MÉTAPHORIQUES
L'idéalisme remonte à l'école d'Alexandrie. Adoptant le sys' tème de Pliilon, les Pères alexandrins, Clément, Origène, saint Athanase, saint Cyrille, croient que toutes les créatures ont été produites à la fois, que la distinction des six jours n'indique pas une succession réelle du temps, que l'auteur veut seulement représenter en tableaux accommodés à notre intelligence l'échelle graduée des êtres qui composent l'univers. — Dans l'Eglise latine, saint Augustin se rattache à cette théorie et lui donne toute l'autorité de son grand nom : pour lui, Dieu a produit toutes ses œuvres en un même instant, au moins dans leurs principes ou « raisons séminales » ; mais
rauleurnous les présente en six tableaux pour nous les rendre plus sensibles. — Frappé par le sentiment de saint Augustin, saint Thomas hésita toujours entre l'idéalisme et le littéralisme : dans sa Somme, il ne paraît pas se prononcer nettement (1).
Les idéalistes modernes peuvent donc citer de glorieux précurseurs pour légitimer la liberté qu'ils prennent avec le texte sacré. Nous exposerons ce qui semble leur être commun, avant de parcourir les difïerentes formes qu'ils donnent à leur idéalisme.
I. Principes communs de r Idéalisme. — Le littéralisme échoue parce qu'il serre de trop près le sens littéral, le concordisme se heurte à l'idée d'un texte proprement historique. L'Idéalisme sacrifie à la fois l'historicité proprement dite et la rigueur du sens littéral.
1. L'Idéalisme reconnaît bien une certaine historicité, en admettant que le texte sacré se rapporte à des faits réels, les aits qui constituent la formation de l'univers. Mais l'historicité proprement dite comprend quelque chose de plus : elle uppose que l'auteur raconte les faits tels qu'ils se sont passés, en suivant dans les grandes lignes l'ordre chronologique des événements. Or, disent les idéalistes, l'auteur sacré mentionne les grands faits de la cosmogonie, sans dire comment ils se sont produits, sans les disposer dans leur ordre naturel, en les classant manifestement suivant un ordre logique indépendant de leur succession réelle. Donc l'auteur ne nous donne pas une page proprement historique.
Voici quelques-uns des arguments allégués en faveur de cette conclusion :
Le genre du morceau n'est pas historicjue, mais poétique. Assurément il n'a pas été composé en vei-s, car il n'y a ni mesure ni parallélisme : mais le vers n'est point essentiel à la
(1) Voir l'exposé historique soit dans Hummelauer, In Genesim, p. 49- 55, soit dans Vigoureux, Mélanges bibliques, I. La Cosmogonie mosaïque d'après les Pères de l'Église.
poésie. Le ton dramatique, la mise en scène, l'idée grandiose lie l'aire tout apparaître brusquement à la voix de Dieu, tandis (pu^ laction divine n'a réellement produit le monde que lentement et jiar les causes secondes, la division en six strophes terminées par le même refrain et procédant par les mêmes formules, un prologue (v. 1 et 2) et une conclusion (II, v. 1 et 2) qui les enveloppent : voilà bien les traits qui caractérisent la poésie à large envergure. Aussi le premier (liapiii'c (le la Genèse a-t-il été toujours cité comme un exemple tle la plus sublime poésie.
Le morceau est comme détaché du reste de la Genèse, soit par l'objet ({u'il traite, soit par le caractère du style. Rien détonnant que l'auteur sacré ait mis le chant de la création au frontispice de l'histoire religieuse d'Israël.
Un plan idéal a manifestement présidé à la distribution des matières : les trois premiers jours sont consacrés à la séparation des éléments, et les trois derniers à leur ornementation : les mêmes objets sont placés parallèlement dans le même ordre pour chaque partie. Dieu orne, au quatrième jour, le jour et la nuit, séparés tout d'abord ; au cinquième, il orne les eaux d'en bas et le firmament avec les eaux supérieures, dont la séparation fut faite au second jour ; enfin, le sixième, il orne la terre ferme, séparée des eaux le troisième jour. On sait combien un tel genre comporte peu les développements chronologiques.
D'ailleurs, l'auteur ne pouvait écrire une histoire réelle de la création que par l'effet d'une révélation. Or, l'Eglise nous enseigne bien que ce texte a été inspiré, mais elle ne nous enseigne pas qu'il a été révélé : tout catholique sait la différence (pii existe entre l'inspiration et la révélation. De plus, une révélation eût pu être faite à l'auteur, en se restreignant au dogme, sans s'étendre à la partie scientifique : car il n'est pas ordinaire à la Sainte Ecriture de nous donner des révélations d'ordre scientifique.
Dans le cas présent, une révélation scientifique ne paraît pas avoir été faite. En effet, il n'y a rien qui puisse mettre le
savant sur la voie traucune découverte. Ce n'est même qu'en forçant les textes qu'on peut y voir des allusions aux choses découvertes par la science moderne. Tout le chapitre se com{)rend iort bien sans qu'on suppose à l'auteur des données scientifiques.
Que veut l'auteur de la Genèse ? Deux choses : 1" enseigner l'unité et la toute-puissance du Dieu créateur ; 2° établir la semaine et le repos sabbatique. Pour ces deux fins il avai^ reçu mission d'écrire : ainsi pensent tous ceux qui croient à l'inspiration.
Afin de mettre en reliet" la grandeur et l'unité de Dieu, l'auteur le représente tiiant du néant tout l'univers par un mot de sa puissance, ordonnant lui-même tous les éléments de ce monde, créant toutes choses dans un état de bonté, et préparant tout en vue de l'homme qu'il établit roi de la création. Quels sont les phénomènes les plus importants de la nature, les plus saillants aux yeux du vulgaire, les plus grandioses dans leur succession et dans la cause qui a dû les produire ? Le jour et la nuit, les océans et les nuées fécondantes du sol, les êtres qui ornent le firmament ou qui pullulent sur la terre et dans les mers, c'est le Dieu d'Israël qui les a faits, et par conséquent, c'est lui qui est le Roi du monde et l'unique Seigneur qu'il faut adorer.
Et parce que l'homme doit rendre à Dieu ses devoirs par le travail de six jours, et par le repos et la sanctification du septième, l'auteur inspiré distribue les œuvres divines en six tableaux successifs qui représentent les six jours-du travail : vient ensuite le repos de Dieu, modèle du repos sabbatique. Ce qui prouve que tout cet arrangement est figuré et fait en vue de la semaine, c'est que Dieu, précisément parce qu'il est tout-puissant et immuable, n'a point besoin de six jours pour opérer la création du monde et ne passe point en réalité, comme l'homme, du travail au repos.
Afin de mieux imprimer ces vérités dogmatiques et ces prescriptions rituelles dans l'esprit du peuple hébreu, Mo'ise les revêt de la forme concrète d'un récit, leur donne l'allure
cl la liar<li('ss(' il'un chant i^ocliciuc divise on sli"0])lios rég-uliôres, dramatise l'action de Dieu créant chaque être par la force de sa parole vivifiante. Il chanloriiistoirede la création : mais il n'en dispose pas les actes suivant l'ordre chronologi- (pu\ il ne (lit pas si Dieu ordonna les choses directement ou ])ar les causes secondes. Dans le mouvement poétique qui l'anime, il attache chaque œuvre à l'espace d'un jour, dont l'expression « soir et matin » indique bien les limites naturelles.
Pour nous, croyants, ce procédé même lui l'ut inspiré par Dieu.
Ainsi paile Tidéaliste. 11 trouve son interprétation plus simple (pie la précédente : il estime que son système dégage heureusement la parole divine de la confrontation avec les résultats delà science: il pense qu'un peuple de l'Orient, à imagination plus poétique que la nôtre, pouvait parfaitement comprendre ce procédé; enfin,. il ne croit pas être plus imprudent que les Pères partisans de la création simultanée. Au lieu de dire, avec saint Augustin, que la Genèse présente en six jours ce que Dieu avait opéré en un instant, il admet que la Genèse présente en six jours ce que Dieu a fait, nous dit la géologie, en des millions d'années par les causes secondes. Dans les deux cas, on fait abstraction de l'ordre réel |)Our affirmer que tout est présenté dans un plan idéal.
2. Par le seul fait que les idéalistes rejettent le sens proprement historique, ils ne peuvent s'attacher au sens servilement littéral. Le mot jour n'est 'pas pris dans son sens propre, mais dans un sens figuré.
Par exemple, ils n'admettent pas que l'auteur sacré ail l'intention d'affirmer que les astres furent créés dans l'espace de 24 heures, ni le quatrième jour ou la quatrième période, ni après la séparation des eaux el l'apparition des plantes : mais seulement que les astres sont, comme le reste de la nature, l'ouvrage de Dieu un et tout-puissant. A quelle époque ils furent formés ou rendus visibles, s'ils furent créés par un acte immédiat dans l'état actuel ou par l'effet d'une
évolution progressive, c'est ce que la Bible ne dit pas, ce qu'elle laisse à la science humaine le soin de rechercher.
Il est évident qu'une telle interprétation abandonne le sens strictement obvie. Le lecteur nous dispensera aisément d'appliquer la méthode à toutes les œuvres mentionnées.
II. Différentes formes d'Idéalisme. — Le système des Pères Alexandrins peut être appelé allégorisme. D'après Origène, Dieu a tout créé à la fois, suivant ces paroles : Creavit omnia simiil. {Eccli. XVIII, 1.) Les six jours sont purement allégoriques : le ciel signifie les anges, l'abîme signifie l'enfer, les eaux d'en haut et les eaux d'en bas sont les bons et les mauvais anges, le soleil et la lune sont le Christ etl'Eghse (1).
Saint Augustin rejette l'allégorie et y substitue le sijstème du plan idéal. Dieu a tout fait dès le début : certains êtres dans leur nature propre, comme les éléments, les astres, les esprits angéliques ; les autres, seulement dans leurs germes en vue d'un développement futur, comme les plantes et les animaux. Le texte génésiaque n'est ensuite qu'un exposé doctrinal, où la distinction des œuvres n'implique pas la distinction et la succession des temps, où les six jours ne sont quun moyen artificiel d'indiquer six espèces d'œuvres divines (2).
C'est vers 1850 qu'apparaît l'idéalisme moderne. Tandis qu'en France les écrivains catholiques inclinaient de préférence vers le concordisme, les auteurs allemands et- anglais penchaient plutôt vers un idéalisme plus ou moins accusé.
IMicHELis (3), qui paraît en avoir été le premier champion, explique son système par la raison suivante : « De deux auteurs, écrivant chacun de leur côté l'histoire de Charle-
(1) Hummelauer, In Genesim, p. 49. — Cf. Vigoui'oux, Mélfinges bibliques.
(2) CasteleÏD, La première page de Moïse, p. 60. Pour les renvois aux textes nombreux de saint Augustin, voir Hummelauer et Vigouroux.
(3) Professeur de théologie à la Faculté catholique de Breslau. \alur und Offenbarung, 1835, Munster.
inagno. l'un j){)un-ail adoplor un ordre slriclement chronologique, où les afTaires los plus disjjarates se succéderaient dans luie bigarrure complète. L'autre écrivain pourrait tout aussi bien traiter le même sujet suivant une série de grands points de vue logiques ; il pourrait, par exemple, considérer tour à tour Charlemagne comme homme d'Etat, comme législateur, comme chrétien, conmie père de famille, etc., et cette méthode ne porterait aucun préjudice à la vérité historique. » — Alors MicheUs ramène le récit biblique aux deux séries parallèles de trois jours, dont nous avons parlé plus haut.
GuTTLER (1), avec sa théorie concordiste idéalisée, se rapproche un peu plus du sens historique. Il admet un certain ordre chronologique conforme au sens obvie de l'Ecriture ; mais il a recours aux principes idéalistes pour expliquer comment l'auteur sacré s'éloigne de la chronologie rigoureuse. L'histoire est réduite à un plan; ce plan est déterminé par la relation logique des événements beaucoup plus que par la succession ; les choses ne sont pas signalées au moment de leur apparition, mais au moment où le plan de l'auteur l'exige.
Reush (2), qui avait été concordiste dans les trois premières éditions de son livre, devint idéaliste dans la quatrième. Dieu, dit-il, nous avertit seulement que le monde est son œuvre; (juand, dans quel ordre, par quel procédé. Dieu a produit ses œuvres, c'est ce qui n'intéresse pas la religion et ce que la Bible ne nous dit pas ; les jours cosmogoniques ne sont employés que comme la figure de la semaine qui doit se terminer par le repos du septième jour.
ScH^FER (3) nous introduit dans un système nouveau, celui
(1) Giittler, Les Études naturelles et la Bible, Herder, Fribourg en Bri.«gau, 1877. — Voir le compte rendu de l'ouvrage, par M. de Foville, Bévue des Questions scientifiques, t. YIl.
(2) Rcu.sh, Bible et nature. Il existe une traduction française. La 4e édition est de 1876.
(3) D' Schœfer, professeur d'exégèse à l'Académie de Munster, La Bible et la Science, 1881, Miinster. Analyse très détaillée de l'ouvrage, par M. de Foville, dans la Bévue des Questions scientifiques, t. XII, année 1882-83.
du révélalionisme, que le Père Hiimmelauer soutient avec beaucoup de vigueur. Nous empruntons à M. de Foville le résumé du livre de Schîpfer. — 1" Moïse est, dans THéxaméron, le rédacteur inspiré dune tradition qui remonte, pour le Tond et la forme, jusqu'au père de l'humanité. — 2" L'Héxaméron fut révélé à Adam par mode de vision, et ressemble par ce caractère à beaucoup des révélations qui furent plus tard communiquées aux prophètes. — 3'' L'ordre suivant lequel les œuvres de la création sont rapportées par le texte sacré n'est autre que celui des tableaux successifs dont s'est composé la vision d'Adam. Le texte est la reproduction fidèle (le la vision ; à chaque tableau de la vision correspond un jour du texte. — 4" Cet ordre de révélation n'est d'ailleurs j)as identique à l'ordre de production des œuvres créatrices ; ("est un ordre de conception intellectuelle communiqué de Dieu au voyant. — Pour montrer combien la part historique est incertaine, le Père Hummelauer emploie cette comparaison : « Tandis qu'Hérodote et Tite-Live ont mis en tète de leurs histoires des récits empruntés aux légendes et aux mythes des peuples, l'auteur sacré met en tète de son livre une cosmogonie empruntée, non à des mythes, mais à une révélation. De même que les historiens, tant qu'ils puisent aux sources mythiques, ne peuvent discerner ce qui est légendaire de ce qui est historique, de même l'aviteur de la Genèse ne pouvait distinguer, dans la cosmogonie révélée, la part historique de la part ajoutée par Dieu en vue de la religion... L'auteur de la Genèse nous apprend dans quel ordre 4es faits lui ont été révélés ; il nous laisse le soin de discerner s'ils se sont passés ou non dans l'ordre même où ils ont été révélés (1).
Mgr Clifford (2), évêque catholique de Clifton, en Angle
(1) Nous avons traduit exactement le texte du P. Hummelauer, In Genesim, p. 69. On s'étonne que le même auteur coudarane sommairement l'idéalisme en disant : « Auctores pauci, argumenta obstrusa, causa desperata. » Ibid., p. 67.
(2) Mgr Clifford a publié une série d'articles dans la Dublin Review, avril 1881, octobre 1881, janvier et avril 1883. — M. de Foville en a donné
ItMTO. proposa ou 1S81 le .^ii/slènic JiiimnoUxjujiw dont nous prenons l'exposé dans ses propres paroles: « [Le l*^"" chapitre <le la Cienèse] est un hymne sacré rappelant la consécration <le chacun des jours de la semaine à la mémoire de Tune ou de l'autre des œuvres faites par le vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, en opposition avec la coutume établie par les prêtres ée^ypliens de rapporter ces mêmes jours de la semaine au soleil, à la lune et aux planètes, et de consacrer chaque jour du mois à rappeler le souvenir des hauts faits de leurs fausses divinités... Lorsqu'il est dit que certaines œuvres ont été accomplies à certains jours de la semaine, cela ne veut rien dire autre chose, sinon que ces jours sont consacrés à la mémoire des œuvres dont on parle... Ouant à l'ordre suivant lequel les diverses parties de la création sont arrivées à l'existence, quant aux périodes de temps, plus ou moins longues ou plus ou moins courtes, écoulées jusqu'au moment où ta terre a revêtu son apparence actuelle, ce sont des questions qui n'ont aucune place dans le plan de Moïse, et qu'il n'avait aucunement à expliquer. Il n'y fait nulle part allusion : et voilà pourquoi, quelles que soient les conclusions auxquelles arriveront les savants sur ces matières, ils ne trouveront ni opposition ni appui dans le récit de Moïse (1). »
Ce texte a deux paj'ties : la première a fait peu d'adeptes, parce qu'elle a paru sans fondement et d'ailleurs inutile à l'explication de la Genèse ; la seconde, franchement idéaliste, a servi depuis quinze ans à opérer un mouvement très prononcé chez les catholiques vers l'idéalisme.
III. — L'Idéalisme que nous avons exposé rencontre deux sortes de contradicteurs, les concordistes etles critiques ; les premiers trouvent qu'il sacrifie trop le caractère historique, les seconds lui reprochent d(^ trop s'éloigner du sens naturel et immédiat du texte.
l'analy^^e dans la Revue des Questions scientifiques, janvier 1882 et avril 1883/
(1) Dublin Review, avril 1881. Traduction empruntée au livre de Zahm, Bible, Foi et Science, 1897-, traduction Flageolet.
« Nous rejetons ce système, dit simplement M. Yigouroux, parce que nous croyons... que le premier chapitre de la Genèse est historique. Rien dans le texte sacré n'insinue (ju'on doive entendre le langage de Moïse dans un sens idéal (1). »
Le P. Brucker estime de même que le récit de la création est strictement historique, et que, par conséquent, aucune hypothèse idéaliste ne i)eut se baser sur le texte de la Genèse. « C'est toujours la même chose ; pour voir de telles ingéniosités dans Moïse, il faut d'abord s'efTorcer d'oublier ce qu'il a écrit. Assurément, s'il avait voulu exprimer les idées qu'on lui prête, il l'aurait fait clairement ; car il parlait pour être compris, et il n'écrivait pas pour des esprits raffinés. Du moins il nous aurait laissé quelque indication, quelque clef, pour trouver ces belles choses dans ses paroles. Loin de là, la netteté de ses formules ne laisse aucune place à ces gloses trop savantes ("2), »
Ces remarques sont certainement judicieuses. Mais elles valent contre le concordisme du P. Brucker aussi bien que contre les différentes formes d'idéalisme qu'il combat. En effet, les jours-époques étaient aussi loin de l'intention de Moïse que tous les systèmes idéalistes (.3).
(1) Manuel biblique, p. 469, 10» éd.
(2) Questions actuelles (V Ecriture sainte, p. 167.
(3) Depuis quelques années, certains exégèles catholiques ont donné à l'idéalisme une forme nouvelle. Chacun sait que les écrivains sacrés, comme les Pères de l'Église, ont adopté les idées scientifiques de leur temps et en ont fait le support de la vérité religieuse qu'ils avaient à transmettre : ces données empruntées à la physique et à la cosmographie ne tirent aucune valeur objective du fait que l'écrivain inspiré les a utilisées. Mais, chez les peuples anciens, il y avait aussi des idées cosmogoniques: ou s'était fait une histoire de l'univers aussi bien qu'uue description de l'univers. Quand l'auteur sacré fut inspiré d'afûrmer et de propager le dogme du Dieu Créateur, il ne crut pas mieux faire que d'emprunter au milieu où il vivait le système cosmogonique reçu : il l'épura de polythéisme, l'adapta à ses fins, mais ne lui communiqua aucune autre valeur scientifique que celle qu'il avait. Dans cette hypothèse, le récit de la Création doit être pris au sens littéral, mais sans portée scientifique ni proprement historique.