LA FORM.ATION DU MONDE D APRES LA SCIENCE
Période cosmique. La matière nébuleuse, créée par Dieu, se divise en une multitude de mondes. Le monde solaire donne lieu à la formation des planètes, puis du Soleil. La Terre, l'une de ces planètes, passe ellemême par l'état incandescent.
La Terre, d'abord masse liquide en fusion, s'encroûte peu à peu; puis elle est couverte d'océans d'une eau acide et brûlante, qui ne permet aucune vie. L'atmosphère, remplie d'épaisses vapeurs, ne laisse pénétrer qu'une lumière vague.
(1) C'est à peu près celle qu'on trouve dans le Manuel biblique de M. Vigoureux, t. I, p. 422 et suiv..., et dans les Notions de Géologie de .M. Raiugeard., p. 266. — Voir aussi Faye, Sur l'origine du monde.
{"jour: La lumière est créée. Geri. I, 3-o.
2«Jou?-; Séparation des eaux supérieures et des e;iux inférieures par le firmament. Gen.
3" jour : Séparation des mers et des continents. Gen. I, 9-10.
Production des plantes Gen. 1, 11-13.
4* jOur : Les astres ornentle jouretla nuit.
Gen. 1, U-19.
' jour : Création des monstres aquatiques et des volatiles. Gen.
6' jour : Animaux terrestres : Tirands quadrupèdes herbivores; animaux rampants ; bètes féroces.
Ere primitive, précédant l'apparition de la vie, durnntlaquelle l'atmosphère s'épure et permet à la lumière de commencer la succession régulière des jours et des nuits. Les rayons directs du soleil ne parvenaient cependant point encore à la terre.
Ere primaire (r° partie), durant laquelle l'atmosphère s'épure par la condensalion des vapeurs. Il s'èlablil, par le fait, une sorte de séparation entre les nuages et les eaux terrestres : entre les eaux, s'étend l'air pur qui, par son épaisseur, prend l'aspect d'une voùle solide ou firmament. Déjà les êtres vivants pullulent dans les mers sans être mentionnés.
Ere primaire (2* partie), durant laquelle les terres commencent à émerger. Le nord de l'Kui'ope, de l'Asie et de l'Amérique est presque complètement émergé à la iiu de la période dévonieiuie.
Après l'éinersion des continents, la terre ferme se couvre de vé^iéLaux ; en eiret, durant la période carbonifère, les plantes terrestres sont telle ment abondantes qu'elles fo! ment partout les riches dépôts houillers.
Fi?i de Cère primaire et début de l'ère secondaire. Les astres sont rendus visibles, grâce à l'épuration plus complète de l'atmosphère. Il y avait jour et nuit déjà : mais c'est alors seulement que le soleil parait durant le jour, la lune et les étoiles durant la nuit.
Ere secondaire : période jurassique ri période crétacée. C'est .-ilurs que les grami.s reptiles, iclliyosaures, plésiosaures, etc., régnent dans les mers et sur les rivages, que les premiers oiseaux fout leur apparition.
Ere tertiaire. Les mammifères se développent sur les coniinents : les reptiles et les oiseaux se multiplient ; vers la fin, les grands herbivores sont combattus par les fauves.
L'homme. Gen. I, 24-
l'' jour : Repos de Dieu.
Gen. 11. 1-3.
Eve quaternaire. C'est durant les temps glaciaires que l'homme a paru.
Depuis l'apparition de Thomme, l'univers est resté relativement stable : la terre a gardé sa forme et ses reliefs; les animaux et les plantes sont sensiblement les mêmes.
Telle est la concordance que le système des jours-périodes établit entre le texte de rÉcritureetla science cosmogonique. D'après les concordistes, la science, en confirmant le récit de la Genèse, donnerait une preuve nouvelle de l'inspiration qui dirigeait lauleur. « Sans le miracle de la Révélation, on n'expliquera jamais le miracle de cet accord. » (Castelein. La première page de Moïse, p. 5"28.) — « Si le document !^mosa'ique] est vrai..., il s'ensuit qu'il est d'origine divine. » (Dana, Maniial af Geologi/. p. 767.)
III. Critique du Concordisme. — Cependant j\Igr Clifford, évoque catholique de Clifton, écrivait en 1883 : « La théorie des périodes ne répond nullement aux difficultés spéciales élevées par les savants contre le premier chapitre de la Genèse (1). » Cette appréciation est assurément exagérée. Mais elle prouve que le Concordisme, malgré ses avantages réels, reste en butte à des objections très sérieuses. Jamais il n'a obtenu les suffrages de tous les apologistes. Ses partisans l'ont aminci peu à peu et idéalisé, à mesure qu'ils ont senti à (juelles difficultés il donne lieu. Malgré des défenseurs de grand mérite, il |)araît tomber de plus en plus dans la défaveur.
Parmi les objections qu'on lui fait, les unes ont un caractère exégétique, les autres sont tirées du domaine scientifique.
Nous n'insisterons pas sur la nouveauté du système : car on comprend sans peine que, pour résoudre des difficultés nouvelles, il faille parfois recourir à des arguments nouveaux.
Ce qui est plus grave, c'est que le Concordisme s éloigne du sens obvie. En effet, les concordistes les plus modérés sont
(1) Clifford, Dublin Reiien-, avril 188J, p. 398. Cf. de Foville, Revue des Questions scientifiques, avril 1884.
ORIGI.NES 3
oblig'és tle traduire la promière pag;e de la Bible en un résumé de cosmogonie moderne, comme nous Tavons montré dans le tableau ci-dessus. Mais cette interprétation était inaccessible au peuple hébreu pour lequel ce texte a été écrit : même aujourd'hui, la lecture de la Genèse suggère autre chose à la première rencontre; il faut même une éducation spéciale pour voir un chapitre de géologie dans le texte sacré. Or, tout système devieni douteux, dès qu'il s'éloigne du sens obvie.
La traduction du mot « yôm » en longues périodes, et non pas en jours de 24 heures, paraît tout à fait abusive à des interprètes de marque. Nous nous contentons de renvoyer le lecteur au P. Ilummelauer, dans la grande Bible des RR. PP. Jésuites (1).
Au dire du P. Castelein, que nous citions plus haut, Moïse aurait eu, pour écrire cette page, une véritable révélation scientifique. Mais les exégètes n'admettent-ils pas généralement que l'Écriture ne traite des matières scientifiques que dans un but religieux et conformément aux apparences et aux idées reçues ? Il faudrait de fortes raisons pour croire que, dans ce cas, le Saint-Esprit s'est départi delà règle ordinaire ; il faudrait, par exemple, qu'on pût y voir sans aucun doute des données précises, conformes à la science. Au contraire tout y est en termes généraux et empruntés au langage populaire.
Puisque c'est pour satisfaire aux exigences de la géologie qu'on a créé le système des jours-époques, il n'est que juste d'en faire l'examen à la lumière de cette science. Or, si le parallélisme établi n'est pas contraire à la science, il est du moins artificiel et dénué de fondement (2).
(1) Le P. Humuielauer apprécie de la maaièro suivante les exeijoples biblique? que l'on cite d'ordinaire pour moutrer que le mot « jour » peut être pris dans le sens de « période » : '< In quorum locorum nullo dies, longam periodam significat, sed u significatione determinata et propria durationis 24 horarum ad significalionem indetermiuatam duratiouis uuiversiin spectatui, viginti quatuor horis sive longions sive brevioris, descendit. » In Genesim, p. 61.
(2) Pour une réfutation détaillée du Goncordisine, voir le P, Humuielauer, In Genesim, p. 60-65.
D'abord, les six divisions des jours génésiaques n'ont point leur fondement dans la science g-éologique. En effet, les temps écoulés depuis la création jusqu'à nos jours ne se divisent point en périodes naturelles. Il en est de la géologie comme de l'histoire : les phénomènes qui caractérisent une division historique pour une nation, sont sans signification pour d'autres pays ; de môme les divisions admises par les géologues sont purement artificielles, et les faits qui les délimitent ne valent que pour certaines contrées. Donc, les jours-époques, qui semblent des divisions précises, ne répondent à rien de précis en géologie.
De plus, le groupement que fait Moïse des œuvres de Dieu est tout à fait arbitraire, ainsi que l'époque à laquelle chacune est rapportée. Car, Dieu ayant façonné le monde par l'action lente des causes secondes, tout se fait simultanément, toutes les œuvres marchent à la fois : à part les animaux terrestres et l'homme, toutes les œuvres auraient pu être citées et rapportées à la même époque. A un moment quelconque on aurait pu dire : l'atmosphère se purifie, et la distinction du jour et de la nuit devient plus nette ; un espace libre s'étend entre les nuages et les eaux terrestres ; les continents s'accentuent de jour en jour ; plus l'air devient transparent, plus les astres se rendent visibles : dès que la terre se refroidit, le règne végétal évolue et progresse avec une majestueuse régularité ; les animaux, nombreux dès les débuts de l'ère primaire, se multiplient et deviennent de plus en plus parfaits.
Gela étant, si le premier chapitre de la Genèse avait été rédigé autrement, la concordance existerait toujours. Les œuvres des cinq premiers tableaux concordent fatalement avec la géologie, dans quelque ordre qu'on les place. Et comme cinq objets sont susceptibles de 120 arrangements, il résulte qu'il y a 120 manières de rédiger le premier chapitre de la Genèse, sans que le parallélisme soit détruit. C'est le cas de dire : Oui prouve trop, ne prouve rien. La Genèse nous montre une série successive d'objets ; la géologie nous les
présente clans une série parallèle. Il n'est pas juste de comparer ce qui est successif avec ce qui est parallèle (fig-. 19).
Fig. 19. — A gauche, la série successive des œuvres de la création; à droite, la série parallèle des événements géologiques. Dans quelque ordre qu'on dispose les chiffres des colonnes de gauche, toujours ils se trouveront en l'ace de la colonne de même nom à droite.
Ni le commencement, ni la partie saillante d'un fait scientifique ne correspond plus particulièrement à un jour de la Genèse.
§ VIL — L'Idéalisme ou le Système des jours