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Il y eut soir et il y eut matin : troisième jour

14. Eli)liini dit : « Oifil y ait des luminaires dans le firmament des cieux pour distinguer le jour d'avec la nuit : qu'ils servent de signes et pour les époques, et pour les jours, et pour les années.

15. « Et qu'ils servent de luminaires dans le firmament des cieux pour luire sur la terre. »

Et il en fut ainsi.

IG. Elohini lit <lonc les deux grand- luminaires, le i>lus grand luminaire pour présider au jour, le plii-|i('li! luniinaii-e pour présider à la nuit, et aussi les étoiles.

17. Et Elohim les plaça dans le firmament des cieux pour luire sur la terre et pour présider au jour et à la nuit,

18. Et pour distinguer la lumière des ténèbres. Et Elohim vit que cela était Iden.

1\>. Il y eut soir et il y eut m;iliii : quati'ièmc jcjui".

"20. Elohim dit : « Que les eaux pullulent dune multitude

(1) (Selou sou espèce) ajout.' d'après les Septante et le verset 12. La conjonction vav (et) n'est pas dans le texte hébreu. On doit l'y placer d après les versions, trois manuscrits hébreux et le verset suivant.

(2) Le texte hébreu et les Septante ont bien : arbi-e à fruit, mot qui paraît inutile, puisqu'on ajoute : « portant du fruit ; » au verset 12 parallèle, il ne se trouve pas.

dèlros vivanls el que 1rs volatiles volent au-dessus de la terre à la surface du tii'uiamenl des eieux. »

[ Et n eu lut ainsi (1).]

"2'2. Eiohini créa donc les grands monstres niai'inset toutes sortes d'êtres animés rampants dont pullulent les eaux selon leurs espèces, et toutes sortes de volatiles ailés selon leurs espèces.

Et Elohim vit <{ue cela était bien.

*2'2. Elohim les bénit en disant : « ir^oyez féconds, multpliezvous et remi>lissez les eaux des mers et ([uc les volatiles se multiplient sur la terre. »

'2'.]. Il y eut soir et il y eut matin : cin<iuième jour.

"24. Elohim dit : « One la terre produise des êtres vivants selon leurs espèces : bétail, êtres rampants et bêtes de la terre selon leurs espèces ("2). »

l^^l il (Ml fui ainsi.

■2."). Elohim (it donc les bêles de la teri-e selon leurs espèces, du bétail selon son espèce et tous les êti'es(iui rampent sur le sol suivant leurs espèces.

Et Elohim vit que cela était bien.

"20. Elohim dit : « Faisons Thomme à notre image conformément à notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les volatiles des cieux, sur le bétail, sur toute [ bête de (3)] la terre, et sur tout être lampant ({ui rampe sur la terre. »

'27. Elohim créa l'homme à son image, A l'image d'Elohim il le créa; Màlc et l'emelie, il les ci'éa.

(1) Celte ptirase n'est ici ni dans l'hébreu ni dans la Vulgate. Ou doit l'y mettre d'après le parallélisme des autres créations, et d'après les Septante, Syniniaque, Théodotion et la version italique.

(2) La division est très simple et populaire : Hehcmà/i, en général les animaux domestiques, gros et menu bétail ; rémés, êtres rampants, non seulement ce qui rampe réellement, mais tous les petits animaux que les pattes n'élèvent guère au-dessus du sol; hayat hd'drcs, bète de la terre, toutes les bètes sauvages, c'est-à-dire non domestiquées.

(3) .Mot tombé du texte : cf. verset 24 et le syriaciue.

'28. Elohim les ])riiil et Eluhiin leur dil : « Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et l'assujettissez. Dominez sur les poissons de la mer, sur les volatiles des cieux, et sur toute (1) bète qui rampe sur la terre. »

'29. Et Elohim dit : « Voici, je vous donne toute herbe à graine qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre à fruit portant semence : telle sera votre nourriture.

30. « El à tout animal terrestre, et à tout volatile des cieux, cl à tout être rampant sur la terre, ({ui ait souffle de vie (je donne) toute herbe verte en nouri'iture. »

Et il en fut ainsi.

31. Et Elohim vit que tout ce ({uil avait fait était très bien. Il y eut soir et il y eut matin : sixième jour.

vu

1. Alors furent achevés le ciel cl la terre et toute leur ordonnance.

2. Elohim acheva au ()' (■2) jour lœuvre qu'il avait voulu faire.

Et au 7'" jour, il se reposa de tout l'œuvre qu'il avait voulu faire.

3. Elohim bénit le 7'' jour et le consacra, parce qu'en ce jourlà Il avait cessé l'œuvre entier de sa création.

^ III. — La oi estion cosmogonique

Sur la formation de l'univers, nous avons donné deux sortes de documents : le document scientifique et le document biblifpie.

Le document scientifi<iue est fait de connaissances certaines

(1) D'après les Septante et le verict 2r> il faudrait lire : « Et sur tout (i)étail, et sur toute bête de la terre, et sur tout être rampant) qui rampo sur la terre. » D'ailleurs la hdydh, « bête de la terre », telle qu'elle est entendue eu ce chapitre, ns rampe pas.

(2) Sixième, selon LXX, Samaritain, Syriaque : la leçon de l'hébreu, qui porte Septième, est une faute de co[ iste.

et d'hypothèses généralement acceptées. Le document bibhque nous est présenté avec le caraclère sacré de l'inspiration.

D'après le document scientHi([ue, Dieu a créé le monde en faisant agir, pendani un nombre incalculable de siècles, les forces naturelles. Daprès le document biblicpie, il semblerail que Dieu a créé le monde en six jours, et qu'il en a disposé toutes les parties par ime inlervenlion immédiate de sa toutepuissance.

Entre ces doux solutions il y a une opposition apparente. Comment démontrer qu'elle n'est qu'apparente, et non réelle?

Il n'est pas inutile de remarquer (pie la question n'existe que pour les croyants. Pour ceux qui ne croient pas à l'inspiration de la Bible, le texte de la Genèse se classe, sans caractère spécial, parmi ces textes anciens que l'on collectionne et que Ion restaure avec grand soin, et de la véracité desquels on ne sinquiète point. Pour les croyants, protestants ou catholiques, il y a grand intérêt à savoir comment la parole de Dieu, mise en regard de la science, peut être détendue de toute accusation d'erreur.

C'est pour cela que nous exposerons seulement les opinions de ceux qui regardent la Bible comme un livre divin.

Tous les interprètes s'accordent sur un certain nombre de princij)es que nous rappellerons ici brièvement.

1° // ne }H'ul y avoir de conlradiction réelle entre la Bible el la Révélation. — Car c'est toujours Dieu qui nous parle, que ce soit par le livre de la nature ou par le livre inspiré. Dieu ne peut se contredire dans ses manifestations. Si quelque opposition apparaît entre les deux langages, elle doit avoir pour cause une fausse interprétation de l'un ou de l'autre,

2° // faut préférer des conclusions scientifiques certaines à une exégèse douteuse. — Il s'agit ici de matières d'ordre scientifi(pie, sur lesquelles la Bible n'a point pour but d(> nous instruire. Saint Thomas en donne la raison : « ne scriptura al) infidelihus derideatur (1). » Suarez énonce d'ailleurs ce principe général : « Sententise magis philosophicœ et rationi (1) S. Thomas, S. th. I, p. q. 68, <i. 1, O.

— ly —

magis inhreremlum est, quando scriptura non cogit (1). »

3" Ld Bihlc cl 1(1 science ne powsuivent pas le même but et n emploient pas les mêmes procédés.

L'Écrilure ne !?e propose direetemenl que d'enseigner les vérités religieuses ; la science étudie les phénomènes naturels pour eux-mêmes, pour en saisir les lois el en chercher les causes. — L'écrivain sacré ne parle des choses de l'univers que suivant les apparences et conformément au langage reçu de son temps: le savant, au contraire, veut l'exactitude et la précision du langage scientifique, il veut découvrir la réalité cachée sous les apparences, il se propose de dissiper les erreurs dues à une interprétation trop précipitée du témoignage des sens.

Il suit de là que la Bible est un document religieux et non un document scientifique; elle ne peut être invoquée comme autorité sur les cpieslions de sciences naturelles; elle reflète seulement les idées (pii avaient cours dans le milieu où les écrivains sacrés ont vécu. Pour l'histoire des sciences, elle est d'un ti'ès grand prix (2).

4'' Le pi-emiei' chapitre de la Genèse contient des enseigneil) Suarez, De opère se.c dieriim, 1. II, c. 7. Cf. Raiageard, Xotions de Géologie, 2'= édit., p. 228.

(2) Nous ne faii^oii^ guère f(ue traduire ua passage de la théiogie du P. Hurter, S. .1. : Compmdium, tract. VI, pars H, soct. I, n" 193. Nous empruntons la citatiou à M. Vigoureux qui, avec raison, y attache une grande importance. [Mé/anges ôihlkjues, 2^ édit. Paris, 1889, p. 17.) « Adverten- (lumest, 1" Moysis scopum non fuisse traders prielecliones doctas de astronomia, geologia, zoologia seu peneratini de disciplinis naturalibus, sed institutioiiem tradere voluissc re\ig\osa.in vu Igi captui accomoddtam;. . . 2fi de hisce loquilur non more physicorum et doctorura, sed conapiendi loquendique morein secjuitiw pop uli... i" Inde sequitur longe pauciora esso themata ssu argumenta communia cosmogoniiB mosaicfe et disciplinis naturalibus, ac plures contendere soient. Aliud tractât Moyses, circa aliud occupantur disciplina' naturales; ille disserit de raram iniliis, de quibus scieniid uaturalis suis observalionibus innixa uiliil certi statuere potest; hiec observât phœuoinena, inquirit in leges, secuadum quas ordo prœsens regitur, de ([uibus non est sollicitus iMoyses ; quare ipse, ut nonuemo acute loquitur, prxfalionem veluti scripsit ad disciplinas naturales, exponens rerum cxordia; quai ba'c insecuta sunt, relinquit indagauda physicis peritis, secunduni illud Ecclesiastis. Mundum tradidit disputalionl eorum. » (Eccle., 111, 11.)

nwnls rclùjieiLV ccrliiins. — « Kii ([U('1(|U('S mois, il pose loules les bases de la lliéologie, il délruit toutes les erreurs du monde ancien, et il établit tous les dogmes fondamentaux de la religion : unité de Dieu, création ex nihilo. Providence, unité de Tespèee humaine, dépendance de Ihomme envers son auteur, condanniation du polythéisme, du naturalisme et du matérialisme (1). » Ouaud même nous ramènerions à ce seul enseignement tout le contenu du P' chapitre de la Genèse, il aurait encore une portée consitléral)le.

5" Linterprétation du texte sacré doit tenir compte, non seulement de la signification matérielle des mots, mais aussi du genre dans lequel il a été écrit, du peuple au({uel il s'adressait, des circonstances de temps et de lieu dans lesquelles il a été composé, du but que poursuit l'auteur. Cette règle est élémentaire en fait de critique textuelle.

Si ces principes sont admis de tous, il se produit de grandes divergences d'opinions dans leur application. Tous les croyants s'accordent sur la portée religieuse du récit de la création, depuis les Pères de l'Eglise juscpraux conmientateurs modernes: sur l'interprétation scientifique, il semble que tous les systèmes possibles aient été produits.

Aucun système respectant l'inspiration du texte et affirmant sa valeur dogmatique n'a été improuvé par l'Eglise. LEglise nous laisse donc une grande liberté de choisir entre les nombreuses oj)inions (jui solliciteni notre assentiment. Il n'y a pas un système quelle ait l'ait sien et (ju'elle inq)ose à ses enfants. Les Pères se sont divisés en deux grands coulants, le symbolisme et le littéralisme : l'Eglise approuve et bénit ceux qui rejettent l'un et l'autre, sans (jue leur système particulier soit par cela même reconnu comme officiel. Aujourd'hui, parmi les âmes les plus franchement soumises à l'Eglise, il y a deslittéralistes, des concordistes, des idéalistes, des révélationistes, etc.. et l'Eglise suit, sans intervenir, leurs discussions.

(1) Vigoureux, Mélanges Oib/i'/ues, 2<^édit., Paris, 1889, p. 11. Cl'. CasteleiD, S. J., La première page (le Muïse, l''« couféreuce, Louvaiu, 188i.

Do ce fait découlent plusieurs conséquences : 1" qu'aucune opinion ne peut se réclamer plus particulièrement de l'autorité de l'Eglise (1) ; — 2'' que, dans le conflit des opinions diverses librement professées dans l'Eglise, un écrivain sortirait des bornes de la juste modération, dès qu'il voudrait imposer son système comme seul compatible avec la foi ('2) ; — 3° que, dans une question si discutée, il est beaucoup plus à propos d'?xposer historiquement les efforts de l'exégèse, que de poser comme définitive une thèse qui ne peut être que prématurée.

C'est pourquoi le meilleur moyen que nous puissions prendre pour jeter quelque lumière sur ces délicates questions, ce sera d'exposer et de critiquer les principales hypothèses qui se sont succédé tour à tour dans le monde des croyants.

^ W. — La cosmogonie des pères et des théologiens Pour tout ce qui regarde la foi et l'interprétation des Ecri-

(1) « Le théologien a le droit de choisir le sentiment qui lui plaît davantage, en matière dogmatique, quand la tradition ancienne est divisée et vacillante, à moins que l'Église n'ait tranché, depuis, le différend; or, l'autorité infaillible ne s'est jamais prononcée, non seulement sur l'interprétation scientifique de la cosmogonie biblique, mais pas même sur la question de la création simultanée. C'est donc un fait avéré et incontestable que le catholique peut expliquer la cosmogonie mosaïque, en lui donnant le sens qui lui paraît le plus conforme aux données de la véritable science, à la seule condition d'observer les règles de l'herméneutique et de l'interprétation des J^ivres Saints. » Vigouroux, Mélanges bibliques, p. 113.

(2) Par exemple, on est surpris de voir le P. Hummelauer, dans son commentaire sur la Genèse, affirmer son système du Révélalionisme : « non ut meram hypothesim, sed tanquam explicationeni unice veram. » " Unica est, dit-il, ergo vera. Nam aliquod tandem verum conciliaudœ revelationis et scientiiP systema existât necesse est : ergo cum reliqua pr;eter hoc unum systemata demonstrata habeamus esse errouea, cum aliud prseter recensita systemata proferatur nullum, hoc unum erit necessario admittendum. » In Genesim, p. 72. — Sans doute, il doit y avoir une manière de concilier la science et la Révélation. Mais l'auteur est-il sûr d'avoir trouvé la bonne? Car les systèmes qu'il rejette ont pour eux des champions qui le valent et des raisons qui ne le cèdent pas aux siennes. De plus, comme il n'a point épuisé la liste des systèmes possibles, est-il sûr que le meilleur ne viendra/ pas plus tard ? — Que le Révélalionisme ait ses préférences, soit : mais qu'il veuille l'imposer...

lures. lo calholi(iuo fidèle commence par interroger lEglise et la Tradition. 11 accepte renseignement de rEglise, il admet ce qui lui est transmis par le sentiment commun des Pères et des Docteurs. — Au reste, le protestant lui-même, (juoique livré par sa règle de foi aux caprices de son sens privé, se trouve amené, par les exigences de l'esprit scientifique, à interroger et à suivre à son lour la pensée de l'antiquité sur les choses de la loi.

Or, dans le récit de la (Création donné par la Genèse, il y a lieu de distinguer deux parts :' une part, qu'on peut appeler dogmatique, sur laquelle nous sommes fixés par l'enseignement de l'Eglise et par le sentiment unanime des Pères et des Docteurs; une autre part, qu'on peut appeler scientifique, sur lacjuelle aucune décision de l'Eglise n'est intervenue, sur laquelle les Pères et les Docteurs de tous les temps ont été divisés, et qui par conséquent est abandonnée à la libre discussion des hommes.

La partie que nous appelons dogmatique, c'est-à-dire fixée par l'Eglise ou la Tradition, comprend plusieurs points : le récit de la création est d'un auteur vraiment inspiré, au sens théologique du mot ; le monde a été créé par Dieu ; Dieu est un et personnel ; les œuvres de Dieu sont bonnes, etc., etc. D'ailleurs, ces points ne sont pas objet de discussion.

La partie que nous appelons scientifique, c'est-à dire livrée aux recherches de la science humaine, parce qu'aucune autorité n'a fixé les esprits, comprend aussi plusieurs points : le récit de la création a-t-il un caractère proprement historique? pour ceux qui admettent le caractère historique du récit, quelle est la meilleure manière de concilier la cosmogonie sacrée avec la cosmogonie mosaïque ?

La [)remière question, celle du caractère histoi'ique, a divisé les premiers Pères (;t divisi; encore les théologiens et les exégètes. — La seconde a reçu, à toutes les époques, des solutions très difîérentes.

Pour démontrer la légitimité des réflexions qui précèdent, il nous faudrait retracer ici Thiçtoire des interprétations du

récil de la créaliuii. Nous nous en absliendrons poui' les trois motifs suivants :

1" Cette histoire a été faite par M. Vigouronx dans une excellente brochure intitulée : La Cosmogonie mosaïque d'après les Pères de l'Eglise (1). 11 n'y a pas lieu de reprendre une chose bien faite. En parcourant ces pages intéressantes, on remarque que les Pères « se partagent en deux camps opposés sur un point capital, le temps qu'a duré la création : les uns... croyant (jucile a eu lieu en un instant, les autres qu'elle a été successive » ('2). Or il est évident que les [)artisans de la création simultanée ne peuvent pas considérer comme historique la distribution qui en a été faite en six jours.

2" Les textes des Pères ne jetteraient que peu de lumière sur la question qui nous occupe. En effet, de leurs divergences nous ne pouvons conclure quà la liberté dinlerprétation. De plus, en dehors des points dogmaticjues hors de conteste, ils ne font qu'appliquer au récit de la Genèse la science très rudimentaire et souvent erronée de leur temps. A leur exemple, nous appliquons au même récit la science de notre siècle: et, naturellement, ce n'est pas dans leurs œuvres que nous devons en puiser les éléments.

3" Si les Pères devaient nous guider dans la partie d'ordre scientifique qui nous occupe, nous verrions les théologiens et les exégètes, dont le respect pour la Tradition est si connu, marcher très unis dans la même voie. Or les nombreux systèmes proposés par les interprètes montrent qu'une grande liberté d'opinion nous est laissée sur ces questions (3). Les interprètes sont tous unis pour répondre sur les points dogmatiques aux rationalistes qui les attaquent : chacun d'eux suit ses préférences dans les questions d'ordre scientifique,

(1) Vipoiiroux, Mélanges bibliques, Paris, Berche, i889, 2»-' édition.

(2) Mélanges bibliques, p. 112. Toute la conclusion est très remarquable.

(3) « La question de la nature des six jours ne saurait se résoudre par l'autorité de l'Eglise ou de la tradition patristique. » Brucker, Questions actuelles d'Ècrituve sainte, p. 163, Paris, Retaux, 1895. Or c'est précisément la question de la nature des six jours qui est agitée ici.

(juo Ions, (railleurs, résohcnl (Mï s(^ lenaul IVrincnitMil al lâchés ;iu\ principes do la loi.

Nous allons donc exposer les opinions lihrenieni mises en circulai ion duranl le cours de ce siècle. Et comme rien n'esl Itien nouveau sous le soleil, nous verrons que chacune d'elles se rallache par quelque lien à la pensée des anciens Docteurs.

I V. — Le LlTTÉRALISME STRICT OU L.\ CRÉATION EN SIX JOURS DE 24 HEURES

Le Lilléralisme fui sans doute le premier système d'interprétation du texte génésiaque, puisqu'il prend les mots tels «pi'ils sonnent. Il fut admis par un grand nombre de Pères, cl, dans notre siècle même, il a compté de nombreux partisans. Peut-être certaines personnes y tiennent-elles encore;, sous le prétexte exagéré d'un plus grand respect envers la parole de Dieu.

Ce système met en principe que la sainte Ecriture doit être interprétée dans le sens obvie, quand ce sens est clair, et (piil n'est combattu par aucune raison péremptoire. Ce principe a toujours fait la force du littéralisme, et il est encore invoqué par le litléralisme nouveau de la critique moderne.

Oi" le sens obvie du premier chapitre de la Genèse suppose : 1" que le récit de la Création est historique, car il présente les caractères et l'allure de l'histoire ; 2" que la Création a été efï'ectuée en six jours consécutifs, car on ne voit pas que, dans l'esprit de l'auleur, le mot « jour » signifie aulre chose en cet endroit (ju'une durée de 24 heures; S*" qu'aucune «lifficidté scientifique ne peut prévaloir contre ce sens, car Dieu est assez puissant pour exécuter en six jours toutes les œuvres dont il est question.

, Voici, par conséquent, comment il faudrait lire le texte sacré. Au commencement, Dieu tira du néant la matière dont se composentleciel et la terre. Tous les éléments étaient confondus en un vaste chaos, quand Dieu résolut de les dis-

poseï' dans rordio où nous les voyons aujourd'hui. Pour exécuter ce grand ouvrage, il n'employa que six jours de 24 heures: non pas qu'il eut besoin de temps pour mener son œuvre à bien, mais parce qu'en travaillant six jours il voulait donner f» l'homme un modèle à suivre dans ses labeurs et dans son repos. Dans la première journée, il créa la lumière el distingua lejour de la unit ; le lendemain, il fit la séparation des eaux supérieui-es ou nuées des eaux inférieures : dans le troisième espace de 24 heures, il assembla les eaux terrestres dans les océans et couviil de verdure les continents émergés, etc., etc.

Aux débuts du XIX* siècle, les progrès de l'astronomie et de la géologie ébranlèrent ce système : on ne vit pas comment la création en six jours pouvait se concilier avec les faits certains et les théories bien fondées de la science.

Cependant le lilléralisme ne fut j^as rejet*' par tous les interprètes : plusieurs systèmes de conciliation furent imaginés. Nous les résumerons brièvement.

1. Hi/pothèse du miracle. — Cette hypothèse est un moyen radical : elle prend la Genèse au pied de la lettre et invoque la toute-puissance divine contre toutes les difficultés. Par exemple le soleil et les étoiles ont été faits du premier coup tels que nous les voyons; la croûte terrestre a été formée par le doigt de Dieu avec tous les détails stratigraphiques et paléontologiqu^es que les géologues ont décrits (fig. 11 à 18)... Dieu a tout produit par de grands coups de sa puissance, et il n'a point fait appel à l'action lente et progressive des forces naturelles : ces forces n'ont commencé leur cours régulier qu'après la création.

Depuis plus de cinquante ans, cette hypothèse est combattue par tous nos exégètes : certaines gens, qui se font gloire de ne pas lire nos livres, disent et pensent peut-être que nous en sommes toujours là. L'exégète croit en la puissance de Dieu: mais il n'en a pas moins foi en sa sagesse. Or, depuis qu'il a pris connaissance des données sérieuses de la science, il pen-

serait l'airi' injure à la sagesse divine en admellanl que loul a été fait par des eoups d'éelal, quanti au eontraire tout paraît avoir été l'ail par l'activité bien ordonnée des causes secondes (1).

pig- 11 à 18. — Difféi'euts fossiles caractéristiques de l'épocfue dévonieunc (3e subdivision de l'ère primaire). — 1. Palxopteris (fougère). — 2. Calceola sandalina (polypier). — 3. Pterygotus (crustacé). — 4, Phacops latifrons (trilobite). — 5. Spirifer Verneuili (brachiopode, ouvert et moutraut ses deux bras spiralésj. — 6. Acanlhodes ; 7. Osteolepis ; 8. Cephalaspis (trois poissons ganoïdes).

2. Si/slème jiosi-hexamérique . — On appelle ainsi l'opinion d'après la([uelle les pliéuoniènes géologiques, accomplis parles forces naturelles, seraient postérieurs aux six jours de la créalion et par conséquent à l'apparition de l'homme. Dès que Dieu eut tiré le monde du néant, il en ordonna les éléments

(1) Nous croyons inutile de développer ce point. Pour voir combien les exégètes s'accordent avec les savants, consulter Vigouroux, Manuel biblique, 10e éd., t. I, p. 462, et tous les commentateurs modernes.

en six jours : les révolutions elles phénomènes dont la science retrouve la trace dans l'écorce terrestre se seraient produits ensuite dans Tespace de six ou huit mille ans.

Le P. Hummolauer attribue ce système à plusieurs auteups français et allemands (1). Pour la plupart d'entre eux, les couches successives de lécorce terrestre auraient été déposées par le délug-e universel : aussi peut-on les appeler Diluvianistes.

Cette hypothèse a l'inconvénient de nesaccorder ni avec le récit du Déluge, ni avec la nature des documents géologiques. — Le Déluge de Xoé n'a duré que onze mois : or une inondafion de onze mois ne peut laisser que des traces sans importance, promptement effacées par les eaux de ruissellement. — 11 est impossible que les faits géologiques se soient accomplis en un aussi court espace de temps que celui qui a suivi l'apparition de Ihomme: de plus, les conditionsclimatériques, sous lesquelles se sont formés les premiers terrains, sont incompatibles avec la vie de l'homme et des animaux supérieurs : et pourtant l'homme et les animaux supérieurs auraient été créés avant lépoque primaire.

o. Sijslème ante'-hexamérique. — Bien plus scientifique, du moins en apparence, est l'hypothèse qui place tous les faits astronomiques et géologiques entre la création primitive et l'œuvre des six jours. Au commencement. Dieu créa tous les éléments de l'univers. Puis, durant des millions de -siècles ([ue la Bible ne mentionne pas, le monde subit son évolution naturelle : les astres se formèrent, la croûte terrestre se façonna par les forces secondes. A la fin de l'ère tertiaire, une catastrophe générale confondit tous les éléments à la surface de la terre : c'est le désordre décrit au verset 2 de la Genèse. Alors, en 6 jours de 24 heures, Dieu reprit promptement son œuvTe qu'il couronna par la création de l'homme.

(1) Il cite P. Laurent, Éludes géologiques, Paris, 1863; — Sorignet, La Cosmogonie de la Bible^ Paris, 1854, parmi les Français.

— C'est ce (jui a lail donnoi" à ce sysième le nom de Bcslitiilionis?ne.

Inveiilée parles Anglais Chalmers et Buckland, puis ado|)tée par \\'is(>nuin. MoUoy, Desdouils, deGenoude, celle interprétation aurait cpielques avantages(l): elle laisse aux formations géologicpies le temps nécessaire, elle conserve au moi Jour son sens naturel et au récit son caractère historique, elle évite d'établir un dangereux parallèle entre les époques géologiques et les œuvres de la création.

, Mais elle a été abandonnée pour s'être heurtée à des difticultés insurmontables. — Nulle part on ne trouve la trace de i-elte grande catastrophe. Sans doute Cuvier avait émis l'idée <pie, dans les temps géologiques, la surface du globe avait été plusieurs fois renouvelée à la suite de révolutions générales. Mais les faits ont bien prouvé le contraire : jamais les cataclysmes n'ont été brusques ni généraux ; jamais les espèces vivantes n'ont été anéanties et renouvelées toutes à la fois ; les espèces tertiaires, en particulier, se retrouvent nombreuses dans l'âge suivant. — La rénovation de la terre en six jours de "24 heures eût été un miracle qu'aucun motif ne nous porte à reconnaître. Et les astres qui apparaissent au quatrième jour, avaient-ils aussi été détruits? — L'Ecriture ne mettant aucun intervalle entre les versets 1 et 2, il est plus naturel de penser que le chaos fut l'état de la matière immédiatement après la création (2).

,^ VI. — Le Concordisme oi; i.e système des jours-périodes

Le littéralisme échoue dans l'interprétation de l'œuvre des six jours, parce qu'il tient strictement à deux choses : le sens

(1) Chalmers, Beview of Cuvievs tkeory of Ihe earth, Edimbourg, 1814;

— Buckland, Geo/o^j/ and Mineraloijij, considered wilh référence tonatural, tkeolorpj, London, 18.38; — Wiseman, Twelve Lectures, Londou, 1849; — Molloy, Géologie et Révélation, traduction de l'abbé Hamard, Paris, 1877.

— Voir Migae, Démonstrations évangéliques, t. XV.

(2) 11 serait superflu de donner plus d'ampleur à cette réfutation, le système étaut classé parmi ceux qui ne vivent plus.

obvie (lu Icxle cL le caraelère historique du moi'ceau. Le Coricordisme ou système des jours-périodes espère aboutir à uu meilleur résultat en sacrifiant un peu le sens obvie et en gardant intact le caractère historique.

Par son attachement au sens historique, le Concordisme se lie au sentiment de la plupart des Docteurs : mais, par sa conception des jours-époques, il est tout à fait moderne. Il s'est l'orme à mesure que les découvertes géologiques se sont opérées : dans ses multiples variétés, il essaie toujours de retrouver dans le texte biblique le souvenir et l'indication des phases par lesquelles a passé le monde. C'est précisément au parallélisme quil établit entre les jours génésia({ues, qu'il regarde comme de longues périodes, et les époques géologiques, qu'il doit son nom de Concordisme ou de système des jours- périodes (1).

1. Principes du Concordisme. — l"" Le concordiste pose en principe que le récit de la création est une hisioire réelle. M. ^ igouroux donne pour preuve la sobriété, la clarté et la précision du style {Manuel biblique^ p. 451 de la 10'' édit.). D'après le P. Brucker, si ce récit n'était pas historique, il serait « difficile de trouver dans la Bible des textes rigoureusement historiques » : à la suite du P. Petau, il trouve une preuve très suffisante de « la successivité de l'œuvre des six jours. » dans la répétition de cette formule : « Et il fut soir et matin... » (Oueslions actuelles d'Ecriture sainte, p. ]<>.").)

D'autre part, le concordiste accepte franchement -les données de la science : l'hypothèse probable qui fait passer la terre par une longue phase astronomique avant les ères géologiques, les déductions certaines qui demandent des millions d'années pour la formation de l'écorce terrestre.

(1) Les principaux représenlaots du Concordisme sont : M. Vigouroux elle P. Bruciier. Ou peut citer aussi : .Marcel de Serres, Fabre d'Euvien, PianciaDi. de Rougemont, Reush, Meignan, Giiltler, Hautcœur, Aiduin, Dupaigue, Heliiuger, Raingeard, Lavaud de Lestrade, Castelein, Jean d'Estienne, Faye, Peit, etc.. Voir le titre de leurs ouvrages à la bibliographie qui suit ce chapitre.

Pour lui, la Genèse cl la géologie nous raconlent en styles <lifTérenls la même histoire de l'évolution progressive de la terre. Entre deux récils |)arallcles du même objet, il y a lieu de chercher une conciliation; non seulement ils ne doivent pas se contredire, mais ils doivent s'accorder, du moins dans les grandes lignes. Comment voir dans les jours génésiaques le souvenir des grandes époques géologiques?

2'^ Le concordiste résout cette difficulté en interprétant le mot j<)iu\ non point dans le sens d'un espace de 24 heures, mais dans le sens d'une période aussi longue que la science le demandera. C'est en lisant période là où la Genèse écrit joiv\ que le Concordisme marque le trait qui le caractérise. Si linterprétation est nouvelle, dil-il, n'importe : la géologie l'impose, la Bible la permet.

La géologie l'impose, en cfl'et, si le récit est strictement historiqu<' : car elle nous apprend que certainement le monde s'est formé par l'action des causes secondes, à travers de longues périodes de temps. Ou bien l'auteur sacré ne fait pas l'histoire de la terre, ou bien les jours génésiaques sont des époques de longue durée.

La Bible la permet, car d'excellents hébraïsants affirment que le mot hébreu yôm, traduit par le mot joiu% peut aussi indi(juer un temps indéterminé, un grand intervalle de temps (1). 11 est vrai que d'autres hébraïsants le nient: mais, si la (jueslion est discutée, elle n'est du moins pas résolue dans le sens de durée de 24 heures.

3" 11 reste à trouver une concordance réelle et intentionnelle entre les jours de la création et les phénomènes naturels reconnus par la science. Évidemment cette concordance ne peut exister dans les moindres détails, el on ne doit l'établir qu'avec certaines réserves : mais elle doit exister.

L'auteur ne signale que les traits principaux de l'œuvi-e de Dieu. Il ;i sii|)primé tout ce (pii élait iiudile à son but. Voulant mellre en relief la |)uissancc et la sagesse du Créateur, il

(1) Vigouroux, Manuel biblique, t. I, p. 45j, 10'= éd.

n'avait point à mentionner des objets inconnus du vulgaire, comme les mollusques et les zoophytes. les plantes marines.

Il décrit chaque œuvre au moment de son plus parfait épanouissement, ou, si on préfère cette expression, au moment où elle est le trait le plus saillant de la création. Ainsi des plantes existaient avant la troisième période et beaucoup de poissons avant la cinquième : mais les plantes et les poissons sont signalés au moment où ils constituent la partie la plus saillante de la création. Tout ce qui est progrès ou modification d'une œuvre déjà signalée est passé sous silence.

L'ordre adopté dans la Genèse est Vordre chronologique : non pas que Dieu n'ait travaillé dans chaque période qu'à une seule œuvre, mais en ce sens que chaque période est surtout caractérisée par l'œuvre décrite dans le texte sacré.

II. Concordance. — De nombreuses tentatives de conciliation ont été faites; plusieurs ont dû être abandonnées, parce qu'elles étaient forcées et trop éloignées du sens naturel et obvie des mots. Nous allons donner, sous forme de tableau, la concordance qui nous a paru la plus raisonnaI)le (1).

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