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LA SAINTETÉ

Les objets de la vénération religieuse prennent un caractère que nous exprimons pur les épithètes de saint ou de sacré, qualité abstraite qui peut se rattacher aux notions diverses de pureté, de respect, de salut, de puissance, etc. L'ancienne langue possédait sans doute plus d'une expression de ce genre, mais il n'y en a qu'un petit nombre que l'on puisse lui attribuer avec quelque sûreté. Toutefois plusieurs de celles qui appartiennent aux langues particulières sont sans étymologies indigènes, et trouvent leur explication probable dans le sanscrit, ce qui les fait remonter, en tout cas, à une époque trèsreculée.

1) Le plus intéressant de ces termes est le zend çpeflta,

saint, parce qu'il se retrouve évidemment dans le lith. szwen-

tas, szwyntas, anc. prus. stvints, lett. svehtas, ainsi que dans

l'anc. si. 8vëtû, russe sviatài, pol. êtaiéty, illyr. met, bohém.

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swaty, etc., partout avec une abondance de dérivés. Le çp zend, en effet, répond régulièrement au çv sanscrit, comme au lith.-slave szw, sv. La racine et le sens propre de çpefUa sont encore un peu incertains, en l'absence d'une forme sanscrite (çvanta ?) correspondante. Le superlatif çpitama, à côté de çpênista, conduit à çpi (çpayéiti), purifier, d'où çpaéta, blanc = scr. çvêta, id., d'une rac. çvi hypothétique alliée à çvit, album esse. Cf. goth. hveits, blanc, anc. si. svêtû, lux, lith. szwêtimas, szwêsas, id. Aussi Haug (Gâthâs d. Zoroast., II, 98, etc. ) traduit-il çpefUa par blanc, en le rattachant à çpi, lucidum esse, au partie, prés, çpên pour çpyan, d'où les adj. çpefUa, çpenvat, compar. çpanyâoy superl. çpênista (ib., 120, 124). Benfey (Sâmav. GL, p. 187) présume aussi une racine scr. çvi = çvit, à laquelle il rapporte le véd. çvâtra, richesse ( éclat? ), et un mot ç vanta dont il n'indique pas le sens précis, mais qu'il compare à çpefUa. L'idée de sainteté dériverait ainsi de celle de lumière ou de pureté. Weber, toutefois (Ind. Stud., I, 324), s'appuie du véd. ça-çvant, permanent, de la rac. çu = çvi, crescere, pour rattacher l'idée de sainteté à celle de croissance, de permanence ou d'éternité.1

2) Le zend asha, ashi, signifie à la fois sainteté et pureté, vérité, comme ashya, ashavan, ashivat, saint et pur; mais la racine est ici plus incertaine encore que pour çpefUa. Burnouf ( Yaçna, p. 16) compare le scr. aééha, clair, transparent, dont

1 Pour le zend, cf. çpentay saint, c'estrà-dire propice, qui augmente, d'après Justi, de la rac. çpan, croître, faire prospérer ; d'où aussi çpânanh, augmentation, sainteté ; çpénvant, saint, compar. çpanyâoy superl. çpênista. D'après le D. P.,çaçvant signifie qui reparaît et agit toujours, frequens. Le çvânta de Benfey n'est donné qu'avec le sens conjectural de tranquille, paisible, d'une racine perdue çvam. Cf. aussi sur tout ce groupe de mots, Pott, WWb., I, 704 ; et, pour çpenta, Spiegel, Beitr., 5, 401.

l'origine toutefois est tout aussi problématique. Comme aécha, dans le sens d'ours, est probablement dérivé de rksha, en prakrit riééha ( D. P., v. c. ), et que le sh zend répond plus d'une fois au ksh sanscrit (tash = taksh, etc.), on peut conjecturer un thème primitif aksha, akshi. Or, en sanscrit, ce sont là des noms de l'œil, auxquels correspond le zend ashi, œil, et le caractère de la transparence, de la clarté, ne saurait trouver une meilleure application. Je crois donc à une dérivation commune de ces divers termes de la rac. aksh, permeare, forme augmentée de aç, id.1

Quoi qu'il en soit, Burnouf déjà compare avec ashyale gr. ocioçi saint, icioTyç, sainteté, mais sans expliquer la présence de l'esprit rude. Benfey ( Gr. WL, I, 436) cherche à en rendre compte, en recourant au scr. svaééha (su + aééha), bien transparent, bien clair, de sorte que o<rioç serait pour (TFotnoç = hypoth. svaééhya ou svakshya, comme i}A/$, doux, est pour <f¥t\$vç = scr. 8vadu. — Ce rapprochement semble préférable à celui que propose Kern ( Z. S., VIII, 400 ), de orioç avec satya, vrai, ce dernier mot étant déjà représenté par îtîoç9 suivant Kuhn (Z. S., IV, 400), appuyé par Sonne (Z. S., X, 345).

3) J'ai déjà parlé au § précédent, n° 6, du gr. ciyioç, saint = scr. yatfya, adorandus. Un troisième synonyme, hçoç> a été rapporté par Kuhn au scr. ishira, fort, robuste, vif, prospère, florissant, etc., qui s'emploie souvent dans le Rigvéda, comme épithète des dieux. Chez Homère, itçoç a encore une acception très-rapprochée du sanscrit, par exemple dans hç cç (ttçcctoç^ lîçoç êltyç oç, hçov fitvoç = scr. ishiram manas, esprit vigou-

1 Je vois que Justi (39) fait dériver de même asha de akhsh, voir, avec le sens propre de transparent

reux, expression qui se rencontre dans un passage védique (Kuhn, Z. S., II, 274). La suppression de la sifflante entre deux voyelles est régulière, et le spiritus asper peut avoir servi de compensation.

4) Le lat. sancio, sanctns et sacer appartiennent sans doute à une même racine, mais on ne s'accorde guère sur leur origine. Pott pense avec doute au scr. çank, timere, à cause du respect mêlé de crainte; puis il propose, comme plus probable, un composé de sa, cum, avec ané, colère, venerari (Et. F.1, 1, 232). On peut objecter toutefois que Va devrait être long. Benfey tente, avec bien peu de raison à coup sûr, une assimilation de sanctus et sacer au mot svaééha qui lui a servi à expliquer htrioç. On trouverait, ce semble, une solution meilleure en recourant à la rac. saéy venerari, proprement sequi, d'où le véd. saéathya, respectueux.1

5) Sur le goth. veihs, sacer, et le cymr. mygy saint, voyez p. 401 et 465. De ces divers rapprochements, les deux premiers seuls, avec le zend çpefiia et asha, autorisent suffisamment à admettre des origines proethniques.

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