LA BALLE A JOUER
La simplicité même du jeu de balle peut faire croire à sa haute ancienneté, et l'on voit, dans Homère, Nausicaa s'y livrer avec ses suivantes (Od., IV, 100). Toutefois aucun des noms sanscrits ou iraniens de la balle, à moi connus, ne se retrouve dans les langues européennes, où, par contre, le même terme sert partout à la désigner. Ainsi:
Gr. TrctAAa, et Trïhoç.
Lat. pila.
Irl. piléar, erse peiléir; cymr. pel} pelen, pellen ; armorie. pellen.
Ane. ail. palla, balla; scand. bôllr.
Lith. pi lia, pilline.
Russe .pûlia, pûlika, pol. pil, pilka, etc.
Bien que le gr. TTctXKct dérive sûrement de ftûÀÀAb lancer, les variations de la voyelle radicale et des suffixes, dans les termes comparés, empêchent de croire à une transmission, à l'exception du germanique qui paraît bien être empruntée Il est beaucoup plus probable que tous ces noms se rattachent à une racine de mouvement très-répandue dans la famille arienne et d'où nous avons vu dériver déjà un de ceux de la flèche (Cf. t. II, p. 272). Les formes et les acceptions de cette racine varient assez notablement; je n'indique ici que les principales.
Scr. pal, pallj ire (Dhâtup. ), pêl, ire, vacillare (ihid.), pU (I0),pêlay, projicere, mittere.
Pars. pûlûdan, tomber, tourner. Ci', pilak, pillah,pulhiït, cocon, pilait, kl., bouton, c'est-à-dire objet rond et mobile»
Gr. Wû&ààw, lancer, itëAûj, TroMai, tourner, 7riXjff}fJLtf7rtAccœ, aller, Rapprocher.
Lat. pellOj pepuli, pousser, mouvoir.
IrL pitlhnj tourner, retourner; cyinr. pellu, éloigner, pelu, lancer, pelîaip^ brandir, pwyllaw, pousser»
Ags. feaUan} tomber, scand. faUtt, anc. ail. fallan, etc.
Lith. pitlti, tomber.
Au même groupe se rattache peut-être, avec une s proathétiqne, le germ. spil, jeu, d*où ags. spilian, scand. spila, anc. ail. xpilôn, jouer? dont le sens primitif serait ainsi lancer, soit la balle, soit les dés,
g 338. LA, POUPÉE,
Ce joujou chéri de l'en fan ce a sûrement existe* depuis qu'il y a des petites filles, et des mères désireuses de les amuser. Presque partout ses noms signifient petit enfant, ordinaire* ment au féminin, par l'influence du sexe qui en fait ses délices. Ainsi le scr. pulrikû^ diminutif de putrî, dârupntrikâ} petite fille de bois, vaêtrapntriiâ, petite fille d'étoffe, dântgarbhâ, petit nonveau-né de bois, etc., le grec xéçfj* le latin pûpaf le eymr. baban, l'armer. merehoden, etc, D n'y aurait là aucune observation comparative à faire, si l'ancien allemand ne nous offrait pas, pour la poupée, un mot dont la signification propre d'enfant, perdue en germanique, semble se retrouver dans le sanscrit, ce qui lui assignerait, en tout cas, une haute antiquité.
C'est Fane, ail, doccha ou toccha, tolwha, toclia, ail, moderne
docke, toc/ce, où le d paraît être plus correct que le t, si l'on compare le scr. tâka, enfant, progéniture. La forme la plus régulière doit avoir été dohcha, diminutif peut-être contracté de dohicha, comme ancliây avia, de aniJJia, diminutif de anâ (Grimm, D. Gramm., III, 677). Cf. p. 50.