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HUMAINES

Tous les arguments des polygénistes se ramènent à l'observation suivante : « Il y a trop de différence entre le nègre et le blanc pour qu'ils soient de la même espèce, ou pour qu'ils aient la même origine. » Or, la vérité nous paraît bien rendue par une proposition toute contraire : i II est si malaisé de trouver des différences caractéristiques entre les races humaines, et les différences qu'on signale ont une si minime importance, qu'il est impossible d'en faire des espèces distinctes et de les rattacher à plusieurs souches primitives. »

1'^ Absence de différences caractéristiques. — Supposons un instant qu'il y ait plusieurs espèces humaines, que chacune d'elles remonte à un couple primitif pai-ticulier, il en résultera : — 1" que les couples primitifs étaient caractérisés par de vraies différences : car. s'il faut admettre qu'ils étaient absolument semblables, pourquoi parle-t-on de plusieurs espèces et de plusieurs origines ? — 2" que les descendants de ces différents couples portent l'empreinte fidèle des notes distinctives de leurs ancêtres, à travers toutes les variations survenues depuis dans leur organisme : c'est la conséquence de la loi d'hérédité et de la loi de caractérisation permanente; — 3'^ que ces notes distinctives bien conservées sont les traits par lesquels on séparera les espèces : de même que toutes les races de chiens ont une caractéristique ({ui les distingue des

espèces voisines, que toutes les races de chat ont en commun un trait spécial qui les distingue des espèces voisines, que tous les pigeons ont pareillement un caractère qui les spécifie, etc.. ainsi les blancs, les nègres, les jaunes, s'ils tirent leur origine de couples divers, doivent être faciles à reconnaître par des traits qui les rangent nettement en classes séparées.

Or, voilà précisément ce qui n'existe pas. Nous l'avons déjà fait remarquer, il n'est pas un seul trait qui permette de distinguer et de classer les races humaines. De Ouatrefages, malgré ses longs et savants travaux, a déclaré qu'il était impossible de donner une classification naturelle des différentes races d'hommes. Pourquoi cela ?

D'abord il faudrait trouver, entre les races, un hiatus (jui n'existe nulle part. Mettez en présence un papier d'un bleu très clair et un papier d'un bleu très foncé, vous êtes frappé du contraste et vous croyez à l'existence d'un hiatus entre les deux teintes extrêmes : mais placez entre ces deux termes toutes les nuances intermédiaires réalisées par Ghevreul, et aussitôt le contraste disparaît, tout hiatus a été comblé, vous saisissez le passage naturel et progressif d'une teinte à l'autre. De même, si vous rapprochez le blanc, le nègre, le jaune, le Peau-Rouge, vous êtes frappé de la diversité des quatre types nettement caractérisés, comme Voltaire affectait de l'être : mais rassemblez un million d'hommes pris sous tous les climats, disposez-les suivant leur teinte sur une même ligne, et vous passerez par des nuances insensibles de la teinte très claire de l'Européen des villes au noir très foncé de l'Africain errant à travers des régions brûlantes. Prenez le caractère qu'il vous plaira, la couleur, les cheveux, l'angle facial, la taille, l'indice céphalique, vous aboutirez toujours au résultat suivant : la longue ligne sur laquelle se rangent les hommes est sans hiatus; et, au contraire, toujours un hiatus sépare la ligne des hommes de la ligne sur laquelle sont rangés les individus des espèces voisines.

Non seulement les hommes se rangent sur une ligne non interrompue, mais ils se mêlent entre eux par un véritable

entrecroisement des caractères. Ce fait a beaucoup plus d'importance encore que le précédent. Voici au juste en quoi il consiste.

Je suppose que nous ayons disposé tous les hommes sur une môme ligne d'après la teinte de leur peau, ils se trouvent mêlés et confondus par rapport à tous les autres caractères : par exemple, nous trouverons des cheveux laineux, des cheveux raides, des cheveux souples entremêlés tout le long de la ligne formée par la couleur ; nous trouverons de même des orthognathes et des prognathes à tous les degrés de l'échelle. — Voulons-nous refaire l'ordre suivant la chevelure, à laquelle Hseckel paraît attacher la principale importance : alors, parmi les têtes à cheveux lisses et bouclés, nous trouverons pêle-mêle des hommes à tête longue et des hommes à tête ronde, des hommes à teint clair et des hommes à teint noir, des hommes de très petite taille et des hommes de grande taille, etc.. Répétons l'expérience sur d'autres caractères, le résultat sera toujours le même. Toute note prise comme différentielle amènera fatalement la confusion de toutes les autres.

Or, c'est ce qui n'aurait pas lieu, si les races humaines descendaient de couples primitifs différenciés. Car, ces différences ancestrales conservées dans les descendants serviraient à établir entre eux des lignes fixes de démarcation. Cela se présente précisément dans les espèces animales : si la confusion règne entre les races, du moins toutes les races d'une espèce ont en commun un trait ^[m les sépare clairement des autres espèces.

Il y a donc impossibilité de trouver des différences caractéristiques entre les races humaines : tous les anthropologistes en font implicitement l'aveu, puisque tous confessent qu'il n'y a pas de point d'appui solide pour dresser une classification naturelle.

Cependant, supposé que ces diiîérences existent réellement et soient assez caractéristiques pour permettre une classification, nous ajouterons qu'elles sont de trop minime importance pour déterminer des espèces. En effet, si nous parcourons

celles qu on allègue, nous verrons qu'elles sont, moins accentuées entre les races humaines qu'entre les races animales que nous savons néanmoins issues d'une même souche.

'2"^ La couleur. — La coloration de la peau est le phénomène qui frappe le plus promi)lement et le plus vivement. Les premiers polygénistes s'apjjuyaient précisément sur la différence de couleur pour nier la communauté d'origine des races humaines.

Or, la coloration de la peau est en elle-même un l'ait physiologiquement peu important, qui se produit aisément sous l'influence du milieu et du régime, qui n'est ni plus général ni plus accentué dans lespèce humaine que dans les espèces animales.

Il suffît de posséder des notions très sommaires sur la constitution de la peau pour se rendre compte du phénomène de coloration. La peau se compose de deux couches superposées : le derme et l'épiderme. Le derme, incolore par lui-même, est teinté de rouge parles vaisseaux sanguins qui le traversent : l'épiderme est formé d'une couche superficielle plus ou moins transparente, et d'une couche profonde ou corps muqueux qui sécrète un pigment. Ce pigment, interposé entre le derme et l'épiderme, est constant dans toutes les races : mais la teinte qu'il présente est très variable. Chez le blanc, il est presque incolore : il est jaunâtre chez l'Asiatique, très foncé chez le nègre. Mais, dans une môme race, dans un môme individu, suivant le genre de vie et suivant les différentes parties du corps, le pigment est variable en épaisseur et en teinte. Ainsi il s'épaissit et brunit au grand air et au soleil : il s'amincit et devient transparent chez les personnes renfermées et sédentaires. Cette grande variabilité enlève tout caractère d'importance à la coloration.

Nous dirons plus loin comment cette variabilité même est d'un grand secours pour expliquer la formation des races.

Mais, le fait de la couleur fût-il plus considérable et moins expliqué, qu'il perdrait toute sa force par la comparaison des races humaines avec les races animales.

En effet, le même contraste de couleurs apparaît chez des animaux qui appartiennent certainement à la môme espèce et sont issus du même couple primitif. Ainsi « nos races gallines présentent les trois couleurs extrêmes signalées chez l'homme. La poule gauloise a la peau blanche ; chez la cochinchinoise, elle tire sur le jaune ; elle est noire chez les poules nègres » (de Quatrefages). — De plus, le mélanisme peut apparaître brusquement dans nos basses-cours et se propager ensuite par hérédité, de telle sorte qu'il se forme une race nouvelle. — Les races bovines sont très variables quant à la couleur : les vaches normandes sont souvent tachetées de blanc et de noir. Si le mélanisme peut apparaître dans une portion seulement de la peau d'un animal, pourquoi ne pourrait-il pas apparaître de même dans certains individus d'une même espèce ? — Du reste, chez le chien, chez le cheval, dont tous les individus remontent certainement à une même souche, la couleur ne varie pas moins que chez l'homme.

On comprend donc que Voltaire ait pu abuser de la couleur des races humaines pour persifler une vérité qu'enseignait la religion chrétienne; mais on ne pourrait comprendre qu'un savant usât du même argument pour révoquer en doute l'unité des origines humaines.

3" La chevelure. — Les villosités du corps humain étant une annexe de la peau et une simple modification épidermique, on conçoit aisément la corrélation qui existe constamment entre la nature et la couleur des cheveux et la constitution de la peau. Nous devons donc nous attendre à ce que le système pileux de Ihomme ait aussi peu d'importance que le système cutané dans la classification.

Observons d'abord, avec de Quatrefages, que la toison humaine présente des variations moins considérables que la toison d'animaux classés avec raison dans une même espèce.

Par exemple, tandis que le cheveu humain, malgré ses changements d'aspect, garde sa nature de cheveu, la laine de nos moutons est remplacée par un poil raide et court dans l'Afrique. « En Amérique, il en est de même pour les moutons de la Madeleine, dès qu'on cesse de les tondre; et, en revanche, dans les hauts plateaux des Andes, les sangliers acquièrent une sorte de laine grossière. » Si de telles variations ne peuvent faire douter de l'unité d'espèce et d'origine chez les animaux, pourquoi, à un moindre degré, feraient-elles douter de l'unité des origines humaines?

H.-eckcl attache une telle importance au système pileux qu'il en avait fait la base d'une classification des races humaines. Il a été fortement et à juste titre critiqué par nombre de savants, même de son école. « Il y a bien d'autres caractères tout aussi importants, dit Hovelacque, et l'on ne saurait, sans manquer à toute méthode, accepter, au détriment de toutes le- autres, une caractéristique seule et unique. »

D'ailleurs, le système pileux fût-il assez bien tranché pour délimiter nettement les races, qu'il serait trop faible pour fournir des traits spécifiques. Car il est essentiellement le même dans toutes les races : la couleur et la forme varient graduellement, mais sans altérer la nature. « Qu'ils soient blonds ou noirs comme chez l'Européen, qu'ils soient fins et laineux comme chez le nègre, qu'ils soient gros et raides comme chez le jaune; que leur coupe transversale soit circulaire comme chez le jaune ; ovale comme chez le blanc, ou elliptique comme chez le nègre, les cheveux restent cheveux. » Ils otTrent toujours la structure des poils, et non la structure de la laine.

La facilité avec laquelle la couleur et la forme de la chevelure changent dans un même individu, suivant l'âge et le milieu, empêche absolument les naturalistes de faire fond sur un caractère si mobile.

4" Caractères anatomiqiies. — ■ Il n'est pas une différence anatomique qui n'ait été invoquée en faveur du polygénisrae.

Toutes les objections tirées de ce chef se résolvent de la même façon. Car il n'est pas un Irait qui soit absolument propre à une race et qui ne se retrouve aussi, quoique plus rarement, dans certains individus de toutes les autres. De plus, ces modifications organiques, lors mr^mo qu'elles caractériseraient exclusivement les races, seraient insuffisantes pour délimiter des espèces, puisqu'elles sont toujours moins accentuées que les particularités correspondantes chez les animaux entre races d'une même espèce. C'est ce que nous aurons l'occasion de mettre en relief en parcourant les principales différences organiques qui distinguent les hommes.

On peut être surpris que la taille subisse de si grandes variations dans l'espèce humaine : car on trouve des Boschimans qui ne dépassent pas 1 mètre de hauteur et des Patagons qui atteignent l'"9"2. Il est vrai que même la moyenne est assez éloignée dans l'une et l'autre race, puisque le Boschiman mesure en moyenne l'"37, et le Patagon l'"72. Mais ces deux chiffres de moyenne sont déjà très instructifs par eux-mêmes. On voit en effet combien la taille varie chez les Boschimans et chez les Patagons, qui sont les races extrêmes; on voit aussi que la moyenne minimum (l"'37i fait les 8 dixièmes de la moyenne maximum (l'"72). — Or les variations sont bien plus notables entre races animales issues de la même souche. Ainsi, parmi les chiens, le petit épagneul mesure O^SO en longueur, et le chien de montagne 1"'33 : le premier ne fait donc que les 2 dixièmes du second. On trouve des lapins mesurant O^^O, d'autres 0"'60 : le rapport est 0,3. Le cheval varie en hauteur de 0"'76 à l'"80 : le rapport de l'un à l'autre est de 4 dixièmes. Chez le mouton, la chèvre, le bœuf, la différence n'est pas moins marquée.

La colonne vertébrale varie très peu chez Ihomme. Tout au plus a-t-on constaté l'adjonction (ïune vertèbre : encore ces cas sont individuels, et nullement caractéristiques d'un groupe humain. Plus rares encore sont les individus où les vertèbres du coccyx se sont multipliées de façon à former une queue : on a répajidu ces derniers temps la photographie d'un

jeune r.oehinchinois poiianl un api)endice caudal de 20 centimètres environ. Ces cas exceptionnels, sans relation par l'atavisme avec des antécédents, relève évidemment de la tératologie. — Dans les espèces animales, les variations de la colonne vertébrale sont tout ensemble profondes et constantes. Il existe des « races de chien, de chèvre, de mouton, chez lesquelles la queue se réduità n'être plus qu'un court coccyx » (de Oualrelages). Dans le porc d'Afrique les vertèbres sont au nombre de 44 ; au nombre de 54 dans le porc anglais. Encore voit-on de grandes variations se produire dans une même race.

La constitution des membres n'est pas moins constante dans toutes les races humaines, à part certaines exceptions tératologiques, comme six doigts à la main. Quoique certains sauvages puissent, par les pieds, opérer quelques actes de préhension, jamais cependant le pouce des membres inférieurs n'est vraiment opposable aux autres doigts. — Au contraire, quelles variations profondes dans les membres de certaines espèces animales ! Ainsi chez le chien, les pattes de devant ont cinq doigts bien formés, les pattes de derrière quatre doigts complets et un cinquième rudimentaire. Ce dernier doigt disparaît entièrement dans certaines races de petite taille; et au contraire il devient égal aux autres dans certaines races de taille élevée. — De fissipède qu'il est normalement, le porc peut devenir solipède : c'est qu'alors, entre les deux doigts complets ayant chacun leur sabot, il se développe un médian; en même temps se forme un sabot unique qui enve- ]opj)e les trois doigts. (Cf. de Ouatrefages, Espèce humaine.)

Les différences que présente la conformation de la léle n'ont pas une plus haute signification. Chacun sait qu'il existe deux types opposés de tètes humaines : les dolychocéphales ont la tète allongée d'avant en arrière ; chez les brachycéphales, le crâne est au contraire large et court. Mais entre ces deux formes typiques se placent d'innombrables têtes mésaticéphalesi servant de transition. Il existe de même de nombreux intermédiaires entre les proyiialhes, chez qui les mâchoires fon^

une forte saillie, les orihognathes ei, chez qui la face est aplatie et les maxillaires peu saillants. — Non seulement il y a passage insensible d'une forme à l'autre, mais chaque forme se retrouve dans toutes les races, si bien qu'Hœckel déclare que le crâne ne peut donner de caractéristique suffisante pour classer les races. Le prognathisme et la dolichocéphalie existent chez bon nombre d'Européens, et surtout ils se développent aisément sous l'influence de la vie plus ou moins sauvage. Par contre, l'orthognathisme existe tout d'abord chez l'enfant des races inférieures, et il persévère chez bon nombre d'individus.

Cependant, les formes crâniennes fussent-elles nettement tranchées suivant les races, qu'il ne faudrait pas leur attacher trop d'importance. Car, que sont ces variations en comparaison de celles qu'on remarque chez les animaux, servant à caractériser des races certainement issues d'une môme souche ? Il nous faudrait reproduire ici, textes et gravures, le chapitre où de Ouatrefages fait ressortir ces différences, dans son Introduction à rétiide des races humaines. Quels aspects divers ne présentent pas les crânes des 150 races de pigeons, toutes issues du même biset sauvage ! Quelle différence entre la tête du bos triceros^ celle du bœuf gnato de la Plata et celle du bœuf européen ; de môme, entre la tête du lévrier espagnol, celle du king's Charles et du boule-dogue; de même entre la tête du coq sauvage, du coq huppé blanc et du coq cochinclîinois ! Jamais crânes humains n'ont présenté de si profondes variations.

La capacité crânienne mesurant le volume du cerveau n'offre point d'argument plus sérieux au polygénisme. Car, si l'on s'attache aux moyennes seulement, on constate deux faits également constants : elles sont toujours très éloignées des moyennes mesurées sur les crânes simiens ; elles sont toujours très voisines les unes des autres dans les races humaines. — Ainsi, tandis que la capacité moyenne des crânes des meilleurs singes oscille toujours autour de 450", la capacité moyenne des nègres (Australiens, Nubiens, Tasma-

nions, de...), d'après les chiffres donnés par Broca, approche de 1.400 '' dans le sexe masculin, et de 1.250 dans le sexe féminin : cela démontre (pie l'hiatus est profond entre les singes supérieurs et les hommes inférieurs, sans que des moyennes intermédiaires permettent le passage des uns aux autres. — Entre les moyennes extrêmes des races humaines, la différence est petite. Broca évaluait à 1.600*^° les capacités moyennes les plus élevées (Auvergnats, Bretons, Gallois), et à près de 1.400 les moyennes les plus basses (Nègres, Australiens, etc.). — Encore ces différences perdent-elles toute signification, si, au lieu de prendre les moyennes, on considère les chiffres individuels. Car, bien que les cerveaux de nègres soient en général plus faibles, on trouve de petits et de gros cerveaux dans toutes les races et dans tous les pays. Lors même que les facultés intellectuelles seraient mesurées par les volumes crâniens, les différences seraient incapables de caractériser deux espèces distinctes. Mais, si l'on se rappelle que, au-dessus de 1.100*^*^, le volume du cerveau importe peu à la valeur intellectuelle, qu'on trouve, à tous les degrés, des cas d'esprit distingué et des facultés bornées, on sentira mieux encore à quel point le cerveau ne peut servir de base spécifique pour les races humaines.

Enfin, sera-t-on plus heureux en recourant à V angle facial '^ On appelle ainsi l'angle formé par deux lignes, dont l'une va de la base des narines à l'ouverture de l'oreille, et l'autre du point le plus proéminent du front à la mâchoire supérieure. Cet angle, imaginé par Camper pour distinguer les races humaines, ne peut donner de résultats sérieux : aussi est-il très négligé aujourd'hui, comme impuissant à renseigner sur la valeur cérébrale, et à plus forte raison sur la valeur intellectuelle des individus. — Notons que, même s'il méritait quelque créance, l'angle facial ne renverserait point le monogénisme. Il varie en effet de 70° à 90° chez les hommes, et il est en général plus faible chez les nègres que chez les blancs : mais, là comme précédemment, nous trouvons à chaque degré un mélange d'individus de toutes les races. Si

parfois certains auteurs ont rapproché l'ang^le facial des singes de celui des hommes, ils se sont appuyés sur des modes de mesure très défectueux (1). En effet, tantôt ils ont comparé l'angle facial du singe jeune à l'angle facial de l'homme adulte, tantôt ils ont pris la crête sourcilière pour la proéminence frontale.

5. Imparité des races au point de vue intellectuel et moral. — Qu'il y ait en fait des races supérieures et des races inférieures, qu'il existe entre les hommes de profondes différences au point de vue des connaissances, des mœurs, de l'industrie, de la délicatesse des sentiments, etc., personne ne le mettra en doute. Mais qu'il soit permis d'en conclure la plu ralité d'espèces et d'origines, c'est ce que les faits eux-mêmes interdisent absolument.

Prenez un peuple, quel qu'il soit, civilisé ou même sauvage; assurez-vous que tous les individus qui le composent descendent d'une môme souche : puis comparez entre eux tous ces individus. Il n'est pas une nation, pas une ville même, où vous ne trouverez tous les degrés de développement intellectuel et moral. A Paris, par exemple, à côté des membres de l'Institut, quelle ignorance et quelle stupidité dans ces gens à demi sauvages, qui peuplent certaines cités ouvrières et qui ont grandi dans le ruisseau ! Par contre, dans les peuplades les plus dégradées, parmi les Fuégiens, les Australiens, les Boschimans, se rencontrent des âmes très développées dans leur milieu et parfaitement capables de s'initier aux sciences des peuples les plus avancés.

En cela rien ne doit nous surprendre. Car les différences signalées ne constituent pas une divergence de nature, mais seulement des degrés divers du développement d'une nature identique. Que trouve-t-on en effet chez les gens civilisés qui ne se voie aussi chez les peuples sauvages ? quelle qualité d'ordre spirituel manque chez une race quelconque? Toutes

(1) Voir Topinard, Anthropologie. Cité par Vigouroux, Les Livres saints, t. IV, p. 73.

les races oui un langage articulé, une industrie, des œuvres d'art, des expressions de pensées générales et abstraites, un culte religieux, une morale : toutes sont susceptibles d'éducation et de progrès. Les hommes les plus abrutis peuvent être relevés au niveau des autres et faire preuve d'une communauté réelle de nature.

D'ailleurs, ces caractères intellectuels et moraux sont extrêmement mobiles dans le degré où ils existent. Si ce degré tenait de la nature, il serait constant dans une même race. Or il n'en est rien. Les races et les peuples sont susceptibles de s'élever et de s'abaisser aussi bien que les individus. Des peuples autrefois très prospères et doués d'une riche civilisation sont aujourd'hui très misérables. Il est prouvé, comme nous le montrerons plus tard, que les populations aujourd'hui dégradées ont eu pour ancêtres des hommes plus cultivés : au contraire les races gauloises et saxonnes sont en progrès sur leurs pères.

Donc cette imparité des races n'esl point un argument sérieux en faveur de la pluralité d'origine : elle est très accidentelle à la nature et très mobile dans son degré.

6. Diversité des langues. — Vers le milieu du siècle, dans la chaleur des discussions sur l'unité d'espèce, nombre de polygénistes crurent trouver dans la diversité des langues humaines un argument en faveur de la multiplicité des origines. Il n'est pas possible que les enfants d'un même père, pensaiton, en arrivent à parler des langues absolument irréductibles. Renan était même allé jusqu'à écrire : « Si les planètes, dont la nature physique semble analogue à celle de la terre, sont peuplées d'êtres organisés comme nous, on peut affirmer que l'histoire et la langue de ces planètes ne diffèrent pas plus des nôtres que l'histoire et la langue chinoise n'en diffèrent (1). »

Renan lui-même a reconnu la faiblesse de cet argument, puisqu'il a fait l'aveu suivant : « De ce fait que les langues actuellement parlées sur la surface du globe se divisent en

(1) Histoire des langues sémitiques. Paris, 1855.

familles absolument irréductibles, sommes-nous autorisés à tirer quelques conséquences ethnographiques, à dire, par exemple, que l'espèce humaine est apparue sur des points différents, qu'il y a eu une ou plusieurs apparitions de l'espèce humaine?... Eh bien ! assurément, il faut répondre non à cette question. De la division des langues en familles, il ne faut rien conclure pour la division de l'espèce humaine... La philologie n'apprend rien là-dessus (Ij. »

Cette conclusion est très exacte. En etïet, si des langues irréductibles devaient prouver la distinction d'origine des peuples qui les parlent, il en résulterait que les nègres africains descendraient de souches différentes : et cependant, tous les anthropologistes leur attribuent le môme point de départ. Un argument ne prouve rien, dès qu'il prouve trop. Puisque la linguistique diviserait, ([uant à l'origine, des peuples qui ne peuvent être divisés, il s'ensuit que la linguistique n'est point un juste critérium pour décider de l'origine des peuples.

Pour comprendre que tous les hommes, ayant une même nature, parlent cependant des langues si différentes, il faut se souvenir que le langage articulé est essentiellement conventionnel. Le langage naturel, ou l'expression spontanée des sensations et des passions, est le fruit spontané de la nature ; aussi est-il sensiblement le même partout : sous tous les climats, l'expression de la joie ou de la douleur est, à cause de sa constance même, facile à reconnaître. Quant au langage artificiel, l'identité de nature demande qu'il en existe un, même chez les nations les plus avilies : mais, par le fait même qu'il est conventionnel, il est variable avec le milieu, les mœurs, etc., comme toutes les autres manifestations de l'intelligence humaine.

Des faits d'ordre commun nous donnent le secret de la formation et de la ditlerenciation des langues. Un peuple qui prospère enrichit sa langue en cultivant les lettres et les

(1) Dans la Revue politique et littéraire, 16 mars 1878. — Cité par Vigoureux, Les Livres saints, etc., t. IV, p. 96.

sciences : chez un peuple (jui tombe, le langage s'appauvrit promptement. Plus un peuple est un, })lus sa langue garde d'unité : plus un peuple est fractionné, plus les dialectes particuliers se multiplient. Le commerce unifie les langues, de même que l'isolement les difîérencie. Chacun apporte dans sa langue sa part de modihcations : ces différences s'accentuent à mesure que la séparation devient plus profonde. Est-il donc surprenant que les familles humaines, errant isolément à travers les forêts primitives et sur le bord des anciens fleuves, aient créé des langues aussi irréductibles que les langues modernes?

Mais, du moins, pourquoi ne Irouve-t-on pas des traces d'une commune origine? Les racines essentielles ne devraient-elles pas se retrouver les mêmes chez tous les descendants de l'homme primitif? — A cette question nous ferons trois réponses : 1° Selon toute apparence, la langue des premiers hommes était très pauvre : le petit nombre de racines primitives, même conservé intégralement, serait très difficile à découvrir. — 2" La philologie n'est point en mesure de prouver <{ue les langues actuelles sont absolument autonomes : entre les langues primitives et les langues actuelles, il a existé une multitude d'intermédiaires dont il ne reste aucun document, qui pourtant seraient nécessaires pour la constitution d'une histoire du langage. — 3" Puisque c'est un fait d'expérience (piun peuple i)erd infailliblement certains mots de sa langue, à mesure qu'il vieillit, et surtout à mesure qu'il s'avilit, ne suffit-il pas que cette perte ait fait tomber les racines primitives dans plusieurs races, pour qu'il soit impossibh^ de retrouver le point de départ commun ?

Ce que nous avons dit de l'imparité intellectuelle et morale des races, de la diversité des langues, nous pourrions encore le dire des conceptions que les différents peuples se sont faites de la divinité. L'esprit religieux est dans dans toutes les races, à travers tous les siècles. Cet élément commun prend des formes variées : mais ces variations dans la croyance sont un caractère accidentel, et non un signe de nature. Il n'y

a point de races monothéistes par nature, et d'autres polythéistes. C'est dans toutes ces races que ces deux états se sont rencontrés : donc ils ne peuvent caractériser des espèces.

De tout ce qui précède, il résulte que pas une seule difTérence n'établit inie vraie lii^^ue de démarcation entre les races humaines; que, du moins, pas une seule ditrérence n'est assez profonde pour que les races humaines ne soient pas classées dans la même espèce et ramenées à la môme souche primitive.

% IV. — Des RESSl•;^rBLA^"CES entke les races ulmaines

Puis(pril est si mnlaisé de trouver enlrc les jiommes des dilîérences caractéristicjues, non seulement pour distinguer plusieurs espèces, mais encore pour séparer les races, nous n'aurons pas de peine à trouver des ressemblances et des traits de famille qui les rapprochent. L'anatomie, la i)hysiologie et la psychologie se donnent la main pour prouver qu'autant les races humaines sont distinctes des espèces animales, autant elles se ressemblent entre elles. Les notes par lesquelles un homme (pielconciue se distingue de l'animal a|)parliennent. à des degrés divers sans doute, mais très réellement, à tous l<>s hommes à la fois.

Au point de vue analomù/iw, on ne saurait rien dire de plus explicite que ces paroles de Ouatrefages : « Dolichocéphale ou brachycéphale, grand ou |)etit, orthognathe ou prognathe, l'homme quaternaire est toujours homme dans l'acception entière du mot... Plus onéludie, et plus on s'assure que chaque os du sipielette, de})uis le plus \ olumineux juscju'au plus petit, porte avec lui, dans s;i forme et dans ses proportions, un cerlilicat d'origine impossible à méconnaître. » {Espère humaine, p. 220.) Il est vrai que l'illustre anthropologiste parle ici des races (piaternaires comparées aux races actuelles : mais ce (|u'il dit s'applique mieux encore, et c'était bien sa pensée, aux races actuelles comparées entre elles ; car les différences

OKIl.INES 16

analoiiii»iues ne sont ni plus ;u((Milut''es ni dune aulic iialuiv entre les races (li;s temps anciens (ju entre les races des temps modernes.

La j)hi/siolo<jic conduit au même résultat. Les phénomènes organiques, qui offrent de réelles dilTérences dans les espèces animales voisines, sont identiques dans toutes les races humaines. La température du corps, la durée moyenne de la vie, les penehants, les instincts, la voix et les cris naturels, la durée de la gestation, etc.. Tout présente des traits de similitude intime qui caractérisent des êtres de même espèce el de même origine, et non des êtres d'espèces difTérentes.

Entre tous ces caractères physiologiques, celui de la filiation, ou (le rinterféeondité des races, est le plus important. Aussi devons-nous lui donner une attention spéciale.

Quelle <{ue soit l'interprétation qu'on lui donne, c'est un fdil désormais hoi-s de conteste ({ue toutes les races liumaines sont interlecondes. Depuis plus de trois siècles, le mélange des races sest opéré dans tous les pays du monde ; partout le résultat a été le même: les mariages entre individus humains de races les plus disparates ont été féconds. — Cette fécondité n'est nullement le résultat d'une sorte de violence analogue à celle qui amène la fécondité entre animaux d'espèces difTérentes : elle est le fruit naturel d'alliances spontanées, produites par des liens physiologiques réels unissant toutes les races humaines. Ces alliances sont même si faciles que, en ISGl, la législation calilornienne a dû intervenir par des menaces sévères pour empêcher l'amalgamation des races. — Enfin, ces produits ou mélis sont doués d'une fécondité continue. C'est ce que prouvent les nombreuses races métisses ou intermédiaires nées de ces alliances entre races distinctes. Ainsi, au siècle dernier, les Hollandais et les Hottentots ont produit, la race métisse des Griquas qui n'a disjiaru qu'à cause des croisements de l'elour. ActuellemenI . nue race de métis se forme enire Australiens et Euro[)éens. Les deux tiers de la population du .Mexicpie sont formés par des mélis d'Espagnols et dlndiens américains. Entre Anglais et Maoris, il se crée une

race métisse en Nouvelle-Zélande. — Ajoutons ([ue souvent ces races métisses sont douées dune fécondité plus grande que les races pui-es : c'est ce qui a été reconnu au Caj) par Le Vaillaiil. au Pr-iou par Ilcjuibron, au Groenland par le capitaine Jouan.

Dans la quesLion ([ui nous occupe, ces laits sont diiréremluent inlerprélés suivant qu'on est adversaire ou partisan du transformisme : mais lune et l'aulre interprétation fait conclure à l'unité d'espèce et d'origine.

Voici comment raisonnait de Ouatrefages, ennemi déclaré de lévolutionisme : — 1'' L'homme, étant un animal par son organisme, doit rentrer au point de vue physiologique dans les lois générales (jui régissent l'empire des êtres vivants : toute doctrine cpii lait de l'homme une exception doit être réputée fausse. — 2' Dans létude des formes vivantes, végétales et animales, le signe au([uel on reconnaît les espèces différentes est l'existence ou la non-existence de l'interfécondilf' «onlinue : en comparaison du phénomène de filiation, les caractères morphologiques sont d une très faible im|)ortance Daprès ce signe on (hra : sont de la même espèce, quoique de races dilférenles. les individus morpiiologiquement distincts q\ii ont entre eux des alliances indéfiniment fécondes sont d'espèces différentes, les individus qui, malgré certaines ressemblances morphologiques, ne contractent pas d'alliances entre eux, ou ne contractent que des alliances infécondes ou à fécondit('' bornée. — ?>' Si on applicpie celte règle à l'homme, les faits d'intei-fV'condib' cili-s plus haut prouvent que les groupes humaiu< cousl il iiciil. ikui des espèces dilférenles, mais seulement des races d une même espèce. Et comme l'unité d'espèce suppose runitc' dorigine, les races humaines descendenl d une sou<-li(' coiuuiiine.

Aux yeux dun tiansformiste, (juellc que soit sa nuance, cet argument, pour garder sa valeur probante, doit nécessairement être exposé suivant un autre procédé. — En effet, de Ouatrefages suppose ici la réalilé- cl la fixité des espèces \ivanles: c'est ce qtii est mis en doulc par les ('volutionistes.

En oulro. do Oiialrol'iiges suppose qiriMili'o les gnnijx's naturels elassés sous le nom d'es|)è('es, la loi physioloi^^icpu* de lilialioii esl absolue : or, celte loi pai'aîl l>attue en hrèclu^ par les progrès de l'observation et de rexpérinientation : les exemples de i'écondilé entre individus <dass('s dans des espèces distiuctes se mulli[)lienl . ainsi (\nr les exem|)les de uouiecondilt- entre les individus ciassc's dans des l'aces de luèine espèce.

Dc'termiué i>:ii' ces consid('M-ations à laisser le |)rocèdé de Oualr.'lao'cs, un partisan de la descendance commune des espèces pourrait raisonner de la manière suivante : 1" Dans les espèces végélaleset animales, il n y a d'alliances fécondes «pj'enire les formes voisines, ([u't'idre les i*-roupes si r('cemmcnt déiachés d'une branche commune, (pu» la diverii,ence n'a pas encore eu le temps de s'accenluer et d'amener l'intcrstéiilité : par contre, des groupes depuis longtemps séparés ou formés sur des branches dislincles du tronc vivant seront ent!(^ eux on bien absolumcn! sh'riles, ou bien doués d'une fécondité très bornée. — 2' Donc, rinlei'fécondilé merveilleuse (pii règni' entre toutes les races humaines prouve ([u'elles sont très voisines, plus voisines ([ue les groupes classés pai" les naturalistes sons le nom d'espèces, <lélachées assez récemment d'une branche commune dont elles gardent, par hérédité tous les traits fondamentaux. — ?>' L'inlerstérilité régnerait enti'c les races humaines, si elles avaient été formées séparément siu" des branches distinctes de l'animalité. D'ailleurs rini('rsl(''rilit('' ipii règne enlie les honunes cl les groupes animaux les plus voisins prouvent (pie si l'organisme humain (levait se rattacher à ranimLdit('', il y a Iongt<Mn[)s (pi'il aui'ait pris l'autonomie ([ui le dist ingin* et l'isole aci uellemerd .

Nous s(jmmes loin de faire n(')lre cette argnnu^ntation. Mais, parce que l'unité d'origine nous |)araît d'une im|)oi'tance capitale, nous avons tenu à montrer (pi(> sa certitude domine toutes les discussions moilernes sur l'origine des formes vivantes. Même pour un transformiste (pii admettrait l'origine animale do l'organisme humain, il y aurait nécessité do reconnaître

(|U(' lous k's liuniiucs. anciens cl aclnels, dcscenclciil (11111 inème couple priniilif. Pour nous, (jui pensons que révolution <les formes animales et végétales n'entraînerait pas nécessairement l'orig-ine évolutive de l'org-anisme humain, à plus forte raison serons-nous prêt à admettre l'origine unique de lous les honinies.

Nous avons déjà fail remarquer assez de fois l'identité d(^ nature (piimar(pie les [)hvnon\ôncs psi/chologiqiiesihin^' toutes les races humaines : malgré les différences de degré, celte ressemblance est si évidente (piil n'y a |)as lieu d'insister davantage.

11 sem])le liien (pu' nous soyons dc'sonnais en (huit de conchire à l'iinih' d'origine. — Mais, diroiil ceilains polygénistes religieux, la ressemblance n"iinpli(pie pas nécessairement la même origine : car I)ien aurait pu créer en dilIV-renls lieux des types (pii se ressendjU>nt. — Sans donle. l)ieu aurait pu cela. La cpiestion à n'-soinh-e n Csl |)as de savoir ce ([u'il pouvait faire, mais bien ce tpi il a l'aii : or, la BiJDle et la science nous disent (pie lous les hommes descendent d'une môme souclie. — Les polyg(''nisles iransformisles diront : L'évolution ne |>ouvail-elie pas aijoiilir à produire le même type par deux i)ianclies (iill"(''rentes ? Oui. sous la main d'un Créateur habile, inlelligenl. doni ne ^(•^lenl prc'cisément i)as l(>s transformistes dont il s'agit : non, souslaclion du simple hasard; non, suivant même les principes de ]'é\ olutionisme. puis(pie deux braïKdies \ivanles une l'oi-- en dixcrgence nej)eu\('nl (pi accentuer leur éloignemenl .

II nous resl(\ pour aclicxer pleinement notre démonstration, à promer «pie la science monogéniste explique aisément la l'ormalion des i-aces Imniaines.

§ ^ . — De I.A FOUMATION DES KACES HUMAINES

11 faut renoncer à trouxcr parmi les races actuelles le t:y[)e primitif absolument pur. Car, depuis la création de l'homme,

les condilioiis (1(> milieu oui cliaii^é tout de fois, les mélanines (le types se sont l'ails si librement, (|ue les Iraits primitifs n'ont pu se conserver. Ouehpies auleurs, entre autres de Ouatrerai»;es, ont essayé de reconstituer les caractères physi([ues du premier homme. Se basant sur les faits d'atavisme, ou du moins sur les sini^idarifés organiques qu'ils attribuent à l'atavisme, ils adnu^tent eonuiie probable^ « (pie nos ancêtres avaient la cheNelure tirant sur la teinte rouge ]>lus ou moins roussàti'e », que le pigment jaune dominait dans leur peau, ([ue l'icil était légèrenuMil oblicpie comme celui des Mongols, et (jue la mAchoire supérieure avait un certain prognathisme.

Ce fut de bonne heure que l'espèce humaine se partagea en plusieurs races (fig-. 81 à 84). Car les crânes de l'épociue quaternaire accusent entre eux des différences non moins sensibles ([ue les crânes actuels. Les races du Moustier, de Solutré, de la -Madeleine, de Cro-Magnon, difleraient entre elles autant ([ue les blancs, les jaunes et les nègres d'aujourd'liui.

Un fait assez frappant, c'est que les races actuelles ne sont pas absolument identicjues avec les races quaternaires ou fossiles. Les anthropologistes regardent l'humanité actuelle comme formée de races d'origine relativement iécenl(% au milieu desquelles sont disséminés des individus qui se rattachent par leui's caractères ethni(jues aux races quaternaires. Ainsi, eu l'^rance seulement, les elhnologisics distinguent, au milieu des rameaux divers de la race blanche aryane, des individus qui représentent l'homme de Néanderthal et celui de Cro-Magnon.

Si les races actuelles sont peu anciennes, on peut se demander laquelle s'est formée la première, kupudle a donné naissance aux autres. Toujours en s'autorisant des faits d'atavisme, <le Ouatrefages (1) esiniic (\in' la l'ace nègre n'est point venue la première et n'est point la branche d'où sont sortis les autres rameaux : car, chez les nègres, des faits nond}reux,

(1) Inlroduclion h l'étude des races humaines, p. 160. Paris, 1881t.

comme le leinl et la couleur des Boschimaus, inclinent à penser (|u"ils deseendent de la race jaune : chez les jaunes et les blancs, aucun fait ne rappelle la race nègre. De semblables motifs tendent à rattacher la race blanche à la race mongo-

Fii

81 à 84. — Tj'pes aucieii?, points sur les uinuuiijruls l'/gyplieus île la 18' livnaslie.

lique. Parmi les blancs, la race aryane est généralemeni regardée comme la dernière formée.

Quelle que soil lancienneté relative des races, il nous importe d'établir ici sous quelles influences ont apparu les caractères ethniques qui les distinguent, comme la couleur et les

(Irroniialions analomiiiucs. Lo D'' Vcrnoau (1), à la suite de OualrtMai;-es, enseigne (|iie les variétés peuvent naître soit par l'action des milieux, soit brustpienuMd et spontanément, soit par J'elVcl du nuMissage. La plasticité des ori>anisnies véi>étaux et aniniajix sous l'aclion de ces forces aide à couipiendre les phénomènes qui se sont produits dans l'espèce humaine.

1" Influence du milieu. — Sous le iu)m de milieu nous comprenons toutes les conditions (rexistcuce, idimat, nourriture, état de domesticité ou de liberté, etc., etc. Le milieu est dit naturel, lorsque l'homme n'est pas iuiei-vcuu |)Our \o consliluer; le milieu est dit artificiel, lors(pu' l'homme en a établi les conditions d'après un plan préconçu. Dans le milieu absolument naturel, les plantes et les animaux sont dits à l'état sauvage ; dans le milieu artificiel, les plantes et les animaux sont dits domestiqués. Or, dans l'un et Tauln^ cas. les formes vivantes varient infailliblement avec le milieu.

Chacun sait à cpud point les piaules varientquand elles sont placées dans des conditions diiri'renles : suivant qu'ils poussent dans la plaine ou sur la montagne, dans un climat chau<l ou sous un ciel froid, au bord de la nier ou loin des rivages, les végétaux d'une espèce donnée présentent des difï'érences notables : pour reconnaître en eux le même type spécifique, il faut rapprocher des extrêmes les foi-mes <le transition qui ont grandi dans des conditions intermédiaires. Dans son jardin, le fleuriste' obtient, par la création de milieux spéciaux, les variétés les plus singulières dans une même espèce. Il n'agit pas sur l'èlre vivant: son pouvoir est indirect, parce cpiil n'agit (pie sur les conditions.

L'organisme animal n'est |)as moins plasliipu» sous l'action des milieux. Les nombreuses races domestiques créées par l'homme dans les espèces bœuf, clieval, chien, pigeon, porc, etc.. en sont la preuve. Mais la nature elle-même fait des races. Ainsi les renards d'Afri({ue et ceux de la Sibérie

(1) Verneaii, Les races humaines. Paris, .J.-B. BaiiliiTe. — De Qiialrefages, Vespèce humaine ; Introduction à l'étude des races humaines.

soni (lo la mémo espèce que les renards de Fiance : les lions de Sennaar sont de la niTMne es|)èce que ceux de l'Inde el de la l)arl)ai'ie: le porc prend une hiison laineuse dans lair \'nnd des Cordillères: le ixeuf perd ses j)()ils dans les plaines chaudes, etc..

(loninu' riiomme esl soumis aux mêmes lois l»iolo<^i(pies que les èlres vivants, il ne pouvait échappei' à l'action modificatrice des milieux. Les changements dont son organisme a été l'objet sont beaucoup moins importants que les cliangements opérés par les milieux dans les végétaux cl les animaux; aussi ne devons-nous pas mettre en doute que les conditions si diverses où Ihomnie a vécu depuis sa création aieid pu façonner les ract^s (pu' nous connaissons. Mais, outre l'aïuilogie, nous avons des faits qui nous permettent de con^laler directement la puisëante action des milieux sur riiomme.

De Quatrefages cite les Anglo-Saxons, implantés depuis trois siè( les à peine dans les Etats-Unis. Après une douzaine ile gém'ralions environ, le Yankee ne ressemble plus à ses ancêtres. Les naturalistes sont entrés à ce sujet dans les plus minutieux diMails. Dès la seconde génération. l'Anglais américain ])résenle des altérations cpii le rapprochent des races locales. « La peau se dessèche et |)erd son coloris rosé; le système glandulaire est réduit au minimum: la chevelure se fonce et devient li-^se: leçon s'ellile; la l<"'te diminue de volume. A la face, les fosse- lenipoi'ales saccuseid; les us de la pommette devieniu'nl saillant'-: les cavités orbitaires se creusent : la niàchoii-e inft''riein'e de\ienl massive. Les os des membres s'allongent en même temps (lue leur cavité se rétrécit, si bien qu'en France cl en Angleterre on fal;ri(pie, pour les Étals-Unis, des gants à part dont les doigts sont exceptionnellement longs. Chez la femme, le bassin se rapproche de celui de l'homme " ,de Ouatrefagcs). — Ces modifications sont assurément très frappantes: ce (pii prouve bien (pielles -sont l'œuvre du milieu, c'est qu'elles ont une tendance générale à rapprocher le type anglais du Peau-Rouge.

Un autre fait montre que, sur celte terre d'Amérique, nègre

ou lilaiic, " loiil tourne au Pean-Hou^c » (Elisée Reclus). l)ei)uis cent ciiuiuante ans, le nègre a subi de même de remarquables changements. Son teint est plus pâle. »( Sous le rapport de l'apparence extérieure, il a franchi un bon quart de la dislance (pii le séparait <lu blanc. Il a per<lu sou odeur caracli'rislique, de sorte qu à ce seul signe ou |)oi!rrail dislinguer un uègri' d'AIVi(|ue d'un m''gre d'Améii([ue. »

Le Français Iransporlé au Canada se modifie delà même l'acon, en prenant les caraclères des races locales. Kl, dans ce dernier cas connue dans ceux (pii pi'écèdent, ce n'est |)oint une dégénérescence (pii s'opèie. Loin de là. Il est incontestable (pie les nègres progressent par suile de leur séjour eu Amérique, tant au point de Aaie intellectuel (ju'au }>oint de vue moral. Le Yankee n'est point inférieur à l'iVnglo-Saxon. Les l'ranco-(<anadiens foruuMit une race de grande force ]»li\si(pie, capable de l'ésislance aux plus dures fatigues, fière sous une domination élraugère, et d'une fécondité merveilleuse.

Ces exemples, (pi'il serai! aisé de mulliplier en j)arcouraut les autres parties du monde, pi'ouvent que des races nouNciles se forment, que par consé(iueul des races diverses ont pu se former autrefois sous l'influence des milieux. — Dans les cas cités, lesdill('Meuces sont sausdouU' moins acceul uéesqu'entre les vieilles races : mais il faut uoler (|ue nous assistons à la division d'une l)ranche en rameaux, et (pic la divergence est encore ti'op fjiible j)our être bien sensible; si les races fondamentales sont plus distantes aujourdliui, c Cst (pu' de longs siècles ont accentué les b'gères dirf(''rciices produites tout d'abord. — Notons aussi (pi'il ne faut pas s'atleiidre à ce (pu; les milieux Irausformeul le blanc en nègi'e et r('ci|n-0(pieui(Md . Le blanc, le jaune et le nègre sont li'ois extrémités de branches depuis longtemps en divergence : chacune de ces branches est aj)le à produire des rameaux qui divergent à leiu- toui-, mais en gardant les ti-aits fondamentaux (h'jà acquis à la race. (Test une application aux races humaines de la grande loi dr caractérisation permanente.

Ainsi, ((uoi([uc l'homme ail plus (jue tous les êtres le pou-

voir de se soustraire aux actions de milieu, il en subit fatalement rinfliience. La iiiulli|)licité des races dans l'espèce humaine est aussi nalurclle ([iic dans toutes les autres espèces \ivantes.

'2' ]'(t/-iiilions sponhmées. — Sous le nom de variations spontanées, nous entendons ces modifications organiques qui apparaissent brusquement sans qu'on puisse en connaître préeiscmient la cause. Elles pourraient être rangées |>armi les monslruosilés. (piehpicrois |)riil-élre parmi les l'jiilsd'alavisme : elles sont dues s;uis doiile à des déviations subies par le jeune embryon dès le début de son développement.

Le !)' \ (Miieau ciU' le fait d nn acacia cpii ap|)arul à Saintl)enis,en 1805, tout à l'ail dt'pourvu d'épines: tous les autres })ieds d'acacia nés de la nu'-me semence avaient des épines comme leurs ancêtres. De l'acacia sans épines on a tiré grand nombre de boutures reproduisant ce type exceplionn(d. Ou'il donne un jour des graines fertiles, et une l'ace nouvcdle se Irouxera formée.

P.iiiiii les animaux, les exemples ne sont pas rares. Les moulons de .Mauchamp, reinar((iiables par leur toison soyeuse, doivent leur origine à un individu exceptionnel dont léleveur a soigneusement conservé les traits par la sélection. — Le nit'lanisme surtout peul naître spontanémeni et constituer des variétés permanentes. Ainsi, à Bogota, il s'est formé une variété de poules noires dans une race importée d'Euro[)e, et qui n'en présenlail pas. ])'après ( îodron, ce n Csl |»as seulemenl en rsouvelle-tirenade ({uon Irouve des poules nègres, mais aux Pliilij)pines. à .Java, aux îles du CapACil. (pioique toutes soient [lai' ailleurs de races diirérenles: on eu Irouve jusipi'en Euroj)e. où le m(''lanisme n'a pu uatli'e «pie sj: )iitanémeul.

L hoiuuir n est point exempt de ces brus«pu'< luodilications. Chez riiomme aussi bien que chez les aulics êtres vivants, des races nouvelles peuvent apparaître par suite de la transmission héréditaire de ces traits sponlanénu'ut formés. Ci-

tons s(Mil(Mn('iil deux ('\(mii|)1cs ([iio nous (Mnpi'unlcrons ;ni D'' Veriu'au (1).

En 1817, un iu(ii\i(lu noumit' iMlwnid Liinihcil, ([uoiiiuc uô «le pai'cnis j^ni'l'ailciucnl sains, apparui loul counciI d'une soi-|»> (le cai-apacc IViidilU'c ayani |)lus (Tiiu ponce dépaisst'ur. (lollc parlifularilé lui demeura lonle sa \ ie : il fui suinoninié V homme jmi-c-cpic. Marié à une l'emnie e\eni|)le <le ee dérant, il transniil néanmoins ce earaelère à ses six enlanls el à ses deux |)elils-lils. On ne sait pas ce (pie son! devenus les membres de cel I (Camille : mais, s ils s"(Maient alliés entre eux, eu ol)ser\anl les règles d'une sé\ère séleclion, \ i'aisenddal)lenieul ils auraieul l'oruH' une race d'hommes à carapace.

On cite assez rr(''([in'mmeut l'apparition spontanée de doii(ts surnuméraires. Dans la l'amilU^ du célèhre calculateur Oolhnru. cette anomalie a persévéré à travers (piatre générations: cl, cependant, à chacjne géniM'ation, les individus anormaux s'alliaieid avec des individus à sang" normal. Une sévère séleclion n'anrail-elle pas pu eii'er \\\w race spc'ciale d'hommes polydaclyles ?

Nous ne pouvons allirmer (pie des races humaines anciennes ouacluelles soient n('es de ces variations spontanées: mais il y a évidemment là un l'acleur inijxirlanl (pic nous ne de\ions pas omettre de signaler.

']" Le mélissdf/e. — Le iiKHissage est l'ari de |)rovo(pier la l'ormalion de types nouveaux |)ar lalliance d in(li\i(lus appai'- Icnanl à des races distinctes dune même es|)èce. Largement prali(pjé })ar les éleveurs sur les plantes et les aiiimanx, il est plus rare dans la nature sauvag^e. La régie générale est cpie les métis ont des iormes (jui |)articipeiil aux caracières des deux races allii'cs : ils sont doués d'une lecondité continue. 1)(; ces deux remar(pies on peut conclure que le métissage remplit les contlilions nécessaires pour la constilulion des races nouvelles.

(1) Vorneaii, Les Races Inimalnes. Pari?, J.-D. DailliiMC, p. 39.

Exislo-t-il (les inrtis humains"? ('es métis sont-ils doués d'une «i^rande lécondilé ? Les i"ic;'s métisses sont-elles avanlai;-euses à resi)èce lumuiiue? A|)!ès le- belles ('Indes de Oualrel'ages sur ce sujel, on ne |»;Md Ix-siler à répondre ariirmali- \enieid à efs di\ei's;'s ([ueslions.

Il (lui exister des métis humains dès les temps les plus i-eculés : c'est mf-.me le seul moyen dexpliipier comment certaines races (pialernaires tiennent de i)lusieurs types à la fois. Aussit(M (pu' les prendères races humaines furent formées par suite des \;iriali(>iis spoidam-es el des changements de milieu, le mélange eidre les types commen(j;aà s'opérer. Ouoitjue les familles humaines fussent beaucoup plus isolées qu'aujourd'hui, néanmoins le contact ne manquait pas absolument. Depuis (pie la navigation a porté les Européens sur tous les rivages, les alliances entre races distinctes se sont multipliées. Grâce aux chemins de fer et aux steamers, les commiudcations dexiennent encore plus faciles, et le mélange des races se fait sur une plus large échelle.

Oue l'alliance des blancs et des nègres, les types humains extrêmes, soit féconde, personne n'en doute plus : l'existence des mulâtres en est la preu\e vivante. Mais, ce qui a été le plus discuté, c'est la fécondité des métis eux-mêmes. Désormais il est acquis qu'ils sont féconds, non seulement par leurs alliances avec les individus des races souches, mais aussi dans les alliances (prils contractent entre eux. Entre mille exemples, nous citerons encore les (iriquas. Nés au (lap du croisement des Hollandais et des Hottentots, et devenus assez nombreux pour ins[)irer des craintes, les (iriquas ont ét('' bannis au delà de l'Orange: ils y forment une |)0[)ulalion j)rospère qui s'accroît rapidement. Sur le petit îlot de Pitcairne, dans rOc(''an Pacifique, une colonie de (pielques Anglais et de quel(|ues Polynésiens (Tahitiens) a doiuié naissance à des métis(pii se sont multipliés entre eux a\eeune ('tonnante ra})idité. Du resie, souvent les mulâtres enl re eux sont plus féconds que les blancs et les nègres.

Les races métisses ne sont i)oint pour l'humanité un état

(le (lrii'(''n('MVscon('0. Klles soraiciil pliilùt un renom cllcincnt (le rcs|>(''C(' huinaiiic. l'ji cITcl, non scnhMncnl la IV'condilé leni' a|)i>;u'li('nl. mais encore la force i)hysi(|tie, la beauté plaslniuc. la valeui- inlellcctiiellc. ('c nc^\ donc pas 1(> niélaiii^'c (les sanii's t[ui fera décliner l'espèce huinain(% mais l)ien la misère physique cl la perversion inlellochielle et morale. TS^ous vei'rons en oITet dans la suile de nos études que riiistoire (\c rinimanih' nous oflVe à la l'ois des exemples de prog'rès cl (le (h'M'adence : le travail, la sobriété et la verlii l'on! les races puissanles: l'oisiveté, le bien-être, la mollesses et la corru})tion des mœurs l'ont tomber les plus grands i)euples (1).

(^loNCLl SION

Le pr()ltl(''ine de l'unilé des orii^ines luiniaines nous semble désormais bien éclairci. Nous ivgardons connue scientifi- (puMuent ccrlaim^ la thèse affii'uiant que loules les races humaines descendent d'un même couple |)rimilir.

Nous le savions déjà par l'enseignement très calégorique de noire loi religieuse, par h^ lexle bien clair des Livres sacrés. Mais l'esprit moderne est de Iclle nature <{u'il aime à voir ses cro\ances (•onnrm(''es par la science. Antretois les âmes aimaient à contnMer leur science par leur loi : auj(jur(rhui notre toi. (piand elle a été rallermie par la science, [)énètre plus ai'^(''menl dans nos âmes. On peut regi'ellcr cel état mental ; mais on n(; peut se soustraire à ses exigences.

Or. dans le cas pr(''senl, ces exigences sont pleinement satis-

(1) Quelques aiil(iurs veulent que l'fiércdilf? ?oit compttie comme facteur flans la formation des races humaines. Assurément sou r(Me est essentiel, puisque c'est elle f(ui assure la conservalion d'un caractère nouveau dans une variété. Mais c'est précisément parce (|uo saus l'iK'ri'dité aucune ruce ne se formerait que nous ne l'avons pas mise au nombre des facteurs. Ce ([lie nous avons cherctié à découvrir, ce sont les facteurs qui amènent dans l'espèce une variation : car cette variation est le vrai point de départ delà création des races. La variation une fois produite, elle se Qxe et se transmet dans les descendants par l'action de l'hérédité.

faites. En dépit du litre de ce travail, ce n'est pas l'unité (Tespèce ({ue nous avons prouvée, mais l'unité d'orip^ine. La notion d'espèce est devenue très obscure: la notion d'orignc est demeurée très claire ; d'ailleurs, nous l'avons dit, l'unité d'espèce ne pouvait nous intéresser que pour nous conduire à ruui[('' dOriicine.

Hn applicpiant aux groupes humains les lois biologiques (pii gouvernent les animaux et les végétaux, on ai'rive aux résultats suivants : 1" le-^ ditlerences qui caractérisent les races humaines sont luoins importantes que les dilTérences (pii distinguent les races animales et végétales dont l'ideidité d'origine est certaine; '2' entre les groupes humains existent des ressemblances anatoinicpies, physiologiques et psychologiques dont l'unité d'origine peut seule rendre compte ; 3" enfin, les facteurs qui concourent à créer les races animales et végétales agissent aussi sur l'homme, et leur action est très suffisante pour expliquer ([u'un type primitif uni(pie ait pu donner naissance aux races divei-genles que nous coiniaissons.

Les polygénisles ont souvent invoqué en faveur de leur thèse l'impossibilité de peupler lAmérique et la Polynésie avec les descendants d'un couple unique créé sur le continent asiatique. Mais de Quatrefages a fait bonne justice de cette objection. Soit par l'analyse des types ethniques, soit par l'étude géographique, il a démontré que l'Amérique et la Polynésie avaient pu et avaient dû être; peuplées par des colonies détachées de l'Asie à des époques diverses.

Sachant cpiun seul honnne a été le père de tout le genre humain, il sera intéressant de rechendier à ({nelle anticpiilé remonte sa création et dans ([uel état intellectuel et moral commença l'humanité.

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