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L'ADORATION

L'ancienne langue déjà était riche en expressions pour exprimer l'acte d'adorer les dieux avec respect et amour. Voici les principales :

1) Scr. nam, inclinare, puis, au moyen, inclinare se venerandi causa. — De là namas, salut, vénération (dénom. namasy), namasya, vénérable, namasyâ, adoration, numata^ maître, seigneur (respecté), etc.

Zend nemailh, nomin. nemô, adoration, nemaqy, dénom. adorer. — Pers. namîdan, incliner vers, namâz, adoration, prière, dévotion, culte, namâzî, dévot.

J'ai parlé déjà (t. II, p. 21 et 22) des significations divergente* qu'a prises la rac. nam dans le gr. vîfJLOô, le goth. niman} etc.

Je crois toujours que celles de se inclinare et venerari sont les primitives, et que npoûy tribuere, distribuera, a eu d'abord le sens d'honorer par un don (Cf. scr. namas, don, présent), de même que l'allern. verehren s'emploie dans la double acception de vénérer (aliquem) et d'offrir respectueusement (aliquid alicui). Le sens religieux est encore conservé dans vtfMÇj-fjuoç = scr. narnas, qui désignait, comme le lat. nemus, -om, un bois consacré.

Une autre coïncidence est celle du gaulois nemetum = fanum ; cf. Vememetis, fanum ingens (Venant. Fortun., I, 9), les noms de lieux Nernetactim, Nemetocenna, Vememetum, Tasinemetum, etc., terme conservé dans l'ancien irlandais nemed, sacellum (Z.,2 87), où cependant les deux dernières consonnes doivent être aspirées. L'ancien armoricain nous offre aussi nemet, nimet, sylva (sacra) (Z.2, 87). A la même racine appartient l'anc. cymr. nom, templum (Z.2, 87); cf. le moderne nwf, sacré, nyfed, sainteté. Le sens de bois sacré se retrouve encore dans l'anglo-sax. nimid, ! dont l'origine pourrait bien être celtique, puisqu'il manque aux autres dialectes germaniques.

2) Scr. bfiag, colère, fovere, amare ; bhafiana, adoration, bhakta, adoré, bhakti, culte, foi, dévotion, etc., zend baz^ donner, sacrifier. — Arménien bashdel, adorer, ba&hdôn, adoration.

Voir, p. 415, les noms de Dieu qui se rattachent à cette racine.

3) Scr. vf9 var, colère, venerari (eligere, optare, etc.); véd. vara, cultor (Rigv., I, 88, 2).

1 Grimm, D. Myth., 372, d'après YIndic. pag.: De sacris sylvarum quac nimidas vocant.

Zend vere, venerari; vairya, celui auquel il faut s'adresser pour obtenir l'objet de ses désirs (Burnouf, Yaçna, 174); varena, foi. — Pers. wârîdan, s'attacher à quelque chose, par~ warish, adoration, â-war, certitude.

Benfey rapporte ici le gr. cLqcl, pour yaçol ( Gr. VVL, I, 319), dftjTfi^ prêtre, etc.

Le lat. vereor, revereor, exprime un respect mêlé de crainte j cf. verecundia, reverentia, ver enter, etc.

Ici peut-être, avec l pour r, comme dans le lat. volo, goth; viljan = scr. it, velle, le cymr. gwolaeth ou gwolwch, adoration, d'où gwolychu, adorer.

Enfin, l'anc; slave vëriti, credere, véra, fides, viïrinu, fidelis^ russe vierar pol. wiara, foi, religion ; lith. wéra, id., etc. (Cf, zend varena), complètent une série d'analogies qui s'étend à presque toute la famille arienne.

Il est à remarquer que ces termes sont alliés de près à ceux qui, dans plusieurs langues, expriment la vérité, comme ce qui est excellent en soi, le lat. verus, veritas, le german. wâr, le cymr. gwir, l'irl. fir, firinne, etc.

4) Scr. van, ban, colère, servire, amare, petere; vên, id. De* là vana, adoration, vanin, qui adore, vanas, attrait, amabilité; vêna, sacrifice = yagna (Naigh., 3, 17), proprement désir, yœu;véna, adj., aimant, désireux (D. P.). — Cf. zend van7 protéger, garder.

Ici le lat. venero, veneror, et ses dérivés, dénom. d'un ancien thème vener = vertes = véd. vanas; aussi venus, dans5 venustus, et Venus, -eris, la déesse de l'amour.

A van ou vên, cupere, se lie le goth. vêns, espoir, attente, vénjan, espérer, scand. van, von, fiducia, spes, ags. wên, anc. allem. wân, id., et opinio. — Cf. anc. allem. wini, amicus.

5) Scr. sêv, colère, ministrare, venerari ; d'où sêvâ, ado-

ration, hommage, service, séintar, adorateur, sêvitva, dévotion, etc.

On a comparé depuis longtemps le gr. <tiGûû, 'Ojjlcu> vénérer, (TiGctÇy vénération, dciÇriç, impie, (tî/juvcç , vénéré, saint, etc. Je n'en connais pas de traces ailleurs. l

6) Scr. yag, colère et sacrificare, inaugurare, initiare; yogana, adoration, sacrifice. — Zend yaz, colère deos, sacrificare, yazata, digne du culte, nom des divinités secondaires, yâza, adorateur; yaçna, sacrifice avec prière, etc.

On l'a retrouvé également dans le grec ccÇœ, -opcti (racine cty), vénérer, d'où ctyioç, saint = scr. yatfya, adorandus, *y*Vw> consacrer, ct,yvoçy pur, sacré, etc. Le spiritus asper remplace ici l'y sanscrit, comme dans tffAîçoç9 cicur, deyam, domare, etc.

7) Sansc. éi (câyati), vereri, venerari, avec apa et ni, respecter avec crainte ; véd. éâyu, respectueux, apaéiti, vénération.

Comme éi est synonyme de éit, animadvertere (Cf. p. 283), on peut comparer l'anc. si. éitati, éitovati, colère, d'où éisli, honor, éistitelî, cultor, éitilishte, veneratio, etc.; illyr. citati, cjastati, polonais czczié, adorer ; lithuanien czésti*, honneur, louange, etc.

8) Scr. çlâgh, laudare, celebrare; çlâghâ, louange, service, çlâghya, vénérable, respectable.

Je crois retrouver cette racine dans l'irl. sleigh, sleachd, adoration, sleachdaim, adorer. Sur le Magh Slecht, campus adorationis, de l'ancienne Irlande, voy. O'Connor, Proleg. ad rer. hibern. script, vet., xxil et suiv.

9) Scr. mah et mahay, colère, honorare, proprement sans

1 Cf. Bopp (Vergl. Gr.*, 2, 238), Curtius (Gr. Et.*, 538), etc.

doute augere, magnificare, d'après le sens général de mah, mafia, mafiant, grand, fJLiyctç, magnus, etc. Cf. rnafih, crescere, augeri. — De là mahita, adoré, vénéré, maha, mahas, solennité religieuse, sacrifice, védique mahîyu, désireux d'adorer, etc.

Je compare le cymr. myg, mygr, myged, vénéré, solennel, majestueux, glorieux, saint, mygaw, honorer, solenniser, etc. Cf. le gaulois Mogounus (Apollo), (Orelli, Insc, 2000), Mogonti (deo), (ib., 2026, Britann.), et les noms d'hommes, Moghetius (Gruter, 1070, 7, Cisalp.), Mogovius (Antiquités de Nîmes, 94), Mogetilla (Gruter, 1099, 6/Cisalp.), Mogituma (547, 8, Arel.), etc.

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