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LE NOM

L'unité de la famille trouve son expression dans le nom que le père transmet à ses enfants. Les noms propres doivent partout leur origine à la nécessité de distinguer les personnes; mais leur extension collective aux familles ne s'est opérée que dans la mesure du développement de la famille elle-même, et de l'importance qu'elle avait dans la vie sociale. Chez les anciens Aryas, où ce développement était déjà très-complet, les noms de famille ont dû tenir une place considérable; et il est certain que le haut prix attaché à la pureté de la race, ainsi qu'au nom transmis par les ancêtres, est un trait caractéristique des peuples ariens en général. Ce qui prouve d'ailleurs l'antique importance du nom, c'est que le terme primitif qui le désignait s'est maintenu d'une manière très-remarquable. Ainsi :

Scr. nâmariy nom, nâmya, connu, célèbre nâma, adverbe, nominalement, c'est-à-dire, etc.

Zend nâman, pers. nâm, kourde nàve, ossète, nom, afghan nûm, armén. anun.

Gr. OVOfACÙ, -citoç.

Lat. nômen ; nam, nempe, particules, peut-être aussi enim.1

1 Sur l'identité du lat. nam et du scr. nâma, cf. Bopp, Pott et sur-

Ane. irl. ainm, gén. ainmin; cymr. ento, corn, hanow, plur. hynwyn, armor. hanv, hanô, avec h inorganique.

Goth. namo, plur. namna, ags. nama, scand. namn, nafn, anc. allemand namo, etc. .

Ane. prus. emnes, emmens.

Anc. slave tW, russe imia, polonais imte, illyrien ime} etc.

Albanais nam, réputation.

Le thème primitif de ce mot paraît s'être altéré déjà à l'époque préhistorique, car il est admis très-généralement que nâman est pour tfnâman, de gnâ = gnâ, noscere. La consonne initiale perdue reparaît encore dans le latin co-gnomen; cf. nosco et co-gnosco, ainsi que i-gnotus, et surtout gnarusy etc. Les variations de ce mot offrent un parallélisme remarquable avec celles de napât, etc. (Cf. p. 41 sqq.), où la consonne supprimée est la même. Le nom était ainsi ce qui fait connaître, le signe, et il est à observer que l'hébreu shem, arabe ism, nom, a exactement le même sens, d'après Gesenius.1

Un fait singulier, que je note en passant, c'est que ce terme

décidément arien se retrouve au loin dans les langues de

l'Asie du nord, et cela sous des formes qui n'indiquent point

une provenance du slave. Ainsi les nombreux dialectes finnois

offrent nimi, nam, nim, nema, nem, etc., le samoiède a nim,

nimde, le korièke ninna, le youkagir name$e, et même le

tchouktche ninnâ?

tout Kuhn (Z. S., IV, 375), où quisnam est rapproché de ko nâma et nempe de nam + api = api nâma, comme en pràkrit kimpi pour kim api.

1 II est curieux que l'ancien slave ait formé à nouveau de znati, noscere = gnâ, le substantif znamenUe, signum, tandis que l'ancien terme imë a perdu les deux consonnes initiales.

* Cf. les Vocab. Petropol., n° 54, et YAsia polygl'. de Klaproth.

Au double point de vue de la philologie et de l'histoire, l'étude des noms d'hommes a an grand intérêt; niais, comme ces noms changent d'âge en âge, et que les pins anciens qui nous sont connus restent encore relativement modernes, on pourrait croire que les coïncidences, parfois très-frappantes, que Ton remarque entre des noms indiens et européens, par exemple entre Satyaçravaset ÈtîokùjJç (Cf. t. II, p. 265), Dèoar datta et &îo Mtoç, Deodatus, etc., là surtout où les deux composants ont gardé leur signification propre, ne remontent pas jusqu'aux origines de notre race, et ne prouvent autre chose que la grande affinité des langues, qui ont exprimé les mêmes idées par les mêmes composés. l Toutefois, Fick, dans son ouvrage récent: Die griech. Personennamen, etc. ( Gb'ttingen, 1875), a montré qu'un même système de formation des noms propres se retrouve dans toutes les langues de la famille arienne, à l'exception du latin et du lithuanien, qui l'ont modifié. Cet accord s'étend, non-seulement an mode général de dérivation et de composition, mais aux éléments mêmes des composés, et ceux-ci sont parfois si complètement identiques ■que l'on ne peut guère se défendre d'y voir des noms propres réellement proethniques. En tout cas, les analogies générales signalées par Fick prouveraient suffisamment, contrairement à l'opinion reçue, que la formation de composés binaires était en usage déjà au temps de l'unité arienne (Cf. t. I, p. 63, note). Aux exemples divers que Fick en a donnés (p. cxcn, sqq.), j'en ajoute dans la note ci-dessous quelques-uns tirés des langues celtiques.2

1 Tel est probablement le cas pour la triple coïncidence des noms simples, scr. Sanaka, lat. Seneca, irl. Senach, venant respectivement de sana,senex et sen, vieux. Cf. p. 68.

* 1) Scr. A tibala, m., -lâf f. (D. P., 1, 98), comme adj., ati-bala% très-

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