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L'IMPOT, LA TAXE, LE TRIBUT

L'imposition de la propriété privée au profit de l'Etat ou du chef de la communauté, est une des conditions nécessaires de toute société organisée, et les anciens Aryas n'y auront point échappé. Ici, toutefois, les termes comparables sont rares et isolés, parce qu'ils ont changé naturellement à la suite de développements sociaux nouveaux et variés. Aussi les rapprochements qui suivent restent-ils, en partie, dans le domaine des conjectures.

1) Scr. bhâga, taxe du roi, part du souverain dans le revenu d'un sujet, aussi intérêt d'un capital; bhâgika, qui porte intérêt, bhâgadhêyay revenu royal, littéral, ce qui est à prendre comme part, shadbhâgabhâg, un roi qui perçgit le sixième comme impôt. Le sens propre de bhâga est part, portion, de bha$, dividere, dare, en zend baz.

Ane. pers. bâgi, tribut (Lassen, Insc. des Achém., Z. S./. d.Kunde des Morg^ VI, 45); pers. bâg,bâj, armén. baj} taxe, revenu. Cf. pers. bâc/Uan, donner. A la forme désidérative de bhag , en zend baksh, pers. bachshîdan, se lient baksh7 lot, dette, taxe, bachshîsh, don, présent, baksh baiulary douane royale, etc. l

1 Cf. le zend bakhdhca, adj., probablement tributaire (Justi, 209), de baz.

C'est à cette forme baksh que paraît répondre Y\r\.bés, béas, taxe, tribut, avec 8 pour ksh, comme dans des, deas, dexter = scr. dakska, cos = lat. coxa et scr. kaksha, etc.

Le russe o-béju, taxe, impôt, se rattache sûrement à bhâga et au pers. bâ§, bhâj; mais je n'ai pas su le retrouver dans les autres langues slaves, et c'est peut-être là un mot importé de l'Orient.

2) Scr. bali, taxe, revenu royal, offrande, oblation. Cf. rac. bal, dare (Dhâtup.).

Comme le b et le v alternent souvent, on peut supposer une forme vali, dont un corrélatif parait se retrouver dans l'irl. fal. Les anciennes lois Brehon désignent par ce mot la taxe payée à un chef pour s'assurer de sa protection (O'R.).

3) Gr. t€À0$, cens, tribut, taxe, paiement, et fin, terme, accomplissement, etc., tîXiûû, payer, et finir, accomplir, téà«mv9 vectigal, etc.

Irl. moy. taile, salaire (Stokes, Ir. GL, 739), erse taileas, stipendium, merx.

Cymr. toi, paiement, talu, payer.

On ne peut guère penser, pour le celtique, à un emprunt fait au grec, et il faut remonter à une source commune; mais le sens originel reste incertain. Pott {EL F., I, 223) ramène non sans probabilité riXoç, fin, à la rac. sanscr. tf, tar, transgredi; toutefois, bien des analogies semblent conduire plutôt à la notion primitive de fixer, établir, et par là à la rac. scr. tal (talati, tâlayati), fundare, stabilire, expliquée par pratishfhâ, pratishthiti, accomplissement, par exemple, d'un acte de dévotion ou d'un vœu, vratasampûrna, talati vratam, sol vit votum (D. P.). Cf. gr. TîteTtj, accomplissement et cérémonie religieuse. De là aussi tala, surface plane, fond, base, talita, fixé, établi (Wilson), talima, sol, plancher, couche, lit, talaka, talla,

étang, etc., termes qui se retrouvent, avec ces diverses acceptions, dans plusieurs langues européennes. Ainsi, anc. si. tlo, au plur. tla, tula, pavimentum; pol. tlo, plancher, parterre; gr. TîAfjUL, étang; irl. moy. talam, mod. talamh, terre ; anc. irl. talmande, terrestris (Zeuss, 36); cf. tail, substance, masse solide, et taileamhuil, solide; tlachd, terre, tealla, teallach, terre et#foyer;cymr. tail, surface de la terre, sol; lat. tellus et Tellumoy un dieu de la terre, etc., etc. * Le D. P., il est vrai, ramène tala à la rac. star, sternere ; mais, à moins d'admettre une dégénérescence déjà proethnique, il est difficile de croire à un retranchement simultané de Y s initiale dans tous les termes comparés.

Il est probable, d'après tout cela, qu'un ancien nom du tribut, corrélatif au grec et au celtique, a signifié ce qui est fixé, établi, comme le lat. stips, stipendium, cf. stipo = sansc. sthâpay, causât, de sthâ.

4) Lat. census, taxe, censio, censor, etc.

Anc. irl. cïs, id. ( Zeuss, 26), cùtae, censorius (ib., 763); irland. mod. dos, tribut, rente ( O'R.); erse cis, gén. cisean, tribut.

Ici, comme pour les termes précédents, il n'y a pas eu emprunt de la part de l'irlandais, car la suppression régulière de la nasale, d'où résulte le maintien de 1'*, indique une affinité primitive. La racine commune est, en effet, le scr. çafLs, indicare, d'où çaHsita, déclarer, annoncé, â-çafisâ, déclaration, etc. Le lat. censeo, dont la forme indique un dénom., taxer, estimer, évaluer, puis juger, etc., signifie proprement déclarer, et census est la taxe fixée par la déclaration. Toutefois l'analogie du latin et du celtique ne prouve que l'existence d'un nom très-

1 Kuhn [Beitr., I, 368) rapporte tellus au scr. d/ianvan, terre sèche, désert, ce qui me paraît un peu forcé.

*rS

ancien, mais qui peut bien n'être pas proethnique dans le sens absolu.

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