‹ Les origines indo-européenesChapitre 4 sur 115 · L'INSTITUTION DU MARIAGE · texte numérisé non relu

L'INSTITUTION DU MARIAGE

S'il est certain que la famille est la base de toute société humaine, il ne l'est pas moins que le mariage constitue la condition nécessaire de tout développement complet de la famille, parce que seul il assure d'une manière permanente les rapports mutuels et les droits respectifs des membres qui la composent. Il importe donc de montrer d'abord que le mariage existait chez les anciens Aryas. Les preuves de ce fait ne font pas défaut et sont de nature à ne laisser aucun doute.

1) La rac. scr. vah3 vehere, ducere, avec ou sans les préfixes ud et vi, se prend aussi dans le sens plus spécial de ducere uxoreni. De là un bon nombre de dérivés, tels que vahyâ, épouse, littéralement ducenda, ûdhâ, femme, participe passé de vah, c'est-à-dire ducta, anûdhâ, fille non mariée, non ducta, navâdhâ (nava -f- ûdhâ), nouvelle mariée, fiancée, bru, vâdhar (de vah + tar), vivôdfiar, époux = ductor, udvahana, mariage, vahatu, vivâha, noce, vivâhya, gendre, etc.

Cette acception spéciale de vah se retrouve aussi en zendpour le mot correspondant vaz (Justi, 264). Ainsi, dans le Yaçna, 53, 3, vazyamnabyo kainibyô, nubentibus puellis, d'après Haug (Gâthâsd. Zor., II, 34). — Le corrélatif lith. veszti (veéu), ducere, s'emploie de même dans quelques locutions, comme mart-veii8, celui qui conduit l'épouse chez l'époux, en alle-

mand brautfûhrer, marczid parsivezsti, emmener la mariée chez soi, etc.

Comme en sanscrit la femme est aussi appelée vadhû , badhûj vadhukâ, et la fiancée vadhûti, et que de plus on trouve vivadha, fardeau, joug, route, etc., on a conjecturé que vadh était la forme primitive de vah ; l mais cela reste douteux. La forme vah, en effet, se retrouve dans la plupart des langues congénères, zend vaz, gr. îX&> *XfiÇ> °XtMy l*t. veho, goth. vigan, etc. (Cf. 1. 1, p. 157 et t, II, p. 143), et vadh est également représenté dans plusieurs de ces langues. En sanscrit, comme ailleurs, les deux formes doivent avoir coexisté, et Tune ne semble pas plus primitive que l'autre. H se peut même qu'elles soient en réalité radicalement distinctes.

En zend, la racine vad, aller, couler, au causât, conduire, emmener, d'où vaidi, fleuve (Spiegel, Avesta, II, 26, Introduction, et Z. S., V, 232), se prend aussi dans le sens de uxorem ducere (Justi, 269) et rend ainsi compte du sanscr. vadhû, uxor. De là également l'afghan vâda, mariage; mais ce qui est plus important, c'est de voir reparaître cette signification spéciale dans plusieurs langues européennes. Ainsi :

Lith. westi (wedù), conduire et épouser; d'où wedys, prétendant, wedlys, fiancé, wedéklys, jeune homme nubile, ne-wedélis, homme non marié, pa-wadà, femme épousée en secondes noces, 8iirwedimma8 , mariage, par-wedininkai , ceux qui amènent l'épouse, les paranymphes, par-westuwes (pi.), les noces et le repas de noces, etc.

Boh. wdam, nubo (Cf. sl.vesti, vedâ, ducere, etc.), newdand, fille non mariée; illyr. do-vedena, fiancée, etc. 2

1 Benfey, Gr. Wl., I, 356. LeD. P. donne aussi vadh comme = vah. • Ajouter anc. si. vodima, pellex, de voditi, ducere ; lett. vedema, virgo matura, i. e. nubilis.

— ro — •

Cymr. gwedduyûmoer, se marier, gweddawg, nuptial, fiancé, dy-weddi, fiançailles, dy-weddiaw, épouser, dy-wedd$wr, époux. Le sens propre de gweddu est celui de conduire au moyen du joug, gwedd, ducendi modus. De plus ici gwaddawl = a-gweddi, dot, et gwaudd, belle-fille, bru = sanscr. vadhû, femme et bru. l

Anglo-sax. weddian, spondere, uxorem ducere, weddung, sponsio; ang. to wed, wedding; scand. ved, matrimonium. — Ici, toutefois, le rapport n'est pas immédiat, car weddian est un dénominatif de wed, wedd, pignus, fœdus, en goth. vadi, d'où gavadjôn, s'engager, promettre, scand. ved, anc. allemand wetti, etc. Cf. lat. vas, vadis, vadimonium. Mais le gage même est ainsi nommé parce qu'il détermine et dirige la conduite à tenir, ce qui nous ramène à la racine vadh, ducere.

2) Une autre racine qui s'applique également au mariage est le sanscrit vid (vindati), proprement invenire, obtinere, adipisci, puis maritum seu uxorem obtinere, in matrimonium ducere. De là védana, gain, acquisition, pour désigner une certaine cérémonie du mariage d'une fille çudrâ avec un homme des classes supérieures, vêttar, épouseur, mari, parivêdana, mariage en général, adhi~védana, second mariage pendant la vie d'une première femme, adhi-vêttar, l'homme qui se remarie, adhi-vinnâ (pour vidnâ), la femme délaissée par suite d'un second mariage, pari-vêttar, frère cadet marié avant son aîné, pari-vêdint, la femme de ce frère cadet, etc.

C'est à cette racine vid que se rattache peut-être le grec tiïw pour Fiiïvov, cf. vêdanam (nomin.), le cadeau des fian-

1 Stokes (Rem.2, 43) retrouve aussi cette racine en irlandais, sous la forme bod pour vod, dans in-bod-ugud, nubere, in-both-igetar, nubent (Z.«, 1034), in-botha, nuptias (Glos. taurin.; Goidel, 3, 13), avec th pour dh.

cailles, c'est-à-dire ce que réponse obtient, d'où iSitoct, fiancer, ifoioÇt le vêtement de l'épouse, îAaiT^, le beau-père qui fiance, etc. On ne saurait penser ici, avec Benfey (Gfr. Wl., I, 356), à la rac. vadh, qui exigerait un ê. On peut objecter, il est vrai, l'irrégularité de f pour ê, ordinairement représenté par oj, mais on en trouve d'autres exemples, si Bopp'( Vergl. Gr., II, 56) a raison de comparer î¥ avec êna, et îkcctiçoç avec ékatara. l

Les langues germaniques nous offrent un dérivé de la même source dans l'anglo-saxon weotoma, weotuma, dot, chez les Francs ttritma, chez les Burgondes wittemon, racine toit = sanscr. vid; mais le corrélatif widamo, en ancien allemand devrait être régulièrement toizamo, ainsi que le remarque Graff {JDeut. Spr. sch., I, 778). D est possible que la ressemblance des racines vadh et vid ait introduit quelque confusion dans les dérivés.

3) Le scr. gam, ire, adiré, aggredi, s'emploie par euphémisme pour cotre cumfeminâ. De là gama, gamana, cohabitation, gamya, ad coitum pronus, gamya, coitu adeunda, aussi gantrî, au masc. gantar, celui qui cohabite avec une femme.

On reconnaît ici sans peine le gr. yccft, dans yct/xoç, noce et coitus, yctfiiûty épouser, donner en mariage, et coire, y^inyf> -Tfi, époux, épouse, etc., et aussi ycLfJôooÇy époux et gendre, que l'on compare, mais sûrement à tort, avec le sanscr. §âmâtar, dont l'origine est tout autre. 8

Je crois qu'il faut également y ramener le lith. gimti (gemu),

1 Toutefois ïîm dériverait mieux de la rac. ii = scr. «ad, etc. Cf. sadana, n., établissement.

1 Cf. plus loin § 300, 1. Bopp ( Verg. Gr.t I, 212) rattache y«/u/« au scr. fam^ dans le composé gampatî (duel), femme et mari collectivement ; mais le D. P. y voit une altération du synonyme dampatî.

qui ne signifie plus que naître, mais qui a pu avoir le sens actif d'engendrer, comme le dérivé gaminti (gaminu) et le causatif gymduti (gymday). Le rapprochement proposé jusqu'ici avec le scr. tfan, nasci et generare, a contre lui le changement de n en m, fort insolite quand il n'est pas motivé par l'influence d'une labiale subséquente. C'est aussi à la racine gam> gem, que se rattache peut-être le lithuan. gentere ou gente, gén. genter8} belle- sœur, femme du frère, qui semble répondre au scr. gantrî, coitu adeunda, avec n pour m devant t. Toutefois l'analogie du lat. janitrix, etc., qui viendra plus loin, laisse quelque doute à cet égard.

Ce qui est plus certain, c'est que l'irlandais gamh} femme (O'R), appartient à ce groupe.

4) La rac. yam, sustentare, cohibere, sumere, prehendere, prend, avec upa, le sens de uxorem ducere in matrimonium. De là upayama, upayamana, mariage, upayantar, époux, et, sans le préfixe, yâtar, femme du frère du mari, par suppression de Y m devant le t, et yantrakâ, sœur cadette (mariée?) de la femme. *

A yâtar correspond, avec le même sens exactement, l'anc. slave ietry, leviri uxor (Mikl., Lex., 1168), où cependant la nasale est conservée, comme dans le scr. yantar et yantrakâ, et la racine elle-même se retrouve dans iéti, prehendere, au prés, imâ = yam. Cf. russe iatrovï, femme du frère du mari, iatrovïia, sœur de la femme du mari, pol. iâtrew, illyrien jetarva, belle-sœur dans le même sens. Je crois reconnaître

1 Wilson ; mais d'après le D. P. (VI, 61), yantrikâ serait une fausse leçon pour yantrâni, qui signifierait gardée, protégée; cf. yantrana, n., protection. — Le sens propre de yâtar n'est pas clair. Outre l'acception indiquée, le D. P. donne celle de voyageur, de conducteur de char, de yây ire ; mais cf. yantar, id., de yam.

aussi ce nom dans le lithuan. inte9 femme du frère, synonyme, mais distinct, de gente, et dont le gén. intés a dû être plus anciennement inters = scr. yantaras, de même que l'on trouve gentês à côté de genters, comme génitif de gente.

Un autre rapprochement remarquable se présente dans le grec uvcmçtç et le lat. janitrices, qui désignaient les femmes de deux frères. Une commune dérivation de la rac. yam est ici très-probable, mais le mode de formation reste incertain. Ou bien Vn a remplacé Ym primitive, comme dans yricL, bride, de yam, coercere, Qtjanitrix pour jamitrix, a pris une voyelle de liaison, comme genitor, scr. fianitar, père, de §an, ou bien le latin est parti d'un thème yantrî, pour intercaler un i inorganique. Pour le grec iWtjjj, dont 1'* de liaison offrirait une nouvelle irrégularité, on peut présumer encore une autre cause d'altération. On trouve, en effet, aussi ivva,Ttjç, tvvcùra>ç} tvvaoTqç, au fém. warupa, lùvcloTçut, qui se rattache alors à tvvctÇoftcu, de ivvtjy lit, avec le sens de compagnon ou compagne de lit, époux, épouse. Ceci conduirait à une tout autre origine, car timi, lit, que l'on rapporte à *vcû> dormir, n'a plus rien de commun avec la rac. yam. Comme il est impossible, cependant, de séparer ùvarifîç de janitrices, il faut admettre que la forme grecque a été modifiée par analogie avec tvvccTfjfy dont la ressemblance était purement fortuite. *

1 Fick (335) rapproche aussi rivxrîptç de yâtar pour yantar. Depuis, Ascoli (Z. S., 12, 238 ) a proposé, pour ce nom de belles-sœurs, en tant que femmes de deux frères, une étymologie au moins trèsspécieuse. Il le ramène au sanscrit anyatara, comparatif de anya* autre, et qui signifie : de deux personnes Tune ou l'autre. Le féminin anyatara serait devenu anyatrâ, -tri, puis anyatar, au pluriel anyataras = «Wrefiç, et janitrices pour aniitrices. A l'objection que Ton pourrait faire que anya est déjà représenté, en grec par «XXoç, en latin par alius, avec leurs comparatifs xKhJrpioç et alter, on peut

5) Les termes qui précèdent suffisent déjà à prouver que le mariage existait chez les anciens Aryas, et l'examen d'autres noms des membres de la famille le démontrera mieux encore. Peut-on retrouver aussi quelques traces des usages qui s'y rattachaient en ce qui concerne les fiançailles, la noce, la dot, etc.? Ces usages ont, naturellement, beaucoup varié dans le cours des siècles, et les traits de ressemblance qu'ils offrent peuvent résulter en bonne partie de la nature même des choses. Une étude comparée de ces coutumes chez les divers peuples de race arienne serait sûrement instructive; mais je dois me borner ici aux indications nécessairement un peu vagues que l'on peut découvrir encore dans les langues.

à) Quant aux fiançailles d'abord, le contact des mains a été de tout temps le symbole naturel d'une promesse donnée, surtout en ce qui concerne le mariage, et nos langues modernes ont conservé beaucoup de locutions qui s'y rapportent. Ainsi la femme donne sa main que le prétendant demande, etc. Ces façons de parler remontent sans doute à la plus haute antiquité, car on les retrouve en Orient comme en Occident. En sanscrit le mariage est appelé karagraha ou pânigraha, la prise

répondre que les noms en question sont des formes proethniques, conservées exceptionnellement, et que d'ailleurs les traces de anya se trouvant en grec même dans iww, quelques-uns, hn£> après-demain = anyâ, ainsi que dans le goth. anthar, autre, à côté de alis, et le si. inù. Cf. Curtius, Gr. Et.1, 333, qui incline à séparer les deux formes. Ce qui semble plus douteux, c'est d'expliquer aussi de la même manière le scr. yâtaras, les femmes de plusieurs frères dans leurs rapports mutuels, comme une abréviation de anyataras, soit en raison de Yâ long, soit surtout à cause des noms slaves iêtry, etc., qui se seraient mutilés de même. Voir dans Pott ( Wb.. II, 4, 48, etc.) d'autres objections, soit contre Àscoli, soit contre l'hypothèse faisant venir yâtar de yantar, mais ce savant n'arrive pas pourtant à rendre compte de la première forme.

de la main (Cf. Manu, III, 43) et, dans le Rigvêda (X, 18, 8), hastagrâbha, le preneur de main, désigne l'époux. On disait aussi, pour mariage, hastêkarana ou panâukarana, littéralement l'acte dans la main. Le persan dast-paymân, la promesse de la main, signifie le cadeau de noce offert par l'époux, la dot et le .lit nuptial. Le grec «yyuif, fiançailles, et caution, pacte, d'où iyyvqrti, fiancée, semble se lier, comme iyyvoç, garant, et iyyvç , proche, près de, à un ancien nom de la main, angu} conservé peut-être seulement dans le scr. angushfha, pouce, c'est-à-dire qui se tient sur la main (Cf. Benfey, Gr. Wl.} II, 18, et le scr. anga, membre).1 La dextrarumjunctio faisait partie, chez les Romains, de la cérémonie des noces. L'ancien slave ob-râéînikû, sponsus, et ob-râéenitsa, nupta, dérivent du nom de la main, râku, d'où ob-râéatiy devovere. En polonais on dit za-rëczaà, fiancer, za-rëczyny, fiançailles, za-rëczona, fiancé, illyr. za-rucnik, dé rëka, ruka, main, etc. — Des expressions analogues se trouveraient sans doute encore ailleurs que dans les langues ariennes.

b) Au temps de la vie pastorale, et quand les troupeaux constituaient la principale richesse, la dot des filles consistait en bétail, et surtout en vaches, l'animal domestique le plus précieux. Le terme primitif qui désignait ce genre de dot, et que le sanscrit a conservé, parait avoir été gâdâna, le nom des vaches. Les Indiens des temps héroïques appelaient ainsi une cérémonie qui précédait le mariage, et à l'occasion de laquelle on, donnait des vaches. Ainsi, au premier livre du Bamàyana (63, 21), le roi Djanaka accorde la main de ses filles aux fils

1 Curtius (Gr. Et.*, 180, 479) rattache Jyytîç à *V%«. ango, et au sanscr. anhu, malgré l'irrégularité de la gutturale. Pott, par contre (Wb., 4, 86), suppose aussi l'existence d'un mot angu comme nom de la main.

de Daçaratha, et invite en même temps ce dernier à accomplir le gôdânamangala, l'heureuse cérémonie du gôdâna. Au chapitre suivant, Daçaratha distribue quatre cent mille vaches aux brahmanes, tandis que le roi de Mithila en donne un nombre égal pour la dot de ses filles. Aux temps plus reculés, on restait sûrement loin de cette prodigalité royale et poétique, mais l'usage existait sans doute de toute antiquité. Dans le Bigvêda, Pépithète de goda, gôdatra, c'est-à-dire donneur de vaches, est appliquée au dieu Indra, comme au dispensateur des biens les plus désirables.

On sait que, dans Homère, les jeunes filles recherchées en mariage sont appelées «ÂtpWJ&Mti (Iliade, xvm, 594), c'est-à-dire qui obtiennent des vaches de leurs prétendants, et cette épithète équivalait à celle de formosa ou amoris digna. L'ancien allemand faderfio, anglo-saxon faedhering feoh, patrîs pecus, désignait la dot reçue du père par la fille, et de là vient encore l'expression anglaise de maindenfeê pour la dot en général.1 Tacite déjà nous apprend que les boves figuraient au nombre des cadeaux de noce chez les anciens Germains. En irlandais, les mots crodh, spré, spréidh signifient à la fois bétail et dot ( Cf. p. §0 ). Ce sont là toutefois des analogies générales, mais je crois retrouver chez les Slaves une trace plus directe du gôdâna sanscrit.

En polonais gody désigne les noces, godowy, ce qui concerne les noces, godownik, le père de la mariée. N'y aurait-il pas là un souvenir obscurci du don des vaches, qui précédait et accompagnait la cérémonie nuptiale? Cette conjecture semble se confirmer par un autre terme polonais qui a vieilli, savoir godne, tribut que les tenanciers offraient à leurs sei-

1 Griram, Deut. Rechtsalt., p. 429.

gneurs à l'occasion de quelque fête. Comme on retrouve un usage tout semblable dans quelques parties de l'Allemagne, où oe cadeau, appelé brautvieh, bétail de l'épousée, était offert par les vassaux lors du mariage de la fille du seigneur,1 il est assez probable que le polonais godne avait la même origine, oe qui le rapprocherait plus encore du gôdâna indien. Je ne sais si les autres peuples slaves offrent aussi quelque trace du mot et de la chose. 2

c) Les analogies signalées au n° 1, entre les termes relatifs au mariage qui se rattachent à la racine vah, vehere, indiquent que l'époux emmenait sa femme sur un char ou un cheval, coutume qui se retrouve chez plusieurs peuples européens. Pour les Grecs, cf. Hésiode, Scut. Herc, v. 273, etc., et Suidas, au mot Çivyoç. H n'y a rien là, toutefois, d'assez caractéristique pour en inférer une origine commune.5

1 Cf. Ersch et Gruber, Encycl., au mot Austeuer.

* Ces rapprochements seraient cependant illusoires si les termes polonais gody, etc., se rattachent directement à god, temps, anc. si. godù, hora, x*jfo'f, puis temps opportun, néo-sl. god, tempus et dies festus. Cf. anc. si. godina, hora, godïnù> placens , godovati, placera, etc. (Mikl.) Le pol. gody, noces, répondrait ainsi à l'ail, hochzeit, haut temps, moment décisif.

1 Depuis que ceci est écrit, il a paru dans les Indische Studien de Weber (t. V, p. 257) un travail d'un grand intérêt du docteur Haas sur les cérémonies védiques du mariage, d'après les Grhyasûtrfo, précédé d'observations fort instructives de Weber sur l'hymne des noces de Sûryâ (Rigv., X, 85), et sur les formules de l'Atharvavéda qui se rapportent au inéme sujet. Il y a là une foule de détails qui offrent de curieuses analogies avec les usages de l'antiquité classique et de l'Allemagne, et l'auteur (p. 410) en signale plus d'une quarantaine qui doivent avoir une origine commune. Les trois coutumes que nous avons'.indiquées se trouvent d'abord pleinement confirmées. Ainsi l'époux prenait la main droite de l'épouse dans sa main droite (dextrarum junctio), en prononçant certaines formules (p. 311, 317). L'épouse était emmenée sur un char attelé de deux bœufs blancs (Rigv.,X, 85, 10; p. 328). Enfin le père de la mariée offrait à son m *

Page 1