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LE VOL

On volait aussi dans l'ancienne société des Aryas (soit par violence, soit par ruse, comme le démontrent les rapprochements qui vont venir ), et le fait que le vol existait comme délit

est une nouvelle preuve que le principe de la propriété était pleinement reconnu.

1) Le sanscrit nous offre deux groupes des noms du vol et du voleur qui se rattachent à deux racines, stâ et ta, probablement et primitivement identiques.

De stâ (stayati), envelopper, couvrir, au part, stâyant, furtif, caché, dérivent stâyu, voleur, stêyin, id. et souris, stêya, vol, stêna, voleur, d'où sténay, voler, stâinya, vol. A cette racine se lient sans doute, comme formes augmentées, d'une part le grec artfîûû, -f icxcû, dérober, enlever, de l'autre le goth. stilan (stal, stul), scand. stela, anc. allem. stelan, voler, etc.1 Stokes (Rem.2, 20) y ramène aussi l'irland. serbh, vol, au plur. 8erba (O'Dav., GL, 117), pour sterbh,* sterva.

A la forme ta, qui ne se trouve plus en sanscrit comme racine, mais à laquelle se rattachent évidemment tîitcuû, dérober, enlever, TtjrcL0(4,a,i9 être privé de, tijtij, manque, besoin, ainsi que l'anc. si. taiti, occultare, appartiennent le scr. tâyu, voleur = stâyu, déjà dans le Kgvêda, et cette forme, peutêtre la primitive, est plus largement représentée que la précédente dans les langues congénères. Ainsi :

Zend tayu et tavi, voleur, tây a, vol, taya, adj., caché, secret, que Justi (134) ramène à ta, emmener, s'en aller pour dérober, se dérober, se cacher (?).

Anc. slave de taiti, taiati (taiâ), tafï, fur, dérivent tatïba, tatUtvo, furtum, tàt, adv., clam, taïba, mysterium, tdiinu, secretus, taXnu, absconditus (Miklos., Lex.).

Anc. irl. tdid, fur, tdidân, furunculus (Z.2, 30, 273). Cf. taxtius, vol, larcin, cachette, taide, cachette, secret, adultère

1 Les formes star et stal seraient à stâ comme sthar est à sthâ, dans savyashthar (Cf. t. II, p. 255) etsthal (sthalatï), Dhâtup., d'où sthala, lieu, place, sol. Cf., t. II, p. 24 et 350, les noms de rétable et de la chaise .

(O'Don., GL). Ici aussi se rattache tain, pillage, butin (Cf. scr. stâinya, vol, et slave taïnii, absconditus). D'autre part, l'irland. taUy teolj voleur, ainsi que tlas, tlus, bétail = butin, paraissent alliés au goth. stilan, etc., à moins que, d'après Stokes (RemJ, 21), ils ne se rattachent au latin tollo.

H faut peut-être ajouter encore le gothique thiubs, voleur, thiubja, vol, scand. thiôfr, ags. théof, ancien allemand diup, diob, etc., de tâyu avec un suffixe additionnel, comme en slave taïba, mysterium, et tomba, furtum. '

2) Le sanscrit ribhvan, voleur (Naigh., III, 24), védique également, se rattache probablement à la rac. rabh, desiderare, temere agere; cf. fbhvan, rbhva, agressif, audacieux, déterminé, ârrabh, saisir, ârambhana, l'action de saisir, et ce par quoi l'on saisit, poignée, manche, etc. De là le sens de ravir, voler, dans le persan rubûdan, rubâyîdan, d'où rubâyandah, brigand, voleur (Cf. rûbah, renard, etc., t. I, p. 547).

Ceci nous conduit tout droit au goth. raubôn, biraubôn, rapere, spoliare, ags. reafian, id., reaf, spolium, reafere, angl. rover, latro, reptor, scand. raufari, reyfari, latro; ancien ail. raupôn, raup, raupari, etc., etc., et au lithuanien rùbiti, piller, rubà, pillage, riibina, brigand, etc. La voyelle varie et revient à l'a primitif, dans le polonais rabus, brigand, pillard, rabowaé, piller, rabowanie, rabunek, pillage, brigandage. Cf. aussi le cymr. rliaib, raptio, rheibiaw, rapere (unguibus), et ravir, dans le sens de fasciner. L'irl. réubaim, rapio, réubàir, réuba-

1 Cf. avec tâyu le scr. d-tat/w, Falco checla, en tant qu'oiseau de proie (?). Le scr. âtatayin, voleur, brigand, malfaiteur, que j'avais comparé, n'a en fait aucun rapport, et dérive, suivant le D. P., de âtata, tendu, rac. tan, pour désigner celui qui est armé d'un arc bandé pour commettre quelque acte de rapine ou de violence.

nâir, brigand, paraît emprunté à l'anglais robt robber, à cause du b non aspiré.

3) La racine mush3 furari, exprime en sanscrit Faction de voler furtivement, le larcin; de là mushka} 7nû»kakaf môshaka, mÔ8htfy âmôshin, parîmôshin^ voleur, et, comme on Ta vu (t. I, p. 513), le nom de la souris, mûslia, etc., conservé par plusieurs langues ariennes, qui d'ailleurs en ont perdu la racine. L'ancien slave seul en a conservé peut-être une seconde trace dans mushelu, lucrum turpe, gain illicite, usure, d'où le sobriquet injurieux de mauschel donné aux Juifs en Allemagne.

4) Du scr. bhar, porter, dans le sens d'emporter, enlever, ravir, dérivent bhara, enlèvement, rapine, et bhartslta^ adj., avide de butin (D. P., V, 2107 214)É À h. même racine, m grec <pf£«, en latin fero, se lient spû?p, voleur, Q&ça, vol = bhara et fur, id., etc.

Le grec JCÀ67T&), xAeVraî, voler , dérober secrètement, tromper, d'où xAeVos, kKi/jl/au, *Âofl"if, vol, fraude, ruse, xteTTHÇ, KKo7Tlvç, kKûù^ voleur, filon, etc., latin cl^po, trouve son corrélatif parfait dans le goth, hlifan} voler, hliftus} voleur; cf. anglais to lift, pour to rob, to plunder. L'irl. clipe, ruse, fraude, erse cluip, infin. cluipidhj decipere, fallere, chdr peir, fraudator, cluipireachd, fraus, etc., appartient sans doute au même groupe, mais le p non aspiré reste inexpliqué, et peut faire douter de la celticité de ces termes.

La racine commune est fort incertaine. Kuhn et M, Millier ( Z. S., II, 471, IV, 369 ) rapportent fcAtVrtf à la racine sanscrite grabh, capere, ce qui semble peu admissible pour le goth. hlifan. J'aimerais mieux recourir à la racine klpp, kaip, parare, facere, parikalp, imaginari, d'où a pu se tirer assex

naturellement l'acception de ruser, de tromper et de voler par ruse. i

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