COMPARAISON DES TERMES ET DES ÉTYMOLOGIES
Les termes à comparer sont ceux qui désignent les funérailles, le bûcher, le tombeau, l'urne cinéraire, etc. Leur variété est très-grande, parce qu'ils s'appliquent tantôt à l'incinération et tantôt à l'inhumation, et qu'ils ont changé avec les coutumes. Les coïncidences directes sont rares et peu certaines, et c'est surtout aux étymologies qu'il faut demander quelques lumières. Cette voie, qui n'est pas toujours sûre, conduit à reconnaître que plusieurs des termes employés pour l'inhumai ion ont dû s'appliquer dans l'origine à l'incinération, dont ils démontrent ainsi l'antériorité.
1) En sanscrit, c'est la rac. dahy urere, qui s'emploie pour l'action de brûler les corps. De là dakanadêça ou dâhasara, pour le lieu où s'accomplit la crémation. Cette racine se retrouve dans l'irl. daghaim ou daighim, brûler en général, ainsi que dans le lith. dègti, avec beaucoup de dérivés de part et d'autre. Nous verrons plus loin comment Grimm rattache à la coutume de l'incinération les noms de plusieurs plantes épineuses ou grimpantes qui servaient à faciliter la combustion des bûchers funéraires. Il est fort possible, d'après cela, et puisque les Lithuaniens brûlaient leurs morts, que dagys^ qui désigne une plante épineuse, se rattache à dègti ou à dah7
en raison Je V usage qu'on en faisait* D'après Grimm (1. cit., p. 242 ), Olaus Magnns indique le genévrier comme ayant été employé spécialement par les Scandinaves pour la crémation.
Une observation plus importante concerne le zend et le persan. La rac. dah est devenue en zend daz, daj (j français = z = h); mais Spiegel (Avesta, II, 44, introd.) y rapporte le mot dakhsta, marque, signe imprimé en brûlant, aussi dagha (Jnsti, 145), en persan moderne dagh, dâgh, stigmate, cautère; cf. dâghînah, fer à cautériser, dàghdar, esclave marqué, et daghal, épines pour chauffer les bains, combustible. Il semble donc que l'on peut y rattacher également le zend dalchma, qui désignait une sorte de construction où les Iraniens déposaient les morts que Ton livrait à la pâture des oiseaux (Cf. Spiegel, 1. cit., p. 35). En persan dachm, dachmah, a pris le sens de cercueil et de tombeau.1 Cf. aussi l'arménien takagh, cercueil. Cela conduirait à inférer que le zend dalchma a signifié dans l'origine un lieu de combustion ou un bûcher, et ce terme témoignerait de l'ancienne coutume de l'incinération abandonnée depuis par les Iraniens.
2) C'est aussi à la rac. dah que Max Muller ramène le gr. QcIittcû, sepelire, primitivement $€t%m* puis, d'après d'autres analogies, 6cùkm9 ôcù<r<ra>9 Ôcùttûû et èeLirrcù (Z. S., IV, 367). Il semble difficile, cependant, en partant de i&x = dah, d'expliquer tclQoç, TciQq, tombeau, sépulture, funérailles, etc. Contre le rapprochement proposé par Kuhn (Z. S., II, 459) de hàLTrttay avec la racine dabh, urere (Westerg., Radie), Millier objecte que dàbh ne signifie que nuire, endommager,
1 Le changement de h sanscrit en ch persan se remarque dans duchtan, traire = scr. duh, dôchtar, fille = duhitar, chird, cœur — hf d, etc.
et que, s'il paraît quelquefois signifier brûler, ce n'est que par suite du contexte. Cela n'empêcherait pas, toutefois, que cette dernière acception n'ait pu se développer secondai renient, en grec, comme aussi encore ailleurs (Cf. t. I, p. 245), puisque la rac. sanscr. gzuT, gûrv, par exemple, réunit les acceptions d'endommager et de brûler. Mais, d'un autre côté, le D. P. compare avec dabh le gr. Jatto, déchirer, dévorer, qui s'emploie de même en parlant du feu, et qui est certainement dis-, tinct de dctTTûû. Il serait donc après tout peut-être préférable de penser, avec Grimm et Pott, à la rac. tap, urere, calefecere, largement représentée dans les langues congénères. Cf. zend tap, id., ta/nu, urens, pers. ta/tan, brûler, tapîdan, tabidan, devenir chaud, lat. tepo, tepidus, etc., anglo-sax. tliefian, œstuare, irl. tebhot, chaleur ( = tapant (?) ). anc. si. tepln, topliï, calidus, russe topitï, chauffer, etc. Le grec raQoç, funérailles, etc., serait ainsi à top comme %i<Poç9 glaive, esta kship (Cf. t. II, p. 285); et le 0 de tLcùçcl, cendre, pour TiTrçeùj serait dû à l'influence de IV.
Quoi qu'il en soit de ces diverses conjectures, elles s'accordent en ceci que Ôcùtttcû, dans l'origine, doit avoir signifié brûler, tandis que, déjà dans Homère, l et plus tard, il s'applique aux obsèques en général, à l'inhumation aussi bien qu'à la crémation, mais jamais à la combustion ordinaire.3
Grimm ramène aussi à l'anglo-sax. thefian les noms de
1 Iliad., xxi, 324.
1 Pour des vues différentes, cf. Curtius (Gr. Et.*, 465), qui rejette également tout rapport avec dah% dabh et tap, et préfère recourir à une forme dhap, causatif de dhâ, avec le sens de condere* poser avec soin, puis ensevelir, etc. Il faut cependant tenir compte de la glose d'Hesychius, xôot*T<>ç = otxctvrQÇ, non-brûlé, bien qu'il ajoute : i otxAa»otôç, c'est-à-dire non-pleuré, et S-aif/ai y«f ro xXxvi-otê, où il faut probablement lire Sxavrroç et xuvrut.
plantes thefedhorn, spina, rhamnus, ancien allem. depandom, et thyfel, sentis, frutex, dont le menu bois servait à allumer les bûchers.
L'armén. dab, feu, et daban, tombeau, ont-ils la même origine ? Se lient-ils l'un et l'autre à la rac. tap ou à dabh ? Cela reste douteux à cause de l'arabe dliafana, sepelivit, d'où dha/n, inhumatio, qui peut faire croire, pour daban, à une provenance sémitique.
3) Le latin sepélio, ensevelir, d'où sepultura, sepulchrum^ aurait aussi changé, comme êec7TTCû7 sa signification primitive, si, d'après la conjecture ingénieuse de Grimm, il était pour se-pelio, brûler entièrement, d'une rac. pel = anc. si. jmliti, urere, d'où palejï, bûcher. Cf. scr. palita, combustion, chaleur, et par, dans parparîka, feu, soleil, 5rp«, dans 7rv7rçctàù, TrtfA'X'pilJUj irçtiS-cû, 7T(>tj<nç9 etc. Toutefois cette hypothèse est ébranlée depuis que Sonne (Z. S., X, 109) a rapproché ëëpélio du sanscrit védique sapary, honorer, dénominatif d'un substantif sapar, sapas, honneur, de sap, colère. Le vrai sens du latin serait ainsi : rendre honneur au mort, et ne se rapporterait pas directement à la crémation. l
4) Parmi les noms du bûcher, plusieurs se rattachent naturellement à ceux du feu, comme le grec Tvpct, et l'ancien allemand eit, ags. âd, rogus, et ignis. Cf. sanscrit êdha, cremium, de idh, indh, urere, cl&ùù, etc. D'autres ne signifient que monceau, comme le sanscrit éitâ, éiti, éityâ, de ci, accumulare; peut-être le latin rogus, si l'on compare rôha, élévation, rôhana, montagne, de ruh, crescere (pour 5 =~ô, cf. lôqui et sansc. lôk, id.); probablement aussi l'anglo-saxon
* Tout autre est l'explication de Zeuss (Z. S., 19, 180) qui divise, comme Grimm, le mot en se-pelio, mais en comparant le Scandinave fêla, goth. filhan, couvrir, cacher.
fin, anc. allem. fî?iyfîna, rogus, strues, d'une rac./ï = scr. pî, pyâi, crescere, d'où pîna, gros, massif, etc. Cf. fini, pino, bûcher.
Quelques termes, employés dans l'origine à désigner soit le bûcher, soit le lieu de combustion, s'appliquent plus tard au tombeau, tout comme brûler prend l'acception d'ensevelir. Nous en avons vu déjà des exemples dans le zend dakhma, pers. dachm, et le gr. tcLQoç. On rapporte de même Qu/tCoç, tumba, à tu&cû ou B'vwcù.^ Cf. tv$oç, fumée, et scr. dhûpa, encens, dhûpay, suffire, fumare, de dkû9 agitare, comme dhûma, fumus. Le latin funus, -em, funérailles, bûcher, corps qui brûle, 2 se rattache sûrement aussi à dhû, dans le sens de ignem ventilatione acceiidere (D. P.). Pour le suffixe, cf. pignu8, fe-nus, facinus, etc. Le latin bustum a signifié d'abord le lieu de la crémation, puis le tombeau en général, 3 et il s'est éloigné plus encore de son sens propre dans notre français buste, primitivement l'image sculptée du défunt que l'on plaçait sur sa tombe.
Le gr. <rtj/jut,-a,T0ç> sépulcre, et, en général, signe, me paraît avoir une origine analogue dans l'une et l'autre acception ; car il répond au sansc. kshârna, brûlé, de la racine kshâ, urere. Cf. plus haut le zend dakksta, pers. dagh, signe, marque, de daz = dah, urere. Outre le sens de brûlé, kshâma a aussi celui de desséché, amaigri, déchu, et tous deux également semblent expliquer le grec a-a/Act, -cùtcç, qui dans Homère désigne le
1 0tnf/o«, to i'xtxocva'ou, rv^Xwtf-o*, xxva-oct (Hesych.).
1 Funus enim est jam ardcns cadaver (Serv., ad Aen.y II, 539). De même Duntzer (Z. S., II, 254, 250) rapporte funus à dhûy avec une critique détaillée des étymologies diverses proposées.
* Bustum proprie dicitur locus in quo mortuus est combustus
Ubi vero combustus quis tantummodo, alibi vero sepultus, is locus ab urendo ustrina vocatur ; sed modo bus ta sepulcra vocamus (Festus).
corps mort; le cadavre , par opposition à iïîfjutç, le corps vivant. Ces deux mots grecs, originairement identiques, répondraient ainsi, quant à leur signification, au lat. bustum, corps brûlé et tombeau. Le suffixe (jucct équivaut souvent au sansc. ma, rnan. mant, comme dans o-vo/jlcit = nâma, nâman, etc.; et le groupe initial ksh, représenté par kt et £, se réduit parfois à c (Cf. £uv et crvv) et rend compte alors du maintien de la sibilante, remplacée dans la règle par l'esprit rude. !
Zeuss (Gr. C, 731, 992) donne l'anc. irlandais adnacul, sepulcrum, dans O'Reilly, adhnacal, adhnachd, adhlacadh, dans Stokes (Ir. GL, p. 88), irl. moyen adhlucadh (/pour n ?), termes obscurs quant à leur formation, mais qui paraissent les équivalents de bustum, si l'on compare l'anc. irl. nephadnachte ou neph-athnaclda, asbestes ( Z.2, 862), c'est-à-dire sans doute: non combustible. Stokes (1. cit.) incline à les rattacher à la rac. sanscr. naç, perire, vîkuç, neco, etc. ; mais cela n'expliquerait guère le sens d'asbeste, et le c, ce semble, devrait être aspiré dans adhnacuL Je penserais donc plutôt au verbe adhanaim, allumer, d'où adhanadh, adhnadh, incensio, adhanta, incensus (O'R.); erse (obsol.) adhnadh, incensio, ro h-adhnadh teinnti leo, accendebant ignés, adliannadh, inflammandi actus, à côté de adhnac, adhlac, adhnacal, sepultura, funus (Dict. gaëL d'Edimb.).2 Ce verbe adhanaim me paraît composé de la rac. an, spirare, conservée dans anal, souffle = scr. anila, vent, etc., avec le préfixe ad = lat. ad, et signifier proprement afflare.
Les monuments écrits de l'Irlande, tous postérieurs à l'in-
1 Cf. Delbrûck (Z. S., 17, 238) qui conjecture vu/uc pour mu/ix, en comparant Fane. sax. hamo, enveloppe, couverture.
2 Cf. adhanaim, allumer; adhann, flambeau de roseau, adhannadhy allumeur des cierges dans une église (O'Don., Supp., et Cormac, GL, 10).
ni le
troduction du christianisme, ne font aucune mention de la coutume de brûler les morts; mais, d'après le témoignage du savant antiquaire G. Pétrie, on a trouvé des centaines de tombeaux, soit de l'époque de la pierre, soit de celle du bronze, contenant des preuves manifestes de la crémation.
Enfin, je mentionnerai encore l'anc. slave jiupilishte, contracté jupishte, sepulcrum, qui se lie certainement kjupelû, juplû, sulfur; cf. illyr. zubglja, torche, flambeau. Je crois y voir un composé de jivû, vivens = scr. tfîva, contracté en iu, ju, et d'un dérivé de paliti, urere. Il répondrait ainsi exactement à l'anc. ail. guecfiur, ags. cwicfyr, ignis vivns, et plus spécialement ignis sulfuris.
5) Les recherches de Grimm- ont jeté beaucoup de jour sur le plus ancien mode de disposition des bûchers funéraires. On y employait des bois particuliers, lesquels naturellement ont différé suivant les pays. Les Indiens se servaient du dêvadâru, bois divin, Cedrus Deodara, et d'autres parmi lesquels celui de plusieurs arbustes épineux. Homère ne parle que du chêne employé pour le bûcher de Patrocle, aussi s'enflamme-t-il difficilement, wet Achille est-il obligé d'invoquer le secours des vents pour activer la combustion. Théocrite, par contre, nomme YàmahaS-oç, le ttcùXiovqoç, le (Zaroç et Yctxtçioç, c'est-à-dire quatre sortes d'épines et de ronces, qu'il appelle dyçlcu <r%ffyu> bois sauvage, quand il s'agit de brûler les serpents étouffés par le jeune Hercule. Grimm y voit un souvenir d'anciens usages tombés alors en désuétude pour la crémation. Tacite {Genn.y 27) dit des Germains qu'ils brûlent les corps des hommes illustres certis lignis, avec des bois particuliers, et le go th. aihvatundi, littéral, equi coinbustio, par lequel Ulphilas traduit (ZcLtoç, indique clairement l'emploi d'une sorte de ronce pour les bûchers funéraires, puisqu'on brûlait
avec le guerrier son cheval et ses armes (Tacite, 1. cit.). Les Scandinaves se servaient du chêne et du genévrier, qui était regardé comme sacré. Cf. plus haut le lith. kadagys et dagys, ainsi que l'anglo-sax. thefedhom, etc. Grimm signale aussi l'affinité de l'anc. ail. saccari, bûcher, avec le lith. iàgaras, pi., iàgaraij menu bois sec, broussailles, et le letton zàhrts, bûcher.
Je renvoie au travail de Grimm pour d'autres conjectures étymologiques tirées du germanique, aussi bien que du celtique, du slave et du latin. Je n'ajouterai, d'après lui, qu'un passage du poëme de Tristan, où il est dit que, pour brûler la reine Yseult:
Li rois commande espines querre Et un fossé faire en terre. *
Et plus loin:
Partot fait querre les sarmenz Et asenbler o les espines Aubes et noires o racines.
Ce qui résulte de ces recherches, c'est que l'ancien bûcher pour brûler les morts se composait, d'une part, de gros bois dont l'espèce était déterminée^ par l'usage, et de l'autre de menues broussailles d'un emploi également spécial, et desti-
1 Chez les Indiens aussi, on creusait d'abord une fosse de la longueur d'un homme avec les bras étendus, dans laquelle on disposait le bûcher (M. Mùller, Todtenbest., p. 1). C'est pour cela sans doute que le sanscrit kûpaka signifie à la fois un creux, une fosse et un bûcher funéraire. L'anc. allem. hûfo, cumulus, agger, strues, tumba (Cf. anc. si. kupa, cumulus), aurait-il signifié primitivement une fosse, pour passer, par l'intermédiaire de l'acception de bûcher, à celle directement opposée de monceau ? Cela n'expliquerait-il point aussi pourquoi le gr. T*'$fo*, fossé, semble se lier à t«$oç, tombeau, mais plus anciennement bûcher, ainsi que nous l'avons vu ?
nées à faciliter la combustion. Mais Grimm va plus loin et arrive, par des considérations du même genre, à montrer de quelle manière ces matériaux étaient mis en œuvre.
6) On devait naturellement mettre de l'importance à ce que l'incinération du corps s'opérât régulièrement, et aussi promptement que possible, et il fallait pour cela que le bûcher s'enflammât avec sûreté et rapidité. On atteignait ce but en entrelaçant les menus bois, sarments, épines, etc., dans les interstices ou autour des bûches disposées en tas, et de manière à former une sorte de clayonnage. C'est ce qu'indique déjà l'expression grecque de ttvqcLv yfj<reu, pour dresser le bûcher, où vicà a dû signifier primitivement lier ensemble, comme vyS'Oû, necto, neo. Cf. scr. nah, ligare, et t. II, p. 208. La forme vtjvtcû, amonceler, semble répondre à l'intensitif scr. nânah. Quand Pindare ( Pyth., 3, 68 ) appelle le bûcher tu%ùç |t/À*W> mur de bois, on peut penser à une espèce de clayonnage ou de crates.
L'anc. ail. hurt, crates, ags, hyrdel, angj. hurdle (Cf. goth. haurds, scand. hxird, porte, c'est-à-dire claie), désigne, dans le moyen allemand, le bûcher sur lequel on brûlait les criminels. De là les expressions mit der hûrde rihten, condamner à la claie, upper hort bernen, brûler sur la claie, c'est-à-dire sur le bûcher. En vieux français, c'est le mot ré qui s'emploie dans le même sens, et on disait ardoir en ré (Tristan, 161, etc.): € Menée fut la roïne jusques au ré ardant d'épines » (ib., 1066). Grimm pense que ce ré vient de crates, comme né de natus. C'était là sans doute un reste des procédés usités pour les funérailles par le feu.
Une indication plus ancienne et importante nous est fournie par César ( Comment., vi, 17), quand il parle des immani magnitudine êimulacra, viminibus contexte, dans lesquels les
Gaulois brûlaient en sacrifice des victimes humaines. Il est fort probable qu'ils procédaient de la même manière dans leur magnifica et sumptuosa funera, où l'on brûlait avec le mort des animaux, des clients et des esclaves ( Ces,, vi, 19 ).
H serait intéressant de trouver chez les Indiens quelque indice d'un procédé semblable, mais les extraits des Gfhyasûtrâêy donnés par M. Muller, sont muets à cet égard. On voit seulement (p. 4) que l'on y mettait un certain art, et que le bûcher était dressé par quelqu'un qui s'y entendait, éitifl éinôti yô §ânâti,
7) Quand l'incinération du corps était achevée, on recueillait avec soin les cendres et les ossements, et on les déposait dans un vase que l'on enterrait, ou que l'on conservait de quelque autre manière. Cet usage de l'urne funéraire était commun à plusieurs peuples ariens, mais les noms du vase varient.
Les Indiens l'appelaient kumbha ou kumbhî, suivant qu'il recevait les cendres d'un homme ou d'une femme (Muller, 1. cit., p. 17), et ce mot ne désigne proprement qu'un pot ou une cruche (Cf. kv/aÇoç et t. II, p. 354). C'est ce que signifiait aussi le gr. cofoç9 urne funéraire (J7., xxm, 92), puis cercueil en général; cf. irl. soire, vase, et t. II, p. 359). L'anc. ail. sarh, sarulic, loculum, tumba, ail. mod. sarg, cercueil, a-t-il changé de signification comme copcç, pu n'est-ce là qu'une forme contractée de sarcophagus f
On peut conjecturer un rapport analogue entre le goth. aurahi, tombeau, et le lat. urna, en tant qu'ils se rattacheraient tous deux à la rac. vp, var (vfnôti), tegere; cf. ûmu} operire, thème verbal secondaire. Urna, le vase qui recouvre, correspondrait exactement au scr. urnâ, ûrnâ, la laine qui recouvre également, et le goth. aurahi, peut-être dans l'ori-
gîne vase funéraire, serait l'analogue du scr. varaka, couvert d'un bateau, etc., ou d'un féminin varaM.
Les Busses païens, d'après la chronique de Nestor, brûlaient les morts, et déposaient les ossements dans des urnes que l'on plaçait au' bord des chemins sur des colonnes (Grimm, 1. cit., 253). L'urne s'appelait sosudU, l'ancien slave susâdû, de msâditi, conferre, parce qu'on y rassemblait les restes du défunt. Plus tard, ce mot n'a désigné qu'un vase en général.1
Il est bien certain que les Celtes aussi faisaient usage des urnes funéraires, puisqu'on en trouve fréquemment dans les tombeaux qui leur sont attribués; mais nous ne savons plus quel était leur nom. Les Gaëls et les Cymris l'ont oublié à la suite de l'introduction du christianisme qui a mis fin à l'incinération. Les Irlandais ont pu employer leur soir, soire, vase = (Toçoç, ou quelque terme allié au sanscr. kumbha, auquel répond cumaidhe, vase à boire, etc. (Cf. t. II, p. 354.)