LÀ FAMILLE
Toute société humaine repose sur la famille, et c'est par là nécessairement que le monde a commencé. La famille constitue l'unité primitive d'où sortent successivement le clan, la tribu et la nation, unité qui se maintient toujours par la force des choses, et qui ne saurait être abolie, ou seulement faussée dans son essence, sans faire violence aux instincts les plus profonds de notre nature. La famille, en effet, est essentiellement morale. Les devoirs réciproques en constituent le lien nécessaire; mais le devoir est ici tempéré par l'amour, et son joug est doux à porter. Le problème difficile d'une conciliation entre les principes opposés de l'autorité absolue et de la liberté individuelle se trouve ainsi résolu de prime abord par une disposition providentielle.
H résulte de là que rien n'influe plus sur l'état social et moral d'un peuple que la constitution de la famille. L'exagération ou l'affaiblissement de l'autorité paternelle, l'indépen-
dance ou l'esclavage de la femme et des enfants, dénaturent également cette institution sacrée, et entraînent à leur suite des maux infinis. Aucun avantage, cherché en vue de l'Etat seulement, ne saurait compenser de si funestes influences, puisque. le but de l'Etat doit être, en définitive, le bonheur des individus par la moralité. Ce serait une question intéressante que de rechercher quelle action la constitution de la famille a exercée sur les destinées des peuples. On verrait comment toute déviation de l'ordre naturel est devenue, tôt ou tard, une cause dissolvante, parce que tout ce qui compromet l'équilibre moral de l'homme imprime une fausse direction au développement social.
L'existence de la famille dès les temps les plus anciens et chez toutes les races d'hommes, est évidente par elle-même, mais son degré de valeur a dû varier considérablement, dès le début, suivant le caractère de ces races. H y a là un problème qui se dérobe à toute investigation historique, et qui ne devient accessible, jusqu'à un certain point, que par le secours de la linguistique comparée. Je dis jusqu'à un certain point, car les termes qui désignent les divers membres de la famille sont en général au nombre des plus anciens et des plus obecurs. Quelques-uns, comme les noms du père et de la mère, dérivent ordinairement des premiers bégaiements de l'enfant, et n'ont jamais eu aucun sens étymologique; d'autres ont presque toujours perdu leur signification primitive, qui aurait pu nous éclairer sur les idées que l'on y associait. Pour la race arienne, toutefois, il se trouve heureusement que nous sommes placés dans des circonstances plus favorables que partout ailleurs. Les anciens termes de cet ordre se sont maintenus avec un ensemble remarquable, et la plupart expriment encore, avec une certitude suffisante, le caractère ou le rôle
attribués aux membres de la famille. On peut arriver ainsi à se faire une idée assez complète des rapports et des sentiments qui les reliaient entre eux. L'étude de ces termes a donc une importance particulière pour l'histoire morale et sociale des anciens Aryas, et nous devons leur consacrer un#examen détaillé et approfondi. l