LA TRIBU
La tribu s'est formée d'abord naturellement de la réunion de plusieurs clans, et on ne saurait douter que cette réunion ne se soit effectuée chez les anciens Aryas, bien que le nom par lequel ils la désignaient reste incertain. A mesure, en effet, que les degrés des divisions sociales s'élèvent et se généra-
« Triad., 88 et 162. Probert, Andent laws of Wales, p. 46 et 61.
lisent, leurs dénominations se diversifient dans les langues congénères, à raison des changements et des recompositions qui ont eu lieu à partir de la dispersion. Pendant les longues migrations, les unités supérieures s'affaiblissaient plus ou moins, tandis que le clan, et surtout la famille, cet élément indestructible de la société, se maintenaient intacts à travers toutes les perturbations.
Le nom le plus ancien de la tribu que nous connaissions est sans doute le zend zantu, conservé dans le titre du zantupaiti, supérieur immédiatement au vîçpaiti, et au-dessus duquel il n'y a plus que le danhupaxti, ou chef de province. Burnouf attribuait à zantu le sens de ville ou de création,1 mais Spiegel, qui le rend d'abord par forteresse, burg (Avesta, I, p. 132, 170), le traduit ensuite (76., II, 25, 109, etc.) par stamm, genossemcliaft, c'est-à-dire tribu. C'est là assurément sa signification véritable, puisqu'il dérive de zan = scr. jan, nasci, oriri, et qu'il ne peut guère s'appliquer qu'à la race commune des familles et des clans.8 Le grec <pv\ij, de Que*, ne désigne pas autre chose, et le corrélatif sanscrit §antu, dans le style classique un animal, une créature, se prend encore dans les Vêdas comme synonyme de tjana ou manushya, homme, et au plur. tfantavas, pour les gents, les individus dépendants de la famille, etc. (D. P., v. cit.) H est fort possible que plus anciennement encore il ait eu, comme le zend zantu, l'acception de tribu; mais, chez les Indiens, ces divisions sociales primitives se sont effacées plus ou moins pour faire place à une organisation nouvelle, et je ne connais pas de terme sanscrit qui s'applique exactement à la tribu.
1 Comment, sur le Yaçna, p. 228.
* Cf. dans Justi (120) zantu, d'après Neriosengh, une réunion de trente hommes et de trente femmes, une communauté.
Dans les langues européennes, c'est le lat. gens, -nti&} qui, sauf le suffixe ti au lieu de tu, répond le mieux au zend, mais plutôt avec le sens propre de clan. Cf. opr. tfati, famille, race, et p. 5.
Je laisse de côté les autres termes européens qui, faut*' de corrélatifs orientaux, ne sauraient être considérés comme proethniques.