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L'ACCUSATION

Dans un pays où le règne de la justice n'a pas encore remplacé celui de la force, tout délit s'expie par la vengeance. Nulle règle n'intervient, soit pour assurer l'expiation, aoit pour la proportionner au délit, et les droits de l'offensé, aussi bien que ceux du coupable, restent sans protection aucune. Les anciens Àryas, à l'époque de l'unité, s'étaient élevés au-

1 Un rapport analogue paraît exister entre le latin fraus et le grec 8ptvtof briser,, broyer (Curtius, Z, S,, II, 399). Cf, rac. scr. dhru^ occidere, et probable!» en t fallere, d'après dhrur dans le ved. asmrtadhrUj qui ne trompe pas l'espoir, et dhruti> séduction (D. P.).

dessus de cet état de barbarie. Us avaient des lois et, par conséquent, des pouvoirs préposés à leur observation et chargés de rendre la justice. On peut même reconnaître encore chez eux les traces d'une organisation judiciaire plus ou moins développée.

Dans un état de choses régulier, ce n'est pas la vengeance individuelle qui succède au délit, mais bien la plainte ou l'accusation, pour invoquer |f châtiment sur la, tête du coupable. Quelques termes légaux, conservés par plusieurs langues ariennes, prouvent que telle était la marche suivie.

1) Du scr. vad, dicere, loqui, vociferari, dérivent vâda, accusation, plainte, vâdin, accusateur, plaignant, et, avec divers préfixes, parivâda, parivâdin, id., vivâda, litigation, procès, vivâdin, plaideur, avavâda, apavâda, upavâda, imputation, blâme, etc.

La même racine reçoit des acceptions tout analogues dans l'anc. si. vadièi, reprehendere, russe vadûï, accuser, calomnier, illyr. osvaditij accuser, etc. En lith. wadinti, appeler, prend avec pa l'acception de citer à comparaître, pawadinti tê&on, citer en justice.

Ici se rattache également l'anc. ail. wâzan, farwâzan, anathemizare, recusare, farwazani, anathema ; en ancien saxon forwâtan et farwatanessi.

2) La rac. scr. diç, ostendere, indicare, narrare, dicere, mentionnée déjà (Cf. p. 139), s'emploie plus spécialement dans la langue juridique avec le sens d'accuser avec preuves par témoins, et dêçya désigne le fait ou l'accusation qu'il s'agit de prouver (Wilson)1.

1 Dêçya signifie aussi témoin ; mais, dans ce sens, il dérive de dêça^ lieu, endroit, et s'applique à la personne qui était présente sur le lieu du délit. Cf. Manu, VIII, 52 et 53.

A diç répond le gr. Jkwcwfw, et de là vient ivfeUwfju, accuser et prouver, hâiifyç, accusation et preuve, cvJWicrjfç, accusateur, etc. Tel est aussi le sens juridique du latin indico, dénoncer, révéler, index, dénonciateur, accusateur, indicium, accusation, etc.

La même modification de sens se reproduit dans les langues germaniques, où la rac. tik, zih = diç, en goth. teihan, ostendere, devient en anglo-saxon tihan, teon, accusare, d'où tyht, tiktle, accusatio, et tihtan, inculpare L'ancien allemand offre comme termes correspondants zîhan, criminari, inziht, accusatio, inzihton, accusare, etc.

3) Un autre nom sanscrit de l'accusation, abhiças ou abhiçaflsana, dérive de cas, çafls, indicare, narrare, avec abhi, increpare, objurgare.

L'irlandais-erse casaid, accusation, plainte, procès, casaidim, accuser, casaidich ( erse ), accusateur, se rattache à çafls, avec suppression de la nasale. O'Reilly donne aussi acais (achat* î), malédiction, qui rappelle singulièrement le scr. vêd. açasti, id., de a privatif et çasti, louange, de cas, laudare; cf. aças, adj., qui maudit. Toutefois l'a irlandais peut être ici pour ath négatif, et cais répondre seul à çasti, comme cis dans le synonyme erse ainchis, malédiction, avec an, ain, négatifs.

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