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Première période glaciaire : grande extension

Ce qui ajoute encore à la singularité du fait, c'est <pi'en Améri(pi(> comme en Jùn-ope, on remar(pu* les mêmes relations chron()logi(iues entre les plus anciens témoignages humains el les temps géologiques martpu's par les mômes phénomènes (Boule).

2<j I^rc/nicrcK Iraces /nimaincs. — Nous ne (brous j)as (jue l'homme a laissé des vestiges caractéristi(iues de sa présence partout où il a passé. Mais il y a des marques auxquelles on recoimaît infailliblement le passage de l'homme. Ce sont d'abord ses ossements (pii le trahissent infailliblement, puis- (jue, suivant (\r Ouairefages, il n'est pas un os humain (pii ne porte en lui-mêni(^ son certilieatd'origine. — Cesoid.ensuite les produits (h; son tra\ail, art ou industrie : les silex taillés; les os façonnés en poinçons, en aiguilles et en harpons ; les

colliers el les pendeloques (juil prenait comme ornements ; les dessins d'hommes ou d'animaux gravés sur les os de rennes, de cerfs ou de chevaux ; les amoncellements des débris de sa chasse et de sa nourriture dans les grottes où il cherchait un asile ; les traces de feu sur les silex éclatés ou sur les parois (les cavernes : les dessins à l'ocre sur les murailles miturelles <le ses abris primitifs.

De l'aveu de tous les préhistoriens, les traces parl'aitemenl authentiques les plus anciennes de l'existence de l'homme nous sont fournies par les silex de la forme chelléenne. Les silex chelléens sont en forme d'amande aplatie, taillés à grands éclats sur les deux faces : ils forment une pointe plus ou moins effdée, très épaisse à la base et au milieu, plus mince et tranchante sur les bords et à l'extrémité. Souvent, particulièrement au début, la base du rognon de silex a été respectée jtonr permettre à la main de saisir, sans se blesser, ce lourd insdu nient.

En 1888, M. Boule affirmait, dans son Essai de paléontologie humaine, que les premiers vestiges humains ne se trouvent ([u'après la grande extension glaciaire (n^* 4). Il suivait du reste en cela les glaciéristes anglais et allemands.

Pour les contrées envahies par les glaciers, la preuve étail assez péremptoire. Les instruments chelléens avaient toujours été recueillis sur le terrain errati<pie de la grande extension glaciaire. Nulle part on n'en avait rencontré dans les dép(Ms jM'églaciaires, ni sur les moraines de la première invasion des glaces. Dans les régions visitées par les glaces, soit en Allemagne, soit dans l'Angleterre el la Scandinavie, on croyait tenir une limite infériein-e certaine : l'homme semblait n'être arrivé en Europe qu'après le recul de la grande invasion glaciaire.

Pour les vallées extra-glaciaires, où les outils humains se rencontrent dans les alluvions des anciens fleuves, la chronologie était assez difficile à établir. Cependant M. Boule estimait (( que Chelles et Saint-Acheul sont des gisements interglaciaires », que cette conclusion répondait >< le mieux à l'état actuel de la science » (Boule, p. G07).

Aujourd'hui les aulhropologistes, et M. Boule lui-même, oui abaudouué eolle opiuion. Les plus anciens silex (aillés [)airiiomme ont été trouvés dans le (piaternaire inférieur, à faune pliocène, par M. d'Ault du Mesnil aux environs d'Abbeville, et par MM. Boule et C-apitan à Tilloux (Charente-Inférieure). Ces alluvions anciennes forment la transition du pliocène au ([uaternaire : les géologues les considèrent comme contemporaines de la première invasion glaciaire. ATilloux, les restes humains sont associés à VElephas mevidionalis. A Abbeville, les espèces pliocènes y sont plus nombreuses (1).

11 nous suffit ici de constater le fait. Nous dirons au chapitre suivant les conditions climatologiques dans lesquelles vécut l'homme chelléen.

Mais certains anthropologistes croient à une bien plus grande ancienneté pour Fespèce humaine : quelques-uns môme la font remonter jusqu'au milieu des temps tertiaires. Voyons maintenant ce qu'il faut en penser.

g III. L'nOM.ME Tl'KTIAIRi:

Ce n'est point à priori (|ue peut être résolue la question de l'homme tertiaire. Au point de vue des sciences naturelles, les ai-guments de raison (]u'on pourrait alléguer pour et contre se valent à peu près.

Il est certain que l'époque tertiaire olTrait à l'organisme humain un milieu favorable : le climat était plus chaud et plus humide <pie le climat actuel; les végétaux et les animaux les plus utiles à l'homme couvraient aloi's la face de la terre. Tandis (jue depuis cette époque les plantes et les animaux ont subi des modifications profondes, l'homme a pu conserver à peu près intacts ses caractères ethniques, grâce à sa valeur inlellecluelle qui lui permet de mieux résister aux influences niodificaliMces des milieux.

(1) Siir Ablicvillo, voir d'Ault du Mesoil, It'evue de L'école d' A nlkropoloqie, \:\ sepli!iiibi-e 1896, p. 284. — Sur Tilloux, voir Gapitan, même revue, \y> uoveiiibrc 189o ; Doule, VAnthropolo(]ie, 189."i, u" 'S, p. -497.

Mais, d'un autre C()té, pourquoi Dieu aurait-il créé l'homme aussitôt que la teri-e put ie |)orter et le nourrir ? Sans doute le monde entier était peuplé à la fin des temps glaciaires: mais il était peuplé de familles clairsemées ; il suffit que la création ait eu lieu dans la première moitié du quaternaire pour que le peuplement du globe ait été effectué à la fin de la seconde, etc., etc..

C'est aux faits seuls qu'il appartient de résoudre le problème.

Des faits exposés précédemment il résulte déjà une grave présomption contre l'homme tertiaire. Car puisque l'homme est partout signalé par des traces claires et abondantes durant toute l'époque quaternaire, pourquoi n'a-t-on que des signes rares et tout îi fait discutables pour les époques précédentes,

Fig. 83 à

Silex tertiaires de Theuay (Loir-et-Cher).

sinon parce ({u'il n'avait pas encore paru ? Si, réellement, l'homme avait vécu aux temps tertiaires, alors que le milieu était si favorable à son expansion, serait-il croyable qu'il fallût attendre si longtemps avant qu'il pût laisser des marques indubitables de son passage? Cet argument nous paraît avoir une portée très considérable. Cependant étudions les faits allégués. Nous devons mentionner en premier lieu les silex de Thenay (Loir-et Cher) (fig. 85 à 88). En 1867, l'abbé Bourgeois, directeur de Pontlevoy, présentait au congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques, à Paris, de nombreux silex éclatés trouvés par lui dans des couches marneuses du miocène, à la base du calcaire de Beauce. Il les croyait taillés par Ihomme, la plupart craquelés au feu, plusieurs retouchés en grattoirs et en poinçons. Les membres du congrès se trou-

vôronl livs divisés de siMiliincnls : les uns croyaicMil ([\w les couches marneuses avaiiMil éU' Tobjc^ de l'cmaniemenls postérieurs au miocène, d'aulres (|ue les silex navaient [)oinl les marques d'une laille inlenlionnelle, (juelques-nns seulenieni

coiiclni'enl (|ue Tliomme datail

ainsi du miocène inCc-i'ienr. Ces

de Ouatrelages en

(lerniei

parliculier, ont comparé ces silex avec les insirumenis que les Mincopies (îles Andaman) se i'abrifpuMil aciuellement par le ci'a({uelage au l'eu.

( '.ortains anth ropologistes ont attaché une telle importance à la découverte de Tabbé Bourgeois que nous croyons utile d'insister sur la critique. ÎNIalgré les hésitations de l'abbé Bourgeois, et les déclarations ultérieures de l'abbé Delaunay(l), son collaborateur, nous Fig. 89. — Coupo (i'iin puits que pensons quc les marnes à silex M. Bourgeois fit creuser sur le ^^j^jp^, j^i^n en place. D'après lilatcau de Thuuay. — 1, terre .' .

végétale. - 2, faluus, amas de l^s géologues, ainsi que M. de fossiles marius. — 3, calcaire Lapj)arcnt nous l'a affirmé à d'eau douce. - i, uiarue blan- pi„^i,.„,.s irprises, ces marnes

sont rranchement miocènes.

che d'eau douce. — 5, couche de calcaire d'eau douce. — C, maruo. — 7, lit d'argile avec rogaons calcaires. — 8, marue.

— 9, marne leuilletée couteuant les silex découverts par l'abhé Bourgeois.

Mais les silex sont-ils vraiment l'œuvre de l'homme ?

Depuis l'apparition de Thomme à ïhenay, (piatre grandes

phases géologiques et ipialre faunes diflerentes se seraieid.

succédé dans cette localité ((ig. <S1)). Après la lacune inqx.r-

(1) Voir deslcltrcs écrites à ce sujet par l'abbé Delaunay à M. Vigouronx et imprimées à la lin du Iduig III des Livres Saints el la criLi'iue rnlionalisle.

tante que M. Douvillé a signalée entre l'argile à silex et le calcaire de Beauce, un lac , sans limites couvrit la région et forma un calcaire solide ; puis un grand lleuve succéda au lac et déposa les sables de l'Orléanais; vint ensuite la mer des Faluns, riche en poissons, mollusques marins (plus de 400 espèces), polypiers, bryozoaires ; sur la place laissée libre par la mer desséchée ont vécu ensuite les carnassiers et les herbivores, prédécesseurs de la l'aune actuelle. Il est évident qu'une telle série de phénomènes n'a pu s'accomplir qu'à travers des milliers de siècles : durant tant de siècles qui séparent le miocène inlei'ieur de la période inlerglaciaire, qu'est devenu l'homme ? pourquoi, s'il vi\ait réellement à Thenay, n'a-t-il pas peuplé la France et laissé des vestiges indiscutables?

Du reste, l'étude attentive des silex conduit à rejeter leur origine humaine. Car : 1" ils ne jiortent pas les signes auxquels on reconnaît le travail de l'homme : le bulbe de percussion, le plan de f'rapp(\ les retouches conséculives à la frappe n'ont pu èlre retrouvés sur aucune de ces milliers de pièces. Sur les grands chemins, dans les masses de graviers craquelés au soleil, on rencontre des pièces plus capables que les silex de Thenay de donner l'illusion d'un travail intelligent. — 2" Le craquelage ne porte point de traces certaines de l'action du feu : les modifications opérées dans la silice par l'eau et les variations de température peuvent opérer de semblables éclats. — 3" Les ébréchages sont encore plus faciles à expliipier par l'influence d'agents purement mécaniques : dans le frottement contre les roches, les silex éclatés pouvaient subir sur leurs bords des pressions capables de produire de petits éclats en forme de brèches. — 4" M. Arcelin a trouvé de semblables éclats dans les argiles éocènes du Mûconnais: or, à l'époque éocène, il ne saurait être question ni d'homme ni d'anlhropopithèque. — 5" C'est par milliers ipic (;es silex se rencontrent dans les marnes de Thenay : on ne conqjrend |)as que l'honimc ait fabriqué tr>nt dinstruments, tandis ([ue l'on conçoit for-l bien (pie des conditions identiques aient produit le même effet sur tant de rognons siliceux. — G" On ne voit réellement pas

«le quel usage ces éclats siliceux auraient pu être pour l'homme : à peine si, clans le nombre, on en peut découvrir qui aient (pielcpie apparence de racloirs ou de perçoirs : parmi les silex naiurellemeut éclatés, nous en avons recueilli souvent dont l'usage eût été plus profitable h l'homme que ceux de l'abbé Bourgeois. — 7" Jamais trace de corps humain n'a été découverte dans le voisinage pour confirmer l'existence si discutable de l'homme à cette époque. Ne sait-on pas en efl'el que les ossements humains les plus anciens ne remontent pas au delà du quaternaire moyen?

Concluons, non seulement que la présence de l'homme dans

Fig. 03 il 92. — Silex tertiaires trouvés près de Lisbonne.

le miocène n'est pas prouvée, mais encore que le contraire paraît solidement établi : car il n'est pas croyable que des restes abondants n'eussent pas été trouvés dans la suite.

Plus haut, dans le miocène supérieur d'Oif a (vallée du Tage), Riheiro (fig. 90 à 92) crut aussi avoir trouvé des traces humaines dans des quartz et des silex éclatés. — Mais, observe de Oualrefages, les m-mbres du congrès de Lisbonne se sont divisés sur l'origine de ces éclats. Tout en efïet inspire le doute autour de ces objets. On met en doute la taille intentionnelle. Ils ont été trouvés sur une couche miocène, et non pas au dedans ; et comme cette couche est elle-même à la surface du plateau, il y a tout lieu de croire que cefj silex sont franchement quaternaires. — Gomment, sur de telles bases,

pourrai Ion, non pas asseoir, mais seulement hasarder la thèse de rhommetertiaire ?

Au Piiy-Courni), près d'Aurillac (fig. 93 et 94), M. Bames a découvert dans le miocène supérieur des silex éclatés que de Quatreiages affirme avoir été l'œuvre du travail humain. Il croyait y reconnaître des haches, des disques, des pointes, des racloirs, des lames courtes, etc.. Ces objets, taillés dans le silex corné et pyromaque, n'ont pu être triés, dit-il, par les seules forces naturelles au milieu de quatre autres variétés de silex provenant de la même couche. — Mais, comme l'observe M. de Nadaillac, il est surprenant que la Société géologique de France, réunie à Aurillac, puis à Puy-Courny, n'ait point voulu décider de la taille intentionnelle de ces silex, et que plusieurs de ses membres l'aient, paraît-il, formellement déclarée fausse (1). Il est bien facile de comprendre que ces silex, entraînés par les eaux, aient dû subir des chocs capables de détacher des nucleus, de nombreux éclats. M.

Boule a d'ailleurs bien montré comment le triage était un simple effet de la marche graduelle des érosions. Enfin, d'après M. de Nadaillac, i\I. Rames ne soutiendrait plus quefaiblemenirauthenticité de ses découvertes (2). A nos yeux, la question des silex de Puy-Courny n'est pas encore définitivement tranchée.

Il semblait à de Quatrefages que « les dernières objections relatives à l'homme tertiaire devaient tomber devant l'examen quelque peu attentif des incisions que portent les os de Balénotus découverts par M. Capellini » (3), dans les argiles pliocènes de Poggiarone, près de Monte-Aperto (fig. 95 et 96). M. Capellini attribue ces incisions à un instrument tranchant dont l'homme se serait servi pour dépouiller de sa chair le

Fi^. 93 el 94. — Silex tertiaires trouvés près d'Aurillac.

(1) De Nadaillac, Le prublkme de la vie, p. 191.

(2) Idem. Ibid.

l^^"^ De Quatrefages, Introduction d l'élude des races humaines.

— -^JS —

1);i1('mioIus (Misal)l('el conchô sur le côlé gaucho. Un mammifrro ou un poisson, dit-il, eût laissé deux traces de morsure correspondanles aux deux mâchoires ; un instrument tranchant, qui fait sauter un éclat de l'os, doit produire une sui'lace lisse inclinée du côté où il est entré, cl une surlace rugueuse du côté où l'éclat naturel se détache. — Cependant bien des objections s'opposent à ce qu'on admette le fait du

Fig. 95 et 96. — Fragments de côte et de cubitus de balœnotus, avec diverses incisions.

travail humain. Il existe <h's poissons povn-vus d'une arme unique; ainsi, d'après le D'" Magitot, des coups frappés avec un rostre d'espadon sur un os de baleine produiraient des entailles semblables à celles que signale CapeUini. D'après M. de Mortillet, ces incisions ont été faites par les dents de squalescarnassiers: les mêmes gisemcntscontiennentdesexem- [jlair-es dccesdents (fig.!)/). l^a plus grosscdifficulté, c'est que le bnh'uotus a été trouvé dans un fond au-dessus (hi(|uel il devait y avoir ime dizaine de mètres d'eau à répo(|ue |)lioccne.

Les collines avoisinaiilcs rlaieiil à peine émerfi^ées, au dire des ji^éolo^ues, el ne i)()u\aienL èlre encore habitées par rhommc (1).

Nous cilerons enfin le fail des s(juelettes trouvés par M. Raggazoni, près de Brescia, à Castenodolo, dans le lerrain pliocène. Les os recueillis ont appartenu à quatre individus : un lidniiiie et une femme adultes, et deux jeunes enfants. Le s(|ueletle de la femme était presque entier, les ossements ont été rapprochés et le crâne reconstitué. M. Sergi croit expliquer renseml)le de ces particularités j)ar le naufrage (Tune laniille sur les plages j>liocènes. — Mais la présence de squelettes humains dans le pliocène a paru tellement éton nante, étant donné que nulle part ailleurs on n'en trouve avant le quaternaire moyen, que ces gisements ont été regardés comme des sépultures. Car, dit fort bien M. de Moriillel, si ces individus ont été viclimes d'un n.iufrage, comuieni la mer n'a-t-elle i)as rapidemenl disperst' leurs os ? Aussi Castelfranco dit-il que cette découverte , proclamée <ral)ord avec éclat comme toutes les autres concernant l'homme tertiaire, a été abandoiuiée faute de preuves ])ermellanl de l'aflirmer avec quelque sécurité (2).

11 est inutile de parcourir toutes ces prétendues découvertes, que M. Bertrand compte au nombre de trente-trois (3). La discussion aboutirait toujours à la même conclusion : nous pouvons donc la formuler dès maintenant.

Dans la science positive, il n'existe aucune trace de l'homme tertiaire : celles qu'on a signalées n'ont pas même une proba-

Fig. 97. — Dent de carnassier si|ualo(ilo, trouvée dans le même gisement que les o.s. Ces dents, d'après M. de Mortillet, ont l'ait les incisions déctMivertes par Capellini.

(1) De Nadailhe, Le problème de la vie, p. 193.

(2) Cf. Id. ibid.

(3) Bertrand, La Gaule avant les Gaulois.

bilité sérieuse. Il n'y a donc aucune preuve que l'homme ait vécu avant la période e^laciaire.

Il est assez, vraisemblable que, de l'ail, il na pas existé plus tôt en Europe. Car, des fouilles ont élé pratiquées en tant de lieux (|uil aurait dû être découvert s'il avait existé. Comment, en eiïet, les vestiges de l'homme sont-ils si clairs et si constants à partir de l'époque glaciaire, tandis (pie rien ne le l'ait soupçonner auparavant ?

Nous avouons néanmoins que notre argument est purement négatif et qu'il ne suffit pas pour établir une thèse. De ce que riioinnie n'a point encore été découvert avant le quaternaire moyen, il ne résulte point nécessairement qu'il n'a pas existé plus tôt. L'archéologie préhistorique est jeune, elle est à peine à ses débuts; nous n'avons pas le droit de fermer les yeux par avance aux surprises (ju'elle nous ménage peutêtre (1).

Partant de ce fait que l'homme existait au début des temps glaciaires, nous allons chercher à quelle date cette limite inférieure peut être rapportée.

(1) M. de Morlillet, dans soa dernier ouvrage, Forwaho/i de la nation française, po?e eu thèse que l'homme e-^t esseutieilemeut quaternaire. A son avi?, il ne doit pas même être question de l'homme tertiaire: le problème se résout à priori. Il en douue deux raisons: 1° Les lois de la paléontologie s'y opposent : car, dit-il, la paléontologie nous apprend que les êtres vivants varifnt et changent d'étage en étage. Si quiuze faunesmammalogic|ues se sont succédé durant le tertiaire, l'homme n'aurait point échappé à cette loi de chaugemeut. 2' On caractérise le quaternaire par la présence de l'homme: cette raison, qui iu)plique un cercle vicieux, n'a évidemment aucune importance.

Il nous semble préférable de nous en teuir aux faits et de dire : Les premiers vestiges humains se rencontrent avec les dernières traces de fElephas meridionalis. Or VElephas meridinnalis disparaît au moment où commence la période glaciaire. Donc les premiers vestiges humains coïncident avec les débuts de l'époque glaciaire, par conséquent avec le commeocement de l'ère quaternaire. Car on s'entend généralement pour faire commencer l'ère quaternaire à peu près avec les phénomènes glaciaires.

§ IV. — Chronologies historiques (1)

Nous consulterons d'abord les chronologies historiques. Elles ne peuvent, nous l'avons remarqué, nous conduire jusqu'aux débuts de l'humanité : mais elles nous aideront à fixer une borne au delà de laquelle se trouvent certainement les origines humaines. Si nous établissons, par exemple, que, quatre mille ans avant l'ère chrétienne, certains peuples étaient en pleine civilisation, nous serons avertis qu'il faut chercher ])ien plus haut la première apparition de riiomme.

Il nous suffira d'interroger les peuples dont les traditions et les monuments annoncent une haute antiquité. Aussi nous ne dirons rien de l'Amérique ni de lOcéanie, dont les légendes, même si nous les prenions au sérieux, ne nous conduiraient pas au delà de deux mille ans. Nous passerons^ également sous silence les documents d'histoire euiopéenne : tout au plus nous feraient-ils remonter à trois mille ans ; et d'ailleurs nous sommes assurés que l'Asie nous présente deschronologies beaucoup plus anciennes.

Nous ferons un rapide examen des traditions de la Chine, de l'Inde, de l'Egypte et de la Chaldée. Pour chacun de ces peuples, nous constaterons que, si leurs prétentions sont fort exagérées, on ne peut cependant leur refuser une antiquité qu'on avait peu soupçonnée jusqu'à ces derniers temps.

Il faut évidemment reléguer dans le domaine des fables les 2.267.000 ans que certains lettrés assignent à l'existence du Céleste Empire. Même en accordant aux traditions chinoises une créance qu'elles ne sont pas en droit d'exiger, nous n'aboutirons point à des nombres qui puissent nous déconcerter.

(1) Cf. de Nadaillac, dans le Correspondant, 10 et 25 novembre 189:i. Savant article intitulé : les Dates préhistoriques. — Cf. Vigoukoux, Les Livres sai?its... t. III.

En cIVol, d'après Si<>isnion(l de Frics, Fun des plus réccnls hisloriens de la Chine, riiistoire du peuple chinois se divise en deux pails : une période mythique, el une période historique qui commence Tan 775 avant l'ère chrétienne. Cette date, dit-il, serait le premier point lixe d'où l'on puisse partir pour une étude chronol()f>ique comparée.

('e n'est pas {\\w lout soit fabuleux dans la période que cet auteur appelle mylhicpu', mais aucune date certaine ne peut êlre assii^née aux événements. Cette incertitude provient de bien des causes. Les monumenls authenlicpu's l'ont délaut ; les annales chinoises présentent de nombreuses contradictions ; enfin, l'an 213 avant Jésus-Christ, le fondateur de la dynastie des Tsin fit jeter au feu tous les livres racontant l'histoire de ses prédécesseurs. Soit qu'il ait été préservé, soit qu'il ait été reconstitué sur le récit des vieillards, l'un de ces livres, le Chou-King, nous instruit encore sur le passé de la Chine : mais tous les auteurs nous avertissent qu'il ne faut accepter ses dires qu'avec la plus grande réserve.

En supposant qu'il mérite toute confiance, les documents historiques qu'il donne ne s'étendent qu'entre l'année 2.357 et l'année 627 avant Jésus-Christ. Si nous acceptons ce ({u'on nomme en Chine la très haute antiquité, qui commence au règne de Fo-hi, nous devons remonter à 2.952 ans suivant les uns, à .■),5()8 ans avant notre ère, suivant les autres. Ce chiffre sei-a donc la date la plus reculée à laquelle nous puissions arriver.

Avant cette épotpie, la Chine était ha])itéesans doute : mais la civilisation chinoise ne s'était pas encore développée. Les habitants y vivaient dans un état analogue à celui de nos ancêtres en Gaule durant l'âge de pierre. Ils se retiraient dans des cavefnes, se servaient d'outils de pierre, ignoraient les métaux, se nourrissaient de la chair crue. Ces hommes sont nommés Miao-t/.é, ou fils de la terre inculte. Leurs descendants habitent encore les régions montagneus(>s de la Chine, où ils ont été n^foulés, d'abord par la race des Pun-li, puis par la race jaune qui règne encore dans la contrée.

D'îipW's M. de Nadaillac, que nous suivons ici, celli^ inv;>sion do la race mongole ne remonterait (ju'à vingt-trois siècles avant 1 ère chrétienne. Cette race nouvelle arriva prompt(Miient à un aussi haut degré de civilisation, dans lequel elle est demeurée tigée depuis ce temps. Nous savons, grâce à leurs traditions, que les Chinois apprirent de bonne heure à fixer les points des solstices et des équinoxes, à amalgamer le cuivre et l'étain, à faire des monnaies, à travailler le cuir et le 1er, à tisser même des étotîes...

De toutes ces obscurités chinoises, deux choses néanmoins se dégagent : 1" que trente ou quarante siècles avant l'ère chrétienne la Ciiine était déjà peuplée, et qu'il faut repoiter bien plus haut l'époque de la première dispersion du genre humain ; 2'' qu'en accordant, comme le fait M. de Nadaillac, dix mille ans d'existence à l'humanité, on satisfait largement à toutes les exigences, d'ailleurs hypothétiques, que suggèrent les traditions chinoises. En etïet, supposons, que les Miao-tzé eussent été maîtres de la Chine il y a six mille ans, ne suflii'ait-il pas d'ajouter quatre mille ans pour permettre à l'humanité de se développer et de se répandre ainsi sur toute l'Asie ?

Le passé de 1 Inde, aussi peu connu que celui de la Chine, ne nous imposera point des chiffres plus élevés. Les millions d'années que s attribuent les Hindous ne sont pas moins fabuleux que ceux des Chinois. C'est en dehors de ces mythes sans fondement qu'il faut chercher une chronologie. Les documents dignes de quel({ue confiance ne conduisent guère au delà de 1.000 à 1.200 ans avant l'ère chrétienne: d'après certains auteurs, on ne peut même établir de chronologie histori([ue (pie jusqu'à l'an 800 avant Jésus-Christ.

Les principaux monuments concernant les Hindous sont: 1" l'inscription trilingue relevée à Persépolis, dans laquelle Darius, roi de Perse, nomme la terre d'Hindusch comme ayant été soumise à sa domination ; — 2" des fragments de l'écrivain grec Mégasthène, qui, vers lan 300 avant Jésus-

(^-hrisl, visita l'Inde conimo ambassadeur du roi Séloucus^ Nicalaor ; — 3" les inscriptions d'Agoka, laites Tan 250. avant Jésus-Christ, sont les plus anciens documents indigènes ; — 4" les Védas, œuvre littéraire célèbre des vieux Hindous, ont été composés à dilïerentes époques ; les plus anciens remontent au delà du xiv'^ siècle avant Jésus-Christ et ne nous renseignent d'ailleurs sur aucun l'ait histori({ue ; — 5'^ la vieille épopée nommée Ma hdbhûrata, et le drame Çacounlalû, qui ont révélé à l'Occident la riche civilisai ion des Hindous, sont, paraît-il, plus récents encore que les Védas ; d'après l'indianiste Lassen, la victoire qui termine la guerre rapportée dans le poème devrait être placée entre le dixième et le douzième siècle.

D'autres monuments, comme les mégalithes analogues à nos dolmens bretons, sont de date absolument incertaine. Parmi ces dolmens se dressent parfois des croix de pierre : aussi, d'après certains archéologues, les dolmens n'auraient-ils été élevés que durant les premiers siècles de l'ère chrétienne.

Mais Jbien avant l'époque où les monuments nous permettent d'atteindre, l'Inde était habitée. Il s'y élevait des villes florissantes dont les noms mêmes sont complètement oubliés. De nombreux instruments, couteaux, flèches, etc.. attestent que l'âge de pierre y a précédé durant de longs siècles, comme en Evu'opc, l'uge des métaux.

On admet communément que les Aryas durent envahir l'Inde au moins 2.500 ans avant Jésus-Christ. Mais, avant l'arrivée des Aryas, la race jaune avait déjà l'ait irruption dans la pres({u'île indienne : elle y avait trouvé les nègres du type éthiopiquc;, qui eux-mêmes avaient rei'oulé les négritos, que de Quatrel'ages croit avoir été les premiers habitants de l'Inde.

Cette éuumération suffit pour nous prouver ([ue l'Inde fut habitée (hdongs siècles avant les premières dates certaines de son histoire. Cependant, rien n'exige ([ue nous multipliions ces siècles indéfiniment (;t ({ue nous dépassions pour l'index ce que nous avons dit être le maximum pour la Chine.

Pour dresser un essai de chronologie égyptienne, nous puiserons à Irois sources les renseignements nécessaires : les écrivains grecs, l'histoire de Manéthon, et, les monuments récemment découverts.

II y a trop de contradictions dans les écrivains grecs qui nous parlent de l'Kgypte, pour que nous puissions leur accorder du crédit. Platon croyait que l'Egypte avait atteint •déjà depuis dix mille ans le plein développement de sa civilisation. {Les Lois, II.) A Solonles prêtres d'Héliopolis avaient déclaré (jue leur monarchie existait depuis huit mille ans. Plus tard, Hérodote apprenait des prêtres du môme temple que les annales de leurs rois remontaient à plus de onze mille ans. Varron accordait deux mille ans d'existence, •et Diodore de Sicile cinq mille, à la monarchie égyptienne.

Ti'ois siècles avant l'ère chrétienne, Manéthon, prôtre égyptien, fut chargé par Ptolémée Philadelphe d'écrire l'histoire de son pays. Cette histoire fut brûlée dans l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. Mais ({uelques fragments, ■conservés parJosèphe, Eusèbe..., nous ont du moins transmis sa chronologie. Il attribuait 30.000 années d'existence à l'Egypte avant le règne d'Alexandre. Cette longue durée se répartit de la manière suivante (1) :

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