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IINITK DE L'ESPÈCE HUMAINE

gl. — Classification des races humaines

A\;iiil (l'abonler et inèiiic de pircisor la ([uoslion qui va nous occvipor. nous croyons nécessaire de donner quelques notions sommaires sur les différents groupes humains. Ce sera le plus sûr moyen de nous faire une ich'-e juste des analologies qui rapprochent et des différences qui séparent les races humaines, et que nous c'evrons apprécier dans la suite.

Cette partie positive est évidemment en dehors de toute discussion : chacun sait reconnaître si un être vivant appartient ou non à la famille humaine ; les informations sur la couleur, la forme anatomique, etc., d'une population, sont à la portée de tous.

De nombreux auteurs ont essayé de classer les races humaines : ces classifications diffèrent entre elles notablement, parce qu'elles n'ont pas été établies sur le même caractère fondamental, ('omme il n'existe point de caractère qui puisse être regardé comme franchement dominateur, il en résulte ((ue chaque classilication est plus ou moins arbitraire et artilicielle. Nous allons rappeler les principales.

Celle de /.//j/k-' était basée sur la distribution géographique. Linné distinguait le type européen, le type asiatique, le type américain, le type noir. Cet ordre était d'ailleurs assez naturel : car, en général, les Européens ont des caractères anatomiques qui les distinguent des Asiatiques, etc.. Cependant que de types divers, en Europe, en Asie, en Amérique !...

B/iinwnihncli classait les races humaines en cin([ groupes : il se servait principalement de la couleur de la peau, mais sans négliger les autres cnractères. Dumâ'il ne prenait pas

iioii |t|ii< 1,1 (•(tiilciii- I (Miiiiic iiiii(|ii(> (''hMiiciil (le rlit'-^ilic.'ilioii : [U'ciuiiil riMiscnibli' tics Ir.'uls. il rccoimaissail ciiui ^roupc^ principaux : Cancasi(pics, Ilypcrhorccns, Atongols. Nègres. Amciicains.

D api'cs 1 ii'i'i/. le iicni'c Inimaiii sc(li\isc en (\c\\\ ij;you\)r< : le |>i'cinier. avaiii un aiii-lc l'acial siipcrieiii' à S.)' . cuin|)i'en(l une race Itlaiiclic. mie race basanée (Mongols), une race cni- \ relise (AiiK'ricaiiis): le second, avaiil unaniilc l'acial inlericiir à 85", coniprend une race brune l'oiicée (Malais), une race noire (Elhiojiieiis). une race noiralre ( lh)llenlols).

haprès />o/7/ Je S(iinl-]'incenL (ie()//'r(>i/-S(iin/-IIiliiir(\ J/.rckc/ c\ Hii-v/ct/, la classificalion doil parlirde la iialuredes clievoux comme du caraclère l(^ plus imitorlanl. Ainsi I b-eckel distingue des races à clicNciix li-^ses. cl des races à clie\('ii\ laineux, f.e^ cheveux lisses se siibdix i'-eiil en clie\<'ii\ raide^ ( Australien^, I lv|ierbor(''eii'-;. AiiK'ric-iins. \b-dais) e[ en clieveiix i)Ouclés(I)ra\ idiens,AI('Mlilerraii(''eiis). Les cheveux hiineuxsonl liien plantés par toulTes on bien planb's en loisons. Mais dans les o-roupes ainsi i'ormésse Iroiiveiil de^ lionimes à cara<-lère-anatomiques si (lillÏM-eiils (pidn ne pcnl eoiisiib'rer iM'Ile da^ silicalion (pie coinnie arl ilicielle. l'ar e\eiiiple. les l)ra\idieii^ à lèlc longue cl à leiiil obscnr. on! <les < he\('ii\ listes bonclaiils. connue les Celles à lèlc ronde cl à leinl clair.

Curie/' ba-ail sa (das^ilicalion sur la coidenr. J)c (hiiiln-fd- (/('.'< I"a siiixi de prè^. Les grandes di\isioiis sont lir(''es de la eoiileiir. cl les divisions secondaire^ de< anires caraclères analoiiii(pies. On ai'ri\(' de la sorle à Irois groupes : le Ironc blanc ou cancasicpie. le Ironc ianiie on iiiongoli(pi<'. le Iron'' nègre (Ml (''lliiopi(pie. Celle ( la^silical ion iTcsl point à l'abri de la crili(pie. l'^ii eirel, parmi les nègres, les mis onlle crâne atlong(''. [('< aiilres lOiil arrondi (Négriios): certaines jainilles à teint clair on! i\n èlre rangi-es dans cette classe à cause des autres caractères elhniipies. De même, parmi les jaunes, on trouve des hommes à teini blanc : les uns ont la lace ovale, d'antres roui arrondie: les veux ne sont pas bridi's chez tons. Ci'tle diriicnlb'' d'i'lablir nue classification nalnrelle \ ien I

<lii iiK'liiii^cdcs cjirMcIrrcs (l;iii'^ les (linV'i'onles r;u("- ('!(!(> r,il)-

s(MU'e (Je driiiiircalion propicmenl dite onlrc <dlos: ce l;iil ^cr.

vira grandenipiil la thèse que nous aurons à proposer plus loin.

Pour faire eonnailreles prinripal(^s familh^s hiiuiaines. uou--

V\^. 77 à SO. — Ty[if> (\p^ quatre races Immaiiies : lilaiir. iiri.'r('. jatiiio,

pt^an-ruuge.

suivrons, awc le I)' \'enieaii (I). I.i (•Li<<ifi.alinn(|e Oualret'aù-cs ; e'esl |;i plus simple, cl clli" iiC^I p.-i- plus ;ii-i)i| mire (pie Il 'S jiulres (fio-. 77 ^;^ jsO).

]" 7 l'une /'Idiic on i(ius>isii/iic. - Ïj- Iroiif l)l;uie eompreiul en g:(^n('ral les races (pii ont 1(^ IimuI le plus rl.iir. Cependant.

'\) Verncan, Les racçs hnmrimea. Paris, J.-H. Bnillièr>\

j^ràcc à la cuiiilic piginenlaii'o, le liMiil peiil Naricr assez notahleineiil. Tantôl celle couche a peu d'épaisseur et la peau est transparente, si bien que le rouge du sang la colore : lanlôl le pigment s'épaissit et donne à la peau une teinte hriine : parfois mr'me, chez les Hindous par exemple, il devient si épais (pie la pean est aussi noire ([ue celle des Elhiopiens.

La couleur esl e\l icmcniciil \arialile dans les yeux aussi Itien (jue dans la (dievelure. Les cheveux du blanc sontsoyeux, lisses ou l)Ouclés : ils ne son! ni laineux comme chez h' nègre, ni raides comme chez le jaune : ils présenleni une section transversale elliptirpie.

C'est surtout aux traits anatomi(pu's de la tète cpiOn reconnaît le blanc : le crâne est bien développé, le front large et élevé, les arcades sourcilières peu saillantes ; Touverture des yeux est horizontale et non (tbliipie, le nez est droit et saillant, les pommettes n'ont pas une saillie disgracieuse comme chez le nègre, les mâchoires ne sont pas projetées en avant, le menton n'est point fuyant, les lèvres ne sont point très grosses, l'angle facial est assez voisin de ^)0'\

Les races blanches occupent l'Europe presque entière, la moitié sud-ouest de lAsie, le nord de l'Afrique : quelques tribus se rencontrent au sud-est et au nord-est de l'Asie, et suila côte nord-ouest de l'Amérique. En prenant possession de l'Amérique, les Européens la peuplent de Caucasiens.

De Ouatrefages divise ce tronc en quatre branches principales : la branche allophyle, représentée en Europe par les Basques ; la branche finniqiie, représentée par les Lapons et les Dauphinois : \n \)Vi\ur\n'. sc'miliqiie, représentée par les Hébreux, les Arabes, les Egyptiens, les Kabyles, les Touaregs : la branche ari/ane, représentée par les lliiulous. les Grecs, les .Moscovites, les Germains, les Celtes...

Les blancs, d'une façon générale. i)arlenl des langues à flexion. La religion la plus répandue parmi eux est le monothéisme, sous la forme de judaïsme, de mahomélisme et stuMout de christianisme.

Dapiôs les cliilTrcs d'Omalius d'Hallov, les blancs comprciint'iil les quarante-doux centièmes de la population totale du iilohe. soit environ 508 millions d'âmes.

'2'^ Tronc jaune nu fyiongolirjue. — Le tronc jaune comprend les races où cette couleur saccuse le pins lortement. Cependant, comme dans le tronc précédent, le teint peut subir (Tassez grandes variations: il va « du M.iiir au hruii jaiinrili-c ou au vert olive » (Verneau).

Les cheveux sont longs, gros et raides: ils préseniriil une -urface de section transversale presque circulaire. La l)arbe. d'ailleurs peu l'ournie, est noire comme les cheveux.

Le crâne mongoli«pie e=.l généralement brachycéphale. e'est-à-dire très raccourci -uivant le diamètre antéro-postérienr. La face est large, les pommettes très saillantes, ce qui donne au visage la forme d'un losange. Les yeux paraissent ol>liques et étroits, parce que la paupière supérieure forme en dehors une sorte de hiide. Le nez. moins saillant cl |)lii< lai-ge que (diez le blanc, n est cependant pas aplati comme chez le nègre. Les lèvres tiennent également le milieu : le jirogualliisme des mâchoires, tiuaud il existe, est moindre <|iie chez les noirs.

Les jaunes occupent prexjue luulc 1 A^ie. saut le sud-ouest. I)aus le nord-est f|uelques tribus de blancs sont disséminées au milieu des Mongols. A l'ouest, sur les conliii- de ri^uro|ie. il s'est opéré un mélange de blancs et de jaunes. [)articnlièrenient en Russie. Les racc^s du nord de l'.Vméricpie et du (iroeiilaud son! issues du ly|)e uioiiii()lit(iie. ^au- pai'Ier de- race< mixtes océaniennes et américaines (juc nous citerons plus loin.

Les langues monosyllabiques sont les plus répandues parmi les races mongoliques. C'est la religion bouddhiste et brahmaniste qui domine. Cependant ni ce langage ni ce culte ne sont particulièrement attac hé< à ce groupe.

En suivant encore d'Omalius d'IIalloy. nous attribuerons aux races mongoliques les 44 centièmes de la population Idl aie du lîlolie. -oii eu\iroii .^lîO million- il'àllie-.

— ooo —

.')" Tronc n('(/i't' nu ('Ihioftif/iie. — A |);ii'l ()iir|i|iic< r.iiiiillci à Icinic jauiu'. le I\|h" iir^i-c <. \;n'ic du Ihiiii |iIii^ ou iiidiii^ l'onc»' au noir \v \)[y\< \nw ■>.

Los clicNciix cl la harltc -ionl noirs cl laineux. La liaihc (•-! rare cl ri-i<(''c. Lc< clicNCUX soni |»lus fournis. TanhM il< sonl iniplanlés pai- loulVcs scparccs |)ar des |)la»|ucs nues ( Boschinians). lanUM ils rornient une loisctn eonliiiuc. Ils prcsenlenl une section I r;ni-\('rsale ellij)li(|uc Icè'- a|)lalic. ce (|ui l'acililc la défornial ion ci rciu'oulcnienl .

Le crâne esl dolielioc(''|)lialc. c esl-à-dirc alloniic d a\anl en ari'ièrc : la capacité crânienne esl en uioyciuu' inli^ricni'c à la n(Mi'c. Le IVonl esl élroil cl fuyaid. les arcades ^^ourcilicrcs •-•ml -aillanles. les yeux i^i'ands el de couleur ronc(''c. le ne/, coiirl cl I rc>^ aplali. De gTosses lèvres oxat'èrenl le |>ro^uallii^nic "li'jà liii'u considérahle des uiàfdioii'cs : c'c<l ce (|ni donne au incnlon un aspcci ruyanl.

Les nèi^rcs couvrcnl rAIViipu' lout enlicre. '-aul' la parlic '-cpleni rionale : les îles africaines ni(''ridioualc'~ en >-onl aussi |)cupl(''c^ : il< lialiilcnl \Iadai»'ascai-. sauf la |»arlic ceuh'alc Ils ~-c rcncoiilrcnl à l'cdal dîlols dans l'Asie UM^ridionalc. dan> le .lapon cl dan-- larchipcl malais. L An^halic cl la .Mi''lan{'"-ic nOnI point d aid vr populal ion.

[j's langues as^^lutinanlcs sonl les plus répandues parnu les nègres. Leur cullc ndii^ieux esl as^c/ \ai-i('' : c'est parmi eux >-urloul ipi'on rcnconirc encore le IV'I i(dii<nic.

iJOmalius dilalloy portait à l.")() millions le nombre des nègres, c'e>-l-à-dirc à II ccnlicmc'- de l'Iiumanih'- ; mai'- il écrivait à une l'-pocpic oi'i lc< uond)rcii^e'~ population^ de I Afri<pic ('taii-nt encore ii4noi'(''c<. de ^oile (pie cc^ (dnllrc'doi\ ciil èl re liieii loin de la n'-alili'-.

\" Rficcs jni.rles. ~ Sous ce nom. de < )iial i<-fai;cs coni|)renail dos raees dont Ic-^ caractères j>résenlenl nn nuMangcdcs types ))récé(lenls. Les laces océanienne'^, répandues jusrpi'aii .lapon cl à .Madagascar, comprendraient eii\ir(»n ?" million^ dames. Les races am<''ricaiiie^. aulrefoi- appcl(''i'< l'caux-

l«(iiii,n's. dispersées suc loule la suriace de lAniéiituie e( principalement dans la /une glaciale, ne compteraient guère plus de 10 millions d'hommes. Leur langage se ramène au type agglutinant.

iya])rès les calcula île (l()nialiu> d Ualloy. la population lolale du globe serait de l."200 millions d'habitants. Mais des sa\anl- plus modernes ont avec raison proposé des chilTres plus élevés : ainsi Pelermann admet un minimum de 1.397 million^ ; Wagner el Belnii \oiil même ju<([u';'i 1 . 43() millions {ru 18<S.">). Il esl prnbaliji- (pic ce diTuicr imiiilin' est encore au-dessou- <lc |;i \('ril(''.

Mais *•!• <pii ini|i()rlc. c c-l moiii- le noinlirc exact tles litiuuuc- (pic l;i projiorlioii de- iiidiN idii- i\c cji.npic race el la lie 11 -lit'- de l;i p()piil;il loii dau- chai pie ! \ |ie. ( )r. -i JOu repn'-- M'utc par KM) Imilc I liiimaiiili'. on Iioiinc tpi d y a environ l"2 blancs. U jaiuie-. 11 iic^rc^-. "2 Oci'-auiens mixtes. 1 Ann'-ric;iiii mixie. l)e luèiiic. -i I un rc|)ré-ci'ie |)ar 100 la suriace IciTc-lrc habitée, on trouxe ipie laire de clnnpie niee e-l ^'^ pour les blancs. '28 |»oui- les jaunes, I.n poui- le- nègres. .» pour les Océaniens mixtes, '29 pour les Américains mixtes, l)e là il est aisé de conclure la deii'^ib'' propre à cdiaque race : sur une surlace occupée par 1 Anu'ricain. on trouverait 19 nègres. "21 Océaniens, 50 jaunes d <)1 blancs. Ces chilïres indiipicnl jiar eux-mêmes de (piel cê)lé lémigralinn des peuple"^ denses devrait se porter d<' prélerence.

Nous n avons parlé que des races actuelles, parce que cela -iiliil au Itut que iinii- pi H I i-ii i\ (jii- eu ce inomeid. Nous verrmi- plu- lard quel- xtiii les caractères des races éteintes, (-es gi'uupes humains, qui ollVent entre eux des ressemblances assez, importantes pour iproii le- distingue nettement des animaux, mai- qui pi('-:'uienl au--i eutrc eux de- diU'érences a— ez profondes [)our ([u Dn les sépai'c en diverses sections, loinient-ils une espèce unique ayant plusieurs variétés, ou bien plusieurs espèces indépendantes ;' c'est la question qui va nous occuper.

'^11. — Comment si: i^ose la ouestion de l'lmté di; 1. "espèce humaine.

Nous 110 j)()uvons rôsoudrc In (|iicsli()ii avaiil de lavoir prél'iséc. Oi', clic esl traulaiil plus diriicilc à préciser tpic le sens du mol espèce a plus s(nivcnt varie. Le nieillcui- moyen de comprendre le problème est assurément de suivre son histoire jusqu'à riieure présente.

C'est une; remarque très importante que la question de l'unité d'origine est corrélati\e de la question d'unité d'espèce ; les auteurs qui oui écrit sur ce sujet supposent tous (pie l'unité d'espèce entraîne l'unité d'origine, et réciproquement. En elïet, la plus ancienne délinition de l'espèce était ainsi conçue : « Sont de la même espèce les individus qui se ressemblent anatomiquement et qui descendent d'une souche commune. » En conséquence, on n'hésitait pas à class.er dans la même espèce les individus, môme assez différents cpiant aux caractères extérieui's, (jue Ion savait issus d'un uuMue ancêtre : les individus ([ue leur ressemldance faisait réunir en une môme espèce étaient attribués à un même tronc })riuiilif.

.Jusiju'au xvn- siècle, la croyance à l'unité d'origine entraînait la croyance ù l'unité d'espèce de tout le genre humain. Lorsque, en 1655, le protestant La Peyrère, converti depuis au catholicisme, lança lliypothèse des Prcadanii/rs el de la pluralité des espèces humaines, il avait [)récisénu'nt en vue d établir la })luralité d"oi'igiii(;. 11 croyait découvi'ir dans la Bible une distinction essentielle entr*» les homme< <'iéés au sixième jour en même temps que les animaux, et Adam, j)ère du peuple juif, tiré du limon de la terre après le repos du s(^ptième jour. Entre les Préadamites et les yVdamites ou jiùfs, il y avait à la fois dilï'érence d'espèce et différence d'origine fl).

^1) La l'ay lire, S i/^itcma Iheulofjicii./n c Prn:;adanvtariiin hypothcsi. 1655.

(Iclle opinion, qui lui d"ailieui> rélraclée par son auteur, n'eut guère de partisans an xvii® siècle. Mais, au siècle suivant, elle fut reprise et exploitée par la philosophie irréligieuse qui s'appliquait à trouver la Bible en défaut. Voltaire était à la tète tlu mouvement. « Il n'est permis, disait-il, qu'à un aveugle, de douter que les Blancs, les Nègres, les Albinos, les Hottcntots, les Lapons, les Chinois, les Américains, soient des races entièrement diflerenles (1). » Sous ce nom de « races », il entendait bien l'idée d'espèce. Car son but était (le combattre l'uniié d'origine des groupes humains : adoptant implicitement la définition de Linné, « qu'il existe autant d'espèces dilTérentes que Dieu créa de types au commencement, » Voltaire ne pouvait ébranler la thèse de l'unité d'origine qu'en battant en brèche la thèse de l'unité d'espèce.

Dans la première moitié de ce siècle, la politique se mêla de la question sans beaucoup l'éclairer. Les Américains pratiquaient sur une large échelle la « traite des noirs ». Les Etats européens faisaient de pressantes instances pour f[ue le gouvernement doutre-mer mît fin à des procédés si inhumains. C'est alors, en 1844, que le ministre; Calhoun répondit que la « traite » était légitimée par ce l'ait que les noirs ne sont pas des hommes de même espèce que les blancs. Le ministre américain invoquait du reste l'opinion de; nombreux savants polfiijcnistes.

En effet, en dehors de toute préoccupation philosophique ou politique, certains naturalistes enseignaient la pluralité des espèces humaines. Virey, Desmoulins, Bory de Saint- Vincent, Gerdy, en France, Morton. Xott et Gliddon, en Amérique, se montrèrent partisans du polygénisme. En même temps, Linné. BulTon, Lamarck, Cuvier. Blainxilie. les deux Gelîroy-Saint-Hilaire. titiller, de Humboldt. ne se monlraient pas moins attachés au monogénisme.

Dans toutes ces discussions, on ne séparait jamais ruiiilé d'espèce de l'unité d'origine. Les polygénistes s"ap]iuyaienl

(1) Voltaire, Essai sur les mœun. Introd. 11.

|)iiiici|)ali'm('iil >iir les tlillVM'onccs ()i't'aiii(|iu's ([iii srparciil les grou[)('s Inimaiiis. Il ii(> leur scniltlail [)as (|ii(' des lypcs aussi didriTiils ([uc les nègres el les hiaues pusseul lirer leur orii^ine dune souelie eoinuiunt^ « C.erlaiuenKMd, disail ^ irey, si It"^ naluralisl(>s voyaieni deux iusecics. deux (iuadni|»èdes, aussi coiislamuienl diiréi'eul'" par leuis forines extérieures el leurs couleurs pernianeides (|ue le soûl Ihomnie hiaue el le iièi^re. malgré les nuMis (pii naissenl de leur niélaiii;-e, ils M 'li*''>ileraienl pa^ à eu ('-lalilir deux espèces disLiueles. »

Ces paroles nous révèleuL bien où eu élail la (juesliiju. Sidon la reuîar((ue de Oualrera£>es, elle élail surloul Irailée par des paléonloloij;istes, des eidouiolot;isles, des coucliyliologiste^, elc... Or, ces naluralisles Iraileid l'acilenuMil d'espcccs joules les \ariéLés ayaul des caraclères dirierenliels hieu accusés : ils s'inquièleul lr«)j) peu de la valeiirde ces caraclères, el surloid ils uéi;lig-eul I rop la physiologie de I èlre pour ne s'occu- ]\i'\- (pu- de la morphologie. Que de l'ois ce sysLènu; les a couiliuls à classer le niàle et la lenielle, el, même deux (Mais successd's du niènie èl re indi\ iduel en deux l'aniilles <lislincles! I^e là esl \('nu l'c uoiulire pi'es(pu' infini d"e<pèces en pah'-onlologie el en conchyliologie...

!)(! Oual rel'ages renul la (pu'slion an poini en lenani un compte égal de la l'ornu' exiérieure elde la |)ln siologie. L'(''h'inenl physiologique pai- excellence, à ses }eux, élail la fi/ialidit. Par e()nsé([U(Mil il définissait Tespèce : « L'ensemble des indi\ i<lus plus ou moins semblables enl re eux. (|ui peuveul èfrc regardés connue desrendus d'une |)aire prinnliNc nnicpu' par une succession ininferrompueel naturel le des l'ai ni Iles ( I ). » \ oilà donc le grand champion du monogénisme (pii prend poiu' signe (\i' lunilé d'<'S|)èce le fait de luni lé d'origine. I*ar conséqueni les deux quesf ions demeurent coriélali\(^s.

Le principal adversaire de Ouatrei'ages tut un savant cal ho li(iue, Agassiz, Suisse d'origine, professeur à Tunivcnsib'' th Boston. Ennemi irréconciliable du transformisme cl de la

^1) Do Qualrtfagcs, L'eupèce hiir.-.uiiif, th. m.

variabilité des formes vivantes, il croyait mieux assurer la fixité des types animaux et végétaux en affirmant aussi la fixité des types humains. Pour lui, les races humaines, n'ayant point pu se former par des influences naturelles, avaienl <lù être créées séparément par Dieu. Et comme il existe autant d'espèces que Dieu en a créé au commencement, la multiplicité des origines entraîne la multiplicité des espèces.

Les travaux considérables de Quatrefages ont fait triompher le monogénisme, et la question devrait être regardée comme définitivement résolue, si, depuis la naissance et la propagation des idées évolutionistes, elle n'avait pris un aspect tout nouveau.

En efTel, toute largumentation des monogénistes reposait sur l'hypothèse de la réalité et de la fixité de l'espèce. Or c'est l'existence même de l'espèce qui est mise en doute par le transformisme. Suivant cette théorie, les espèces ne sont pas des groupes naturels, isolés, parallèles, remontant à autant de types primitifs indépendants créés par Dieu ; ce sont des variétés, plus ou moins éloignées présentement, mais toutes parentes, quoique à des degrés divers, parce que, semblables aux rameaux d'un graiid arbre, elles sont toutes sorties d'un tronc commun. Dans celte hypothèse, les mots variété, race, espèce, yenre, etc.. sont des termes de convention seulement, ayant pour but de renseigner sur la proximité plus ou moins grande des formes vivantes.

>Jous n'avons pas à discuter ici lavaleur objective du transformisme. Mais, dès lors qu'il compte de très nombreux adhérents, qu'il s'appuie du reste sur des raisons et sur des faits qu'on ne peut traiter sommairement par le simple mépris, voulant d'ailleurs mettre la question des origines humaines au-dessus de tous les systèmes discutés, nous croyons devoir tenir compte de ce nouvel état d'esprit chez les savants actuels.

Cela nous conduit à séparer la question d'origine et la question d'espèce : si la question d'espèce n'a plus lieu dèlre posée, la question d'origine demeure. Que les groupes hu-

ORIGIKES 15

mains inériteiil, eu lii:?loire nalui'elle, los noiii.s de variétés, de races ou d'espèces, qu'importe ? Ce qui importe, c'est l'unité d'origine. La question d'espèce est devenue une question de mot, puisqu'elle n'implique plus une question de nature : la question d'origine est la vraie question qui nous intéresse, et, si les honuues ont une même origine, il en résultera bien qu'ils ont aussi une môme nature. En résolvant la question d'unité d'origine, nous résoudrons aussi la question d'unité d'espèce comme on l'entendait autrefois.

Notons bienquece changement d'aspect ne présente aucun inconvénient. En effet, toujours la question d'espèce a été posée pour résoudre la question d'origine : donc les monogénistes anciens n'auront pas à s'en plaindre. Les apologistes catholiques non plus, car le but qu'ils visent est précisément d'établir l'unité d'origine. Enfin, les arguments que nous allons employer sont les arguments même du monogénisme, modifiés seulement par le point de vue.

Voici maintenant la façon nette dont la question se pose : « Les i*aces humaines actuelles offrent-elles des différences telles qu'elles ne puissent descendre d'un même couple primitif? » Pour la résoudre, nous suivrons la méthode de Quatrefages. Nous chercherons parmi les végétaux et les animaux des groupes qui descendent certainement d'une môme souche, et nous les comparerons aux groupes humains. En faisant cette enquête, nous constaterons que les différences entre les races humaines sont moins grandes qu'entre des races animales et végétales certainement issues du même couple, que les ressemblances physiologiques sont de celles qui caractérisent des variétés parentes, que d'ailleurs il est facile d'expliquer la formation des traits, même les plus accentués, qui différencient aujourd'hui les familles humaines.

Nous attachons la note de certitude scientifique à la conclusion que nous tirerons en faveur de l'unité d'origine, et ce sera pour nous une vraie satisfaction de confirmer ainsi par des recherches de pure science une vérité que le dogme catholique nous avait apprise et que l'Ecriture nous enseigne d'une

façon bien formelle. Quand même cette conclusion nous mettrait en désaccord avec certains personnages scientifiques, elle ne nous serait pas moins chère. Mais nous aimons à constater qu'elle est admise même par les savants que nous avons combattus à propos de « l'origine de l'homme » ; car la plupart des transformistes matérialistes, pour qui l'homme n'est qu'un animal perfectionné, enseignent que tous les rameaux humains ont dérivé de la même branche animale.

^ III, — De la valeur hes différences entre les races

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