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LE BEAU-FRÈRE ET LA BELLE-SŒUR

Le sanscrit est riche en expressions pour ce degré de parenté, avec des distinctions spéciales pour désigner le frère et la sœur du mari ou de la femme, le mari de la sœur, la femme *lu frère, aîné ou cadet, etc. Les significations apparentes de quelques-uns de ces noms sont singulières et énigmatiques. Pourquoi le frère de la femme est-il appelé kumbhila, le voleur, ou vâkkîra, le perroquet qui parle, ou vârakîra, le porteur, le cheval de guerre, etc. ? 5 le mari de la sœur ffrâmahâ- *aka, bouffon du village? Pourquoi la sœur cadette de la femme est-elle nommée kêlikunâikâ, la clef ou le petit poisson de jeu ? Ces désignations bizarres doivent se rattacher à quelques usages encore inconnus. D'autres, plus compréhensibles, >ont des titres laudatifs, comme bhâma, bhâmaka, lumière, pour le mari de la sœur, âtmavîra, héros, pour le frère de la femme, etc., ou bien des termes d'affection, comme nandâ, nandinî, la sœur du mari, celle qui réjouit l'épouse, aussi

1 De même Fick, 214, comme on dit en allemand die Sôhnerin.

* Pour une étymologie toute différente de mushâ, cf. Weber (Ind. Stud., 5, 260).

3 Wilson donne encore les acceptions très-différentes de feu marin, petit peigne, pou!! Le D. P. ajoute plusieurs synonymes également |>eti compréhensibles et qu'il laisse sans explication.

nanândar, pour tfananândar(?) avec le même sens, ou vaçâ, la dévouée, la bienveillante, etc.

Aucun des noms ci-dessus ne paraît se retrouver dans les langues européennes, mais il en est d'autres qui donnent lieu à des rapprochements intéressants.

1) Scr. dêvar, dêvara, dévala, dêvan, le frère du mari, et plus spécialement le frère cadet.

Gt. Jigfff, -tçoç, id., pour JiaFgf , JWfj.

Lat. lêvir, avec l pour d.

Lith. déweris.

Russe devert, illyr. djever, etc.

La racine est sans doute div, dans l'acception de lucere ou de ludere, jocari. Dêvar a pu être un terme laudatif , comme bhâma, le mari de la sœur, de bhâ, lucere, ou bien désigner le frère cadet „du mari comme le compagnon de jeu, l'ami badin de la femme, de même que dêva est un des noms de l'enfant qui aime à jouer. Tel est le sens que lui attribue Max Mïïller (Myth. comp., trad. fr., p. 42). l Au même groupe paraissent se lier le pers. dîtoak, bru, et le si. déva, jeune fille, avec Tune ou l'autre des significations ci-dessus.

Faut-il y rattacher aussi l'armén. dagr, beau-frère, qui se retrouve dans l'anglo-saxon tacor, et l'anc. ail. zeihhur, zet~ chur? Le changement d'un v primitif en gutturale dans l'intérieur d'un mot est à coup sûr fort insolite, mais plus admissible après tout que l'hypothèse d'une altération du mot, en sanscrit et ailleurs, lequel aurait perdu une A, suivant Benfey,*

1 De même Ascoli (Z. S., 12, 319).

* Gr. Wl., II, 217. Benfey ramène dêvar, pour dêhvar, à la rac. dih, polluere (coire), et y cherche un sens analogue à celui du grec M0J%o'ç. Mais comment une femme aurait- elle appelé ainsi le frère de son mari ?

III ô

ou celle d'un thème primitif daigvar, proposé par Ebel pour expliquer les formes germaniques (Z. S., VII, 272), et qui resterait lui-même sans aucune explication.

2) Scr. çvaçurya, beau-frère par le mari ou la femme, frère cadet du mari. Cf. çvaçura, beau-père, p. 59, comme titre d'honneur.

•Pers. cKûsrah, cJius, beau-frère.

Ane. ail. suehur, levir et socer; suâger, sororis maritus, megerinne, fratris uxor; ail. mod. schwager, etc.

Lith. 8zw6gerisl m., sztoëgerka, f., probablement du germanique.

Ulyr. svelcar, pol. twiekier, sororis maritus. l

3) Scr. syâla (çyâla, çyâlaka), frère de la femme; syâlâ (çyàlî, çyâlikâ), sœur de la femme.

Pott (Et. F., I, 131) retrouve ce mot dans le gr. cuXMh ctïïuoi (Hesych.),a<YAi6J (Etym. magn.), pour cL-ni/Mi, les maris de deux sœurs (Cf. Max Muller, Myth. comp., p. 26).

Le thème primitif me paraît avoir été svîyéUa, de svîya, ce qui est à soi, forme secondaire de sva, id., et parent, qui fait aussi svî dans quelques composés. Comme subst. féminin, svîyâ désigne une femme vertueuse, uniquement attachée à son époux. Je m'appuie, pour cette conjecture, sur l'analogie de Tanc. ail. suio, gesuîo, beau-frère; ail. moyen geshwîe, beaufrère, belle-sœur, et aussi beau-père, belle-mère, c'est-à-dire parent en général. La forme primitive svîycUa parait même conservée dans le scand. mît, conjux sororis, au pi. svUar, les maris de deux sœurs, comme ctit\iot.

4) J'ai traité déjà ( p. 12 ) du sanscr. yâtar, leviri uxor, et des termes correspondants en grec, en latin et en slave.

1 Ici, sans doute par contraction, l'anc. si. shourï, *Aoura,f., uxor fratris, pol. szurzy^ serbe, shura, bulg.*/wm(Mikl., Lex., 1138).

Je n'y reviens ici que pour faire observer que le sens de sustentare, de la rac. yam dans le Rigvêda (Cf. Westerg., Radiées, et D. P.), semble mieux que tout autre expliquer les mots en question. C'est l'épouse qui appelait yâtar la femme du frère de son mari, et ce nom signifiait pour elle le soutien, l'aide, l'amie. Le mari voyait de même dans la yantrakâ, sœur cadette de sa femme, la petite aide ou compagne de cette dernière, et les iivctTtçtç, janitrices, étaient les deux belles-sœurs se prêtant un mutuel appui. Mais cf. p. 12 et sqq.

5) H faut ajouter encore un nom sûrement ancien, bien que purement européen, de la belle-sœur, comme femme du frère ou sœur du mari: c'est le grec y* Août, ydXcàÇy latin glos, auquel correspond, quant à la racine du moins, l'anc. si. zluva, russe zolovlca, anc. boh. zelwa, pol. zelw, zelwica, etc.1 La racine, fort incertaine d'ailleurs, de ces noms est peut-être la même que celle de ycLhiçiç, y*hpiç, pur, clair, a-y*ÀÀ0, orner, y?Jjvoç* ornement, étoile, yÀijwf, jeune fille, etc.; cf. anc. si. zlûtï, bilis (splendida). Cela conduirait à la notion de lumière et de beauté, et à une signification analogue à celle de belle^sœnr. 8

1 Cf. aussi le phrygien yihct^. othxQoîi yvti (Hesych.), et, dans le même sens, un article d'Ascoli (Z. S., 42, 319).

* Comme un trait favorable à la vie de famille et aux relations sociales des anciens Aryas, on doit reconnaître encore que les vieillards étaient entourés de respect Cela résulte de ce qu'un des noms qui les désigne et qui s'est conservé presque partout conduit trèssûrement à cette conclusion. En voici les concordances principales :

Scr. sana, sanaka, sanaga, sanaya, etc., adj., vieux, ancien.

Zend /ïona, m., f., vieillard ; huzv. Adn, armén. hani,hin.

Gr. mç9 pour vmçf adj., vieux.

Lat. senex, vieillard; d. sanaka et Seneca, n. pr., en sanscrit aussi Sanaka, n. pr. (D. P., VII, 620); senius, id., et vieux (Cf. sanaya), sentwm, vieillesse, etc.

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