LA PRIÈRE
L'expression immédiate du sentiment religieux est l'acte de la prière, par lequel l'homme se met en rapport intime et direct avec la Divinité. La prière, individuelle ou collective, constitue le culte sous sa forme la plus simple, et en reste un élément essentiel dans tous ses développements ultérieurs. Il est évident dès lors que les anciens Aryas ont dû invoquer les dieux qu'ils adoraient avec une foi sincère. Ils avaient sans doute plusieurs termes pour l'action de prier; mais comme ces
1 Cf. Rigv., I, 79, 3, rtasya payasâ piyânah, pluvia* latice recreans (Rosen).
2 Bugge (Z. S., 19, 406) pense que pius est dérivé de quius, et compare le scr. éi (câyati)y craindre, et respecter, d'où éâyu, adject., respectueux (D. P.).
termes peuvent se rattacher à des idées très-diverses, telles que uellesde demander, désirer, in voquer; adorer, etc., il est très-difficile, au milieu d'analogies assez nombreuses, de distinguer «■eux qui s'appliquaient plus spécialement à la prière religieuse, et cela d'autant plus que les transitions d'un sens à un itutre sont fréquentes. A une ou deux exceptions près, les rapprochements qui suivent sont assez isolés, ce qui leur ote une valeur que leur nombre ne compense qu'imparfaitement.
1) Scr. praéh, rogare, et precari, laudare; â-praéh, precibus celebrare ; préhâ, prchana, praéhanâ, demande , etc.
Zend perëç, rogare, quaerere, fraça, demande; pers. pursîdan, demander, ptirsâ, demande; ossète farsun, demander; kourde persim, je demande.
Lat. precor, prex, precatio, et proco, procor, procax, protraiio, etc.
Oymr. (?) par chu, perchi, vénérer, parch, respect, etc. Mais ce sens est-il primitif ou secondaire ?
Go th. fraihnan (frah,frehun,fraihans), rogare; ags. fraegnan, scand. f régna, anc. a\\em.fragen,<Toiifraga,fraha, questiOi Cf. forsca, id., et forscon, quaerere, etc.
Lith. praszyti, demander, praszimas, demande.
Anc. si. prositi, petere, pro&itett, mendicus ; russe prosUX, demander, prôsiba, prière, demande; polonais prosié et prosba, etc.
Cette racine est la seule qui se soit généralement conservée.
2) Scr. iy, var, optare, eligere, venerari, etc. Cette rac. déjà mentionnée ( Cf. p. 462 ) prend à la 9e classe, vrnîtê, l'acception de expetere, petere aliquid ab aliquo. Cf. âr-var,
adorer en priant, demander par la prière (Benfey, Sâmav. GL, p. 176).i
J'ai comparé plus haut, avec Benfey, le gr. dç a,, pour Fctç a, prière, cLçcLofAcu, dçuprtiç, etc.
Comme var, dans le sens de têgere, se contracte en ûr, ûrnôti = vrnâti (Cf. ûrna, laine, pour varna), il faut peut-être rattacher à l'acception de prier l'irl. urnaidJie, umaighe, erse urnuigh, prière.
3) Scr. ûh, attendere, animadvertere, etc. ( Cf. p. 291), avec le préfixe api, adiré, colère. De là ôha, piété, dévotion, méditation pieuse ( andaeht, D. P. ). Cf. erse ùidh = ùigh, attention, respect, désir, amour, espoir.
Pott {Et. F.1, I, 235) compare le gr. ivxop&h prier, eù^if, prière, etc., et Kuhn adopte ce rapprochement ( Z. S., X, 240). *
4) Scr. labh, obtinere ; labhasa, demandeur, solliciteur. Pers. labîdan, prier, lâb, lâbah, prière.
Au désidératif de labh, lips, obtinere velle, cupere, se lie peut-être le gr. A/Vro^CûM, éol. À/Wojiufc/, demander, désirer, prier, supplier, contracté en A/rofuei, d'où Àrriy, prière, etc. Cf. Hiad., ix, 502, où les Prières, Air*/, sont personnifiées comme filles de Jupiter.
5) Scr. nu, nû (nâuti), laudare, celebrare, clamare; nu, nuti, nava, louange, etc.;véd. nâu, voix (Naigh., I, 11).
Gr. vctvcû, prier avec instance, supplier, implorer. Cymr. neu, neuaw, panteler, désirer ardemment. Cf. pers. nawîdan, crier, se plaindre, nawâ, nuwâ, cri, son, voix, etc.
1 Suivant le D. P., seulement choisir, désirer. 1 Curtius (Gr. Et.*, 654) en doute, à cause de la différence des significations propres.
6) Scr. hvê (hvayati, kœcaté, hvâtâ, etc.), vocare, invocare, petere, orare; hûta, invoqué, hûti, invocation.
Zend zbê ou zbâ (zbâyêmij, invocare, zbâtar, invocator (Spiegel, Avesta, II, cxn).
Ane. sL zvati (zovâ), vocâre, zvanié, clamor ; russe zvatt, prier, inviter, appeler ; polonais zwaé (zowe), appeler, nommer, etc.
7) Scr. mad, petere, rogare, in Vedis (Westerg.), aussi laudare (aréati, Naigh., 3, 14), propr. exbilarare.
Ane. si. moliti, precari, molïca, molitva, preces, russe mo- Iftï, prier Dieu, etc. L7 est ici pour d ou pour dl ; cf. polonais modlic, prier, modla, prière, et le suffixe dlo des Slaves occidentaux, plus complet que le lo de l'anc. si. (Schleicher, Formenlehre, p. 129). Le lith. maldà, prière, semble être pour madlà.
Le changement de d en / paraît plus certain dans l'irL mxh laim, louer, moladh, louange, cyrnr. moli, célébrer, adorer, mawl, moliant, molud, louange, adoration , etc.
8) Scr. ish (tééhati), desiderare, iééhâ, désir, iééhu, désireux; ishudhy, prier, implorer, ishudhyâ, prière, etc., suivant le D. P., d'un subst. ishu ; cf. ishûy, désirer.
Zend ishudy, prier, ishud, prière (Haug, Gâthâs, I, 245).
Bopp ( Vergl. Gr., 1, 66) regarde iéh comme dérivé de isk, et compare avec Pott (Et. F.1, 1, 269) Fane. ail. eiscon, petere, poscere, ags. aescian, scand. aeskia, etc., auquel il faut ajouter l'irl. aiscim, le lith. jêszkôti, et Fane, slave isJcati (au prés. ishtâ), quœrere. De même, avec perte de la sifflante, le goth. aihtrôn, mendicare, d'une racine ih7 où l'A est pour éh, comme dans frah = scr. praéh, de prask. A cet t'A répond aussi le grec ik, dans irço-DCTtiç, mendiant ; cf. irçôiovofjuu, precari.
9) Scr. bhan (Naigh., 3, 14), laudare, colère. Anglo-sax. bên, prière, bênsian, supplier, angl. boon, scand.
bâriy baen, etc.
10) Scr. gandh, rogare (Dhâtup.).
Ane. irl. guidim, precor (Z.2, 429), guide, prex (id., 247); rac. gdd = gand, dans ro-gdd-sa, rogavi te, ro-gadammar, rogavimus (id. 440, 993). Cf. O'R., Dict., gadh et guidhe, prière.
11) Scr. îly îd, precari, precibns colère; laudare, celebrare. Cf. ïlâ, idâ9 la prière qui s'épanche, personnifiée comme déesse et fille de Manu.
Ane. irl. ailiu, precor, ailsi, oravit (Stokes, Beitr., 111,48). Irl. mod. ailim, prier, eile, prière.