ANTIQUITE DE L'ESPÈCE HUMAINE
§ I. — Ou PRENDRE DES ÉLÉMENTS DE SOLUTION?
A quelle date remonte la création du premier homme? Quoique cette question ait moins d'importance que celle de l'origine et de l'unité de l'espèce humaine, elle pique néanmoins vivement notre curiosité. Comme elle a reç;u dans ces derniers temps des solutions très diverses, il est intéressant de rechercher Ies(iuelles se rapprochent le plus de la vérité. Tandis que certains anfliropologistes font remonter l'homme à plus de trois cent mille ans, nous constaterons que les calculs les plus sérieux oscillent autour d'une moyenne très inférieure à ces chiffres exagérés.
Mais où prendre des documents qui conduisent à une solution digne de créance sur l'ancienneté de l'homme ? Peut-être étonnerons-nous certains lecteurs en affirmant que c'est à l'histoire naturelle (ju'il ap})arlient de nous donner les éléments à la fois les plus anciens, les plus authentiques et les plus précis, sur le problème en question. C'est ce que nous allons faire comprendre en peu de mots.
L'histoire, dans la signification stricte de ce mot, ne peut nous donner que des renseignements très modernes, et par conséquent insuffisants. Chacun sait en effet que l'histoire proprement dite ne remonte pas bien haut: pour les peuples les plus favorisés, atteint-elle clairement deux mille ans avant Jésus-Christ ? Nous reviendrons sur ce point. Mais, par sa nature même, l'histoire d'un peuple remonte tout au plus à l'époque de la formation de ce peuple. Or, avant la formation des peuples même les plus anciens, combien de siècles
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s'étaient écoulés dans la vie patriarcale des familles isolées ? A rhisloire se rattachent les monnmenls. Les monuments peuvent nous donner des dates autlienticjues : mais à (juelle distance de la création vivaient ces tyrans superbes de l'Egypte et de la Chaldée qui faisaient graver dans la bricpie ou sur la j)ierre les grandes actions de leur l'ègne ?
Au delà de l'histoire nous trouvons \c^ traditions popiihiircs. Il n'est pas un peuple (pii ne possède des traditions sur ses commencements. Dans toutes les races, il existe une sorte de cosmogonie racontant les origines du monde et particulièrement de l'humanité. Ces traditions sont loin d'être méprisables : à travers mille variations créées par l'imagination, on ne peut s'empêcher de découvrir la trace de souvenirs communs sur nos origines. Il est malaisé de dégager d'une gangue abondante lor de la vérité : une vérité connue par ailleurs pourrait cependant y être retrouvée.
Mais une iiuestion de date ne saurait être résolue par ce moyen. Car, jusqu'à quel point pourrait-on croire que les chiffres n'ont pas été altérés ? Fussent-ils d'ailleurs dignes de foi, qu'ils donneraient au plus l'Age d'un peuple. Nous ne trouvons l'ien dans les différentes traditions populaires qui nous donne l'âge même de l'humanité.
Il semble néanmoins que la Bible fasse exception. En effet, ce livre sacré, digne de tout respect à cause de l'Esprit divin qui en inspira et dirigea la composition, paraît bien remplir les lacunes qui, partout, séparent de l'histoire les prc^ miers jours de l'humanité : il nous donne des chiffres très explicites, d'après lesquels l'humanité remonterait à six ou huit mille ans.
Cependant, tous les exégètes s'accordent pour affirmer ([u'il n'y a point d(î vraie chronologie biblique, qu'on ne saui-ait, en s'appuyant, sur TlM-riture sainte, lixer la date (h; la création. Au lieu de citer ici cent témoignag(;s qu'on peut lire dans le savant ouvrage de M. Vigouroux, les Lirrcs saints et la critique rationaliste (1), nous signalerons seule- (1) Voir tome 111 de la 3« (''diliou. Paris, 1S91.
ment les principales raisons sur lesquelles se base cette affirmation.
D abord. IKcriture ne dit nulle part i[ne tant dannées ou de siècles nous séparent de la création de l'iiomme : c'est en additionnant les années des personnages mentionnés par l'histoire sainte que les auteurs dexégèse ont créé une chronologie. — Or, ces calculs sont extrêmement diflerents entre eux ; on en a recueilli plus de deux cents, dont le plus court marque 3.483 ans, et le plus long 6.984 ans, depuis la création de l'homme jusqu'à .Jésus-Christ. Voilà donc une diiîérence de 35 siècles entre deux interprétations du même document. A prendre seulement les deux versions qui ont le plus d'autorité dans l'Eglise, la ^'ulgate, qui est reconnue officielle, et celle des Septante, (|ui jouit d'un grand resix'cl, la ditlV-rence serait encore de plus de 12 à 15 siècles. — L'Eglise même n'impose aucune chronologie : d'un côté elle déclare authentique la Vulgate dont les nombres donnent 4.004 ans avant Jésus-Christ, et, dans le martyrologe romain, la naissance du Christ est rapportée à l'an 5.199 après la création du monde.
— 11 faut évidemment conclure de là que des fautes de copistes se sont glissées dans la transcription des chiffres de la Genèse: autrement, comment exjiliquer tant de variantes dans les dillerenles versions d'un même texte primitif?
Donc, même en supposant que l'écrivain sacré eût voulu fixer la date de la création, la perte du nombre exact écrit par lui nous laisserait dans l'incertitude (1). Mais, d'après de sérieux exégètes, il est tics vraisemblable qu'il existe des lacunes dans les arbres généalogiques des premiers patriarches (2). Cette opinion s'ajipuie sur deux faits diinportance consid(''rable : des omissions analogues ont été remarquées dans (la u 1res livres de llv-riture, où le contrôle en est facile;
— une raison mnémotechnique paraît avoir déterminé le nombre de 10 dans les généalogies patriarcales d'avant et daprès
(1) Ihid. p. 470: « Il est impossible, daii.s l'élat présent du texte, de couoaîlre les véritaijics chillrcs écrits par. Moïse. »
(2) Ibid. p. 47:3.
le (k'iuii-o 1). Les ()ri(Milau\ oiiL du reste des lendances à supprimer des iuteruiédiaires dans leurs listes généalogiques. Ces seules considéralions suffisenl pour laisser absolunienl inceitaine la création de Ihomme.
A plus Ibrte raison arriverions-nous à la même conclusion, si, suivant une exégèse plus moderne, nous considérions les onze premiers chapitres de la Genèse comme des traditions populaires très respectables, dont l'auteur inspiré aurait fait le sujtporl des vérités dognuitiques et morales que l'Esprit-Sainl se proposait d'inculquer au peuple hébreu et de conserver parmi les hommes, ('ar, dans cette hypothèse, l'historicité proprement dite faisant défaut pour ce qui regarde les temps d'avant l'histoire, nous ne serions pas en droit de chercher dans la Bible des dates même approchées. — Il ne nous appartient pas de juger ce sentiment. Mais, puisqu'il est soutenu par certains exégèles catholiques, nous devions le citer: il ne fait que met Ire en une plus vive lumière cette conclusion de M. ^'igouroux ('2) :
M ... On ne peut que répéter aux savants : Etablissez sur de bonnes preuves l'antiquité de l'homme et des anciens peuples : la Bible n'y contredira pas. Les généalogies de la Genèse sont probablement incomplètes : elles ne peuvent donc servir de base cerlaine à la chronologie. L'Ecriliu'e ne s'est i)oint proposé de nous inslruire directement sur la date précise du ciel et de la terre, non plus cpie de nos premiers parents. Ne veulelle |)oint nous l'aire entendre qu'elle laisse ces (juestions à la discussion des hommes, pourvu (pTils i-eslent dans les limites d'un(; sage critique, quand (die nous dit par la bouche de rEcclésiastique : « Le sable d(^ la mer, les gouttes « de pluie et les jotu's du monde, (pii j)eut les compter ? •> (Eccli.i, 2.)
Nous tenons à fair<' rcmarcpiei- ici que la position prise aujourdliui par l'exégèse n'est })as un recul forcé devant les progrès de la science. Car, dès le xvn'' siècle, les exégètes les
{1} Ibiil. p. 479.
(2) Les Livres saints et la critique rationaliste, l. 111, 3« éd. p. 'Ml.
plus conipélcMils (lisaienl avec le P. Pclau : « On n'a aucun moyen de savoir à quelle ilale a eu lieu la ei'éalion, et il faudrait une révélalion expresse de Dieu pcjui' la connaître. Ceux-là donc sont dans l'erreur qui non seuleuieni osent la jiréciser avec assurance, mais traitent avec hauteur ceux (|ui croient pouvoir ajouter ou retrancher à leurs calculs (1). »
Ce rapide coup d'œil sur la portée des données de la Bible ne suffit-il pas pour démontrer : 1 " quil faut chercher en ilehors de la révélation les moyens de déterminer lanciennelé de riiomme : "2" que. dans celle recherche, la foi nous laisse une grande latitude ? Il ap|)artient au bons sens de se tenir dans « les limites d\in<^ sage critique y>.
Il nous reste donc à inleri-oiier les sciences naliii-eUes. Pour elles, la (pu'stiou se pose de la manière suivante : 1" A quelle <'po(jue idéologique trouM'-l-on les premières traces de l'espèce humaine? "2'^ Combien de siècles se sont écoulés depuis que Ihonmie a laissé ces premières traces de son existence ? Il est à peine besoin d'observer que la géologie ne sait pas si elle atteint le premi<M' homme : elle |)eut tout au plus dire quels sont les vestiges humains les plus anciens: en disant la plus haute antiquité connue, elle ne pourra donc athi-niei- (pi'elle doime toute l'anfifiuilé de rhoninu'. On imagine aussi aiséuienl (pie sa chronologie ne peut être qu'approchée, et nullenu'ut d'un caractère mal InMiinllipie.
D'après les deux questions (pu' nous venons de poser, il y a lieu de distinguer une chronologie relative et une chronologie (ihsoliie. — La chronologie relative est celle qui classe les faits <lans leur ordre de succession, sans s'occuper d'exprimer la date n'cUe en une certaine unité de temps. — La chronologie (ilisolue donne des dates positives au moyen d'une vuiité de lemps: les unités de temps, heure, joui', année, etc.. sont toutes fouiMiies par l'asli-onomie.
(1) Petau, L>e dortrina tcmporum, 1. \l. r. vi, t. H. — Cf. ViooL"noL'x,Ibid. p. 469.
rSous crDVons rendre service à nos lecleurs en leur donnanl ici quelques nolions sommaires sur ces deux sortes de chronologie : elles sont indispensables pour lintelligence de cette élude.
Pour raconter l'iiisloire de noire planète depuis sa création jus(pi"à nos jours, il faiulrnil diviser en trois grandes phases les temps écoulés : la phase nébulaire, la phase stellaire, la phase pianélaire.
Suivant une théorie généralement acceptée, la ItM're lut créée à l'état nébuleux comme k' reste de l'univers. Les éléments ipii la composent étaient alors confondus dans une masse de 1res faible densité, mais d'immense voluni(% qui remplissait loul l'espace. Par des déchirures successives se sont détachés de la masse primitive les innombrables soleils qui peuplent le ciel. Notre soleil, qui ne nous paraît si grand ({u'à raison de sa proximité, fut d'aboi'd luie sorte de nébulosité sphérique dont le diamètre était au moins deux fois plus grand ([ue celui de l'orbite actuel de Neptune. En se condensant, cette nébuleuse de second ordre perdit une partie de sa matière, qui s'isola en nébuleuses d(> troisième ordre. La masse destinée à former la terre s'est ainsi détachée de la nébuleuse solaire : elle n'a donc pris <pie tardivement son individualité dans l'espace. IMais combien de siècles durent s'écouler encore avant que ses éléments fussent condensés en un volume de diamètre assez étroit! — Evidemment la durée de cette phase nébulaire dépasse toutes nos conceptions : si les lois de la thermo-dynamique permettaient de l'apprécier, elle ne pourrait être chiffrée qu'en millions de siècles. Mais, sur un |)oint si inaccessible, mieux \ant être réservé que hasarder des chilfres Iroi) ('levés ou Iroj) restreints.
Une foiscondensés, les éh-ments lerrcstresse trouvèrent avoir acquis une chaleur suffisante |)ourclrc lumineux. La terre, dont la surface présentait l'aspect dune mer houleuse très instable, jetait dans l'espace une clarté semblable à celle des étoiles. -Mais cet éclat stellaire diua relativement peu : dans les astres à masse considc-rablc coninie notre soleil, l'éclat
peut durer plus loni^tomps ; dans une masse aussi faible que celle (le la terre, la chaleur excessive de lenveloppe fulpromptenient éj)uisée parle rayonnement. Aussi la terre refroidie au dehors se couvrit-elle bientôt d'une croûte solide qui préserva le noyau igné du refroidissement. Par là commençait pour l'astre éteint la phase planétaire. — Quoique moins longue que la précédente, cette phase stellaire eut une durée que la science ne peut apprécier, mais qu'il faudrait assurément exprimer jtar des chifl'res considérables.
A partii-ducommenceiîient de la phase i)lauétaire. la science abandonne le domaine des hypothèses pour entrer sur le terrain des faits. La géologie divise en cinq grandes périodes l'ensemble des phénomènes accomplis depuis l'encroûtement de l'astre terrestre. Ces phénomènes lui sont révélés dans leur ordre et dans leur nature par les deux principes suivants: 1*^ les lois de la nature sont constantes dans le temps et dans l'espace, de sorte que nous pouvons juger des faits passés par les faits accomplis sous nos yeux par les forces physiques ; ■2" la succession des phénomènes est maniuéepar l'ordre même de superposition des terrains formés ; (piand. parfois, il y a eu renversement de terrain, le géologue peut le reconnaître et rétablir l'ordre naturel des faits.
La première période est appelée primilive ; elle correspond à la formation des terrains cristallins, azoïques, c'est-à-dire sans traces d'ôlres vivants. Elle a pour limites, d'un côté la formation de la première croûte terreste, de l'autre côté, la création de la vie. Au début, la croûte brûlante ne permettait point aux océans de rester liquides : les eaux étaient toutes en vapeur avec beaucoup de gaz dans l'atmosphère; l'atmosphère était alors pesante comme 300 pressions normales. Lentement cette chaleur excessive se dissipa ; des océans chauds purent se condenser, grâce à une forte pression sur une écorce un peu refroidie. Un moment vint où la température de ces mers primitives permit à la vie de se développer. C<' fut alors que Dieu créa les premiers protoplasmes vivants.
Avec l'apparition de la vie commence l'ère dite primaire.
Elle est remarquable par ralniosphère dense, nuageuse, mais <;haude, qui enveloppait la terre entière. A toutes les latitudes, le climat était identique, puisque dans toutes les mers et dans tous les îlots vivaient des espèces analogues. La lumière du soleil était seulement diffuse, ayant à traverser d'épais nuages avant d'arriver à la surface terrestre. — Suivant les géologues, cette ère primaire aurait eu une durée extrêmement longue : quelques-uns ont hasaidé le chiiTre de 36 millions d'années (Dana). Ce nombre a paru excessif à plusieurs auleui's compétents. Du moins, il est incontestable qu'il a fallu bien des milliers d'années : 1*^ pour qu'une atmosphère aussi dense que celle des débuts se transformât en une atmosphère assez claire pour laisser pénétrer les rayons directs du soleil ; 2° pour que les êtres vivants, d'abord simples au commencement, fussent arrivés à représenter tous les groupes connus aujourd'hui, jusqu'aux reptiles parmi les vertébrés; 3" pour ([ue les continents, d'al)ord à l'état de simples îlots, eussent déjà pris une extension et une consistance importantes.
L'ère dite secondaire fut une période de calme entre les grands mouvements de l'écorce terrestre des époques primaire et tertiaire. L'atmosphère éclaircie laissait pénétrer jusqu'au sol les rayons directs du soleil. L'égalité de climat disparaît, les zones terrestres et les saisons commencent à se différencier. Les végétaux et les animaux font des progrès notables. Les mammifères et les oiseaux n'ont pour représentants que des espèces inférieures : mais les grands reptiles régnent dans les continents desséchés et sur le bord des mers. — Dana suppose que cette ère a été quatre fois plus courte que la précédente : il lui attribue 9 millions d'années. Nous aurions à répéter ici les observations faites plus haut.
L'ère dite tertiaire commence avec 1p réveil de l'activité interne. Le sol se ride et forme de gi-andes chaînes montagneuses ; des volcans s'ouvrent à travers les fentes de l'écorce tourmentée et versent au dehors les roches éruplives récentes. Les climats et les saisons se ditTérencient de plus en plus et prennent peu à peu l'équilibre que nous connaissons. Les êtres
vivants k^s plus élevés aj>paraissent : les dicotylédones parmi les végétaux, les nianiniiléres de tous ordres pairai les animaux. — Au dire de Dana, léi-e tertiaire aurait <\\ivr envii'on 3 millions d'années.
Comme certains auteurs font remonter le premier homme à l'être tertiaire, il nous faut donner ici quelques subdivisions. Actuellement les géologues distinguent quatre phases dans la durée des temps tertiaires. La première est dite éocène, parce <{u'on y voit a|)paraître <pudques-unes des espèces encore vivantes : elle a été niartpiée dans le bassin })arisien par des variations multiples dans l'extension de la mer. La seconde est dite oligocène, parce qu'elle contient un peu plus que la précédente des espèces encore existantes : ses limites, assez indécises d'ailleurs, ne peuvent être signalées qu'à des géologues. La troisième, dite miocène, est celle où l'abbé Bourgeois prétendait que l'homme avait vécu sur les bords des lacs chauds (le la Beauce cl de la Toiiraine. Enfin la (juatrième, d\[c jjlioccne, parce ({uelle présente presque toutes les espèces actuelles, est [)eu marquée en France, où les émersions étaient achevées, mais bien plus développée en Italie, où des dépôts sédimentaires se forment encore : c'est à Tépoque pliocène que se rapportent la plupart des documents relatifs à Ihomme tertiaire.
Sous le nom d'ère quaternaire, on désigne la période la plus moderne des temps géologiques. Elle s'ouvre par l'extension des grands glaciers et se continue de nos jours. On la divise en deux parties : l'époque glaciaire, durant la(juelle les condensations de vapeur furent tellement abondantes, que les glaciers de montagnes prirent une extension extraordinaire et que les fleuves déposèrent d'épaisses couches d'alluvions dans les vallées et dans les plaines ; l'époque moderne ou actuelle, durant laquelle les conditions extérieures ont gardé sensiblement la même assiette. — Par comparaison avec les ères précédentes, les temps quaternaires sont assez courts. Prise absolument, leur durée dépasse cependant, comme nous le verrons, ce que nous sommes habitués à con-
covoii-. — La créalion <K' riu>imno remonte cerlaiiiement au delà lie lépoijue moderne : nous verrons que l'Iioinme a assisté à loulc^s les phases de Tépoipie glaeiaire.
(".(> ra})ide exposé de lliisloire de la terre n'aura pas élé un pur hors-d'o'uvre dans la (pieslion qui nous occupe. Les découverles de la science sont si récentes, i[uc leurs résultats les moins discutables ne sont pas encore entrés dans Ihéritage inlellectuel de la i-énéralion présente. Certains chiffres ont le don treffaroncher nos imaginations mal accommodées à un lointain si profond. Nous avons besoin qu'on nous montre les éléments successifs de la durée, pour que nous subissions l'impression de loni>ueur. De jilus, ayant une fois conçu l'idée de l'immensilé des hMupsécoulés depuis la création de l'univers, la créalion de riioinme nous apparaîtra de date toute récente, lors même (pi'il nous faudrait élargir les chitfres que nous avons entendu citer jusquà ce jour. Avons-nous besoin d'ajouter (pie le nombre des siècles, en éloignant de nous l'heure de la création, n'enlève rien aux arguments qui établissent la nécessité d'un Créateur, et donne un nouvel appoint à ceux qui manifestent les richesses de sa toute-puissance ?
Abordons maintenant notre problème. En cherchant à (pu'lie ('poque géologique apparut le premier homme, nous verrons que l'espèce humaine était répandue en Europe dès les débuts des temps glaciaires. En essayant de fixer la date où ou rencontre les premières traces humaines, nous verrons (pi'il ne faut ni admettre les nombres excessifs de certains anthi-opologistes, ni les nombres trop réduits par des auteurs insuffisamment infornu-s.
^' L\. — L no.MME OLATERN.VUJL (1)
C'est un fait désormais acquis à la science que l'homme habitait l'Europe dès les débuts des temps (pudernaires.
(1) l'our le développement de ce paragraphe, uou.s renvoyons aux excellents articles publiés par M. Boule dans la Ii'evue d'anthropolorjie (année 1888 , sous ce titre: Essai de pa/éontologie stratigrapliique de l'homme.
I']ii()ncor celle {)roposilioii sernil Irop peu: notre savoir »ai^iiera à en faire brièvemenl la déinonslralion. Pour |)roré(ler claircnient, nous établirons d'ahortl les divisions de l'ère ((ualeriiaire : puis nous dirons à quel niveau la straligrai)hie découvre les premières traces humaines inconleslables.
1" Divisions de rèrc tjii(ilc'/'n>ii/-t'. — Laissanl de côlé l'époque actuelle, nous ne parlerons que de la période antérieure, caractérisée par linvasion des iii'laces sur une grande partie de IKui-ope. De tous les conlinenls, l'Europe et l'Amérique du Nord ont seules été bien explorées. Les divisions qui vont rire proposées conviennent à l'Europe : quoique l'Amérique |irésenfe des phases analogues, il est difficile d'affirmer un rigoureux parallélisme entre les unes et les autres.
De nombreuses recherches faites dans toute l'Europe, il résulte que l'ère quaternaire s'ouvrit par une invasion glaciaire, ({u'elle fut marquée par plusieurs oscillations de recul et de progrès des glaciers de montagnes, et qu'elle se termina par une période de froid sec bientôt suivie de l'établissement des l()url>ières.
C'est en Allemagne qu'ont été opérées les fouilles les plus importantes. Les résultats obtenus par des coupes verticales faites dans les terrains quaternaires du Nord et dans ceux du Sud sont bien instructifs.
Ainsi, à Potsdam, dans la région du Nord, on a trouvé à partir de la surface :
1. Terrain erralicpu' ou glaciaire, .■>'".">. "2. Sal)les et graviers interglaciaires, •2'" 5. .'». Terrain erratique ou glaciaire, G"' 5.