LA FAMILLE EN GÉNÉRAL
Plusieurs des noms de la famille peuvent être considérés comme proethniques, mais un seul groupe s'est conservé avec quelque extension dans les langues congénères.
1) Scr. tfanana, tfâti, abhtyana, paritfana, famille, lignage, race, etc., de §an, gignere, generare, nasci, oriri = zend zan, d'où zantu, tribu.
Pers. ni-jâd, ni-jâdah, famille, race; nu-jâd, id. Cf. sanscr. anugâta, né après, né semblable ; zâd, naissance, de zâdan, engendrer et naître. — Armén. §êd, race.
Gr. yivoç, yiwct, etc.; rac. yivy ytivo/^ctij yiyvoftcti, etc.
Lat. gens, gentis ; genus, etc.; cf. gigno.
1 Je n'aborde pas la question des origines tout à fait primitives de la famille, lesquelles échappent à toute solution positive. Ce n'est que par des hypothèses très-contestables que Ton a voulu faire sortir la famille d'un état antérieur de promiscuité bestiale, de même que Ton prétend ne voir dans l'homme que le descendant perfectionné d'un singe anthropomorphe. A quelque époque et dans quelques conditions que l'homme ait fait son apparition sur la terre, il a dû, dès le principe, apporter avec lui, au moins en germe, les facultés morales et intellectuelles qui, en bien comme en mal, le séparent de l'animalité, non-seulement en degré, mais en nature. Ce qui est positif, quant aux Aryas, c'est que, aussi haut que nous reportent les témoignages de leur langue, c'est-à-dire aux temps préhistoriques, la famille était déjà moralement constituée .
Irl. ginél, cinéal, cine, cineadh, famille, race, clan; degenim, aeanaim, etc., engendrer. — Cymr. cenal, cenel, cenedl, race, clan, avec c pour# comme en irlandais, mais aussi geni, naître, pan,genid, naissance, etc.
Goth. kuni, ags. cynne, scand. kyn, anc. ail. chunni, race, tribu, etc. Cf. goth. keinan, germinare.
Nous retrouverons cette rac. gan à plus d'une reprise dans les noms du père, de la mère, de la femme, des enfants, et d'autres qui se rattachent aux notions de race et de génération. Les rapprochements qui suivent sont plus isolés et moins sûrs, mais quelques-uns conduisent à des significations d'un caractère plus spécial.
2) Scr. trapâ, famille, venant probablement de trp, tarp, gaudere, exhilarare, ainsi que trapâ, gloire, célébrité, plutôt que de trap, pudere, d'où trapa, honte, etc.
Cf., § 277, 7, les noms européens du village, du domicile, de fa maison, de la tribu, qui paraissent se rattacher à cette ancienne désignation de la famille considérée comme source de bonheur. — Une association d'idées analogue semble relier le goth. heiva, iigs. hîwo, hîwariy scand. hî, plur. Aiu, anc. allem. hîwo9 etc., famille, maison, etc., au sanscr. çiva} bonheur, bien-être, de ft, quiescere, avec affaiblissement de la voyelle. Cf. § 277, 6, etc. Aux termes comparés il faut ajouter le latin civis, primitivement membre de la famille, osq. kevs, d'où citritas, -atis, qui rappelle le sanscr. çivatâti, oe qui donne le bonheur, heureux, propice.
3) Scr. âararia> famille, race (Wilson, Dict.), aussi action d'errer çà et là, de 6ary errare.1 — Ce nom paraît remonter au temps de la vie pastorale, d'autant mieux que nous avons vu
1 Dans le D. P., seulement action d'errer, carrière, conduite de la vie.
dériver de la même racine plusieurs termes qui s'appliquent au pâtre, au pâturage et au bétail (Cf. p. 15).
Comme éar devient éal, d'où éalana, errant, éalat, mobile, etc., je compare l'anc. si. kolëno, race, tribu; russe *pokolieney famille, etc. Le sens de genou pour kolëno dérive de celui d'articulation mobile; cf. âlienU, élanit, articulation, membre, et pol. kolanko, id. Voy. aussi p. 146. Il est probable que l'anc. slave élovëkU, homo, russe celoviekûj polonais czlomek, etc., dérivent de la même racine, et désignent l'homme comme l'être actif et mobile. Telle est également la signification du scr. éarshani, qui s'emploie au pluriel pour Jiomines, populus, et que le D. P. rapporte à la rac. éar. Un autre terme d'une affinité encore plus immédiate est l'anc. si. et russe éeliadîy famille, pol. czeladz, boh. éeled, etc. Ces noms, conservés par les Slaves seulement, semblent indiquer, ainsi que d'autres encore, que ces peuples sont restés plus longtemps attachés à la vie pastorale, dans les steppes de l'Asie, que leurs collatéraux européens.
4) Scr. âli, race, famille, lignage; proprement, ligne continue, série, peut-être de ar, oriri.
Irl. erse <U9 race, tribu; àlach, id., de alaim, ailim = alo, goth. alan, etc., nourrir, faire croître = scr. ar.
D est curieux que l'arabe âl signifie aussi famille, race, progéniture.
5) Scr. ibha} famille, état de maison, serviteurs. Origine incertaine. !
Ane. allem. eiba, en composition seulement dans quelques noms de lieux, comme Wetareiba, Wingarteiba (Graff, Spr.
1 Wilson donne bien une racine ibh (imbhayatê), to collect, accumula te, qui expliquerait ibha, mais elle ne se trouve, ni dans les Radices de Rosen et de Westergaard, ni dans le D. P.
8ch.yt. I, voc. cit. ), et équivalant à goum, district, pagus, etc. L'extension de sens se comprend aisément.
SurPirl. ibh, aibh, tribu, pays, etc., que donnent O'Reilly et O'Brien , mais qui est contesté par Stokes , voyez 1. 1, p. 45.