L'HOSPITALITÉ
J'ai parlé déjà, au § 175, de quelques termes remarquables qui nous révèlent plus d'un trait des antiques coutumes hospitalières au temps de la rie pastorale. Nous avons vu que les stations de vaches, gôshpada, étaient les lieux où s'exerçait l'hospitalité, et que, pour fêter l'arrivée d'un hôte, on tuait un bœuf. Parmi les noms de l'hôte, il n'y en a pas d'autres qui puissent nous mettre sur la voie de quelque usage hospitalier; mais deux de ces noms, d'un sens plus général, pourraient bien remonter à l'époque primitive.
1) Le premier* est le scr. âvêçika, hôte, c'est-à-dire celui qui entre, et, au neutre, hospitalité, de âvêça, action d'entrer, ânviç , intrare.
Son corrélatif étymologique se retrouve évidemment dafll le lithuan. laészêti, aller chez quelqu'un, et y demeurer comme hôte, d'où wèszne, f., hospes femina, toêszëjimas, visite à demeure, waiszinti, recevoir des hôtes, waiszinnimas, réception hospitalière, etc.
2) Le second est le scr. agantu, hôte, c'est-à-dire arrivant, advena, de û-gam} advenire. Cf. grhâgata} id., c'est-à-dire arrivé dans la maison.
Je crois le reconnaître dans l'anc. irl. ôegid, hôte, éigedacht, hospitalité ( Z.2, 31 ). La non aspiration du g entre deux
voyelles provient peut-être ici d'une négligence du scribe, car dans l'irland. mod. oighey oighidh, et l'erse aoigh} l'aspiration reparaît. l Le même doute se présente pour le d affaibli de t, car Zeuss donne aussi une forme oigheta, ace. plur., hospites. Si le thème correct est ôighit, àghit, de àghmt, il correspond au scr. âgantu ; mais s'il est éghith, il faut le rapporter au scr. âgata, arrivé, dans grhâgata. Je trouve encore, dans O'Reilly, une forme oighimh, hôte, qui répond exactement au scr. âgama, arrivant.
On remarquera ce nouvel exemple de l'existence de la préposition préfixe â dans une langue européenne.
article n.