LE SERVITEUR ET L'ESCLAVE
D est bien certain que l'inégalité des conditions, non pas de droit, mais de lait, a dû se produire dès le début de toute société humaine quelque peu développée, et cela par la force même des choses. Ce n'est qu'an sein de la famille seulement qu'il existe une hiérarchie naturelle, fondée en principe aussi bien qu'en fait, et où chacun apporte à la fois ses droits et ses devoirs. D en est autrement quand les rapports sociaux s'étendent et se compliquent, et que des éléments étrangers à la famille viennent en modifier les conditions pri-
Goth. sineigs, *fcr£vnK, sinista, superlatif de *tn, le plus vieux, àltertter.
Lith. êénas, vieux, sénisy senélis, settuttif, vieillard, grand-père, senyste, senowe, vieillesse, etc.
Irl. f sert, senex, siniu, senior (Z.f, 10), sen-athir, avus, sen-mathir, avia (ib-t 858), senchas, vêtus historia, senchassi, antiquitates, statuta vetusta (ib., 787). Cf. sanaka, senex, et avec Sanaka, Seneca, les vieux noms irlandais Sencha, Senchân (Corm. Gl.), Senach (Martyr ol.y passim, et les chroniques).
Cymr. f hen, vieux, dans hen-dat, avus, hen-mam, avia (Z.2, 4062); hencassou, monimenta (Beitr., IV, 402) — irl. senchassi. Cymr. mod., corn., armor. hen, vieux.
La racine commune de tout ce groupe étendu ne peut guère être que le scr. $an, donner, accorder, etc., d'après Wilson et Westerg., aussi servir, honorer. Le D. P., il est vrai, ne donne pas ces acceptions, mais elles se retrouvent clairement dans le zend han, accorder, puis trouver digne de, et être digne, mériter, d'où hana, vieillard (Justi, 319). La transition de sens est la même que dans le sanscrit bhofi, donner, distribuer, puis se donner à quelqu'un, aimer, respecter, vénérer. L'anc. slave, qui seul fait défaut dans le groupe ci-dessus, a conservé la signification propre du zend dans sanù, dignitas, sanovltù, dignus, sanitû, sanctus, etc. (Mikl., Lex.)
mitives. C'est alors que commence la servitude, soit volontaire, soit forcée, Fane amenée par les vicissitudes de la fortune, l'autre par les violences de l'état de guerre. Dans le premier cas, le serviteur peut être un homme de même race que le maître, et n'aliéner son indépendance que partiellement au moyen d'un pacte; dans le second cas, il perd toute liberté, il devient la chose du maître, il n'est plus qu'un esclave.
Nous avons vu déjà que, chez les anciens Aryas, le nom de l'esclave était le même que celui de l'ennemi et du barbare, d'où l'on peut conclure que le prisonnier de guerre était réduit en servitude ( Cf. t. II, p. 260 et sqq. ). Mais, à côté des esclaves, il y avait aussi sans doute des serviteurs libres, des travailleurs à gages, dont la position dans la domesticité était d'une nature différente. C'est ce que l'on peut inférer de quelques anciens noms, sans qu'il soit possible cependant de déterminer une limite précise entre les deux degrés de servitude.
1) Scr. védique arati, serviteur, aide, ordonnateur, administer.
Gr. ÙTT-fiçiTfiç, id., id.; -Tiffut, -Tfj0"*$, service, aide, etc. (D. P., v. cit.)
Irl. ara, serviteur, cocher (O'R.)- Cf. t cltu, cocher (S. M., I, 6), ara, gén. aradh, id. (O'Don., Gl.)
Goth. airus, messager, anc. sax. eru, id.; scand. âr9 âri, nuntius, minister, famulus.
La racine est le sanscrit r, ar, dans le sens de adiré, colère, servire. Cf. art, arya, dévoué, fidèle, et l'adverbe aram, prsesto.
2) Scr. bkakta, bhaktila, dévoué, fidèle; bhakti, service, dévouement, bhatfana, id.; rac. bhatf, servire, colère.
Pers. baé, baéah, serviteur.
Lat. famulus pour fagmulus, comme stimulus pour stig-
mulus, et famés pour/açmes, du scr. bhaj, edere. De même familia, ombr. /anima, pour fagmUiOj c'est-à-dire l'ensemble du service (C£ Benfey, Gr. WT., II, 20; Kuhn, Z. 8., IV, 40, etc.).
Gaulois am-bactus, serviteur, client1 Cf. cymr. amaeth, operarius, agricoh, aeth = aet (Z., Gr. C, 179. Bettieosœ significationi* apud veteres Gallos, apud Cambras in paeifieam versa). Ce nom semble contracte de amb-bactus et ambirbacfus; ambij préf. = scr. abhi, gr. <tfK?>/, germ. «mW, anc irl. tmfc, imm, cymr. am, etc.
Goth. andrbahts, serviteur, ags. ambeht, anc allemand ambaht, id. ; scand. ambâtt, servante. Diffère dn gaulois, dont il ne provient sûrement pas, par le préfixe and = scr. ati, grec cirrl, etc.
L'affinité de tons ces termes semble évidente, malgré la diversité des formations, et indique une ancienne application de la rac. bhcuj et de ses dérivés à l'office des serviteurs. Comme la pauvreté et la servitude se touchent de près, et que Tune conduit à l'autre, je crois que l'irlandais bockt, pauvre, a signifié primitivement servQe, dépendant, et répond ainsi au scr. bhakta.
3) L'observation ci-dessus s'applique également au groupe suivant.
Scr. çravana, service, audition; çuçrûshaka, adj., obéissant, (D. P.), serviteur, de cru, audire, au désidér. çuçrûsh, auscultare, obedire, colère, d'où çuçrûshu, obéissant, etc.
Lat. client, -entis, pour cluens, de duo = scr. cru; cf. incli-
1 Ambactus apud Ennium lingua gallica servus appellatur (Festus, p. 4, éd. Lindemann). On le trouve, comme nom propre, sur les médailles et dans les inscriptions gauloises. Duchalais, p. 158 ; Orelli, 2774 ; Steiner, 1116, 1499, etc.
tus. Le thème cluent est un part. prés. = scr. gravant, audiens (Cf. Pott, Et. F., I, 213).
Ane. si. sluga, slujitelî, famulus, slujîba, servitus, slujiti, ministrare, etc. ; de sluti (slovd), audire, rac. slu = scr. cru. Cf. les dialectes néo-slaves passim.
Une transition de sens toute semblable se montre dans l'ancallem. hôrjan, audire, d'ailleurs sans rapport avec cru, à cause du goth. hausjan, et gahôrjan, obedire, hârsam, obediens, etc. De là l'allemand mod. angehôriger, client, subordonné, etc.
4) Scr. bharafa, bhfta, bhftya, serviteur, c'est-à-dire celui qui est nourri, entretenu, ou qu'il faut nourrir, par opposition à bhara, nutritor, bharu, bhartar,' bharanda, maître, etc. Cf. bhftx,bhftyâ, bharana, bharma, salaire, entretien, gages, etc. L'épithète de bharafa, donnée au dieu Agni, désigne probablement le feu qu'il faut sans cesse alimenter. BJiarata ou bharafa signifie aussi un acteur, un mime, primitivement sans doute un salarié.
Pers. bardah, serviteur, esclave. Cf. burdan, ferre.
Lith. bernas, id., valet, bernyste, servitude, etc. ( Cf. sansc. bharana.) H n'est pas impossible que le nom des bardes celtiques, gaul. @<tç£oç, bardus, irl. erse bârd, cymr. bardd, corn. barth, armor. barz, ne provienne de la même source que le scr. bharafa; car les bardes, comme les anciens sûtas de l'Inde, étaient des chanteurs à la solde des chefs et qui faisaient partie de leur suite.
5) Scr. upâsaka, serviteur, upâsana, service, de as, sedere, morari, manere, actionem continuare, avec upa, servire, ministrare.
D'après le sens de vaquer assidûment à quelque chose, qui appartient à la racine simple, je crois qu'on peut y rapporter
le goth. asneis, valet, mercenaire, anglo-sax. esne, anc. allem. asni, asnari, id. Le goth. asans, moisson, auquel on Ta rattaché avec l'acception propre de moissonneur, ce qui semble peu probable vu le sens général du mot, peut cependant provenir de la même racine s'il a désigné primitivement le travail auquel il faut vaquer assidûment.