent aujourd'hui de ratlacher les .\rlhropodesiuféi-ieurs aux Protozoaires par un petit nombre de types intermédiaires. (Voir le Cours de zoologie de M. Ed. Février) . Donc, en peu de temps les ditîérentes branches du tronc vivaiil auraient pu faire leur apparition.
4" Les évolutionistcs ne peuvent établi/- la chaîne tjénéalo- (jique des espèces actuelles de manière à les rattacher toutes à un tronc commun. La paléontologie ne nous fournit pas les formes intermédiaires qui auraient dû exister el laisser des traces dans le passé.
Darwin avoue que c'était « l'objection la plus appareute cl la plus sérieuse qu'on puisse opposer à la théorie ». Pour la résoudre, il ne pouvait qu'expliquer les lacunes par l'iraperfectiou (le- archives géologiques : il faisait appel à l'avenir, basant sa confiance sur la découverte de types internu'diaires de plus eu plus nombreux.
y- Si lévolutionisme était vrai, les èlrc'^ vivants devraient ne pas présenter de caractères distinctifs. ne pas former une collection ordonnée, mais.se confondre les uns arec les autres. — 11 faut se rappeler que les espèces actuelles ne soiil <pi un K-lc. (|u ime multitude de formes se sont évanouies, que les traits (HiVérentielssesont accusés par la disparitiou des intermédiaires qui ont succond)é daus la liiltc [lour I existence.
OïLiiil ;'i I Oidrc iii(()iil("-lalil(" (|U(' rrxrlcnl nos classilicalioii--. iiiMis a\(iii> Iticii (U'clart' (|U il ne |mmiI |»as rire rd'IVl (l'iiiic ('■Vdliition mécanique cl (le hasard, mais (jnil Iraliil l'aclion urdoanalricc dune inlcllii>('ncc créai licc.
(W Enfin, le l'ail capilal opposé par les créalionisles à r(''\olulionisme a toujours élé l'infécondité des alliances rntre individus d'espèces différentes. Celle inlecondilé a paru sionilici- (pu^ les espèces sont d'essence dill'érente, et (pi'il nt'sl pas plus possilile d(> les l'ondre (pu' le carré cl le cercle. (|ue, pour cette raison, tous les eU'orls hMilés |)our Iraiisformer les espèces oui élé vains (l'aryes. Annales, p. .')?7).
Les espèces soni inlerstériles ; les races dune même es[)èce sont inlertécondes :lclle esl la loi aciuelle des allianc(>s enire les èlres vivants. Sans èlre absolue, la loi est assez ^éiu'ralc poiii' èlre admise. Les (pielcpies exceptions <pie Ton cilc conlirmenl la l'è^le. pluhM (pTelles ne l'inlirmenl. Pai- cxeni- |)le, les mulets sont leconds parfois, mais d'une l'(''condil(" 1res l)Oi"né(; : les léporides, truit du lièvre cl de la lapine. sonI indi'-linimcnt l'éconds, mais en revenani prompleineid an l,\pc lièvre on au l.vpc lapin.
l)e Ouati-ela^cs atiacliail une i^randc imporlance à ce l'ait : à ses yeux, ce fait établissait une hariière iid'rancliissaMc cnirc les espèces. « Mallienrcusemeid. dil-il, il \icnl un nujment où Darwin scnnble oid)li(M' le i>rand l'ait pliysiolo^i- (pu'de rinlécondilé enlre espèces, roui au moins en mécoiinail-il I impoi'tance. » - (lonnne il y a deux choses à considérer dans les esj)èces nunéi'ales. la l'orme cristalline cl la con)posilion cliimi(pn', ainsi, disait de (Juati'erat>'es, il laid ('•Indier à la l'(»is dans les espèces vi\antes les traits moi-plioloij^iques et les propriétés |)hysiologi(jues, doni la plus iinpor tante csl celle de la l'écondilé (1). De même (pu- che/ les minéraux, la couq)osilion chimi<pu' a beaucoup plus dinipor lance que la l'orme ; ainsi, che/. les cires \i\anls, les es|)èces seront beaucoup mieux déterminées par la r(''condil<'' i\ur par
(1) De Quatr(;faj,'<'s, les llicirim Irunxforunslrs, h'eruc scienli/i'/i'r, ii' ilii 20 juillet 188λ.
la iii(»i"|»li(»l(»i^i('. hoiic, lors lariiic (|ii<' deux c-prco scraiciil |)r('s((ii(' i(lenli(|iirs analoini([ii('niciil . il Millil (|n On les puisse <lislini;"ii»'r |)ar la loi d inl('i'sl(''rilii(''. l)oiic la wiwr caracli'risli(|ii(> (les ('S|>(''C('s csl la loi cxjti-iiiK'M' j)ai' h^loiirciis : Sont f/r l(( même espèce les èlres iiilerferonds, soiil d espèces di/fèren'cs les cires inlerstcriles.
('.(•rail iiiii\('rs{'l cIcoMsIaiil ne jtciil li-oinci' ({"(^xjjjicalioii dans le sens ('Nolulionislc : Jjarwiii lui-nièmc déclare vu ii^norcr la cause (p. .'^53). Au conlrairo, il est aisé à comprendre, si chaque espèce esl une vraie unité fixe créée j^ar Dieu, avec une essence à pari (|ui ne soullVe aucun mélanine : douée d'une cerlaine plasticité pour s'adapter aux milieux, res|)èce est jiréservée de loule alléralion roucière par la loi (rinlerslérililé. « La stérilité des hybrides (fruits d'individus d'espèces dillérentes) est une preuve décisive en lïneur de la lixité des tyj)es, de la stabilité des espèces et de leui- \ariabilil('' dans des limites assez étroites » (de Xadaillac).
l'anilis ({ue depuis cinquante ans les créationistes, à la suite de Oualret'ag'es, ont toujours regardé cet argumeni conune \iclorieux. les é\(»iulionistes n'en ont pas t'ait grancl cas. Nous dcNons à la fid<''lil('' delà ci'ili(|uc <lc citer leur^ raisons.
La formule de l*'l(»ui'ens est loin d être absolue. — Nombreux sont les cas où les i-aces sont inteisiériles comme les es[)èces: le cochon d'Inde ne s'accouple plus a\('c son ancèti-e du Brésil, le chat (lomesti(|ue importé au Parai^uay ne s'allie plus a\cc la forme europ(''cnne . le lapin dt''pos('' dan" l'île Poi-to-Santo. près de .Madère, en 141'.>. ne se croise plus avec le la|)in eui'opéen dont il descend, pas même pour donner des hybrides, etc... Par ailleur-. Ie< li\bri(les ne -on! pas
toujours stériles: les Léporides el le> (lliabins (mouton et chèvre) en sont la preuNc depuis longtemps : les cas d'inlcrfécondité entre espèce-- dillérentes. pour rare< (pi ils son!, ""cndilent se multi|)lier dans les annales de la -cience.
La loi (I inler-l(''rilil('' se comprend du reste assez aisément . car on --ail (pie le-- èire^ \i\anl>- ii'oiil d'alliances fécondes
que s ils no sont ni h'()|) semblables ni lro|> éloignés. Soit (.lonr lieux v;u-iélés diuK' mémo espèce : élanl encore \oisinos. elles sont inierri'condes : mais (|u'ollos eonlinuenl à diverger. rt la leeondili'. daliord diminuée, (inira par se perdre. De plus, enire deux \aiiétésou espèces mainlenaiil iniersiéi'iles. il a pu el dû y avoir des variétés intemunliaires lecondes avec les deux extrêmes ; si louLe la série des variétés e.xistait, nous verrions une ligne continue d'interfécondilé : mais, parce que les termes intermédiaires ont disparu, nous ne voyons que Tinter-stérilité produite par la distance. Par exemple, nous disons que toutes les races de chiens sont interlecondes, quoique les extrêmes soient interstériles : si les races intermédiaires venaient à disparaître, et si on oubliait le fait historique de la commune origine, on n'hésiterait pas à regarder les races extrêmes comme des espèces aussi caractérisées par la physiologie que par la morphologie.
De cette loi relative d'interstérilité, on conclut que tous les essais en vue de créer des espèces nouvelles ont été vains el seront vains. Xous ferons à ce sujet deux ol)ser\ allons. — 1" Chaque fois (pion présente deux variétés sorties du même tronc, quelle (pie soit la distance qui les sépare, les créationistes ne veulent \oir en elles que des races d une même espèce, et non des espèces différentes : ainsi ils n'avoueront pas que les lapins de Porto-Santo sont d'une autre espèce que les lapins européens. Etant donné ce procédé, évolutionistes et créationistes ne peuvent s"enl(Midre sur aucun lait. — '2° Quand les ci-éationistes demandent (ju'on crée artiliciellement des espèces nouvelles, ils posent souvent mal la question. Us voudraient qu'avec le Cheval et l'Ane on créât une espèce nouvelle intermédiaire. Mais on ne saurait trop redire que les espèces nouvelles, s'il s'en forme, sont cr(M'es par la divergence exagérée de deux variétés sorties d nu même Ironc. el non pai- la fusion de deux branches voisines en [\\\ tronc unique.
( ;<»\r.i.isioN>
Nulri' élude Mull^ cunduil ;'i roiiuulcr le-- (•(mclusioiis suivantes :
1" Nous rejetons le monisme (|iii unilic Ion-- les èlres. (|iii enseigne le passage spontané de la nialière à la vie. de la \ie sensible et animale à la vie spiriluelle de riiomnie.
■2" \ous ne eroyons pas <}ue la lunnation des espèces \i\anles soit lelTel du hasard, eest-à-dirc de forces mécaniques aveugles : uous croyons (pie chaque règne, animal et végétal, réalise un plan préconçu et ordonné de Dieu (1).
3° Comment Dieu a-t-il exécuté son plan? Nous ne croyons pas qu'il y ail sur cette question d'autres réponses que des hypothèses : l'hypothèse évolulioniste modérée et spiritualiste est très sensée, le créationisme aussi.
4° Vers quel système les faits de la nature et les analogies lirées soit des lois naturelles soit des procédés ordinaires de Dieu nous inclineraient-ils de préférence? Il nous seml>le plus glorieux à Dieu et plus conforme à ses procédés ordinaires qu'il ait créé les espèces vivantes par l'évolution, c'est-à-dire i.omme cause première, plutôt que par des créations successives, c'est-à-dire conuiK.' cause imnu'diale de cluupie espèce (2),
5" Si Dieu a <-ré('' les es])èces |>ar li-Nolulioii. le> a-l-il lai! |tarlir d'un lyj)e pi'imitif uni(pu' on de plusieurs ? r)aii-- l'c-ial ;ictuel de la science, il nous |)araîl plus |u'ol)alile (piil pla(:a
(1) Les fondateurs de révolutionisiue n'étaient pas éloignés de celte idée. D'après Lamarck, les lois de la nature « ne sont que Texpression de la volonté de celui qui les a établies. » Histoire naiiire.lle des animaux seins vertèbres, Introduction. — Darwin écrivait: « Je n'ai jamais été un athée, je n'ai jamais nié l'existence de Dieu... Je crois que la théorie de l'évolution est tout à fait compatible avec la croyance en Dieu... L'impossibilité de concevoir que ce grand et imposant univers, avec nos moi ronscients, a pu naître par hasard, me paraît être le principal argument jiour l'existence de Dieu. » [Vie de Ch. Darwin, par de Varigny.)
(2) Cette conclusion parait bien conforme aux tendances manifestées par
(\;\\\> \i\ iKihiic. en (•[•('•iiiil la \ii', |»lii>i(Mir> roriiics |)riiiiili\cs simples. (Icllf coiirlnsioii ollVr bcaucoii]) moins de i^aiiinlics (|U(' les pi'éct'dciilc-.
Vax cssayaiil de mcllrc de la pi-rcisioii <■! de la ( larh' dans un SMJcl ()\\ les idées resleiil li'(»|) soiinciiI coidiises. nous anridii'- \ onlii nicl I re lin à des dispules (pii naissenl de maie nlendiis rei;i-ellal>les.
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1rs cougrés iiiteriiatiuiiaux des savants catholicjues, taut eu IH'.Ci (|u'eii 1897. lùj 1894, le Coiif,'rrs adoptait la ré-^olutiou suivante: " La section d'nn-
lliropologie du :5 Congrès scientifique descalholi(|ues à Bruxelles, loue et
eucourage les études de ceux qui, sous le suprême magistère de l'Eglise cuseignante, s'adonnent à rechercher le rôle que l'évolution peut avoir eu •lans le concert des causes secondes qui ont amené le monde physique a l'étal actuel. » Comptes rendus, p. 298.
Pour le congrès de 1897, tenu à Frihourg, nous empruntons le compli' rendu suivant à .M. de Kirvvan, Reoue du monde catholique, octobre 1897. « Le R. P. Zahm, recteur d'un collège de Rome, a, sous le titre de Téléologie et Evolutionisme, développé cette thèse qu'il existe un évolutionisme orthodoxe, lequel non seulcmont n'exclut pas les causes finales, mais en montre la nécessité d'une manière plus évidente encore... Si l'évolutionisme aiusi compris n'est pas admis par tout le monde — après loiit, il n'est toujours et il ne sera prohablemeiit jamais qu'une hypothèse
du moins n"est-ii plus en général repoussé a priori par aucun espi'il sc,ientifi(|uc. . . Comme, il a bien fallu reconnaître dans les divers camps, que, à la condition d'être maintenues dans des limites rigoureusement scientifiques et dégagées d'hypothèses arbitraires et surajoutées, ces théories n'ont absolument rien de contraire aux vérités di- la foi et qu'elles ks appuieraient plutôt, les discussions à re sujet, sans cessrr d'ètn iiuimées, -nul devtnues moins passionnée-. >■
i:ssaix sur l'Hrrrditi'. Pari.»', Sclileichei-. — Vvbs Dklagk : Structure du protoplasme, e(c. Paris;, Sclileicher. — Le Dantec : Théories néolamarokieimes, articles de la Revue philosophique, novembre et décembre l'S97. Paris, Alcan. — Les dernières publications sur l'origine des espèces sont citées et analysées dans V Année biçlogique, 1895 et 1806. Paris, Sclileiclier. — Giard : Les facteurs de Vévolution, Revue scientifique, 2o novembre 1889,
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